Chapitre 1.
Quelles solutions face au péril climatique ?
Le doute ne semble plus permis à l’égard de ce qui semble relever désormais de l’évidence : le réchauffement climatique s’accélère. Après l’année 2019 déclarée comme année la plus chaude depuis que les relevés météorologiques existent, c’est au tour du mois de janvier 2020 d’être ainsi qualifié. L’année écoulée a en effet été le théâtre de nombreux phénomènes météorologiques extrêmes qui ont eu pour effet d’accélérer la prise de conscience sur la réalité et les méfaits associés au changement climatique. L’été caniculaire en France, les incendies destructeurs de la biodiversité en Australie et en Amazonie, la fonte accélérée de la calotte glaciaire, la violence inouïe et sans précédent des cyclones tropicaux qui ont notamment dévasté les Bahamas et le Mozambique, bref, ces quelques évènements climatiques non exhaustifs ont permis d’accréditer l’idée que l’urgence climatique est loin d’être une vue de l’esprit des scientifiques mais une réalité tangible aux conséquences dommageables et irréversibles.
Contesté marginalement par quelques élites intellectuelles et politiques, le dérèglement climatique bénéficie d’un consensus scientifique croissant. Les travaux du GIEC qui désormais font autorité préconisent une limitation du réchauffement à 2 °C d’ici la fin du siècle par rapport à l’ère préindustrielle afin de préserver l’humanité de conséquences dramatiques irrémédiables. Adopté lors de l’accord de Paris dans le cadre de la COP 21, cet objectif réaliste et impératif semble aujourd’hui hors de portée malgré l’engagement des États et pour cause, les égoïsmes nationaux continuent à prendre le pas sur les impératifs écologiques et environnementaux.
« Notre maison brûle et nous regardons ailleurs », ce cri d’alarme lancé par Jacques Chirac en 2004 au sommet de la Terre de Durban en Afrique du Sud, relayé depuis par d’autres appels dont celui d’Antonio Gutterez, l’actuel secrétaire général des Nations unies, appelant à « la fin de la guerre contre la nature » et à la mobilisation générale, n’ont pas contribué, loin s’en faut, à susciter le sursaut généralisé tant espéré permettant d’entrevoir l’avenir de la planète Terre avec optimisme.
Le péril climatique est-il alors inéluctable ? Pourquoi cette course à la lenteur face à un phénomène scientifiquement acté et qui expose l’humanité à un risque existentiel ? Quelle est a contrario l’ampleur des efforts à déployer et des transformations à opérer afin de conjurer l’irréparable ?
I. Chronique d’une catastrophe annoncée
Plus d’un siècle a été nécessaire pour que la thèse du réchauffement climatique s’impose scientifiquement et qu’il s’ensuive une mobilisation des États dans la lutte contre ce phénomène aux conséquences dommageables.
A. Une prise de conscience lente mais progressive
L’histoire du réchauffement climatique débute à la fin du XIXe siècle avec les travaux de Svante Arrhenius. Ce chercheur suédois cherche à expliquer les cycles de glaciation qui ont rythmé l’histoire de la terre. Il identifie alors le dioxyde de carbone présent dans l’atmosphère comme le facteur explicatif des changements de températures passés. Svante Arrhenius attire alors l’attention sur le fait que l’homme et la civilisation industrielle sont en train de modifier la composition de l’atmosphère en dioxyde de carbone à travers l’utilisation du charbon. Le scientifique suédois émet alors l’hypothèse selon laquelle la combustion des énergies fossiles par l’homme accroît la concentration en dioxyde de carbone dans l’atmosphère entrainant une progression arithmétique des températures et de ce fait un réchauffement global sur la surface terrestre. Ses conclusions corroborent ce faisant l’effet de serre découvert quelques années auparavant par Jacques Fournier en 1827.
Encadré 1 Qu’est-ce que l’effet de serre ?
