Le nouveau serment d'Hippocrate
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Le nouveau serment d'Hippocrate

Le théùtre à la rencontre de la médecine

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Le nouveau serment d'Hippocrate

Le théùtre à la rencontre de la médecine

À propos de ce livre

Cet ouvrage est d'abord l'histoire d'une rencontre. Celle de deux hommes, Marc Ychou, Professeur de CancĂ©rologie dont l'art consiste Ă  sauver des vies, et Serge Ouaknine, metteur en scĂšne, qui cherche dans la prĂ©sence scĂ©nique le moment vital et sensible.Ce livre est leur Ɠuvre conjuguĂ©e afin de rĂ©-humaniser une mĂ©decine technique qui a trop oubliĂ© les fondements de sa dimension humaine. Face aux Ă©crans, le malade se sent devenir un sujet virtuel. Ainsi, le moindre geste, le moindre mot du mĂ©decin, est interprĂ©tĂ©, voire « dramatisĂ© » par le malade. Le mĂ©decin est ainsi « malgrĂ© lui » enreprĂ©sentation face aux malades et Ă  leurs familles.Conscients d'un manque « tragique », dans la relation mĂ©decin-malade, les deux auteurs ont créé des ateliers destinĂ©s Ă  de jeunes cancĂ©rologues, convaincus qu'une ponctuelle pratique théùtrale pouvait pallier le dĂ©ficit de formation des mĂ©decins Ă  la relation humaine.Depuis 2013, la FacultĂ© de MĂ©decine de Montpellier a rendu obligatoire cette formation Ă  la relation humaine par le théùtre, pour les Ă©tudiants de quatriĂšme annĂ©e.Une premiĂšre mondiale! Comment parler au malade quand la technique a dĂ©jĂ  tout dit.

Approuvé par les 375,005 étudiants

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Informations

Année
2017
Imprimer l'ISBN
9782304046564
ISBN de l'eBook
9782304046571

Les ateliers théùtre et médecine

1) Atelier pour médecins

Tout se passe en l’absence de toute volontĂ© dĂ©libĂ©rĂ©e, mais comme dans un tourbillon de sentiments de libertĂ©, d’indĂ©termination, de puissance, de divinité  Le plus remarquable est le caractĂšre involontaire de l’image, de la mĂ©taphore : l’on n’a plus aucune idĂ©e de ce qu’est une image, une mĂ©taphore ; tout se prĂ©sente comme l’expression la plus immĂ©diate, la plus juste, la plus simple.
Nietzsche, Ecce Homo
Le XXe siĂšcle a ouvert des territoires d’investigations immenses et dĂ©jĂ  largement rĂ©pertoriĂ©s. Les rĂ©cits de vie et les travaux des neurosciences mais aussi la physique fondamentale interpellent des recherches plus directement comparatives, des rĂ©flexions croisĂ©es propres Ă  plusieurs disciplines qui sont, et un art, et une science, et une technique et une maniĂšre d’ĂȘtre. La dramatisation est voisine de l’abrĂ©action, la mĂ©moire affective fait une descente plus psychosomatique des affects et des comportements.

