Dans la cour des grands
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Dans la cour des grands

...et des gérants d'estrade

  1. 204 pages
  2. French
  3. ePUB (adaptée aux mobiles)
  4. Disponible sur iOS et Android
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Dans la cour des grands

...et des gérants d'estrade

À propos de ce livre

Gilbert Lavoie a travaillĂ© trois ans aux cĂŽtĂ©s de Brian Mulroney en plus de couvrir le dernier mandat de Pierre Elliott Trudeau Ă  titre de correspondant parlementaire du quotidien La Presse. Il a suivi les deux premiers ministres partout sur la scĂšne internationale. Il a pu constater combien les relations personnelles entre les leaders sont importantes et Ă  quel point il faut appuyer leurs dĂ©placements Ă  l'Ă©tranger mĂȘme s'ils sont onĂ©reux et exigeants.

Son livre, riche en anecdotes, décrit aussi les difficultés de communication d'un bureau politique avec une presse parlementaire souvent cynique et parfois malicieuse. Lavoie se penche sur l'évolution de l'information dans un univers technologique qui impose la rapidité d'exécution au détriment de la vérification des faits. Un ouvrage incontournable pour quiconque s'intéresse à la politique nationale et internationale, à l'information et à l'histoire.

Originaire de Rimouski, Gilbert Lavoie a été journaliste à La Presse pendant 15 ans. Il a été secrétaire de presse du premier ministre Brian Mulroney de 1989 à 1992. Il a ensuite été rédacteur en chef du Droit, à Ottawa, jusqu'en 1994 et du Soleil, à Québec, jusqu'en 2001. Chroniqueur politique à l'Assemblée nationale jusqu'en 2018, il a publié au Septentrion Jean Pelletier. Entretiens et témoignages en 2009 et Blessures de guerre. Des camps nazis à l'Afghanistan en 2010.

