La Douleur
eBook - ePub

La Douleur

  1. 272 pages
  2. French
  3. ePUB (adaptée aux mobiles)
  4. Disponible sur iOS et Android
eBook - ePub

À propos de ce livre

L'homme est-il indĂ©finiment vouĂ© Ă  souffrir ? Pas nĂ©cessairement. Car nous Ă©valuons mieux aujourd'hui les facteurs qui expliquent les douleurs aiguĂ«s et les douleurs chroniques. Nous savons mieux jouer des substances, comme la morphine, pour diminuer la souffrance. Nous savons aussi stimuler les mĂ©canismes de contrĂŽle propres au corps. La douleur est une vraie maladie : il est maintenant possible de gagner le combat contre elle. Jean-Marie Besson, directeur de recherche au CNRS, Ă  l'Inserm et Ă  l'École pratique des hautes Ă©tudes, est l'un des meilleurs spĂ©cialistes mondiaux de la douleur. 

Foire aux questions

Oui, vous pouvez résilier à tout moment à partir de l'onglet Abonnement dans les paramÚtres de votre compte sur le site Web de Perlego. Votre abonnement restera actif jusqu'à la fin de votre période de facturation actuelle. Découvrez comment résilier votre abonnement.
Non, les livres ne peuvent pas ĂȘtre tĂ©lĂ©chargĂ©s sous forme de fichiers externes, tels que des PDF, pour ĂȘtre utilisĂ©s en dehors de Perlego. Cependant, vous pouvez tĂ©lĂ©charger des livres dans l'application Perlego pour les lire hors ligne sur votre tĂ©lĂ©phone portable ou votre tablette. DĂ©couvrez-en plus ici.
Perlego propose deux abonnements : Essentiel et Complet
  • Essentiel est idĂ©al pour les Ă©tudiants et les professionnels qui aiment explorer un large Ă©ventail de sujets. AccĂ©dez Ă  la bibliothĂšque Essentiel comprenant plus de 800 000 titres de rĂ©fĂ©rence et best-sellers dans les domaines du commerce, du dĂ©veloppement personnel et des sciences humaines. Il comprend un temps de lecture illimitĂ© et la voix standard de la fonction Écouter.
  • Complet est parfait pour les Ă©tudiants avancĂ©s et les chercheurs qui ont besoin d'un accĂšs complet et illimitĂ©. AccĂ©dez Ă  plus de 1,4 million de livres sur des centaines de sujets, y compris des titres acadĂ©miques et spĂ©cialisĂ©s. L'abonnement Complet comprend Ă©galement des fonctionnalitĂ©s avancĂ©es telles que la fonction Écouter Premium et l'Assistant de recherche.
Les deux abonnements sont disponibles avec des cycles de facturation mensuels, semestriels ou annuels.
Nous sommes un service d'abonnement Ă  des ouvrages universitaires en ligne, oĂč vous pouvez accĂ©der Ă  toute une bibliothĂšque pour un prix infĂ©rieur Ă  celui d'un seul livre par mois. Avec plus d'un million de livres sur plus de 1 000 sujets, nous avons ce qu'il vous faut ! DĂ©couvrez-en plus ici.
Recherchez le symbole Écouter sur votre prochain livre pour voir si vous pouvez l'Ă©couter. L'outil Écouter lit le texte Ă  haute voix pour vous, en surlignant le passage qui est en cours de lecture. Vous pouvez le mettre sur pause, l'accĂ©lĂ©rer ou le ralentir. DĂ©couvrez-en plus ici.
Oui ! Vous pouvez utiliser l'application Perlego sur les appareils iOS ou Android pour lire Ă  tout moment, n'importe oĂč, mĂȘme hors ligne. Parfait pour les trajets quotidiens ou lorsque vous ĂȘtes en dĂ©placement.
Veuillez noter que nous ne pouvons pas prendre en charge les appareils fonctionnant sur iOS 13 et Android 7 ou versions antérieures. En savoir plus sur l'utilisation de l'application.
Oui, vous pouvez accéder à La Douleur par Jean-Marie Besson en format PDF et/ou ePUB ainsi qu'à d'autres livres populaires dans Medicine et Anesthesiology & Pain Management. Nous disposons de plus d'un million d'ouvrages à découvrir dans notre catalogue.