1. Mise en situation et mise en jeu des médecins

Au dĂ©part en 2006, trois rencontres de fin de semaine sur deux jours c’était mĂ©morable et trop ! Alors nous avons rĂ©duit Ă  deux fins de semaine, hĂ©las encore avons-nous constatĂ© des absences, consĂ©quence des obligations multiples qui assaillent les mĂ©decins. Nous avons cherchĂ© une maniĂšre de synthĂ©tiser notre expĂ©rience sur une seule fin de semaine de deux jours intenses et contigus. Ainsi avons-nous densifiĂ© et raffinĂ© notre modĂšle compte tenu du temps court et fragmentĂ© dont dispose les mĂ©decins. Bref d’une seule fin de semaine. Et la formule Ă©tait trouvĂ©e. Une douzaine de mĂ©decins, un metteur en scĂšne, un professeur de mĂ©decine, une actrice et un acteur.
Trois chaises, une table et un lit sont placĂ©s chaque fois diffĂ©remment, selon les situations dramatiques. TrĂšs rapidement les mĂ©decins prennent l’initiative de moduler la configuration du lieu, de la table ou du lit dans l’espace. C’est merveille de les voir Ă©voluer et Ă©valuer la distance d’une chaise par rapport Ă  un lit d’hĂŽpital, pour que le malade et les proches accompagnants soient en une meilleure situation d’écoute.
La toute premiĂšre rencontre d’un Atelier dĂ©bute ainsi. AprĂšs un bref discours du mĂ©decin qui relate l’historique de l’éveil, en France, des plaintes des malades et des dĂ©cisions consĂ©quentes du plan cancer, le metteur en scĂšne Ă©voque les liens historiques du théùtre et de la mĂ©decine, depuis sa dimension magico-religieuse.
Nous effectuons la prĂ©sentation de nos collaborateurs acteurs et, briĂšvement sans trop de dĂ©tails, le fonctionnement de l’atelier. Et nous plongeons immĂ©diatement dans l’action non sans demander Ă  chaque participant un sursaut d’éveil et garder une verticalitĂ© du corps. Ne pas s’effondrer sur sa chaise mais rester vif et vigilant. La verticalitĂ© de la prĂ©sence n’est pas la rigiditĂ© du dos sur une chaise mais l’éveil des lombaires qui assument le porter du buste et de cette tĂȘte, comme si une ligne fluide monte et descend et unifie le corps entier. Cette verticalitĂ© accroĂźt le charisme du mĂ©decin et le maintient en attitude d’éveil. Elle est un principe premier de disponibilitĂ©. Elle signe l’émergence de la conscience de l’ĂȘtre dans son espace performatif.
Les premiers moments doivent faire tomber les rĂ©sistances, la timiditĂ©, les craintes et attentes en se mettant en route immĂ©diatement. Nous invitons d’abord en duo la conduction d’une personne d’un simple contact de l’index uni Ă  l’index d’une autre personne. Ils se dĂ©placent ainsi dans la salle, conduits du bout du doigt. Un va-et-vient d’actions et rĂ©actions qui trĂšs rapidement rĂ©vĂšle les tendances trop directives ou trop passives de chacun. Ce point de contact minimal est ensuite « mĂ©diatisĂ© » de la rigiditĂ© d’une baguette de bois qui, entre deux personnes, devient un objet tangible de contact mais aussi une distance. L’exercice est strictement muet. Si la baguette tombe c’est que l’attention de l’un des deux participants est briĂšvement distendue. La preuve est immĂ©diate. DĂšs qu’il y a rupture de contact le bruit sec de la chute de la baguette au sol est un signe de non-attention. Ce jeu se fait Ă  deux, Ă  trois, face Ă  face assis, ou debout et circulant librement dans la salle. L’exercice rĂ©unifie tout le groupe, il devient Ă©vident pour tous que l’écoute de l’autre est autant une induction du corps qu’une vigilance attentionnĂ©e.