Informations

Année
2022
ISBN de l'eBook
9782897913311
CHAPITRE 1
Brian Mulroney
Le journalisme m’a fait observer le pouvoir, Mulroney me l’a fait connaütre
Le tireur s’est pointĂ© Ă  la maison vers 23 h 45, le 7 septembre 1984, trois jours aprĂšs la victoire Ă©lectorale de Brian Mulroney contre John Turner. De retour Ă  Ottawa aprĂšs avoir couvert cette campagne pour La Presse Ă  partir de MontrĂ©al, je suis rĂ©veillĂ© par cet inconnu qui sonne Ă  la porte. Il dit vouloir me rencontrer pour parler de La Presse et de la campagne Ă©lectorale. Sans ouvrir la porte, je lui conseille de venir me voir au bureau. Il insiste, je refuse, et il dĂ©gaine une arme Ă  feu. La balle passe Ă  travers la fenĂȘtre de la porte et me manque de trĂšs prĂšs, Ă  la hauteur des cuisses. « A knee cap », me diront ensuite les policiers qui dĂ©crivent ainsi une blessure au genou qui vous handicape pour la vie, sans mettre votre vie en danger.
Battu par Joe Clark Ă  la direction du Parti conservateur en 1976, Mulroney gagne son pari 7 ans plus tard, le 11 juin 1983. Conscient de l’importance des mĂ©dias, le nouveau chef envoie rĂ©guliĂšrement des photos annotĂ©es de sa main aux journalistes qui suivent ses activitĂ©s. Vous reconnaĂźtrez au centre le regrettĂ© Michel Vastel, alors correspondant du Devoir, et Ă  ma droite, mon ami Daniel Lessard de Radio-Canada. (GracieusetĂ© de Brian Mulroney)
DĂšs le lendemain, la direction de La Presse m’installe avec ma famille dans une suite de l’hĂŽtel Lord Elgin Ă  Ottawa, le temps d’organiser ma sĂ©curitĂ© et de voir oĂč s’en va l’enquĂȘte policiĂšre. DĂšs que la nouvelle fait les mĂ©dias, Brian Mulroney est le premier Ă  m’appeler : « Ça, c’est un coup des gars de la rive sud », me dit-il. Les « gars de la rive sud », c’est la petite pĂšgre de Longueuil sur laquelle la commission Cliche sur l’industrie de la construction, dont faisait partie Mulroney, avait enquĂȘtĂ©. Et pourquoi a-t-il spontanĂ©ment dirigĂ© ses soupçons dans cette direction ? Probablement parce qu’au lendemain de l’agression, j’étais allĂ© visionner les photos dans les dossiers de la police d’Ottawa, et ensuite celle de Longueuil dans l’espoir de reconnaĂźtre mon agresseur. Et aussi parce que mon collĂšgue Gilles Paquin et moi avions enquĂȘtĂ© sur l’influence de ce milieu dans l’octroi de concession des loteries sportives créées par le gouvernement libĂ©ral. La police n’a jamais Ă©lucidĂ© cette affaire, mais peu importe. L’appel de Brian Mulroney illustre bien un aspect important de sa personnalitĂ© qui lui a permis de frayer son chemin jusqu’aux plus hautes sphĂšres de la politique canadienne. L’homme est toujours lĂ  pour vous fĂ©liciter, vous rassurer, vous appuyer ou vous rĂ©conforter quand vous en ressentez le besoin. C’est ainsi qu’il a tricotĂ©, peut-ĂȘtre mĂȘme sans le planifier totalement, un rĂ©seau de contacts et d’amitiĂ©s solides qui l’ont suivi tout au long de sa carriĂšre professionnelle et politique, jusque sur la scĂšne internationale.
J’ai cĂŽtoyĂ© Brian Mulroney de trĂšs prĂšs de 1989 Ă  1992, Ă  titre de secrĂ©taire de presse. Je l’avais connu en 1975 pendant les audiences publiques de la commission Cliche sur l’industrie de la construction au QuĂ©bec, et j’avais couvert par la suite son cheminement jusqu’à la direction du Parti progressiste-conservateur en 1983, sa victoire aux Ă©lections de 1984 contre John Turner, et son premier mandat jusqu’aux Ă©lections de 1988.
Comme secrĂ©taire de presse, je devais toujours ĂȘtre Ă  ses cĂŽtĂ©s lorsqu’il croisait des journalistes. C’est donc dire souvent, vraiment trĂšs souvent. J’ai Ă©tĂ© tĂ©moin de ses moments de joie, mais aussi de ses craintes, de ses inquiĂ©tudes, de ses frustrations et de ses colĂšres. Et parfois, de sa tristesse, surtout lorsqu’il s’est senti trahi dans le dossier de l’accord du lac Meech. Je l’ai accompagnĂ© dans tous ses dĂ©placements Ă  l’étranger, Moscou, Tokyo, Paris, Londres, Washington, Rome, le Vatican, et partout au Canada.
MalgrĂ© cette grande proximitĂ©, je ne m’explique toujours pas comment ce « p’tit gars de Baie-Comeau », issu d’un milieu modeste, a pu se tailler une telle place dans les plus hautes sphĂšres de la politique nationale et internationale. Son remarquable Ă©loge funĂšbre de dĂ©cembre 2018 pour George H. W. Bush, prononcĂ© devant Donald Trump, Barack Obama, le couple Clinton et George W. Bush, illustrait Ă  merveille la place importante qu’il a occupĂ©e et occupe encore dans ces milieux de pouvoir et d’influence. On me dit d’ailleurs que c’est Bush pĂšre en personne qui avait demandĂ©, avant son dĂ©cĂšs, que son ami Brian fasse son Ă©loge funĂšbre.