Informations

Éditeur
Odile Jacob
Année
1992
Imprimer l'ISBN
9782738101815

CHAPITRE 1

La douleur et les douleurs


Dans sa forme pathologique chronique, la douleur n’a plus du tout de fonction biologique, elle est au contraire une force malĂ©fique qui impose au malade, Ă  sa famille et Ă  la sociĂ©tĂ© de graves stress Ă©motionnels, physiques, Ă©conomiques et sociologiques.
John J. Bonica.
La douleur a longtemps fait l’objet d’approches philosophiques ou mĂȘme scientifiques trĂšs partielles. Les philosophes, les thĂ©ologiens s’efforçaient de mettre en lumiĂšre son sens ; les psychologues, les biologistes, les physiologistes ses mĂ©canismes. Les cliniciens, tant bien que mal, cherchaient Ă  apaiser les malades, presque avec les moyens du bord. Aujourd’hui, nos connaissances ont fait des progrĂšs considĂ©rables. L’étude des mĂ©canismes physiologiques a en partie changĂ© notre vision gĂ©nĂ©rale de la douleur. Surtout, une thĂ©orie globale commence Ă  s’ébaucher sur des bases sĂ©rieuses, laissant espĂ©rer des moyens nouveaux pour triompher de souffrances longtemps irrĂ©ductibles. Les donnĂ©es recueillies demeurent toutefois trop fragmentaires encore. Les chercheurs, bien souvent, continuent Ă  s’affronter sur des assises conceptuelles anciennes, et certains traitements empiriques, voire discutables, sont encore en usage.
D’emblĂ©e, l’étude de la douleur se heurte en effet Ă  une difficultĂ© de mĂ©thode. Il est bien difficile de dĂ©gager une proposition thĂ©orique complĂšte et cohĂ©rente tant le terme de douleur recouvre des expĂ©riences psychologiques variĂ©es. Les diffĂ©rences sont importantes en effet entre ce que l’on observe chez des individus sains placĂ©s dans des conditions expĂ©rimentales et dans des situations pathologiques aiguĂ«s ou chroniques. Il existe en fait une multitude de syndromes douloureux, que le comitĂ© de taxonomie de l’Association internationale pour l’étude de la douleur a identifiĂ©s et rĂ©pertoriĂ©s en 226 pages ! Dans ce document, la douleur est dĂ©finie comme « une expĂ©rience sensorielle et Ă©motionnelle dĂ©sagrĂ©able, associĂ©e Ă  une lĂ©sion tissulaire rĂ©elle ou potentielle, ou dĂ©crite dans des termes Ă©voquant une telle lĂ©sion ». Elle est toujours subjective. DĂšs les premiers instants de la vie, tout individu apprend la signification du mot douleur Ă  travers l’expĂ©rience de la blessure. Les biologistes reconnaissent que ce sont les stimulus entraĂźnant des lĂ©sions du corps qui la provoquent. En consĂ©quence, la douleur est l’expĂ©rience que l’on associe Ă  une atteinte rĂ©elle ou potentielle des tissus. C’est une sensation perçue dans une ou plusieurs parties du corps, toujours dĂ©sagrĂ©able. C’est aussi une expĂ©rience Ă©motionnelle, ce qui ne veut pas dire que toutes les sensations anormales et dĂ©sagrĂ©ables puissent ĂȘtre assimilĂ©es Ă  des douleurs.
Est-ce si simple ? SĂ»rement pas. Nombreux sont ceux qui dĂ©crivent une douleur en l’absence de lĂ©sions tissulaires ou de toute cause pathologique Ă©vidente. L’origine en est alors psychologique. Pour autant, n’est-ce rien ? En fait, si l’on tient compte du vĂ©cu de la douleur, on ne peut distinguer cette expĂ©rience et celle qui rĂ©sulte d’une lĂ©sion. Douleur et stimulus, douleur et lĂ©sion ne sont donc pas nĂ©cessairement liĂ©s. MĂȘme si la douleur a la plupart du temps une cause physique Ă©vidente, elle dĂ©pend aussi de facteurs psychologiques.
Définitions de quelques termes fréquemment utilisés cliniquement
Allodynie : Douleur causée par un stimulus qui normalement ne produit pas de douleur.
Analgésie : Absence de douleur en réponse à une stimulation qui normalement aurait été douloureuse.
AnesthĂ©sie douloureuse : Douleur ressentie dans une zone ou une rĂ©gion d’anesthĂ©sie.
Causalgie : Syndrome combinant une douleur continue à type de brûlure, une allodynie et une hyperpathie aprÚs une lésion nerveuse traumatique, souvent associé à un dysfonctionnement vasomoteur, sudoral et ultérieurement à des troubles trophiques.
DysesthĂ©sie : Sensation anormale et dĂ©sagrĂ©able, qui peut ĂȘtre spontanĂ©e ou provoquĂ©e.
Hyperalgésie : Réponse exagérée à une stimulation qui normalement est douloureuse.
HyperesthĂ©sie : SensibilitĂ© exagĂ©rĂ©e Ă  une stimulation, Ă  l’exception des systĂšmes sensoriels spĂ©cifiques.
Hyperpathie : Syndrome douloureux caractérisé par une réponse exagérée à un stimulus, qui est répétitif et aussi dont le seuil est augmenté.
Hypoalgésie : Diminution de la douleur évoquée par un stimulus normalement douloureux.
Hypoesthésie : Diminution de la sensibilité à une stimulation, exception faite des systÚmes sensoriels spécifiques.
ParesthĂ©sie : Sensation anormale, qui peut ĂȘtre spontanĂ©e ou provoquĂ©e

