Partie 1
XVIe siècle
Chapitre 1
Roman
Contexte
Au XVIe siècle, le roman n’est pas encore considéré comme un genre littéraire. Au Moyen-Âge, il désignait la traduction en français vulgaire (en roman, c’est-à-dire la langue parlée par opposition au latin de l’écrit) des œuvres de l’Antiquité. Comme la plupart sont des récits épiques, on en est venu à utiliser le mot de roman pour désigner les récits chevaleresques. Parmi eux figurent les œuvres de Chrétien de Troyes comme Perceval et Le Conte du Graal ou Yvain ou Le Chevalier au lion, écrits à la fin du XIIe siècle. Au XVIe, la vogue du récit épique, qui vante les exploits des héros, est usée et fait l’objet de parodie.
■ Le roman comique : Rabelais, Gargantua, chapitre 36, 1534
Pour comprendre l’extrait
Publié en 1534, La Vie inestimable du grand Gargantua est un roman de Rabelais qui met en scène les aventures du personnage éponyme, un géant. Ce récit burlesque retrace notamment son enfance et les étapes de son éducation. Cependant, Gargantua doit abandonner ses études pour venir en aide à son père Grandgousier dans la guerre contre Picrochole. Dans le chapitre 36, il livre une bataille décisive contre des hommes insensés.
Le texte
🠶 Point grammaire : les temps du récit
La conjugaison désigne les modifications de la forme verbale qui peut varier en temps (passé, présent, futur), personne, mode (modes personnels et non-personnels), aspect (façon dont l’action est perçue et présentée) et enfin voix (façon dont les rôles sémantiques sont distribués entre le sujet et le complément : active ou passive).
Pour raconter des faits passés, les auteurs recourent aux temps du passé de l’indicatif. Ce mode est l’un des modes personnels le plus riche de nuances. Le mode indicatif comporte, parallèlement aux temps simples, une série de temps composés, formés au moyen de l’auxiliaire être ou avoir et du participe passé. Nous abordons dans ce point uniquement les temps du récit :
Temps simples du passé
Dans cet extrait de Gargantua, on trouve de nombreuses occurrences de passé simple. Comme on peut le voir, la conjugaison peut prendre trois formes.
– La première comporte la voyelle a (-ai à la première personne, et -è à la troisième du pluriel) : Monta, arracha, décora, pissa, se déversa, s’enfla, cria, tira, tirèrent s’écria, expliqua.
– La deuxième catégorie de verbes forme son passé-simple en i : dit (attention, à la troisième personne, la forme se confond avec le présent de l’indicatif), produisit, atteignit, fit.
– La troisième se conjugue en u : fut, put, accoururent.
Ces formes alternent avec l’imparfait qui présente une conjugaison régulière composée de la base à laquelle on ajoute les terminaisons (ais, ais, ait, ions, iez, aient) : Appelait, était, pensait, étaient.
Le passé simple et l’imparfait ne se distinguent pas par le temps (ils renvoient tous les deux au passé) mais par l’aspect. Au passé simple, l’action est présentée de l’extérieur, en donnant une vision synthétique. C’est ce que l’on appelle l’aspect global. En revanche, l’imparfait comporte un aspect sécant, c’est-à-dire que l’action est présentée et perçue de l’intérieur, dans son déroulement, sans en prendre en compte les limites initiale et finale. Cette différence explique pourquoi ces temps sont utilisés pour raconter des événements passés. Le passé simple présente les actions successives comme des faits saillants par rapport aux actions d’arrière-plan exprimées à l’imparfait. Cette alternance permet d’assurer la progression chronologique du récit : l’état décrit à l’imparfait est bouleversé par l’action au passé simple.
À chaque forme simple correspond une forme composée au moyen de l’auxiliaire être ou avoir, conjugué à un temps simple, et du participe passé. Dans le texte, on trouve deux occurrences de plus-que-parfait : avait poussé, avait jeté. Par rapport aux temps simples, on note encore une différence d’aspect. Le temps simple comporte un aspect non accompli ou tensif alors que le temps composé marque un aspect accompli et éventuellement l’antériorité par rapport à l’action exprimée aux temps simples.
Entraînement avec des questions de grammaire possibles
• Relevez et identifiez les verbes conjugués dans les phrases suivantes en donnant leur valeur :
« Le cours de l’eau s’enfla tant que toute la bande des ennemis fut noyée dans des circonstances horr...