Il y a trop souvent confusion entre intention mentale et attention rĂ©elle d’oĂč la radicalitĂ© d’une mise en jeu du corps mais en silence. Les mĂ©decins dĂ©couvrent qu’ils sont pour la grande majoritĂ© d’excellents Ă©metteurs et de bien moins bons rĂ©cepteurs. Ils savent conduire un dialogue mais dĂ©montrent des difficultĂ©s Ă  accueillir l’intervention des patients, en inversant les rĂŽles, ou encore en anticipant une action qui ne leur a pas Ă©tĂ© transmise. Ils sont soit trop actifs, soit trop passifs. Il y a lĂ  une analogie avec ce qu’un malade peut ressentir lors d’une consultation d’annonce. Il est toujours plus difficile d’accueillir que d’induire. Être actif et rĂ©ceptif voilĂ  l’équilibre nĂ©cessaire et premiĂšre difficultĂ© du mĂ©decin. Il peut croire « ĂȘtre lĂ  » ou penser y ĂȘtre. Il parle de la maladie et moins au malade. Ce premier exercice consiste Ă  souligner les rĂŽles de rĂ©cepteur (apprendre Ă  recevoir) et d’émetteur (percevoir l’autre avant d’agir). La division franche des rĂŽles permet de percevoir la difficultĂ© de l’accueil. Le travail Ă©tant muet, l’écoute y va de rĂ©ciprocitĂ© de contact organique. Ne pas fermer les yeux, ne pas fixer le toucher des index. DĂ©faire et dĂ©construire les disfonctionnements. Ce jeu spontanĂ© se poursuit avec des textes Ă  dire, de simples dialogues sans jamais sĂ©parer l’énoncĂ© d’un texte de l’attention corporelle des contacts (jeu d’émetteur/rĂ©cepteur par toucher de l’index, l’épaule, ou des baguettes de bois). Cette dialectique de l’action et du retour rĂ©flexif de l’action est le propre Ă  la pratique mĂ©dicale. Poser un diagnostic, prescrire une thĂ©rapeutique et faire ensuite le bilan verbal ou Ă©crit de l’état du malade, sans omettre aucun dĂ©tail.
Ce passage au corps sans parole Ă©veille le mĂ©decin aux dysfonctionnements de toutes relations encourues. L’habilitĂ© au contact n’a pas de frontiĂšre. Dans une telle aventure, chacun n’a qu’une perception partielle de l’expĂ©rience. Il est vital de percevoir tous les autres intervenants dans l’espace de jeu, se mouvoir sans heurt dans tout l’espace de la salle, en une sorte de chorĂ©graphie libre. Tous les membres de l’Atelier se sentent soudĂ©s. Les mĂ©decins s’étonnent de gagner si vite en vigilance d’avoir pu Ă©veiller leur corps. L’Atelier peut Ă  prĂ©sent aborder les situations cliniques.
Un retour sur expérience par écrit est effectué pour retracer le parcours vécu. Ce retour dépose un savoir et permet de poursuivre plus loin.
Quand nous avons organisĂ© des Ateliers pour des mĂ©decins cancĂ©rologues nous savions combien ils sont exposĂ©s aux drames et tragĂ©dies qui brisent la santĂ©, dĂ©font les vies et interrompent rĂȘves et projets. Chaque malade est diffĂ©rent mĂȘme si la mĂȘme maladie peut les confondre. La maladie frappe et Ă©veille des rĂ©actions fort diffĂ©rentes.
Chaque malade est un cas spécifique et sa réponse au traitement dissemblable. Il y va du code génétique, de ses défenses immunitaires personnelles mais aussi du contexte éducationnel de son environnement. La maladie est arbitraire.