Douleur aiguë, douleur chronique

La douleur aiguĂ« est gĂ©nĂ©ralement provoquĂ©e par des stimulations dommageables pour les tissus (brĂ»lure, piqĂ»re, pincements, etc.). Cette notion s’acquiert spontanĂ©ment au cours du dĂ©veloppement et reflĂšte en gĂ©nĂ©ral un syndrome de blessure ou de maladie corporelle. Dans ces conditions, la douleur joue un rĂŽle de sentinelle nous avertissant que quelque chose ne va pas : c’est la classique notion de la douleur comme signal d’alarme. Sa fonction est alors d’assurer l’intĂ©gritĂ© de l’organisme. Il est d’observation courante, aussi bien chez l’animal que chez l’homme, que l’application de stimulations intenses dĂ©clenche de nombreuses rĂ©actions : rĂ©flexes de retrait, cri, fuite, immobilisation de la rĂ©gion atteinte qui servent Ă  se soustraire Ă  la stimulation, Ă  avertir l’entourage et Ă  protĂ©ger les tissus lĂ©sĂ©s. Tout le monde a connu cette expĂ©rience des plus banales.
Qu’adviendrait-il si nous Ă©tions insensibles Ă  la douleur ? Serions-nous des surhommes, affrontant sans broncher le chaud, le froid, le feu, supportant les blessures sans jamais nous plaindre ? L’insensibilitĂ© est toujours assimilĂ©e Ă  une forme de duretĂ© morale dont les inconvĂ©nients s’exerceraient sur les autres. On oublie le revers de la mĂ©daille... MĂȘme s’ils sont fort heureusement extrĂȘmement rares, on rencontre des cas particuliĂšrement frappants. Qu’elle tienne Ă  une altĂ©ration du systĂšme nerveux ou qu’elle soit d’origine congĂ©nitale, les consĂ©quences de l’insensibilitĂ© Ă  la douleur sont toujours dĂ©sastreuses. Pour les insensibles eux-mĂȘmes. Ne pas se plaindre lorsque l’on se blesse, lorsque l’on se brĂ»le ou se casse une jambe est sans doute une qualitĂ©. Mais c’est aussi un handicap terrible : les patients insensibles se blessent frĂ©quemment, ils prĂ©sentent des traumatismes rĂ©pĂ©tĂ©s Ă  l’origine de fractures, de lĂ©sions ostĂ©o-articulaires, de brĂ»lures. De mĂȘme, il leur est impossible de dĂ©tecter certaines maladies internes, par exemple une crise d’appendicite, une infection. Être dans l’impossibilitĂ© de percevoir la douleur a donc des rĂ©percussions catastrophiques, qui justifient en partie l’idĂ©e que la douleur a une fonction protectrice.
Un exemple le montre bien. Il s’agit de la fille d’un mĂ©decin, dont on avait remarquĂ© l’insensibilitĂ© Ă  la douleur dĂšs son plus jeune Ăąge. Elle Ă©tait irritable et sujette Ă  des accĂšs de colĂšre au cours desquels elle se mordait avec une telle violence que sa langue Ă©tait en permanence dĂ©formĂ©e. Elle se cognait la tĂȘte contre le plancher de façon si brutale qu’elle Ă©tait couverte de larges hĂ©matomes. C’est ainsi qu’à vingt et un mois, elle fut hospitalisĂ©e pour un abcĂšs Ă  l’occiput consĂ©cutif Ă  ces traumatismes rĂ©pĂ©tĂ©s. Elle prĂ©sentait pratiquement en permanence de multiples coupures et contusions des extrĂ©mitĂ©s, mais jamais elle ne ressentait la moindre douleur.
