Chapitre VII
La postérité
Le 23 mai 1885, le lendemain de la mort de Victor Hugo, Charles Floquet, président de la Chambre des députés, prononce ces mots devant la Chambre : […] désormais, il vivra dans l’éternelle admiration de la postérité […]
Commémorations
Les grandes célébrations ont consacré le génie de Victor Hugo. Elles ont pris à chaque fois un caractère officiel d’une part, et d’autre part, elles ont donné lieu à de très nombreuses initiatives privées. La Maison de Victor Hugo à Paris possède de nombreuses archives et documents sur les différents anniversaires, centenaires, cinquantenaire et bicentenaire de Victor Hugo.
Centenaire de la naissance de Victor Hugo en 1902
Lors d’une séance du Conseil municipal de Paris, le 21 juin 1901, François Froment-Meurice, neveu de Paul Meurice, lui-même exécuteur testamentaire de Victor Hugo, lit une lettre de son oncle, dans laquelle Paul Meurice, Georges et Jeanne Hugo, les petits-enfants, offrent à la Ville de Paris de lui donner les très riches collections de dessins, de meubles, d’éléments de décoration, les bustes de Hugo jeune, en marbre, par David d’Angers, celui de Hugo âgé par Rodin, et le masque mortuaire fait par Dalou. À cela s’ajoutent des estampes, toutes les éditions des œuvres, la chambre mortuaire de l’avenue Victor Hugo, plus une somme de cinquante mille francs pour les frais d’aménagement du musée, qui se situerait au numéro six de la place des Vosges, où le poète a habité avec sa famille de 1833 à 1848. La Ville de Paris est déjà propriétaire du bâtiment, devenu école communale, qu’il faudrait donc réaménager.
Paul Meurice demande en même temps que soit inaugurée la Maison de Victor Hugo le jour du centenaire, le 26 février 1902, mais elle ne le sera que le 30 juin 1903.
En novembre 1901, le Conseil municipal adopte la proposition suivante : un crédit de trois cent mille francs est voté pour l’organisation de la fête du centenaire de la naissance de Victor Hugo, qui se tiendra place des Vosges.
Dès le 25 février, des délégations de Prague, de Vienne, d’Arménie, de Pologne, de Bulgarie, de Serbie, de Grèce, d’Haïti, le maire de Saint-Pétersbourg, invités par les membres du Conseil municipal, sont reçus à l’Hôtel de Ville. Un concert suit la réception, beaucoup de pièces musicales, sur des paroles de Victor Hugo, sont jouées.
Respectant la décision prise en Conseil des ministres et approuvée par le Parlement, qui a accordé un crédit de quatre-vingt mille francs pour couvrir les différentes dépenses, le gouvernement célèbre le centenaire de la naissance de Victor Hugo au Panthéon, le 26 février 1902, à dix heures, en présence du président de la République Émile Loubet. Les représentants des grandes institutions administratives et politiques, des noms illustres, sont invités. Quatre mille personnes assistent à la cérémonie. Des enfants des écoles primaires et des lycées sont là, à côté du buste de Victor Hugo par David d’Angers, élevé sur une stèle de deux mètres de haut sous la coupole, au milieu d’une colline de fleurs. Pour la circonstance, le Panthéon a été complètement décoré, à l’extérieur et à l’intérieur. Une immense couronne d’or pend de la coupole, ainsi que des cordons de feuillage. Un autel porte la mention : À Victor Hugo. Le peintre Théobald Chartran reçoit une commande d’État pour une peinture qu’il exécutera en 1904.
En 1895, le projet d’un monument, financé par souscription nationale, à Victor Hugo est confié à Louis-Ernest Barrias. En 1896, un contrat est passé avec le sculpteur, qui obtient un atelier dans la Galerie des machines, monument construit dans le quartier de Grenelle pour l’Exposition universelle de 1889, et qui sera démoli en 1909. Les reliefs sont confiés à Falguière. Paul Meurice demande à la Ville de Paris un emplacement pour le monument ; le Conseil municipal accorde l’ancienne place d’Eylau, devenue place Victor Hugo, voisine de l’hôtel où était mort le poète. En 1900, Falguière meurt sans avoir effectué les reliefs, qui reviennent à Barrias. L’inauguration a lieu le mercredi 26 février 1902 à quinze heures (jour anniversaire de la naissance de Victor Hugo), après la cérémonie du Panthéon, en présence du président de la République, du préfet de la Seine et de la famille. La statue, en bronze, mesure onze mètres de hauteur et repose sur un socle de pierre. Elle représente Hugo sur un rocher de Guernesey, entouré des quatre Muses des lettres. Aux pieds du poète se trouvent la Poésie lyrique, la Poésie dramatique, l’Épopée et la Satyre. Le sculpteur Barrias y travaille pendant six ans. Malheureusement, en 1941, la statue est fondue sous le régime de Vichy, pour produire des armes pendant l’Occupation, lors de la deuxième guerre mondiale. Les bas-re...