Le féminin chez J.-M. G. Le Clézio
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Le féminin chez J.-M. G. Le Clézio

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Le féminin chez J.-M. G. Le Clézio

À propos de ce livre

Lalla, Liana, Esther et Nejma, Nassima… depuis Le Procès-verbal, les personnages féminins habitent l'œuvre de J.M.G. Le Clézio. De cette sur-représentation est née une interrogation: comment un écrivain s'y prend-il pour écrire l'autre féminin, écrire un discours de et sur l'autre. Face à une indépassable altérité, celle de la différence sexuelle, quels sont les moyens utilisés par Le Clézio pour écrire le féminin en donnant parfois l'impression de l'intérioriser dans l'écriture?En constituant un recueil de textes lecléziens, nous avons voulu montrer quelle était sa représentation du féminin et les procédés d'écriture qui la mettent en place. Nous en concluons à un réel devenir-femme de son écriture.

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Informations

Année
2010
Imprimer l'ISBN
9782304033380
ISBN de l'eBook
9782304033397
Des situations de féminité
aux « Territoires du féminin »
Les textes qui constituent notre anthologie mettent tous en scène des personnages féminins, des personnages qui se signalent par leur appartenance à une sphère féminine. Si nous cherchons les caractéristiques communes du féminin de ses personnages, nous n’y incluons pas toutes les femmes racontées ou décrites par J.-M.G. Le Clézio. Le choix des textes – subjectif, comme nous l’avons précisé antérieurement – exige des personnages féminins qu’ils aient quelque chose à dire du féminin, qu’ils nous conduisent à la découverte de caractéristiques ou d’éléments précisément féminins. Les textes choisis mettent tous en scène ce que nous appellerons des situations de féminité. Il faut entendre par cette désignation, les situations dans lesquelles les femmes sont présentées en tant que telles, c’est-à-dire des situations où leurs actions dans le récit et/ou leurs sentiments les caractérisent dans leur sexe ou leur genre. L’anthologie s’est constituée à partir de quatre types de situations de féminité observées : les descriptions de corps, les scènes d’intimité, les scènes d’amour et les scènes d’accouchement.
Descriptions de corps féminins
Le premier type de textes concerne les descriptions de corps féminins, nombreuses dans l’œuvre. Elles peuvent prendre deux formes différentes. Ce sont tout d’abord les descriptions proprement dites d’un corps de femme vu, soit par un personnage comme François Besson face au corps de Josette endormie43, soit par un narrateur comme celui de L’Extase matérielle44 observant les mouvements d’une femme sur un écran de télévision. Placées sous le regard d’un observateur, les femmes sont ici dans une situation d’extériorité, sujets de la description. D’autres scènes se rapprochent plus de la vision que de la description : le narrateur imagine, plus qu’il ne les voit, les femmes qui peupleront les temps futurs.
Descriptions objectives
Le parti pris descriptif est souvent celui d’une vision mécanique ou organique du corps. Lorsqu’« une jeune femme en bikini » apparaît soudain « dans une crique, au soleil »45, la vision s’apparente à celle de n’importe quel autre être vivant. Plus que la description d’une jeune femme, il s’agit d’une jeune femme nageant, « en tordant un peu son corps brun ». L’accent est porté sur les mouvements du corps, ceux qui permettent de l’assimiler au poisson. Dans l’eau, le corps féminin est d’abord un corps vivant, asexué, dont le mouvement est « adapté à la vie ». Même hors de l’eau, alors que le regard s’attarde sur le corps féminin, la couleur éclatante de son bikini l’associe aux poissons ou aux algues, tandis que sa peau parcourue de frissons la rend semblable à la mer.
Face à la jeune femme endormie du Déluge46, François Besson se livre à un examen minutieux de son corps, un examen si précis qu’il est assimilé à une « profanation » tandis que le lit est comparé au « sépulcre glacé d’un tiroir de la morgue ». Les termes désignant les parties du corps appartiennent au vocabulaire de l’analyse, à un registre presque médical : la tête est « pour ainsi dire détachée chirurgicalement du reste du corps ». Le corps féminin est ici disséqué, contemplé, vertèbre après vertèbre, membre après membre. Le corps de la jeune femme endormie n’est d’ailleurs spécifiquement féminin que par la mention de deux seins « encore plus blancs ». Décrit de façon presque médicale, il est plutôt rattaché à l’ensemble de l’espèce humaine, sans expression nette de la différence sexuelle. Le parti pris de l’observation scientifique se double d’une vision mécanique du corps, analysé dans le moindre de ses mouvements de vie. Les rythmes binaires se multiplient, rendant compte d’un corps qui respire : « [Il vit le drap blanc] se soulever régulièrement/dans un mouvement tranquille//puis se rabaisser,/en déplaçant quelques plis ».
