Charles Perrault
Contes en prose
Mme D’Aulnoy
Contes de fées
par Anne Defrance
L’édition de référence du concours est :
Charles Perrault, Contes, édition de Catherine Magnien, Le Livre de Poche, no 21026. Seulement les contes en prose.
Mme D’Aulnoy, Contes de fées, édition de Constance Cagnat-Debœuf, Folio classique, no 4725.
Introduction
L’innovation consistant à proposer, dans ce programme d’agrégation, une sélection des contes de Charles Perrault et de Marie-Catherine d’Aulnoy – deux auteurs exactement contemporains, l’un masculin, l’autre féminin – témoigne du changement de regard porté sur un genre littéraire considéré comme mineur, qui fit son apparition en France à la fin du XVIIe siècle : le conte de fées.
Seuls les contes de Perrault réussirent à traverser les siècles, bénéficiant d’une immense popularité, au prix d’une méconnaissance paradoxale : c’est à leurs éditions pour la jeunesse, souvent infidèles aux textes initiaux, qu’on la doit, quand ce n’est pas uniquement aux dessins animés produits dans les studios Disney, c’est-à-dire à quelques contes seulement, issus d’un ensemble déjà peu nombreux au regard de l’immense production des auteurs féminins, restée dans l’ombre, quelques textes faisant exception.
Pourtant les contes de Mme d’Aulnoy furent adulés en leur temps, bénéficiant même, au XVIIIe siècle, d’un nombre d’éditions légèrement supérieur à ceux de Perrault. Ayant été comme eux repris par la Bibliothèque bleue de Troyes, qui les imprimait sur du papier de piètre qualité, les reliait en petits livrets brochés et recouverts de papier bleu, d’où leur nom, ils étaient distribués par des colporteurs dans les villes et les campagnes de France. Les contes de Mme d’Aulnoy furent rapidement traduits et diffusés en Europe, surtout en Angleterre, puis Allemagne et Italie, où ils furent adaptés souvent à l’usage d’un jeune public, avant d’être relégués dans l’oubli au XXe siècle, quelques-uns seulement ayant été épargnés (« La Belle aux cheveux d’or », « L’Oiseau bleu »…).
Avant d’entrer dans leur étude, répondons d’emblée à une question technique qui se posera aux candidats à l’agrégation. Sous l’impulsion des études de genre qui se sont développées aux USA dans les années 1970 et pour des raisons de parité, une tendance s’est fait jour dans la critique quant à la manière de désigner « Madame d’Aulnoy ». Cette formulation et son abrégé « Mme d’Aulnoy » sont d’un usage toujours en vigueur, étant d’ailleurs utilisés conjointement dans l’édition de Constance Cagnat-Deboeuf (parue en 2008). Toutefois, la critique désigne de plus en plus souvent les auteures soit par leur prénom suivi de leur nom (« Marie-Catherine d’Aulnoy »), soit par le nom seul précédé de la particule nobiliaire : « d’Aulnoy ». Cette particule s’impose car elle précède un nom propre polysyllabique commençant par une voyelle. Précisions encore qu’elle ne prend pas de majuscule à l’initiale, sauf bien sûr si elle est placée en tête de phrase. Toutefois il faut bien reconnaître un flottement dans l’usage lié au redoublement du lexème « de » : la formule « contes de d’Aulnoy » se rencontre moins souvent que « contes d’Aulnoy », pour des raisons d’euphonie probablement.
Vous pourrez donc utiliser indifféremment lors les épreuves du concours toutes ces formes, en veillant à harmoniser les désignations (ne pas écrire par exemple « Contes de Charles Perrault et d’Aulnoy », ni « Perrault et Marie-Catherine d’Aulnoy »).
Autre petit problème d’orthographe : faut-il écrire « conte de fées » ou « conte de fée » ? Les deux sont possibles. En ce qui me concerne, je préfère utiliser l’orthographe retenue par -Henriette-Julie de Murat, première auteure à avoir choisi l’appellation Contes de fées pour titre de son recueil paru en 1698, un an après les premiers volumes de Contes des fées de son amie, Marie-Catherine d’Aulnoy.
Pour faire référence à vos éditions dans les notes, je ne signalerai les auteurs qu’en cas de nécessité, me contentant des titres des contes et des pages.
I
Charles Perrault – Marie Catherine d’Aulnoy
Biographies et contextes
La renommée des contes de Perrault est telle que la désignation « contes de Perrault » qui s’affiche en titre de certaines éditions, est devenue une formule soudée (« contes-de-Perrault »), presque une appellation générique. La renommée de ces brefs textes, qui forment peut-être les plus célèbres de la littérature française, a éclipsé celle de l’homme. Peu de gens savent en effet que Charles Perrault mena la brillante carrière d’un haut fonctionnaire. Il fut vingt années durant le bras droit du premier ministre de Louis XIV, Colbert. Il joua donc un rôle de premier plan dans la politique culturelle de la France, politique entièrement asservie à une visée : la consolidation de l’absolutisme monarchique.
1. Stratégies familiales et engagement personnel : des Perrault à Charles Perrault
Envisageons le singulier parcours de l’homme, pour comprendre la manière dont son œuvre s’articule étroitement avec sa carrière politique dans un système dont il fut l’un des artisans les plus actifs. Ce contexte forme la toile de fond de ces Histoires ou contes du temps passé qui parlent pourtant si bien, à leur manière, de leur époque, mais pas seulement, puisqu’elles continuent de toucher tant de lecteurs.
1.1. Un élève doué et bien entouré
Né le 12 janvier 1628 à Paris dans une famille bourgeoise aisée, d’un père avocat (Pierre Perrault) et d’une mère de milieu également bourgeois (Pâquette Leclerc), Charles est le dernier de sept enfants, et le jumeau – la famille en compte plusieurs – d’un frère qui meurt quelques mois après sa naissance. Plus tard, il perd son unique sœur. Trois ainés le précèdent dans cette fratrie soudée : Pierre, l’aîné, futur receveur des Finances qui se tournera vers les sciences, Claude, le futur médecin passionné d’architecture, et Nicolas, futur théologien en Sorbonne. Ils compteront pour beaucoup dans son destin, et Charles fera son possible pour les aider dans leur carrière. Ses biographes le c...