Il est fréquemment arrivé après la Shoah que des couples se forment sur un terrain de douleur commune. Fanny et David, enfants juifs pris dans la tourmente exterminatrice nazie, partagent plus que le traumatisme des persécutions et la disparition de leurs proches, ils ont en commun le même univers - le Paris du XIe arrondissement -, la même culture séfarade et la même langue: le judéo-espagnol de leurs ancêtres turcs et saloniciens. Tous deux ont vu leurs pères être victimes de la rafle dite « du XIe arrondissement » (20 août 1941), à la suite de laquelle la cité de la Muette inachevée devint le camp d'internement de Drancy: ils seront déportés treize mois plus tard et exterminés.Soixante-dix-sept lettres échangées par leurs parents lors de la détention à Drancy sont à l'origine de cette entreprise de mémoire qui a conduit Fanny et David à s'engager dans la recherche de leurs racines séfarades et à travailler sur leurs souvenirs. Grâce à ce livre, fruit de dix ans d'efforts, Fanny (décédée en 2001) et David ont creusé avec leurs mots une sépulture digne pour leurs chers disparus, ces disparus auxquels les nazis refusaient l'existence au-delà même de la mort, jusque dans les mémoires.

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Deux mètres carrés
À propos de ce livre
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Informations
Un style de vie à jamais révolu
À Paris, mon père avait conservé ses habitudes de jeunesse. Comme en Grèce, il était membre d’un club salonicien où il se rendait très souvent. Je crois que l’activité principale de ces rencontres était l’entraide et l’assistance apportées par cette association aux Séfarades saloniciens dans le besoin. Activité qui avait pour corollaire la fierté d’appartenir à une Communauté Juive multi-centenaire. À cela, il convient d’ajouter la détente apportée au cours de ces réunions par les jeux que l’on pouvait y pratiquer, jeux de cartes et surtout, pour mon père, le jacquet. De temps à autre, des soirées et des banquets étaient organisés, les épouses des sociétaires étaient alors invitées. Ces soirs-là, Maman mettait sa plus belle robe, c’était une de nos voisines qui me gardait. À l’occasion de ces manifestations, les membres du club organisaient des loteries et collectaient des fonds qui leur permettaient d’apporter des secours aux nécessiteux.
Papa était très élégant. Pas très grand (bien plus petit que Maman), il était brun et peignait ses cheveux très fournis en les ramenant en arrière. Coiffé d’un chapeau mou, il portait d’ordinaire un nœud papillon, plus rarement une cravate. Il était toujours habillé d’un complet trois pièces taillé sur mesure – comme pour les femmes, s’habiller en confection n’était pas aussi facile qu’aujourd’hui et il y avait un nombre important d’artisans tailleurs pour hommes. Il avait une belle montre à gousset en or retenue par une chaînette, également en or, fixée sur une boutonnière. La montre restait enfoncée dans le gousset de son gilet. Il lisait l’heure en soulevant le couvercle. Je me souviens en particulier du petit claquement que le couvercle faisait lorsqu’il le rabattait.
Il portait des guêtres sur des chaussures impeccablement cirées, habitude et mode de début de siècle qu’il avait conservées, même lorsqu’il fut interné à Drancy. À plusieurs reprises dans ses lettres, il demanda à ma mère de lui envoyer brosses et cirage pour faire briller ses chaussures usées et irréparables (Lettres du 19 novembre 1941 et du 15 mai 1942). Interné, affamé, brimé, logé dans des locaux sales et insalubres, il a gardé face à ses geôliers une attitude fière et digne. Lui et Albert, le père de Fanny – qui réclamait les mêmes objets –, n’ont jamais courbé la tête.
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Maman était également très élégante. C’était une femme très grande, d’une taille bien au-dessus de la moyenne. Malgré un embonpoint qui la gênait, elle s’habillait avec recherche en s’adaptant à la mode de l’époque. Elle se maquillait et se parfumait discrètement. À cette époque, le maquillage consistait à appliquer sur les joues, à l’aide d’une houppette, de la poudre de riz légèrement parfumée, puis à colorer délicatement les pommettes avec un fard rouge, et enfin à souligner les lèvres avec un bâton de rouge.

Loutcha, la Maman de David.