Lorsqu’elle eut trois ans, survint une premiĂšre infection osseuse du pied. La mĂȘme annĂ©e, elle se brĂ»la un genou au troisiĂšme degrĂ© en restant appuyĂ©e contre un radiateur tandis que, par la fenĂȘtre, elle regardait jouer d’autres enfants. À l’ñge de huit ans, elle fut hospitalisĂ©e Ă  quatre reprises pour infection urinaire aiguĂ« et plusieurs poussĂ©es d’infection osseuse aux fĂ©murs ; l’enfant ne se plaignait toujours pas. Avertie de son insensibilitĂ©, elle se rendit compte par exemple que les coups de soleil ne lui causaient aucune sensation dĂ©plaisante. Lorsqu’elle rentrait de la plage, elle devait systĂ©matiquement inspecter ses pieds pour s’assurer qu’elle ne s’était pas blessĂ©e sur les rochers. Elle eut plusieurs poussĂ©es d’urticaire sans aucune dĂ©mangeaison, ne se plaignit jamais de maux de dents, de rĂšgles douloureuses, de maux d’estomac, de douleurs auriculaires. Plusieurs fois elle eut les doigts ou les orteils gelĂ©s pendant l’hiver. Presque sans s’en apercevoir.
Sa sensibilitĂ© au toucher lĂ©ger Ă©tait correcte, mais il Ă©tait possible de la piquer n’importe oĂč sans qu’elle rĂ©agisse. On pouvait lui insĂ©rer de petits bĂątonnets dans les narines ou les oreilles sans provoquer ni Ă©ternuement ni dĂ©sagrĂ©ment. Elle pouvait Ă©galement prendre les positions les plus acrobatiques qui soient sans aucune gĂȘne ni inconfort, ou encore jouer avec ses membres comme avec des morceaux de bois : elle se disloquait une Ă©paule et la remettait en place elle-mĂȘme. Elle Ă©tait capable de garder sa main dans une eau Ă  0-2°C pendant huit minutes, dans une eau Ă  49-50°C pendant cinq Ă  huit minutes, de supporter des chocs Ă©lectriques intenses en n’importe quel endroit du corps. Les tests psychophysiques qu’elle passa ne firent apparaĂźtre aucun des signes cliniques qui accompagnent la douleur : accroissement de la pression artĂ©rielle, accĂ©lĂ©ration cardiaque, modification de la respiration. En revanche, ces mĂȘmes modifications ne manquaient pas de survenir lors d’une situation de stress ou d’une Ă©motion intense.
À dix-sept ans, en plus de dĂ©formations osseuses, sĂ©quelles de ses diverses infections, apparurent les signes d’une tuberculose osseuse. Un an plus tard, elle commença Ă  boiter, par suite d’une atteinte de la hanche droite. Quatre ou cinq aprĂšs, survinrent des rechutes de tuberculose et de nouvelles infections osseuses. Ses abcĂšs osseux et musculaires entraĂźnĂšrent une compression de la moelle Ă©piniĂšre accompagnĂ©e de ses signes neurologiques classiques. MalgrĂ© des tentatives de dĂ©compression, l’atteinte neurologique empira, son Ă©tat gĂ©nĂ©ral se dĂ©grada et elle mourut.
