Interdire le tabac
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Interdire le tabac

L’urgence

  1. 256 pages
  2. French
  3. ePUB (adaptée aux mobiles)
  4. Disponible sur iOS et Android
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Interdire le tabac

L’urgence

À propos de ce livre

 Alors qu'il tue chaque année 60 000 personnes en France et 5 millions dans le monde, pourquoi le risque sanitaire « tabac » est-il laissé de côté ? Pourquoi n'assiégeons-nous pas les usines de fabrication de cigarettes pour sensibiliser à leurs effets mortifères, comme le font les militants antinucléaire avec les centrales ? Pourquoi les élus locaux ne sont-ils pas menacés de non-réélection s'ils ne plaident pas en faveur de l'interdiction du tabac, comme ils le sont pour lutter contre l'implantation d'antennes-relais ou la culture des OGM ? Il est temps de comparer les dangers du tabac à ceux des risques sanitaires dénoncés chaque jour, et dont les ravages sont pourtant infiniment moins importants, et cette enquête s'y attache. Il s'agit aussi de prouver que l'usage du tabac ne relève ni de la responsabilité ni de la liberté individuelles, mais de stratégies marketing sophistiquées. Il s'agit enfin de voir comment la France, à l'instar de la Finlande, pourrait s'engager à l'horizon 2020, par exemple, dans l'interdiction définitive du tabac. « Ni réquisitoire ni appel à la vindicte, ce livre se veut avant tout un cri d'alerte autant qu'un témoignage pour l'avenir. » M.?P. Martine Perez, médecin, est rédactrice en chef au Figaro, où elle couvre depuis plus de vingt ans les sujets science et médecine.

