PREMIÈRE PARTIE
DEVENIR UN EXPERT
DE SON TROUBLE
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LA PERSONNALITÉ, LE TROUBLE DE LA PERSONNALITÉ, LE TEMPÉRAMENT
« La personnalité s’affirme par ses limites ».
André Gide, Journal (1889-1939)
La personnalité
La personnalité peut être définie comme un système dynamique qui maintient son équilibre interne tout en répondant aux stimulations de son environnement d’une manière adaptée.
En d’autres termes, on peut donc dire que la personnalité désigne la manière dont un individu pense, réfléchit et agit en fonction d’une situation donnée. La personnalité est une organisation, un système plus ou moins ferme de traits qui caractérisent une personne dans son unité, sa singularité et sa permanence vis-à-vis de son entourage et par rapport à elle-même.
Les traits de personnalité sont un ensemble de particularités psychologiques profondément ancrées dans un individu qui s’expriment dans pratiquement tous les aspects du fonctionnement mental la manière de penser, d’aimer, de communiquer sur le plan familial, social, et professionnel.
Les traits sont considérés comme des sous-dimensions de la personnalité, alors que le type de personnalité, appelé aussi « dimension de la personnalité », englobe les différents traits (ou sous-dimensions). Les traits sont des prédispositions stables qui permettent de décrire la probabilité et le changement de l’action lors d’une situation spécifique. Certains auteurs définissent les traits de personnalité comme étant « des dimensions décrivant des différences individuelles dans les tendances à manifester des configurations cohérentes et systématiques de pensées, d’émotions et d’actions ». Selon cette définition, les traits reflètent donc les styles cognitifs, émotionnels, comportementaux, expérientiels et motivationnels propres à chaque individu.
Selon Hansenne, un trait de personnalité représente « une caractéristique durable, la disposition à se conduire d’une manière particulière dans des situations diverses ».
Le trouble de la personnalité
Le trouble de la personnalité est un concept utilisé en psychiatrie qui désigne un syndrome présentant une séquence évolutive particulière.
Ce concept ne doit pas être confondu avec celui de la « maladie » qui est une entité morbide naturelle qui repose sur une étiologie, mais aussi, le plus souvent, sur une physiopathologie définie, traumatique, ou infectieuse. En psychiatrie le statut de maladie ne concerne que les troubles psychotiques secondaires à l’absorption de substances (ou à un désordre organique autre).
Un trouble de la personnalité est un mode durable de l’expérience vécue :
■qui dévie notablement de ce qui attendu dans la culture de l’individu,
■qui est rigide et envahit des situations personnelles et sociales très diverses,
■qui est stable dans le temps,
■dont les premières manifestations apparaissent au plus tard à l’adolescence ou au début de l’âge adulte,
■et qui est la source d’une souffrance ou d’une altération du fonctionnement.
Chez les borderline, la personnalité est « troublée » par des traits (schémas omniprésents et persistants de pensées, de perceptions, de réactions et de relations aux autres) qui perturbent ses capacités d’ajustement et nuisent considérablement à sa capacité à fonctionner, ce qui entraîne une souffrance importante pour la personne.
Comme nous le détaillerons plus loin, les traits de la personnalité borderline sont divers, nombreux, et parfois antagonistes. Les plus importants sont sans doute l’intolérance à la solitude et la peur de l’abandon qui peuvent conduire la personne à recourir à des actes d’autodestructions pour gérer la solitude ou éviter d’être seules ou abandonnée. Par exemple, elles peuvent tenter de se suicider afin de communiquer leur détresse et de faire en sorte qu’on vienne les secourir et prendre soin d’elles. Parfois, hélas, la tentative se termine par la mort.
Souvent, d’autres troubles accompagnent le trouble de la personnalité borderline. À savoir :
■la dépression,
■les troubles anxieux (tels que le trouble panique),
■les troubles de stress post-traumatique,
■les troubles des conduites alimentaires,
■les troubles liés à l’usage de substances.
Le tempérament
Depuis l’époque antique, avec les travaux d’Hippocrate, le tempérament est décrit comme étant « des manières d’être » qui peuvent trouver leur origine dans les humeurs. Selon Hippocrate, les qualités physiques des quatre éléments fondamentaux (l’air, la terre, l’eau et le feu) ont une influence sur les humeurs du corps humain.
Inspiré par la théorie d’Hippocrate, Claude Galien détermine quatre types de tempéraments tels que le tempérament flegmatique, le tempérament sanguin, le tempérament mélancolique, et le tempérament colérique. Empédocle (VIe siècle av. J.-C.) avait quant à lui rattaché les tempéraments décrits par Hippocrate à des liquides organiques (également qualifiés d’humeurs) : le tempérament flegmatique correspondait à la lymphe, le tempérament sanguin correspondait au sang, le tempérament mélancolique correspondait à la bile noire et le tempérament colérique correspondait à la bile jaune. La prédominance de l’une ou l’autre humeur déterminait le tempérament. Selon cette conception, le flegmatique correspondait donc à un individu apathique, le sanguin à un individu optimiste, le mélancolique à un individu triste, morose et le colérique correspondait à un individu irascible, fort et combatif.
Si ce rapide inventaire démontre que la terminologie du terme tempérament a été marquée par diverses approches au fil des temps, il est également intéressant de noter que la notion de tempérament est aujourd’hui de plus en plus prise en considération par les chercheurs qui étudient le concept de la personnalité. Selon Allport (1937), par exemple, le tempérament constitue les phénomènes caractérisant la nature émotionnelle d’un individu, ce qui inclut sa susceptibilité aux stimulations émotionnelles, la force et la rapidité de sa réponse, la nature de son humeur prédominante, et toutes les particularités relatives aux fluctuations et à l’intensité de l’humeur, ces phénomènes sont d’origine héréditaire. Cette définition du tempérament souligne la relation entre le tempérament d’une personne et sa nature émotionnelle, la nature et la fluctuation de l’humeur, sa capacité de réaction, insistant sur le caractère héréditaire du tempérament. Quant à Kagan, il affirme que le tempérament désigne toute caractéristique émotionnelle ou comportementale distinctive et relativement stable qui apparaît dans l’enfance sous l’influence de l’héritage biologique, notamment de différences dans la neurochimie du cerveau.
Aujourd’hui, le « modèle biosocial » de la personnalité de Cloninger associe trois tempéraments avec des variables biologiques (systèmes neurotransmetteurs). À la différence de la classification de Galien, le modèle de Cloninger repose sur diverses études de validation. Il définit le tempérament comme une dimension de la perso...