J'avais promis à ma mère de revenir
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J'avais promis à ma mère de revenir

  1. French
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J'avais promis à ma mère de revenir

À propos de ce livre

Moniek Baumzecer est un homme profondément marqué par ce qu'il a vécu durant la Seconde Guerre mondiale. Il ne passe pas une nuit sans que ses souvenirs le tourmentent. Il pleure alors sur sa famille et ses amis dont la quasi-totalité n'a pas échappé à la volonté des nazis d'exterminer les Juifs. Et surtout, il pleure sur sa mère qui n'aura jamais su qu'il a tenu sa promesse.Juif de Lodz né à Radom en 1920, Baumzecer est le témoin de la défaite militaire de la Pologne, des discriminations envers les Juifs puis de leur ghettoïsation. Sportif et courageux, il répond pour sa famille à la réquisition pour le travail forcé sur les chantiers d'autoroutes allemandes. Il est ensuite transféré pour poser des câbles autour d'une usine dont dépend le camp de Christianstadt.

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Informations

Année
2020
Imprimer l'ISBN
9782748180282
ISBN de l'eBook
9782304048179
Sujet
History

Le camp de concentration
de Mauthausen
27 novembre 1942 - fin juillet 1943

À la gare de Mauthausen, devant nous un spectacle terrifiant : de vrais SS armés de mitraillettes, des chiens-loups menaçants, des hurlements en allemand :
Laus ! Schnell ! (« Avancez ! Vite ! »).
Le camp se trouvait à quelques kilomètres. Nous avons contourné la ville et traversé une forêt avant d’atteindre la montagne.
Laus !, hurlaient-ils.
Il fallait courir. J’étais jeune, sans bagage, aussi je faisais partie des premiers. Avec nous, des Juifs âgés d’une soixantaine d’années, dont on aurait pu croire à l’époque qu’ils étaient des vieillards. Les chiens aboyaient, mordaient. Peu à peu, les vieux laissaient tomber leurs valises, qui étaient alors jetées dans une charrette. Puis éclatèrent les premiers coups de feu. J’ai compris qu’ils étaient destinés à ceux qui ne pouvaient plus marcher. Ce jour-là, j’ai découvert la vérité sur la cruauté nazie.
Et, le 27 novembre 1942, je suis entré au camp de Mauthausen. Une lourde forteresse, avec de hauts murs, des projecteurs et des miradors avec mitrailleuses. De toutes parts, des cris, des hurlements, tandis que je montais l’immense escalier conduisant à la forteresse. Enfin, une grande porte d’entrée, qui existe toujours, comme j’ai pu le constater lorsque je m’y suis rendu en visite il y a quelques années.
Moniek Baumzecer devant la porte d’entrée du camp
de Mauthausen lors de sa visite vers 1995.
Mauthausen n’était pas destiné, comme les camps de Pologne, à recevoir des Juifs massivement raflés dans des ghettos ou ailleurs et déportés par convois entiers. Ce ne sera que plus tard, en été 1944, que des Juifs de Hongrie arriveront en groupes, et ensuite des Juifs évacués des camps de Pologne. Certes, quand je suis arrivé à Mauthausen fin 1942, des Juifs y étaient internés, notamment des Juifs hollandais, mais ils disparaîtront rapidement. Le camp rassemblait en fait surtout des opposants politiques allemands, autrichiens, puis des républicains espagnols déportés de France, des communistes ou des résistants de toute l’Europe, et enfin des individus accusés d’avoir, sous une forme ou sous une autre, gravement enfreint la législation nazie.
C’est donc dans une catégorie particulière de déportés que je me suis retrouvé fin 1942 à Mauthausen. Mais curieusement, le point essentiel de Rassenschande n’est pas précisé parmi les renseignements qui seront rassemblés après la guerre par la Croix-Rouge à Arolsen, en Allemagne, et qui me seront communiqués en 1981. En revanche, le document précise que c’était « sur ordre de la Staatspolizei de Francfort-sur-l’Oder » que je suis entré dans le camp, avec la précision : Jude. Il aurait fallu pouvoir consulter les archives de cette police, si elles existent encore, pour savoir ce qu’il en a été véritablement. Quoi qu’il en soit, mon cas était vraiment particulier.
* * *
* *
*
Dans le camp, ordre nous fut d’abord donné de nous déshabiller pour passer sous la douche, avec de l’eau chaude. Ensuite on nous rasa les cheveux. Puis on nous fit sortir tout nu dans le froid. Il y avait un tonneau plein de pétrole, et un déporté nous badigeonna l’ensemble du corps avec un chiffon imbibé de ce pétrole. L’objectif étant de faire fuir les poux — qui pourtant bientôt envahiraient tout. Le liquide nous brûlait, nos testicules étaient gonflées, cela nous faisait mal à crier. Ensuite, un SS nous a fait grimper sur un tabouret pour vérifier si nous n’avions rien caché dans notre anus.
J’ai alors assisté à une scène particulièrement cruelle : une lance à eau glacée a été dirigée contre un jeune Juif jusqu’à ce qu’il en meure. C’était la première fois que je voyais une scène d’une telle cruauté.
Ensuite, on m’a demandé d’ouvrir la bouche, afin de voir si elle contenait des dents en or. Je n’en avais pas, heureusement pour moi, car on racontait que les Kapos avaient pour habitude de tuer les déportés qui en possédaient, afin de les extraire et de les monnayer contre de l’alcool.
Enfin, on nous a distribué des habits. J’étais le seul Polonais du groupe. Une chance, car celui qui distribuait les habits l’était lui aussi. Je voyais bien que les vestes et les pantalons, aussi fins qu’une feuille de papier, convenaient peu à la saison hivernale. En polonais, je lui ai demandé quelque chose de bien chaud. Il a rétorqué que si j’avais de l’argent à lui donner, c’était possible. Lors de mon départ de Lodz, ma mère en avait caché un peu dans l’épaule de ma veste, j’ai donc voulu le récupérer, mais il avait disparu. Je me suis alors rappelé mon emprisonne-ment dans la prison proche de Francfort-sur-l’Oder avec les deux Juifs polonais et j’ai compris qu’ils avaient dû prendre cet argent une nuit alors que je dormais. Le Polonais m’a tout de même indiqué une veste marine et un pantalon rouge très épais qui semblait dater des armées napoléoniennes. J’avais honte, je ne voulais pas ressembler à un clown, il insista en me disant que ces vêtements étaient bien chauds, et finalement, je les enfilai.
On nous a ensuite conduits au bureau d’enregistre-ment. À Mauthausen, il n’y avait pas de tatouage. On m’a attribué un numé...