Il faut de l’ambition et une bonne part d’ego pour se rendre aussi loin dans la vie. Mulroney n’en manquait pas, mais ce n’est pas tout. Je pense qu’au dĂ©part, il faut aimer les gens et Mulroney Ă©tait assez exceptionnel Ă  ce chapitre.
Si vous connaissez l’homme, vous avez certainement vĂ©cu l’expĂ©rience : « Salut mon Gilbert, salut mon Robert, salut mon Jean-Louis
 » Peu importe qui vous ĂȘtes, c’est ainsi qu’il vous saluera si vous l’avez dĂ©jĂ  cĂŽtoyĂ© dans le passĂ© et que vous le croisez Ă  nouveau. Ce « mon » dans le message d’accueil vous fait sentir important, apprĂ©ciĂ©, et je ne crois pas qu’il s’agisse d’un calcul politique. Brian Mulroney aime faire plaisir aux gens.
Rick Morgan, qui a Ă©tĂ© son chef de cabinet pendant 10 ans, m’a dĂ©jĂ  expliquĂ© qu’une liste d’appels tĂ©lĂ©phoniques Ă  faire l’attendait toujours Ă  son retour au 24, Sussex. Un dĂ©putĂ© qui vivait un moment difficile, un autre dont la femme venait d’accoucher, une connaissance hospitalisĂ©e qui avait besoin d’un petit mot d’encouragement, et bien sĂ»r, tout le rĂ©seau politique national et international qu’il s’était bĂąti et qu’il avait soigneusement entretenu pendant sa longue marche vers le pouvoir.
S’il Ă©tait encore de ce monde, le regrettĂ© Jean-Claude MalĂ©part, ex-dĂ©putĂ© libĂ©ral de Sainte-Marie Ă  MontrĂ©al sous Pierre Elliott Trudeau, pourrait tĂ©moigner de ces petites et grandes attentions de Brian Mulroney.
Journaliste Ă  La Presse, j’ai appris en 1988 que MalĂ©part, qui est dĂ©cĂ©dĂ© un an plus tard, Ă©tait atteint d’un cancer grave. Je l’ai appelĂ© et lui ai demandĂ© s’il avait le goĂ»t d’en parler. Il s’en est montrĂ© trĂšs heureux, en m’expliquant Ă  quel point la solitude est grande lorsqu’on est atteint d’une maladie comme le cancer. Les gens ont peur de dĂ©ranger, ils ne savent pas quoi dire. Les appels sont rares Ă  ce moment prĂ©cis alors que la personne atteinte aurait justement besoin d’encouragements.
« Tu sais qui m’a appelĂ© pour me consoler ? m’a confiĂ© MalĂ©part au lendemain de la publication. Pas John Turner, mon chef. C’est Brian Mulroney. Et quand tu es malade, tu ne peux pas imaginer Ă  quel point ça fait du bien de recevoir un tel appel, et d’entendre la phrase suivante : “Monsieur MalĂ©part, ici le bureau du premier ministre. Monsieur Mulroney aimerait vous parler
” » C’est ça, les relations humaines. Je ne sais pas combien de fois Brian Mulroney a fait ce genre de dĂ©marche auprĂšs de gens malades ou vivant de grands malheurs, mais je sais qu’il l’a fait trĂšs souvent. Je sais aussi qu’il lui arrivait rĂ©guliĂšrement d’aller visiter des gens Ă  l’hĂŽpital, sans faire de publicitĂ© sur le sujet.
Il avait le mĂȘme comportement pour ceux et celles qui franchissaient une Ă©tape importante dans leur vie professionnelle. Pauline Marois m’a dĂ©jĂ  racontĂ© sa surprise de recevoir un appel de Mulroney pour lui souhaiter bonne chance au lendemain de son premier dĂ©part de la vie politique en mars 2006. Elle Ă©tait d’autant plus surprise qu’elle n’était pas une intime et qu’il n’avait rien Ă  espĂ©rer en retour d’un tel appel.
ÉlĂ©gante Ă  souhait, chaleureuse et toujours souriante, Mila a occupĂ© un espace important dans la carriĂšre politique de son mari. On savait le premier ministre beaucoup plus Ă  l’aise lorsque sa femme Ă©tait Ă  ses cĂŽtĂ©s. (Photo Bill McCarthy, cabinet du premier ministre [CPM])
C’est Michel Vastel, l’ancien chroniqueur du Devoir et du Soleil, qui a Ă©crit que les QuĂ©bĂ©cois respectaient Trudeau, mais qu’ils aimaient Mulroney. Ses efforts menant Ă  l’accord du lac Meech ont sans doute contribuĂ© Ă  ce sentiment partagĂ© jusque dans les milieux souverainistes, mais ça n’explique pas tout. Contrairement Ă  Pierre Elliott Trudeau, issu d’un milieu bien nanti de MontrĂ©al et Ă©duquĂ© Ă  BrĂ©beuf, Mulroney Ă©tait un gars des rĂ©gions. Je le constatais chaque fois que nous prenions la route du Bas-Saint-Laurent, de la GaspĂ©sie, de la Mauricie, de Charlevoix ou de la CĂŽte-Nord. Je le sentais alors beaucoup plus Ă  l’aise, plus dĂ©tendu.
Je me souviendrai toujours de cet arrĂȘt au quotidien Le Nouvelliste de Trois-RiviĂšres en 1990, pour une rencontre Ă©ditoriale. Sortant de nulle part, un col bleu de l’entreprise se prĂ©cipite sur le premier ministre pour lui serrer la main en l’appelant par son prĂ©nom. Ce col bleu Ă©tait un pressier, un ancien leader syndical, avec qui Mulroney avait nĂ©gociĂ© un contrat de travail dans le passĂ©. Deux vieux complices qui se retrouvaient