Dans L’Extase matérielle, la vision mécanique et organique du corps féminin aboutit à son assimilation à la machine. Le narrateur s’étonne de cette « étrange mécanique » qu’il perçoit globalement comme un ensemble de « chair, de fibres, de cellules », « un paquet de viande ». Le corps est encore celui d’un être vivant asexué qui n’est féminin que parce qu’il a appris à être féminin. Le narrateur s’attache alors à décrypter la comédie du féminin : « hanche de la volupté, épaule des sanglots », « dos de la vertu », « dos de la luxure ». Le féminin est ici une construction extrinsèque au corps. L’« autre femme » présente dans L’Extase matérielle47 est elle aussi appréhendée comme une mécanique respirante, « au mouvement ample et glorieux qui gonfle lentement sa poitrine et soulève ses seins » et « pleine de tout cela qui bouge, agit, transpire, secrète, malaxe, sursaute, vibre de courants électriques ».
Envisagé comme celui d’un représentant de l’espèce, le corps féminin peut aussi être décrit comme le corps de l’autre de l’espèce. Si tous les corps regardés sont soumis à une vision fonctionnelle, l’« autre femme » de L’Extase matérielle48 est vue principalement sous l’angle de la procréation. Le regard s’attarde sur le ventre « un peu gras, fragile, où les blessures sont mortelles », sur le nombril « profond, violent, érotique » créant l’image d’un corps autonome, une « demeure étrangère » refermée sur son mystère. Un corps défendu par des « cuisses larges, musclées telles qu’elles paraissent soutenir un monde », par des « hanches évasées » assimilées à de « larges jarres où la vie peut faire germer son champignon infect ». Le corps n’est plus seulement celui de l’espèce qui respire mais celui de l’autre de l’espèce, une force et une « vie fermée sur elle-même », un miracle de solitude et d’étrangeté. Posé comme celui de l’autre, il reste en situation d’extériorité, incarnation d’une altérité indépassable dont le corps fort et fermé constitue l’armure. Devenu objet de description, et soumis au regard d’un personnage ou d’un narrateur masculin, il peut alors figurer un corps féminin séducteur.
Dans Le Livre des fuites49, le narrateur traque les microscènes qui constituent le paysage urbain. Au hasard de ses observations, il croise soudain « deux femmes », « debout sur le trottoir ». La description s’ingénie alors à restituer deux images opposées de ces femmes. D’un côté, le regard est attiré par la jeunesse des deux femmes qui se muent en deux jeunes filles aux « éclats de voix fluettes », aux « rires de filles à peine pubères ». L’accent est porté sur leur jeunesse, synonyme de naïveté : leurs yeux sont « innocents », leur visage plein de « grâce » et de « pudeur », les mains et les sourires « délicats ». Mettant en scène deux femmes qui s’avèrent être de très jeunes filles, la description accumule parallèlement les détails quant à leur rôle dans le paysage urbain. « Vêtues de beaux habits » et « portant des bijoux », « tirant sur la bretelle de leur sac », les deux jeunes filles se révèlent être de très jeunes prostituées. Sur le trottoir, les deux filles « presque transparentes » « se proposent à la vente ». Le corps de l’autre, féminin, livré au regard des passants et du narrateur, n’incarne plus le mystère, ne renvoie plus à la problématique de l’altérité. Les vêtements et les bijoux, au lieu de cacher leur corps, ne font que le mettre en lumière, jusqu’à le rendre visible et donc lisible. Ainsi offert, il n’est plus que le moyen d’un marché, un objet consommé par « un gros homme au ventre distendu, au crâne chauve » aux effluves de « cigare et de vin ». Le corps devenu féminin est construit par un jeu de codes sociaux. Les parures et les gestes étudiés des jeunes filles en sont les indices.
La description des femmes des journaux pornographiques dans La Guerre50 suit un processus identique. Ici la description n’est pas explicitement prise en...

Table des matières

  1. La collection Genre(s) et création
  2. Introduction
  3. D’une anthologie de textes sur le féminin
  4. Chercher le féminin :chercher les femmes
  5. Des situations de féminité aux « Territoires du féminin »
  6. Du Féminin à la porosité
  7. Conclusion
  8. Bibliographie