Lumières d'Albert Camus
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Lumières d'Albert Camus

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Lumières d'Albert Camus

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À propos de ce livre

Si le nom d'Albert Camus continue de s'imposer, aujourd'hui, comme une figure incontournable de la littérature et de la pensée françaises du XXe siècle, il n'en est pas moins demeuré une personnalité cosmopolite, sensible à ce que la culture ne s'accomplit véritablement qu'en l'absence de sectarisme, qu'en présence de l'autre _x001A_ avec ou envers lui, peu importe. C'est aussi tout le sens de la collection « Exotopies » de l'Association portugaise des études françaises (A.P.E.F.) qu'inaugure ce volume: présenter des travaux sur la langue et la culture françaises, mais d'un point de vue singulier, celui d'un autre pays. En lisant ce bouquet assez restreint, mais en même temps assez diversifié de travaux sur l'oeuvre d'Albert Camus, on relèvera donc qu'il ne s'agissait ni d'un hommage, ni d'une commémoration, si contraires au vif esprit de la littérature, mais de s'aviser de l'exceptionnelle variété et actualité de son oeuvre. En ce sens, il n'est de meilleure figure pour débuter cette collection à visée cosmopolite que celle d'Albert Camus, chez qui le geste d'écriture est totalement inscrit dans une vocation humaniste. Celle-ci ne s'entend pas dans un sens moraliste, mais dans un sens existentiel _x001A_ sinon existentialiste _x001A_, qui veut que chacun se définisse par le souci qu'il a de l'autre, et que l'humanité s'apparaisse comme le perpetuum mobile de l'histoire, en même temps que son point fixe, son sens dernier.

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Informations

Année
2021
Imprimer l'ISBN
9782304040340
ISBN de l'eBook
9782304240351

La peste de Camus :
une œuvre résolument moderne Le paradoxe d’une œuvre qui révèle toute sa modernité à l’ère postmoderne