Deux vrais jumeaux peuvent ĂȘtre confondus en apparence mais ĂȘtre totalement diffĂ©rents sur le plan de leur santĂ©. L’un patachon, bon vivant et noceur sera sauf alors que son propre frĂšre sportif et attentif Ă  sa nourriture pourra ĂȘtre atteint d’un cancer et en mourir. Une femme rĂ©agira positivement Ă  une chimiothĂ©rapie et sortira guĂ©rie, une autre atteinte de la mĂȘme tumeur et au mĂȘme organe rĂ©agira nĂ©gativement au mĂȘme traitement. Deux hommes sont atteints d’un cancer du poumon, l’un rĂ©agira par un total dĂ©ni de sa maladie et s’obstinera Ă  poursuivre un voyage et bĂątir des projets, l’autre sera atterrĂ© dans un mutisme total, un abattement qui le rendra passif et dĂ©primĂ©.
L’annonce de la maladie et la conduite de la relation au malade nĂ©cessitent du mĂ©decin traitant une attitude adaptĂ©e. Une fermetĂ© nuancĂ©e pour l’un et un encouragement ferme et pudique pour l’autre. À chaque sĂ©quence d’Atelier, l’attention est portĂ©e sur un revers particulier. Il s’agit parfois de simplifier un excĂšs de savoirs et d’explications. Ou au contraire de canaliser un bĂ©gaiement, ou un excĂšs de pudeur trahi par un tic gestuel. Dans le clair-obscur des projecteurs qui donnent aux visages un halo fantasmagorique, il va de soi ici que simulation ne signifie pas simulacre. Les jeux de rĂŽles prennent la saveur du vrai. Affiner la perception doit simultanĂ©ment agir sur la capacitĂ© de rĂ©ponse : ainsi comprenons-nous le mot responsabilitĂ©, habilitĂ© Ă  rĂ©pondre. Demeurer vigilant mais sensible, dĂ©livrer un message clair mais vibrant. On ne fait pas semblant. Le malade dont l’ĂȘtre accueilli ne se sentira pas seul face Ă  la maladie. Ainsi ce qui est appelĂ© jeu de rĂŽles, relĂšve non pas d’un simple faire-semblant, mais d’une incarnation rĂ©elle et qui affecte positivement et en profondeur les intervenants et observateurs.
Enfin le mĂ©decin aura Ă  rĂ©agir aux proches ou Ă  la famille. Au cours d’un Atelier un mĂ©decin raconte un cas vĂ©cu et non compris par lui. Il entre dans une chambre d’hĂŽpital pour annoncer Ă  un malade ĂągĂ©, l’arrĂȘt des soins chimio thĂ©rapeutiques qui, sans effets rĂ©parateurs, Ă©puisent le malade. Il va devoir entrer en soins palliatifs ou soins de confort. Toute la famille du malade est lĂ  debout contre le mur, Ă©pouse, enfants, frĂšres, sƓurs et petits enfants. Le mĂ©decin s’est rendu directement au chevet du patient, lui a parlĂ© et ressort.
ChoquĂ©e, la famille se plaint de nĂ©gligence et mauvais traitement. Lui, confirme avoir pris pour acquis que ce qu’il a dit au malade Ă©tait assez clairement Ă©noncĂ© pour n’avoir pas Ă  ĂȘtre rĂ©pĂ©tĂ© Ă  la famille
 Le mĂ©decin insiste et persiste Ă  dire qu’il a accompli correctement son travail, cette journĂ©e-lĂ  Ă©tait trĂšs chargĂ©e d’urgences et ayant clairement parlĂ© au malade il Ă©tait Ă©vident pour lui que les proches tĂ©moins entendaient. Nous avons reconstituĂ© cette scĂšne avec les acteurs et quelques mĂ©decins qui jouĂšrent la famille muette. Le mĂ©decin rĂ©siste et clame encore sa bonne foi. Nous l’avons alors placĂ© parmi les membres de la famille. Une actrice jouant la doctoresse vient vers lui et lui parle prĂšs de l’oreille en tenant sa main, elle lui explique tout ce que la mĂ©decine a fait pour son pĂšre. Parlant assez clairement pour que la mĂšre prĂ©sumĂ©e entende aussi, lui accordant un regard de compassion. Puis elle serre la main Ă  chacun des membres de la famille, enfants compris. Unanimement, tous ont dĂ©clarĂ© que la doctoresse fut « humaine et magnifique ».