Ses yeux marron foncé, presque noirs, étaient très beaux et très grands, cernés par une ombre naturelle. Elle coiffait avec soin ses beaux cheveux d’un noir d’ébène, pas très longs, brillants et naturellement ondulés.
Les petites perles qu’elle fixait sur ses oreilles brillaient au travers de sa chevelure comme des étoiles dans la nuit. Lorsque j’étais très jeune, je croyais que les étoiles étaient les perles du ciel.
Elle portait un petit collier de perles fines, et gardait au poignet une toute petite montre en or retenue par un bracelet noir très fin. Je me rappelle qu’elle aimait le petit bracelet d’or torsadé, terminé à chaque extrémité par un petit cœur, que Papa lui avait offert à l’occasion d’un anniversaire. Elle mettait plus rarement les bijoux de famille qu’elle avait rapportés de Grèce. Ils n’avaient pas la discrétion et l’élégance des bijoux que les femmes portaient à Paris. Elle ne sortait jamais sans ses gants, son sac à main et un chapeau agrémenté d’une voilette discrète. Les séquelles de son accident de Salonique ne lui permettaient plus de se chausser avec des talons hauts, aussi portait-elle des chaussures avec des talons dits bottiers. Souvent, elle mettait, car c’était la mode, une étole en fourrure de renard.
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Avant guerre, les jeunes garçons portaient, été comme hiver, par tous les temps, des culottes courtes et cela jusqu’à leur quatorzième ou quinzième année, voire plus. Seuls les adultes avaient des pantalons longs. D’horribles petits costumes marins, avec bérets à pompon rouge, étaient en vogue à l’époque. Le dimanche, les enfants, affublés de ce « déguisement », devaient accompagner leurs parents. Rejetant cette tenue, Maman m’avait confectionné, pour sortir, des ensembles blousons et pantalons de golf qui me distinguaient avantageuse-ment des autres enfants. Les blouses russes étaient à la mode. Aussi Maman me cousait-elle dans un tissu soyeux des chemisettes blanches ouvertes sur le côté, avec un col montant à la russe. Elle brodait des motifs multicolores sur les parements et le col de ces chemises.
Exceptionnellement, elle m’achetait les vêtements qu’elle ne pouvait faire elle-même. Je me souviens d’un manteau de fourrure que je refusais de porter quand j’avais cinq ou six ans ; la fourrure, à mon avis, était réservée aux filles.
Comme presque tous les enfants Juifs de mon entourage, je portais une Mézouza. La mienne était un petit tube d’or finement ciselé et percé d’une petite fenêtre avec abattant, par laquelle on pouvait voir l’état du parchemin sur l...
Table des matières
- Présentation de la collection « Témoignages de la Shoah » de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah
- Comité de lecture de la collection (2011)
- Biographie de Fanny Sauleman, née Eskénazi
- Biographie de David Sauleman
- Biographie de Fanny et David Sauleman
- Avant-propos
- Fanny se souvient… Ma famille
- Du début de la guerre à la déportation de mon père
- Après la déportation de mon père
- Après la guerre
- À son tour David raconte en évoquant d’abord le pays où ses ancêtres ont essayé de planter leurs racines
- Salonique
- Une vieille famille salonicienne
- Mes parents dans leur ville natale
- Mes parents à Paris
- Un style de vie à jamais révolu
- Mon Paris d’avant guerre
- La guerre
- La rafle du 20 août 1941 Drancy
- Tia Émilie
- Juifs à Paris pendant l’Occupation
- 4-5 novembre 1942
- Seuls
- Houdan
- Renazé
- Retour à Paris
- Œuvre de secours aux enfants (OSE)
- Retrouvailles avec quelques membres de ma famille
- Maurice Tabak tuteur de mon frère Maurice Claude
- Mes premiers pas après l’OSE
- Notre fille Pascale Lucie Sarina Sauleman est née le 2 mars 1960
- Tant d’êtres chers que je n’ai jamais revus
- Voilà comment ils sont partis
- Une image de vie et d’espoir : les quatre cousins Alfandari
- Salomon Benforado
- Épilogue
- Appendices
- Remerciements
- Crédits des illustrations
- Titres disponibles dans la même collection
Foire aux questions
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