Table des matières

  1. La collection « Témoignages de la Shoah » de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah
  2. Comité de lecture de la collection (2011)
  3. Dans la même collection
  4. Biographie de Moniek Baumzecer
  5. Préface
  6. Mes prénoms, témoins de mon identité
  7. Ma famille
  8. Notre vie à Radom jusqu’à fin 1930
  9. Notre vie à Lodz avant la guerre fin 1930 - septembre 1939
  10. Le début de la guerreLodz-Varsovie-Siedlce-Lodz
  11. Le ghetto de Lodz/Litzmannstadt 24 septembre 1939 - 10 décembre 1940
  12. Le camp de travail de Selchow en Allemagne : un Reichsautobahnlager 12 décembre 1940 - juillet 1941
  13. Le Reichsautobahnlager de Grunow juillet 1941 - début 1942
  14. Le camp de travail de Christianstadt am Bober début 1942 - fin novembre 1942
  15. Une condamnation pour Rassenschande
  16. Transfert de Christianstadt à Mauthausen fin novembre 1942
  17. Le camp de concentration de Mauthausen 27 novembre 1942 - fin juillet 1943
  18. Transfert de Mauthausen à Auschwitz fin juillet 1943
  19. Le camp de concentration d’Auschwitz I 3 août 1943 – 18 janvier 1945
  20. La marche de la mort janvier 1945
  21. De nouveau le camp de concentration Mauthausen. Transfert dans les Kommandos de Melk et d’Ebensee 25 janvier - 6 mai 1945
  22. Le 6 mai 1945, libération d’Ebensee par l’armée américaine
  23. Un camp de personnes déplacées à Salzbourg fin mai - fin décembre 1945
  24. Une étape dans le nord de l’Italie, à Modène début 1946
  25. En transit à Santa-Maria-di-Leuca (extrême sud-ouest de l’Italie) de l’hiver à l’automne 1946
  26. Notre voyage vers la France, automne 1946
  27. Enfin à Paris
  28. Le temps de reconstruire notre vie
  29. Notre famille
  30. Épilogue. Paris, printemps 2006
  31. Crédits des illustrations

Foire aux questions

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