Aurélie Palud
CELLAM – Université de Rennes 2
Cinquante ans après la mort de Camus, il est intéressant de revenir sur l’un de ses romans que la critique a souvent boudé – à savoir La Peste, paru en 1947.
En 1999, Les Cahiers de Malagar ont publié un ouvrage collectif consacré à La Peste à l’occasion du cinquantenaire de l’œuvre. Si les auteurs de cet ouvrage reconnaissent la valeur du roman, Paul Smets rappelle dans son article « La réception critique immédiate de La Peste en 1947 » que l’œuvre a subi de rudes critiques, à commencer par celles de Sartre, Barthes, Bataille ou encore Etiemble. Si le contexte idéologique des années 1950 explique en partie l’accueil que reçut La Peste dans les milieux intellectuels de gauche, force est de constater que l’œuvre n’enthousiasme pas davantage les intellectuels contemporains. Ainsi, l’académicien Jean d’Ormesson a affirmé : « le moralisme, la noblesse des idées, la volonté de défendre une thèse et de faire des réflexions sur la vie, la mort, la condition humaine ont quelque chose de laborieux et de pesant31 ».
Confirmant ce désintérêt pour l’œuvre, Le Magazine Littéraire de mai 2006 consacré à la révolte chez Camus ne présente aucun article sur La Peste qui s’inscrit pourtant dans le cycle de la révolte aux côtés de L’Etat de Siège, Les Justes et L’Homme révolté. Les rares mentions du roman sont accompagnées de jugements plutôt dépréciatifs, comme celui d’Olivier Todd, biographe de Camus : « Mais je n’aime toujours pas La Peste, même si à la première lecture j’avais trouvé ça lumineux et fort : c’est pompeux, il y a les bons et les méchants32 ». Quant à Alain Finkielkraut, il raconte : « Je trouvais ce roman sentencieux et lourd, et en même temps très émouvant » puis plus loin « je n’ai jamais été convaincu par la métaphore33 ». Enfin, Bernard Fauconnier voulant réhabiliter La Peste écrit :
La Peste est un grand roman quand même. Mais les détails y sont souvent supérieurs à l’ensemble, les scènes particulières plus fortes que le dessein général, au symbolisme allégorique un peu trop voyant. La profonde intelligence des ressorts des personnages campés comme des « types » sinon des catégories (le héros humaniste, l’athée, le prêtre, etc.), dans des « scènes » tenues au point qu’elles semblent parfois désincarnées34.
Finalement, celui qui prétend défendre La Peste finit par dénoncer une construction maladroite et une symbolique transparente, à l’instar des détracteurs de Camus.
Depuis cinquante ans, la critique insiste donc sur deux aspects de l’œuvre, qui sont tantôt valorisés, tantôt blâmés : en effet, si certains critiques admirent cette œuvre porteuse d’une morale, d’autres lui reprochent un message trop explicite et quelque peu naïf. De plus, le style de Camus a fait l’objet de nombreux commentaires : si certains y voient une pureté digne de Racine, d’autres le jugent froid et linéaire. Ainsi, on a pu parler de récit « dépouillé à l’extrême », d’« un air de sécheresse » ou encore d’un « mode prosaïque » et monotone (Paul Smets, 1999 : 188).
Dès lors, tout laissait penser que l’œuvre connaîtrait une postérité limitée. Or, les années 1980 ont vu se multiplier les romans mettant en scène des épidémies :
– The Wall of the Plague (1983) de l’écrivain sud-africain André Brink ;
– El Amor en los tiempos del cólera (1985) de l’auteur colombien Gabriel García Márquez ;
– Ensaio sobre a cegueira (1995) du romancier portugais José Saramago ;
– A Prayer for the dying (1999) du romancier américain Stewart O’Nan.
Ces romans s’inscrivent dans ce qu’on appelle la « littérature postmoderne ». Désignant la littérature à partir des années 80, elle se caractérise, selon Linda Hutcheon dans son essai A Poetics of Postmodernism : History, Theory, Fiction (1988) par une hybridité générique, une certaine polyphonie, une dimension métaréflexive et des sens multiples, voire un sens fuyant. Néanmoins, la dénomination fait problème : si la majorité des critiques envisagent le préfixe « post » au sens de « prolongement » plus que de « rupture », la définition de la littérature moderne ne va pas de soi. Débutant au XIXe selon certains, elle ne commence qu’après 1920 pour d’autres. Quoi qu’il en soit, par sa situation même dans la chronologie, l’œuvre de Camus serait incontestablement moderne.
Selon Mary Klage, la modernité se caractériserait par le déploiement de la subjectivité dans l’écriture, un travail sur l’instance narrative, une transgression des genres, un intérêt pour les formes fragmentés et les récits discontinus, une dimension métalittéraire, un rejet de la distinction entre culture classique et culture populaire. Ainsi définie, on voit ce que la littérature postmoderne doit à la littérature moderne, la distinction résidant moins dans les moyens que dans la vision du monde :
… si le postmodernisme ressemble beaucoup au modernisme, il en diffère dans ses attitudes vis-à-vis de beaucoup de ces orientations. Le modernisme, par exemple, tend à présenter une vue fragmentée de la subjectivité humaine et de l’histoire… mais présente cette fragmentation comme quelque chose de tragique, quelque chose qu’il faille regretter et entériner comme une perte. De nombreux modernistes tentent de soutenir l’idée que les travaux de l’art peuvent rendre l’unité, la cohérence, et le sens qui a été perdu dans la vie moderne ; l’art fera ce que d’autres insti...

Table des matières

  1. « Exotopies »
  2. Préface
  3. L’Europe unie selon Camus : un destin et un dessein
  4. Les Possédés : Dostoïevski et Camus
  5. De la conscience grecque antique à la conscience humaniste d’Albert Camus
  6. D’une influence du néoplatonisme dans l’œuvre d’Albert Camus
  7. Albert Camus, entre l’exil et le royaume
  8. La peste de Camus : une œuvre résolument moderne Le paradoxe d’une œuvre qui révèle toute sa modernité à l’ère postmoderne
  9. Albert Camus et les communistes
  10. Entre Prospero et Caliban : du caractère hybride de Camus
  11. Albert Camus et l’in-version de l’Eden
  12. Albert Camus au Portugal : de la lecture à la scène
  13. Du tragique par-delà la tragédie : Camus et Malraux
  14. Albert Camus en bande dessinée

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