La douleur aiguĂ« signale l’existence d’une lĂ©sion plus ou moins spĂ©cifique qui oriente le mĂ©decin vers un diagnostic. Du reste, la plupart du temps, c’est elle qui dĂ©clenche les consultations mĂ©dicales. Les exemples sont multiples : ulcĂšres gastriques, infarctus du myocarde, appendicite, coliques hĂ©patiques et rĂ©nales, maux de dents, etc. Elle fait alors partie des symptĂŽmes de la maladie et disparaĂźt aprĂšs un traitement appropriĂ©. Ce n’est hĂ©las pas toujours la rĂšgle. Tel est le cas du cancer : la douleur apparaĂźt Ă  un stade souvent avancĂ© de la maladie.
Si elle n’est pas rapidement jugulĂ©e, la douleur aiguĂ« n’a pas de fonction utile. Elle peut entraĂźner des rĂ©actions en chaĂźne qui menacent la vie des individus. Dans la majoritĂ© des cas, ces modifications, principalement d’ordre cardio-respiratoire et hormonal, servent Ă  maintenir la stabilitĂ© des constantes physiologiques et Ă  faire face Ă  l’agression. Lorsque la douleur extrĂȘmement sĂ©vĂšre se prolonge, on assiste Ă  des rĂ©actions physiologiques exacerbĂ©es qui ont Ă©tĂ© bien Ă©tudiĂ©es par les anesthĂ©sistes. Par exemple, la douleur est associĂ©e Ă  une augmentation de l’activitĂ© du systĂšme sympathique1. Elle se traduit par un accroissement de la frĂ©quence des battements cardiaques, une hypertension, une augmentation du travail du cƓur et de sa consommation d’oxygĂšne pouvant conduire chez des patients Ă  risques, Ă  une ischĂ©mie suivie d’infarctus. De mĂȘme, la douleur intense lors d’un accouchement long et difficile, peut ĂȘtre prĂ©judiciable au fƓtus et Ă  la mĂšre.
La douleur chronique, plus encore, n’a aucune fonction biologique : elle est inutile, dĂ©vastatrice, et parfois diabolique. On admet arbitrairement qu’une douleur devient chronique lorsqu’elle dure au-delĂ  de trois Ă  six mois. Persistante ou rĂ©currente, elle peut persĂ©cuter des mois, voire des annĂ©es durant. Elle peut accompagner une lĂ©sion organique bien dĂ©terminĂ©e, mais aussi, dans certains cas, apparaĂźtre plusieurs mois aprĂšs la guĂ©rison d’une maladie. Certains patients prĂ©sentent mĂȘme des douleurs en l’absence de tout antĂ©cĂ©dent et sans lĂ©sion apparente.
Quand elle devient chronique, la douleur envahit l’univers affectif de l’individu : elle devient une prĂ©occupation dominante. On ne peut plus travailler, on manque d’appĂ©tit, on dort mal, on devient irritable, dĂ©primĂ©. La vie devient un enfer. Les malades atteints de douleur chronique passent ainsi d’une clinique ou d’un praticien Ă  l’autre, glissant sans cesse de l’espoir Ă  l’amertume. Beaucoup divorcent, certains se suicident. D’autres manipulent leur famille, leurs collĂšgues de travail, leur mĂ©decin afin d’obtenir les mĂ©dicaments dont ils deviennent petit Ă  petit dĂ©pendants. D’autres encore rĂ©clament des interventions parfaitement inutiles. John Bonica et ses collĂšgues de l’universitĂ© de Washington Ă  Seattle ont ainsi notĂ© que les patients qui arrivaient Ă  la clinique de la douleur avaient subi en moyenne quatre Ă  six opĂ©rations. L’un d’eux dĂ©tenait le record de quarante-deux opĂ©rations !
