Moniek Baumzecer est un homme profondément marqué par ce qu'il a vécu durant la Seconde Guerre mondiale. Il ne passe pas une nuit sans que ses souvenirs le tourmentent. Il pleure alors sur sa famille et ses amis dont la quasi-totalité n'a pas échappé à la volonté des nazis d'exterminer les Juifs. Et surtout, il pleure sur sa mère qui n'aura jamais su qu'il a tenu sa promesse.Juif de Lodz né à Radom en 1920, Baumzecer est le témoin de la défaite militaire de la Pologne, des discriminations envers les Juifs puis de leur ghettoïsation. Sportif et courageux, il répond pour sa famille à la réquisition pour le travail forcé sur les chantiers d'autoroutes allemandes. Il est ensuite transféré pour poser des câbles autour d'une usine dont dépend le camp de Christianstadt.

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J'avais promis à ma mère de revenir
À propos de ce livre
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Informations
Le camp de concentration
de Mauthausen
27 novembre 1942 - fin juillet 1943
À la gare de Mauthausen, devant nous un spectacle terrifiant : de vrais SS armés de mitraillettes, des chiens-loups menaçants, des hurlements en allemand :
— Laus ! Schnell ! (« Avancez ! Vite ! »).
Le camp se trouvait à quelques kilomètres. Nous avons contourné la ville et traversé une forêt avant d’atteindre la montagne.
— Laus !, hurlaient-ils.
Il fallait courir. J’étais jeune, sans bagage, aussi je faisais partie des premiers. Avec nous, des Juifs âgés d’une soixantaine d’années, dont on aurait pu croire à l’époque qu’ils étaient des vieillards. Les chiens aboyaient, mordaient. Peu à peu, les vieux laissaient tomber leurs valises, qui étaient alors jetées dans une charrette. Puis éclatèrent les premiers coups de feu. J’ai compris qu’ils étaient destinés à ceux qui ne pouvaient plus marcher. Ce jour-là, j’ai découvert la vérité sur la cruauté nazie.
Et, le 27 novembre 1942, je suis entré au camp de Mauthausen. Une lourde forteresse, avec de hauts murs, des projecteurs et des miradors avec mitrailleuses. De toutes parts, des cris, des hurlements, tandis que je montais l’immense escalier conduisant à la forteresse. Enfin, une grande porte d’entrée, qui existe toujours, comme j’ai pu le constater lorsque je m’y suis rendu en visite il y a quelques années.

Moniek Baumzecer devant la porte d’entrée du camp
de Mauthausen lors de sa visite vers 1995.
de Mauthausen lors de sa visite vers 1995.
Mauthausen n’était pas destiné, comme les camps de Pologne, à recevoir des Juifs massivement raflés dans des ghettos ou ailleurs et déportés par convois entiers. Ce ne sera que plus tard, en été 1944, que des Juifs de Hongrie arriveront en groupes, et ensuite des Juifs évacués des camps de Pologne. Certes, quand je suis arrivé à Mauthausen fin 1942, des Juifs y étaient internés, notamment des Juifs hollandais, mais ils disparaîtront rapidement. Le camp rassemblait en fait surtout des opposants politiques allemands, autrichiens, puis des républicains espagnols déportés de France, des communistes ou des résistants de toute l’Europe, et enfin des individus accusés d’avoir, sous une forme ou sous une autre, gravement enfreint la législation nazie.
C’est donc dans une catégorie particulière de déportés que je me suis retrouvé fin 1942 à Mauthausen. Mais curieusement, le point essentiel de Rassenschande n’est pas précisé parmi les renseignements qui seront rassemblés après la guerre par la Croix-Rouge à Arolsen, en Allemagne, et qui me seront communiqués en 1981. En revanche, le document précise que c’était « sur ordre de la Staatspolizei de Francfort-sur-l’Oder » que je suis entré dans le camp, avec la précision : Jude. Il aurait fallu pouvoir consulter les archives de cette police, si elles existent encore, pour savoir ce qu’il en a été véritablement. Quoi qu’il en soit, mon cas était vraiment particulier.