Les mĂ©decins dĂ©couvrent qu’un metteur en scĂšne n’est pas un ĂȘtre qui donne des ordres mais conduit une dĂ©marche crĂ©atrice. Il improvise des variables. Les acteurs s’adaptent et explorent les potentiels crĂ©ateurs de chaque situation ou de chaque indication suggĂ©rĂ©e. Tel est le cƓur d’un possible retour d’humanisation de l’annonce que le théùtre peut offrir Ă  la rencontre de la mĂ©decine. Observer un visage et cligner des yeux pour en simplifier les traits, lire la cicatrice cachĂ©e de l’ñme qui sommeille en chacun. Saisir le rĂ©el d’un regard furtif, et y rĂ©pondre d’une phrase adaptĂ©e
 Percevoir la rĂ©action du patient. Le malade est un portrait qui ne rĂ©vĂšle pas immĂ©diatement ses ombres. Écouter l’environnement, percevoir ses partenaires, introduire sa parole dans une perception prĂ©alable Ă  toute projection intempestive.
C’est ce que des cours de théùtre dĂ©veloppent en premier chez les acteurs. Le théùtre est un jeu d’échanges avant toute dĂ©clamation solitaire. Cela commence par un Ă©veil du corps, une verticalitĂ© de soi qui rend la prĂ©sence de soi plus disponible Ă  l’écoute de ses partenaires.
Des rĂšgles de jeu claires ordonnent le processus cognitif de tous. La pondĂ©ration de la parole prend le mĂ©decin par surprise. Elle ne le quittera plus jamais
 Le metteur en scĂšne agit de mĂȘme. Il n’explique pas au prĂ©alable le bĂ©nĂ©fice de ce qu’il fait. Il suggĂšre de changer l’incarnation d’une situation. Il propose des actions ou situations alternatives
 VoilĂ  que les acteurs dĂ©stabilisent les routines de comportements. « Mais moi je n’agis pas ainsi, nous dit un mĂ©decin qui pratique en milieu hospitalier, je suis d’abord trĂšs clair et direct Ă  la premiĂšre annonce. Et je nuance Ă  la seconde rencontre. Il faut dire la vĂ©ritĂ© ! » « Mais docteur, il ne s’agit pas de mentir ! Mais de s’enquĂ©rir du quotidien du malade, sans que votre annonce dĂ©vastatrice fasse de lui une personne anonyme et dĂ©vitalisĂ©e ! »
Être clair ne suffit pas. Le malade est un ĂȘtre fragilisĂ© qui entend ĂȘtre rassurĂ© avant d’ĂȘtre instruit. Pour l’acteur comme pour le mĂ©decin, il ne s’agit pas seulement d’ĂȘtre « juste » mais aussi d’ĂȘtre « audible ». Le jeu ajoute une prĂ©sence empathique, un investissement de soi dans la rĂ©sonance du dire, une adaptation immĂ©diate au regard du malade et de ses proches, aux distances qui les rĂ©unissent ou les sĂ©parent. Telle est la vocation du travail en scĂšne. Un croisement de constructions rationnelles et mesurables et des nuances Ă©mergĂ©es, non d’effets esthĂ©tiques, mais du plus intime de l’ĂȘtre, entre les cris et chuchotements, entre la nostalgie du perdu et la rage de perdre. Le théùtre joue et rejoue les soupirs de la condition humaine entre le dĂ©sir d’aimer et l’urgence de se sentir aimĂ©.