La douleur chronique semble ĂȘtre la cause la plus frĂ©quente d’incapacitĂ© : c’est mĂȘme un problĂšme de santĂ© publique majeur et ses consĂ©quences Ă©conomiques sont considĂ©rables. On ne dispose pas de donnĂ©es statistiques parfaitement fiables. NĂ©anmoins, selon John Bonica, en 1981 aux États-Unis, les soins mĂ©dicaux et les compensations pĂ©cuniaires pour douleur chronique, les journĂ©es de travail perdues et parfois mĂȘme les procĂšs auraient vraisemblablement coĂ»tĂ© deux cent cinquante Ă  trois cent cinquante milliards de francs. D’aprĂšs le National Institute of Health2, ce sont surtout les maux de tĂȘte, le mal de dos, la douleur cancĂ©reuse, les douleurs rhumatismales et les douleurs neurogĂšnes qui sont invalidantes : quarante millions d’AmĂ©ricains souffrent ainsi de maux de tĂȘte, trente millions de maux de dos, dont deux millions qui ne peuvent plus travailler. Quant aux affections rhumatologiques, maladies les plus invalidantes, elles affectent vingt Ă  trente millions de personnes, chiffre qui ne peut que s’accroĂźtre avec le vieillissement de la population.
L’ensemble de ces donnĂ©es devrait conduire les grands organismes français de recherches Ă  se prĂ©occuper de la douleur et Ă  lancer des actions comparables Ă  celles qui, dans le domaine des neurosciences, sont aujourd’hui rĂ©servĂ©es Ă  d’autres champs d’investigation, comme la cognition, le vieillissement, les maladies dĂ©gĂ©nĂ©ratives et le dĂ©veloppement. Les mĂ©canismes physiopathologiques de bon nombre de syndromes douloureux chroniques restent en effet partiellement ou totalement incompris. L’épaisseur du dossier mĂ©dical que traĂźnent avec eux beaucoup de patients en tĂ©moigne. Il effraie souvent les praticiens, rebutĂ©s par la complexitĂ© du problĂšme et frustrĂ©s de ne pouvoir rĂ©pondre Ă  la demande des malades.
Les stratĂ©gies thĂ©rapeutiques dĂ©pendent de la connaissance des mĂ©canismes qui expliquent la douleur. La multiplicitĂ© des traitements reflĂšte ainsi notre ignorance et la variĂ©tĂ© des mĂ©canismes physiopathologiques en jeu. Certains syndromes sont parfaitement identifiables. Ce n’est hĂ©las pas toujours le cas et des erreurs de diagnostic peuvent parfois conduire Ă  l’irrĂ©parable. De plus, de nombreux facteurs sont susceptibles d’affecter la plainte douloureuse et les variations selon les individus sont considĂ©rables. NĂ©anmoins, dans un souci d...

Table des matiĂšres

  1. Couverture
  2. Titre
  3. Copyright
  4. Dédicace
  5. Avant-propos
  6. CHAPITRE 1 - La douleur et les douleurs
  7. CHAPITRE 2 - Comprendre la douleur
  8. CHAPITRE 3 - Les morphines du cerveau
  9. CHAPITRE 4 - L’évolution de la chirurgie
  10. CHAPITRE 5 - La stimulation du cerveau
  11. CHAPITRE 6 - Peut-on mesurer la douleur ?
  12. CHAPITRE 7 - L’importance de l’effet placebo
  13. CHAPITRE 8 - L’acupuncture traditionnelle dĂ©mystifiĂ©e
  14. CHAPITRE 9 - Les médicaments de la douleur
  15. CHAPITRE 10 - Morphine et douleur cancéreuse : vaincre la peur
  16. CONCLUSION - L’homme sans douleur ?
  17. Table des illustrations
  18. Table