Je me souviens aussi de cet arrĂȘt forcĂ© Ă  l’aĂ©roport de Hamilton, parce que les conditions climatiques ne nous permettaient pas d’atterrir Ă  Guelph. Contrairement Ă  d’autres politiciens qui se seraient rĂ©fugiĂ©s dans le salon VIP en attendant que la mĂ©tĂ©o se calme, Mulroney a fait le tour de l’aĂ©roport, serrant des mains et prodiguant ses souhaits.
On comprendra facilement que s’il avait ce comportement au pays, il l’avait Ă©galement sur la scĂšne internationale, autant avec ses homologues du reste de la planĂšte qu’avec leurs ministres, leurs adjoints et tous ceux et celles qu’il croisait sur sa route.
Ancien collĂšgue de Brian Mulroney Ă  l’UniversitĂ© Laval en 1960 et procureur Ă  la commission Cliche sur l’industrie de la construction au milieu des annĂ©es 1970, le juge Ă  la retraite de la Cour d’appel du QuĂ©bec, Paul-Arthur Gendreau, rappelle avec humour l’entr...

Table des matiĂšres

  1. Dans la cour des grands ... et des gérants d'estrade
  2. Remerciements
  3. Préface
  4. INTRODUCTION ‱ « Peut-on lui faire confiance ? »
  5. CHAPITRE 1 ‱ Brian Mulroney
  6. CHAPITRE 2 ‱ Mon arrivĂ©e dans la fosse aux lions
  7. CHAPITRE 3 ‱ La vie au PMO
  8. CHAPITRE 4 ‱ Dans les coulisses de l’OTAN
  9. CHAPITRE 5 ‱ Les copains d’abord : Bush, Mitterrand, Thatcher et autres
  10. CHAPITRE 6 ‱ Dans les coulisses de la guerre
  11. CHAPITRE 7 ‱ Sur la route : heureux qui comme Ulysse ?
  12. CHAPITRE 8 ‱ Air « Farce » One
  13. CHAPITRE 9 ‱ Le dĂ©fi du terrain
  14. CHAPITRE 10 ‱ Pourquoi moi ?
  15. CHAPITRE 11 ‱ La solitude du pouvoir
  16. CHAPITRE 12 ‱ La vie avec nos « minous »
  17. CHAPITRE 13 ‱ Nos minous sur la route
  18. CHAPITRE 14 ‱ Les absents ont toujours tort
  19. CHAPITRE 15 ‱ Meech : la descente aux enfers
  20. CHAPITRE 16 ‱ Les Gaulois dans la fosse aux lions
  21. CHAPITRE 17 ‱ Trente ans plus tard : le temps des bilans
  22. CHAPITRE 18 ‱ La Presse, Le Soleil et Power Corporation
  23. CHAPITRE 19 ‱ Souvenirs et anecdotes
  24. CHAPITRE 20 ‱ Notes de l’auteur
 sur l’auteur
  25. Crédits

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