Cahiers Albert Cohen N°20
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Cahiers Albert Cohen N°20

La folie dans l'œuvre d'Albert Cohen

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  3. Disponible sur iOS et Android
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Cahiers Albert Cohen N°20

La folie dans l'œuvre d'Albert Cohen

À propos de ce livre

Le lecteur d'Albert Cohen est assez vite frappé par la multiplicité des références à la folie dans l'oeuvre. Pathologies diverses, folie prophétique du personnage principal, folie amoureuse, folie du monde, lyrisme échevelé et goût oriental de la grandeur et du travestissement: la folie est partout. Cohen, lui-même lecteur et admirateur de Freud, se livre à une psychopathologie de la vie quotidienne de ses personnages et nous conduit de l'appréhension clinique des comportements (narcissisme, mégalomanie, délire de persécution, scarifications, pulsions suicidaires) à une vision plus symbolique de la folie, carnavalesque au sens de Bakhtine ou prophétique au sens de Neher. Les articles qui composent cet important dossier (C. Stolz, B. Bohet, D. Poizat, M. Decout, M. Davies, A. Jean, C. Quint, A. Schaffner), nous invitent à une promenade dans les différents aspects de ce motif récurrent dans l'oeuvre, mais jamais exploré en tant que tel. Ce numéro comporte également une étude sur « Cohen et les moralistes » (C. Brochard) et sur les rapports entre « Corps et société » dans son oeuvre (G. Dolléans).

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Informations

Vers le jardin …
La folie dans l’œuvre d’Albert Cohen

Denis POIZAT
Les critiques unissent leur voix : la folie habite l’œuvre d’Albert Cohen. Arnold Mandel évoque une « fondamentale inadéquation »78, Georges Anex y voit « un immense carnaval dansé sur du vide »79 tandis que Jean Freustié assure que « c’est un livre fait pour casser l’orgueil. Pour casser tout »80 . D’autres en font l’un des pivots de l’œuvre. Pierre Henri Simon mentionne « l’extase des amants descendant affolés vers la mort »81, Maurice Zermaten invoque « l’Amour fou, amour total, amour désespéré… »82. C’est une œuvre, nous dit-on, de démystification. Ainsi, Alain Clerval affirme qu’« Albert Cohen veut fustiger le culte de l’amour fou »83 dans le moment où Claude Roy relève que « ce qui est admirable…c’est la force égale du voleur d’étincelles et du bouffon ». Quant à Claude Lanzmann84, il dépeint Albert Cohen comme ce « fol et doux ouvrier qui se hâte car il y a urgence..»85 tandis que l’œuvre est « exaltation et dérision à la fois, amour fou mesuré au grand mètre étalon de la mort ».
Multiplier les références critiques à la folie dit bien peu cependant de ce qu’embrasse le mot.
S’il évoque aujourd’hui le désordre mental, Roger Bastide l’associe d’abord à la naissance du christianisme ralliant l’extravagance au péché. À l’âge théologique, rappelle Thomas Szasz86, les figures de l’hérétique, du bouc émissaire, du sacré et du damné se relaient. Aux grands fléaux de l’humanité, telle la lèpre dans ses formes symbolique et dermatologique, succède au XVIIème siècle la calamité de la folie présidant à l’édification des hôpitaux où tout, absolument, s’apparente : mendiants, fous, libertins, pauvres et invalides. La folie court ainsi. Elle altère le comportement, se soumet à l’explication théologique, aiguise l’art du médecin, s’offre enfin à l’interprétation du monde alentour où affirmations de nature théologique et thérapeutique alternent jusqu’à se confondre parfois.
Elle bourdonne : souffrance, passion, hubris, maladie. Albert Cohen le sait-il, qui déclare sans ironie : «J’admire les critiques qui expliquent à l’auteur ce qu’il a entendu faire. Lui, il n’en sait rien » ?87 Dans ses Carnets 1978, il livre qu’ « Un génie de la littérature est une sorte de fou qui a assez d’intelligence et de ruse pour dissimuler et utiliser sa folie »88. Sa langue de littérature nous perd, qui résonne de l’épaisseur des siècles. Peut-on alors rendre intelligible la folie de ses personnages ?
On lança à Albert Londres alors qu’il formait son projet d’enquête au cœur des asiles d’aliénés, dans les années vingt : « Vous êtes fou, Londres, de vouloir aller chez les fous, puisque vous n’êtes pas fou ! ». Pulvérisée, la catégorie du fou s’emploie-t-elle à faire de lui une sorte de « personnage conceptuel » comme le prétendait Gilles Deleuze ? Il s’en écarte bien souvent. Car le personnage du fou est moins le produit d’un diagnostic que celui d’un jugement sensible. Avec le mot, Albert Cohen charrie les sédimentations des millénaires. Dans Belle du Seigneur, tardivement, un motif se détache et rejoint à bien des égards l’antique caractère prophétique du fou. On y trouve cet air de sagesse et de vérité qu’incarne la figure juive du hakhame, et mieux, cet air de rapprochement entre raison et déraison. Au terme de l’itinéraire ondoyant du mot, Albert Cohen l’extirpe du sens commun et en installe la force voilée au creux d’un lieu de concorde retrouvée : le jardin. Cela est subreptice, le mot est d’emblée consacré dans son tour habituel. Sa banalité mise à nu, il révèle son lot de souffrance puis, se libérant des énoncés neutres, il se retranche du sens commun. Cet éparpillement de sens procède par l’effet alluvionnaire de la langue. Affadie à dessein jusqu’à s’estomper, la consistance de la folie réapparaît enfin. Cependant, il nous faut dissiper d’abord du large spectre de la folie, la plus adoucie de toutes, la folie convenable, pour accomplir avec l’auteur le cheminement qui conduit au jardin.
La folie convenable
Sautillante, elle s’incarne dans des fous rires tour à tour moqueurs et ternes89. Ces parenthèses à peine inconvenantes90 sont parfois gonflées de tristesse et d’ironie, tantôt souvenirs d’enfance91. Cette banalité est symétrique au p’tit grain de fantaisie d’Adrien lorsqu’il déclare, admirant Solal : « C’est fou le charme qu’il a, j’aime bien le voir manier son chapelet, c’est une habitude d’Orient, il paraît. Tu sais, à mon retour, je me commanderai un smoking blanc comme lui… »92. Fantaisie calculée, rabattue au smoking ; Adrien ne triturera jamais le komboloï. L’on songe alors à la digression du carnaval, carne levare si conforme et qu’on donne pourtant pour l’affranchissement fredonnant des existences recluses, abandonnant un temps les conventions du monde pour ces navrantes nuits de folie. En opérant la dilution du m...

Table des matières

  1. Titres déjà parus aux éditions Le Manuscrit
  2. Éditorial
  3. ÉTUDES
  4. Quelques aspects de la langue de la folie chez Cohen
  5. Le champ lexical de la folie dans Belle du Seigneur
  6. Le « sous-bouffon général » : le fou du roi chez Albert Cohen
  7. Vers le jardin … La folie dans l’œuvre d’Albert Cohen
  8. « Dites-moi fou mais croyez-moi ». Trois aspects de la folie dans Belle du Seigneur
  9. Cohen et Sagan : la folie amoureuse
  10. Folie et monstrueux dans « Combat de l’homme »
  11. AUTRES CONTRIBUTIONS
  12. Albert Cohen et le XVIIe siècle moraliste
  13. Corps et société dans Belle du Seigneur : quelques éléments d’interprétation
  14. « Albert Cohen : l’écrivain le plus drôle qui soit »
  15. BIBLIOGRAPHIE
  16. Cahiers Albert Cohen