Deuxième partie
Histoire
Les programmes disciplinaires n’introduisent l’enseignement de l’histoire qu’au cycle de consolidation. En maternelle, il est question d’« explorer le monde » et au cycle des apprentissages fondamentaux de « questionner le monde » et plus particulièrement « le temps ».
La notion subjective de durée se met en place vers l’âge de quatre ans. Après avoir posé les repères temporels indispensables, l’enseignant peut consolider la notion de chronologie en grande section. Il sera possible alors, en fonction de l’environnement de l’école et du projet de classe, de partir explorer. C’est-à-dire de « battre le terrain, reconnaître en parcourant » ce que Victor Hugo étend à « partir à la découverte » (sous la dir. d’Alain Rey, Dictionnaire historique de la langue française, Robert, 2004).
En cycle 2, les élèves continuent à apprendre à se repérer dans le temps et le mesurer. Mais en plus, ils le questionnent, lui « demandent une information, un éclaircissement ». Étymologiquement, la question « désigne la recherche en général » mais peut aussi être « un point d’intérêt, une matière à réflexion » (ibid.). Il s’agit donc à la fois de faire rechercher et de faire réfléchir les élèves.
Comme pour le cycle 1, aucune connaissance spécifique n’est imposée. Les élèves doivent repérer et situer quelques évènements dans le temps long. Il s’agit de construire un projet de classe permettant de repérer des périodes de l’histoire du monde et de France en s’inscrivant dans l’environnement de l’école.
Le « monde » signifie à la fois « le globe terrestre » et « la communauté humaine » (ibid.) vivant sur Terre. Il n’est pas possible de dissocier les humains de leur environnement.
La définition la plus simple de l’histoire est « le récit des évènements relatifs à un peuple, à l’humanité en général » (ibid.). Plus largement l’histoire est une science humaine « qui se met en dehors de chaque société particulière, […] soucieuse de saisir une réalité immanente à l’homme, elle se place en deçà de tout individu et de toute société. » (Claude Lévi-Strauss, Anthropologie structurale, Plon, t. I, 1958 ; t. II, 1973)
L’histoire cherche donc non seulement à raconter les humains mais à en saisir une « réalité immanente », c’est-à-dire à les comprendre pour les expliquer.
Depuis Hérodote et Thucydide, la science historique s’est progressivement dotée d’un corpus de méthodes, de compétences et de connaissances. Le but en est de rechercher la vérité sur les faits passés en évitant l’erreur. La première règle intangible est énoncée par Descartes : « ne recevoir jamais aucune chose pour vraie, que je ne la connusse évidemment être telle : c’est-à-dire […] éviter soigneusement la précipitation et la prévention, et […] ne comprendre rien de plus en mes jugements que ce qui se présenterait si clairement et si distinctement à mon esprit, que je n’eusse aucune occasion de le mettre en doute. » (René Descartes, Discours de la méthode pour bien conduire sa raison et chercher la vérité dans les sciences, plus la dioptrique, les météores et la géométrie, 1637)
L’histoire exclut donc les mythes c’est-à-dire les fictions. Ce qui n’est pas si évident car ils la parsèment comme autant de “fake news”. Par exemple, Néron pensait (ou faisait croire) que les chrétiens étaient cannibales (à cause de l’eucharistie). En tant que science, l’histoire se méfie, tout en l’utilisant, de la mémoire. Elle a besoin, pour être faite, des témoignages. La méthode scientifique impose, pour les utiliser, qu’ils soient recoupés, vérifiés, contextualisés, interprétés. Cette démarche, enfin, doit avoir conscience de ses limites : « Les historiens racontent des événements vrais qui ont l’homme pour acteur ; l’histoire est un roman vrai. » (Paul Veyne, Comment on écrit l’histoire, Seuil, 1971)
L’histoire enseignée répond à des considérations scientifiques mais également institutionnelles c’est-à-dire nationales et sociétales. L’école a un temps enseigné les “évènements” d’Algérie et mis longtemps à évoquer la collaboration pendant la seconde Guerre mondiale. En cela, elle n’a fait que refléter l’évolution de la société et des institutions françaises. Si le temps des “hussards noirs” de la République chers à Charles Péguy est bien passé, les professeurs qui enseignent l’histoire ont un rôle qui va bien au-delà du simple récit d’évènements passés. Ils contribuent à forger une image du monde, et de la France dans ce monde. Ils ont un rôle éminemment politique, c’est-à-dire « relatif au gouvernement des hommes [et] […] qui concerne les citoyens. » (sous la dir. d’Alain Rey, Dictionnaire historique de la langue française, Robert, 2004)
En tant qu’enseignant, il faut en avoir conscience et le mesurer.
Chapitre 1.
Lire et comprendre les programmes
A Explorer le temps au cycle 1 : en connaître les compétences et les attendus
Le programme d’enseignement du cycle 1 se décline en cinq domaines d’apprentissage qui préludent les ...