L’effet de serre au cœur du réchauffement climatique est un phénomène naturel sans lequel toute vie terrestre serait impossible. Pour le comprendre, il faut partir des interactions qui existent entre la terre et le soleil. La première reçoit toute son énergie du second sous forme de rayonnement. Une partie de la réverbération des rayons du soleil sur la Terre est piégée dans une couche de gaz située à basse atmosphère afin d’éviter que ces rayonnements infrarouges ne se dispersent dans l’espace. Composés de vapeur d’eau, du dioxyde de carbone, du méthane, de l’oxyde d’azote et de l’ozone, ces gaz à effet de serre se comportent en couverture. En effet en piégeant la chaleur, ils favorisent une augmentation de la température terrestre rendant la vie sur terre possible. Sans ces gaz, la température moyenne terrestre se situerait autour de – 18 °C.
Figure 1 : Répartition des contributions à l’effet de serre naturel
des différents gaz présents dans l’atmosphère
Source : GIEC
Le mécanisme d’effet de serre naturel ainsi décrit apparaît donc vital. Ce qui pose problème dans le cadre du réchauffement climatique, c’est l’effet de serre additionnel généré par les activités humaines. Depuis la révolution industrielle, l’homme a émis des quantités importantes de gaz dans l’atmosphère à la suite de combustion des énergies fossiles. Leur accumulation dans l’atmosphère accroît l’épaisseur de la couverture atmosphérique et génère de ce fait un effet de serre additionnel débouchant sur une modification du système climatique et une élévation du niveau moyen des températures terrestres. C’est le phénomène de changement climatique.
Le dioxyde de carbone (CO2) est le gaz à effet de serre le plus connu. Il est à l’origine de l’essentiel de l’effet de serre additionnel. D’autres gaz y contribuent aussi. Il s’agit du méthane (CH4), du protoxyde d’azote (N20) et de l’azote troposphérique (03). La longévité de ces gaz dans l’atmosphère est variable et tous ne contribuent pas uniformément à l’effet de serre. Si le CO2 subsiste pendant au moins 100 ans, le méthane quant à lui ne dure que 12 ans tandis que le protoxyde d’azote perdure jusqu’à 114 ans.
Pour mettre en lumière l’impact des différents gaz à effet de serre pour une durée de temps donné, les scientifiques ont établi un indice dénommé PRG ou « Pouvoir de réchauffement global ». Le PRG se définit comme le forçage radioactif cumulé sur 100 ans. Il permet en d’autres termes de mesurer la puissance radiative que les gaz à effet de serre renvoient vers le sol sur une période de 100 ans. Il a donc pour vocation de mesurer la contribution marginale de chaque gaz au réchauffement climatique comparativement à celle du dioxyde de carbone. Le PRG du CO2 est ainsi égal à 1, il sert d‘étalon de base.
Le PRG d’un gaz est fonction de la durée prise en compte dans le calcul et de la vitesse de son élimination progressive au cours du temps.
Tableau 1 : Les gaz à effet de serre, durée de vie, pouvoir de réchauffement, répartition et sources d’émission
| Gaz à effet de serre | Durée de vie | Pouvoir de réchauffement (à 100 ans) | Émissions mondiales de GES (en % des émissions totales 2010) | Source d’émissions |
| Gaz carbonique (CO2) | 100 | 1 | 74 | Combustion de fossiles, procédés industriels déforestation |
| Méthane (CH4) | 12 | 25 | 17 | Déchets, agriculture et élevage, procédés industriels |
| Protoxyde d’azote (N2O) | 114 | 298 | 7 | Agriculture, procédés industriels, engrais |
| Hydrofluorocarbure (HFC-23) | 270 | 14 800 | 2 | Sprays, réfrigération, procédés industriels. |
Source : GIEC (2014
Ces chiffres mettent en évidence d’abord l’effet réchauffant exacerbé du méthane. Une émission d’un kg de méthane dans l’atmosphère produit le même effet sur le siècle que 25 kg de CO2 émis. En d’autres termes, un 1 kg de méthane génère 25 fois l’effet de serre cumulé sur un siècle que celui d’1 kg de CO2. D’autre part, un gaz doté d’un PRG ...