* * *
* *
*
Dans le camp, ordre nous fut d’abord donné de nous déshabiller pour passer sous la douche, avec de l’eau chaude. Ensuite on nous rasa les cheveux. Puis on nous fit sortir tout nu dans le froid. Il y avait un tonneau plein de pétrole, et un déporté nous badigeonna l’ensemble du corps avec un chiffon imbibé de ce pétrole. L’objectif étant de faire fuir les poux — qui pourtant bientôt envahiraient tout. Le liquide nous brûlait, nos testicules étaient gonflées, cela nous faisait mal à crier. Ensuite, un SS nous a fait grimper sur un tabouret pour vérifier si nous n’avions rien caché dans notre anus.
J’ai alors assisté à une scène particulièrement cruelle : une lance à eau glacée a été dirigée contre un jeune Juif jusqu’à ce qu’il en meure. C’était la première fois que je voyais une scène d’une telle cruauté.
Ensuite, on m’a demandé d’ouvrir la bouche, afin de voir si elle contenait des dents en or. Je n’en avais pas, heureusement pour moi, car on racontait que les Kapos avaient pour habitude de tuer les déportés qui en possédaient, afin de les extraire et de les monnayer contre de l’alcool.
Enfin, on nous a distribué des habits. J’étais le seul Polonais du groupe. Une chance, car celui qui distribuait les habits l’était lui aussi. Je voyais bien que les vestes et les pantalons, aussi fins qu’une feuille de papier, convenaient peu à la saison hivernale. En polonais, je lui ai demandé quelque chose de bien chaud. Il a rétorqué que si j’avais de l’argent à lui donner, c’était possible. Lors de mon départ de Lodz, ma mère en avait caché un peu dans l’épaule de ma veste, j’ai donc voulu le récupérer, mais il avait disparu. Je me suis alors rappelé mon emprisonne-ment dans la prison proche de Francfort-sur-l’Oder avec les deux Juifs polonais et j’ai compris qu’ils avaient dû prendre cet argent une nuit alors que je dormais. Le Polonais m’a tout de même indiqué une veste marine et un pantalon rouge très épais qui semblait dater des armées napoléoniennes. J’avais honte, je ne voulais pas ressembler à un clown, il insista en me disant que ces vêtements étaient bien chauds, et finalement, je les enfilai.
On nous a ensuite conduits au bureau d’enregistre-ment. À Mauthausen, il n’y avait pas de tatouage. On m’a attribué un numé...
Table des matières
- La collection « Témoignages de la Shoah » de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah
- Comité de lecture de la collection (2011)
- Dans la même collection
- Biographie de Moniek Baumzecer
- Préface
- Mes prénoms, témoins de mon identité
- Ma famille
- Notre vie à Radom jusqu’à fin 1930
- Notre vie à Lodz avant la guerre fin 1930 - septembre 1939
- Le début de la guerreLodz-Varsovie-Siedlce-Lodz
- Le ghetto de Lodz/Litzmannstadt 24 septembre 1939 - 10 décembre 1940
- Le camp de travail de Selchow en Allemagne : un Reichsautobahnlager 12 décembre 1940 - juillet 1941
- Le Reichsautobahnlager de Grunow juillet 1941 - début 1942
- Le camp de travail de Christianstadt am Bober début 1942 - fin novembre 1942
- Une condamnation pour Rassenschande
- Transfert de Christianstadt à Mauthausen fin novembre 1942
- Le camp de concentration de Mauthausen 27 novembre 1942 - fin juillet 1943
- Transfert de Mauthausen à Auschwitz fin juillet 1943
- Le camp de concentration d’Auschwitz I 3 août 1943 – 18 janvier 1945
- La marche de la mort janvier 1945
- De nouveau le camp de concentration Mauthausen. Transfert dans les Kommandos de Melk et d’Ebensee 25 janvier - 6 mai 1945
- Le 6 mai 1945, libération d’Ebensee par l’armée américaine
- Un camp de personnes déplacées à Salzbourg fin mai - fin décembre 1945
- Une étape dans le nord de l’Italie, à Modène début 1946
- En transit à Santa-Maria-di-Leuca (extrême sud-ouest de l’Italie) de l’hiver à l’automne 1946
- Notre voyage vers la France, automne 1946
- Enfin à Paris
- Le temps de reconstruire notre vie
- Notre famille
- Épilogue. Paris, printemps 2006
- Crédits des illustrations
Foire aux questions
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