2. ClĂ©s d’une pratique théùtrale pour mĂ©decins

Notre plan est d’agir par Ă©tapes fĂ©dĂ©ratrices. D’une part crĂ©er les conditions d’une expĂ©rience de groupe sur le plan d’une sensibilisation Ă  l’écoute selon diffĂ©rents niveaux de langage : action muette, action parlĂ©e, mise en jeu du corps afin de confronter autrement les prestations du mĂ©decin dans l’exercice de son mĂ©tier.
Au théùtre, l’acteur sait qu’il joue pour un public et la mise en scĂšne elle-mĂȘme, est orientĂ©e au pli d’une convention théùtrale et de choix esthĂ©tiques, les effets visuels, acoustiques ou de langage se dĂ©veloppent sur le fond d’une dramaturgie d’auteur, voire d’improvisations.
Le travail des acteurs consiste Ă  incarner un ou des personnages, sur un long souffle, une durĂ©e longue, avec sa trame, ses effets et ses rĂŽles attribuĂ©s et ses rebondissements dramatiques. La prĂ©sence théùtrale, que l’on nomme aussi effet de prĂ©sence, n’est pas le fruit d’un talent innĂ©, c’est un travail construit, appris, rĂ©pĂ©tĂ©, ayant pour objet une somme « d’artifices crĂ©dibles » dont le but premier est de produire une sensation de justesse et de vrai. Un discours scĂ©nique est autant la mise en relief d’une incarnation que tous les infimes dĂ©tails de sa globalitĂ©.
Le mĂ©decin se dĂ©couvre acteur et metteur en scĂšne des procĂ©dures cliniques. Il reçoit des informations, il pose des questions, il est le dĂ©positaire d’un savoir mĂ©dical qui « malgrĂ© lui » lui donne autoritĂ©. Il dĂ©cidera souvent en comitĂ© avec ses collĂšgues de la meilleure stratĂ©gie thĂ©rapeutique Ă  suivre, une opĂ©ration prĂ©cĂ©dĂ©e d’une chimio, ou d’une radiothĂ©rapie associĂ©e Ă  une chimio et sans opĂ©ration, ses rencontres avec les patients sont des moments de clarification mais aussi de rĂ©confort. Le mĂ©decin Ă©veille chez les patients et ses proches la mĂ©moire du patriarche ou de la matriarche qui protĂšge et chasse les mauvais sorts.
Quand un malade dĂ©clare avec ostentation qu’il s’en va quĂ©rir un second avis, ce n’est pas seulement qu’il s’étonne du diagnostic posĂ© sur sa maladie mais que la parole reçue fut peut-ĂȘtre trop sĂšche ou encombrĂ©e d’une ombre cachĂ©e qui, en fait, trahit le regard lucide du mĂ©decin devant la mort.
D’ĂȘtre le tĂ©moin quotidien de situations de dĂ©tresse et de douleur des malades ou de leur agonie, le mĂ©decin apprend Ă  se « blinder », quand bien mĂȘme il demeure attentif et empathique, il doit demeurer opĂ©rationnel en tant que clinicien. Les Anglais le nomment « the physician » ce qui signifie bien qu’il est en charge des problĂ©matiques du corps et non de l’ñme du malade alors mĂȘme que nous savons bien que l’état d’ĂȘtre du malade participe du vĂ©cu de sa maladie. Mais le mĂ©decin ne s’aperçoit pas toujours qu’il perd peu Ă  peu sa capacitĂ© rĂ©ceptrice. Aussi le lĂącher-prise lui est-il difficile. Un Atelier aura pour premiĂšre stratĂ©gie de crĂ©er des conditions d’oubli tout en proposant des exercices qui le ramĂšneront Ă  son mĂ©tier, mais autrement. D’abord crĂ©er les conditions de sensations rassurantes. Un partage ludique oĂč chacun joue en retrouvant le plaisir d’invention, par exemple quand nous leur faisons rĂ©diger des CV imaginaires, ils quittent la routine et plongent dans la fiction, un moment plus tard ils auront Ă  jouer une scĂšne dĂ©licate d’annonce de cancer ou de rĂ©cidive. Et tout l’Atelier se passera ainsi, en alternance de moments de gravitĂ© suivis d’exercices de jeu, d’attention et d’intention, d’écoute sensible et de dĂ©couverte de niveaux de langage diffĂ©rents. Une alternance dynamique d’actions individuelles, puis par couple ou par trois ou par petits groupes :
1. Des exercices relationnels propres au théùtre.
2. Des exercices d’équilibre, de perception et d’orientation.
3. Des jeux de rÎles et mises en situation selon différentes variables.
Nous prĂ©senterons, non la description exhaustive de ces scĂšnes et exercices de théùtre, mais des bienfaits qu’ils apportent. Nos descriptions seront Ă©vocatrices, l’objectif Ă©tant de dĂ©fricher des chemins pour qui, d’aventure, souhaiterait poursuivre cette action vitale d’aide aux mĂ©decins. Chacun viv...

Table des matiĂšres

  1. Crédits
  2. Table des matiĂšres
  3. Préface
  4. Acteur ou Médecin ?
  5. Théùtre et mĂ©decine : genĂšse d’une rencontre interdisciplinaire
  6. Médecins et malades face aux mutations technologiques
  7. La médecine dans le théùtre
  8. Les ateliers théùtre et médecine
  9. Le nouveau serment d’Hippocrate ou les quarante aphorismes du mĂ©decin
  10. Épilogue
  11. Annexes
  12. Postface : Professeur Jacques Bringer
  13. Postface : Professeur Henri Pujol
  14. Couverture

Foire aux questions

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