Je suis née le 10 décembre 1933 à Paris dans une famille de musiciens. J'ai 5 ans et demi quand éclate la guerre. Je vais passer trois ans à Royan et c'est à cette époque que je découvre que ma mère est juive mais pas moi, car mon père est catholique. J'exprime dans mon récit l'incompréhension de cette répression et l'angoisse qui m'étreint en pensant que ma mère peut être arrêtée à tout moment. Nous avons traversé toutes les deux, la main dans la main, cette période de tous les dangers y échappant par miracle. Pendant ces années de malheur, la musique m'a toujours accompagnée. Je conserve le souvenir intact de cette partie de ma vie, qui m'a marquée à tout jamais. Ce livre retrace cette période tragique de l'histoire, vue et racontée par une enfant qui voit sa vie basculer du jour au lendemain sans comprendre pourquoi.

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Il était une fois... la guerre
Par une petite fille qui n'a rien oublié
- French
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9782304047905
Chapitre 1
Juin 1939
Il était une fois... C’est ainsi que débutent toujours les contes de fées, avec les princesses et les princes charmants qui font rêver les petites filles comme moi.
Moi, Françoise, cinq ans et demi.
J’adore les contes de fées. Ma grand-mère me raconte les contes de Perrault. Elle me raconte aussi l’histoire des rois de France. J’ai mes préférés, Saint Louis avec sa belle couronne sur la tête ; par contre je déteste Louis XI qui enfermait ses prisonniers dans des cages. Quelle horreur ! Et cette pauvre Jeanne d’Arc qu’ils ont brûlée vive, comme elle a dû avoir mal. Moi qui me suis brûlé le doigt en posant ma main sur la cuisinière... alors elle, comme elle a dû souffrir ! Et puis, il y a aussi des gravures qu’elle me montre dans un gros livre avec une couverture rouge et or. Ces gravures représentent des batailles avec des soldats en armure qui tuent leurs ennemis à coups d’épée. Ça doit faire mal, ça aussi, de recevoir un coup d’épée !
La guerre. Je n’aimerais pas me trouver dans une guerre... et pourtant...
Ma grand-mère Blanche est la mère de mon père. Je l’ai baptisée quand j’étais petite « mémémamie », surnom qui a été adopté par la famille pour la distinguer de ma grand-mère maternelle que j’ai baptisée « mémé kola » car elle a toujours des petits chocolats pour moi dans sa poche.
Mémémamie habite avec nous, contrairement à mémé kola.
Mon père, mon cher papa, je ne le vois pas souvent, il est très occupé. Architecte et compositeur de musique, il est actuellement secrétaire général de l’Opéra-Comique. Je vais souvent avec maman lui rendre visite dans son bureau. Un jour, il m’a emmenée voir la salle où il y avait une répétition de l’orchestre. Le chef m’a fait un signe de la main, j’étais très fière. Bien sûr la salle était vide, mais éclairée. J’étais éblouie par tout cet or et ce rouge, mais étant dans la loge du président, m’avait dit papa, j’avais un peu le vertige.
Et maman. Ma maman est pianiste. Dans le salon, à la maison, il y a son piano à queue, un piano Gaveau en bois marron. Elle m’a expliqué un jour qu’en sortant du Conservatoire où elle venait d’avoir son premier prix, la maison Gaveau lui avait signé un contrat comme quoi elle s’engageait à toujours lui fournir un piano pour ses concerts, à condition que maman s’engage à ne jouer que sur des pianos Gaveau. Voilà pourquoi, dans le salon, il y a « son piano » à elle. Difficile pour moi d’y toucher.
— Françoise, ne tape pas sur le piano.
— Dis maman, quand est-ce que tu me commences ?
— Quand tu sauras lire couramment.
C’est toujours la même chose. Je ne sais pas encore bien lire, pourtant j’aimerais qu’elle commence à m’apprendre. J’ai tellement envie de jouer un jour comme elle et ce n’est pas sur mon petit piano de poupée que je peux apprendre. Du reste, les touches noires sont juste peintes sur les touches blanches.
Pourtant, elle m’a dit un jour que j’avais une bonne oreille, car je chante juste et puis je sais mes notes.
Je vais aller me consoler auprès du chat. Le chat Boule, un gros chat noir aux yeux verts, est mon compagnon de jeux, car je n’ai pas de petit frère pour jouer. J’ai bien demandé à maman de m’en acheter un... Je crois, comme elle me l’a expliqué, que les filles naissent dans les roses et les garçons dans les choux, comme je crois au Père Noël. Donc, je joue avec Boule et quand je me fais gronder, ce qui arrive souvent, je viens me consoler auprès de lui, posant ma tête contre son corps, alors il ronronne.

Maman, la pianiste, Marcelle Ruff-Longeray, photo réalisée
après la guerre dans les studios IRIS 12, rue de la Boétie à Paris.
après la guerre dans les studios IRIS 12, rue de la Boétie à Paris.

Papa, Albert Febvre-Longeray et « mémémamie » Blanche Febvre-Longeray, photo prise par Maman sur le balcon de notre appartement
de la rue de Montenotte à Paris dans le quartier des Ternes.
de la rue de Montenotte à Paris dans le quartier des Ternes.
*
Nous habitons dans un appartement à Paris, près de l’Étoile. Il se compose de quatre pièces et d’un grand balcon tout le long de l’appartement, ce qui me permet de sortir et de gambader. Sur la rue donne la chambre de mes parents, dans laquelle je n’ai plus le droit d’aller depuis que je suis une « grande fille ». Je dors maintenant dans le salon, sur le divan. Le salon se trouve à côté de leur chambre. Ensuite, à côté du salon, séparé par une grande porte vitrée, se trouve le bureau d’architecte de mon père avec sa grande table à dessin, sous laquelle, les jours de pluie, je me réfugie pour jouer. Ça me fait comm...
Table des matières
- Prologue
- Première partieAvant la guerre
- Chapitre 1
- Chapitre 2
- Chapitre 3
- Chapitre 4
- Chapitre 5
- Chapitre 6
- Chapitre 7
- Chapitre 8
- Deuxième partie L’Occupation
- Chapitre 9
- Chapitre 10
- Chapitre 11
- Chapitre 12
- Chapitre 13
- Chapitre 14
- Chapitre 15
- Chapitre 16
- Chapitre 17
- Chapitre 18
- Chapitre 19
- Chapitre 21
- Chapitre 22
- Chapitre 23
- Chapitre 24
- Chapitre 25
- Chapitre 26
- Chapitre 27
- Chapitre 28
- Chapitre 29
- Troisième partie La Libération
- Chapitre 30
- Chapitre 31
- Chapitre 32
- Épilogue