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Informations

Éditeur
Odile Jacob
Année
2012
Imprimer l'ISBN
9782738127877
ISBN de l'eBook
9782738179753
Première partie
Le tabac,
le plus grave des risques
sanitaires
Chapitre 1
Le cancer, le nucléaire
et le tabac
Observant et relatant depuis plus de vingt ans pour Le Figaro toutes les crises sanitaires en tant que journaliste-médecin, je me suis rendu compte, au fil des années, que la tolérance vis-à-vis du risque s’était amenuisée. Ce que l’on acceptait encore au début des années 1980, les effets secondaires des médicaments, ceux des pesticides, des produits chimiques, sont parfois devenus des scandales sanitaires. Le Mediator, médicament des laboratoires Servier, a fait la une de tous les journaux en France pendant un an : ce produit, anorexigène caché, commercialisé comme antidiabétique aurait été responsable de 500 à 2 000 décès en trente-trois ans. Les laboratoires Servier auraient menti sur la nature de la molécule. Cette tromperie n’est pas acceptable. Mais pendant ces trente-trois années, le tabac a tué 1,8 million de personnes en France. Sans faire la une des journaux. Sans que les victimes du tabac bénéficient ne serait-ce que d’un peu de compassion médiatique.
Le tabac est une problématique de santé publique qui a émergé il y a plus de soixante ans, avec des risques connus, analysés. Acceptés sans débat. Alors que dans la hiérarchie macabre du risque, du danger, de la mortalité, le tabac éclipse très largement tous les autres risques sanitaires évitables.
Ce livre a pour objectif de resituer le tabac au sommet des dangers qui menacent nos enfants, plus que le nucléaire, les OGM, le bisphénol et les antennes-relais. J’ai donc choisi de comparer les quatre principales pathologies provoquées par le tabac à ces quatre facteurs qui font l’objet d’intenses campagnes de communication de la part des écologistes au nom de la santé humaine. Il s’agit de montrer pour ceux qui l’auraient occulté, que le tabac tue dix mille fois plus par an en France que tous ces risques additionnés au cours des trente dernières années.
L’énergie nucléaire est sur la sellette depuis la catastrophe de Tchernobyl, et encore plus depuis celle de Fukushima, notamment en raison du risque accru de cancer pour les populations exposées aux accidents. Mais aucun produit autorisé sur le marché n’augmente le risque de cancer comme le tabac. Bien plus que la pollution automobile ou l’alcool. Bien plus encore que les accidents nucléaires qui auraient fait 4 000 morts en trente ans dans le monde. L’Organisation mondiale de la santé estime que le tabac est la cause directe de la mort de plus de 5 millions de personnes chaque année2. Environ 30 % de ces décès sont dus à un cancer : poumon, vessie, rein… Pourtant, ce n’est pas l’interdiction de la cigarette qui est réclamée dans les pays riches pour réduire le risque de cancer et arrêter cette hécatombe mondiale. Non. Ce qui est exigé à cor et à cri par certains militants, c’est, entre autres, de sortir du nucléaire. La simple comparaison dans ce chapitre des risques liés au tabagisme avec ceux potentiellement dus aux centrales nucléaires révèle que la balance penche sans aucun doute possible et brutalement du côté du tabac. Ce produit inutile a tué des centaines de millions de personnes dans le monde au cours du XXe siècle. Il menace d’être encore plus meurtrier au XXIe siècle, avec des estimations allant jusqu’à un milliard de décès si l’on tient compte de l’Asie et de l’Afrique où l’industrie du tabac déploie désormais largement son étendard. Dans ce contexte, le nucléaire civil offre une figure somme toute bien plus acceptable.
D’autant que malgré les risques éventuels, il peut être crédité aussi d’un bilan positif grâce à l’énergie produite à usage industriel ou domestique. L’énergie nucléaire est une technologie du XXe siècle, qui évoluera sans doute à l’avenir vers un plus grand niveau de sécurité, d’efficacité. Par ailleurs, elle présente l’immense intérêt de ne pas participer au réchauffement climatique, puisque son bilan carbone est quasiment nul.
Mais même si l’on ne s’en tient qu’à la problématique du cancer, il n’y a aucune commune mesure entre ces deux questions. C’est pourtant le nucléaire que certaines associations et certains politiques somment d’interdire dans pratiquement tous les pays du monde. La cause principale des cancers qui tuent prématurément, avant 65 ans, c’est la cigarette. Les détracteurs du nucléaire, qui se soucient de l’avenir de l’humanité, de celui de nos enfants, et de la planète, ne s’y intéressent pas le moins du monde. Le risque de cancer est le premier danger du tabac à avoir été identifié, c’est loin d’être le seul. Mais c’est le plus connu.
L’avènement du cancer du poumon
Il fut un temps où l’on pouvait fumer en paix. Personne n’imaginait que la fumée du tabac puisse être autre chose que sans danger. Les premières cigarettes ont été vendues manufacturées en Espagne vers 1830. Mais l’engouement a commencé au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. C’est Richard Doll, un médecin anglais travaillant pour le Medical Research Council au service des statistiques, lui-même fumeur, qui, regardant des colonnes de chiffres, s’est rendu compte à la fin des années 1940 que le nombre de cas de cancer du poumon augmentait de manière spectaculaire. Jusqu’alors, ce type de cancer était très rare.
Il a d’abord pensé que cette évolution était la conséquence de la pollution industrielle ou encore des fumées des automobiles qui commençaient à se démocratiser. Interrogeant patiemment 600 personnes souffrant d’un cancer du poumon dans 20 hôpitaux britanniques en examinant leur mode et leur lieu de vie, il a découvert avec stupéfaction que leur seul point commun était de fumer. De cette observation, il a tiré un article princeps publié dans le British Medical Journal en 1950 qui a été le premier signal d’alerte, immédiatement contesté par l’industrie du tabac3. Déjà à cette époque, il y a plus de soixante ans, il affirmait sans hésiter, sans demi-mesure ni hésitation : « Les personnes qui fument plus d’un paquet par jour ont cinquante fois plus de risque que des non-fumeurs d’avoir un cancer du poumon. » En ce temps-là, 80 % des Anglais fumaient, et il faudra encore déployer beaucoup, beaucoup d’énergie pour que cette consommation régresse progressivement. La vérité a été découverte il y a déjà plus de soixante-deux ans. Aujourd’hui encore nos enfants s’initient tranquillement à l’école à la cigarette, en ignorant tout de ces recherches.
Richard Doll a consacré sa vie à l’étude des effets du tabac sur la santé. En 1951, fort de cette première découverte, il décide de lancer une enquête d’une ampleur inégalée. Pour cela, il choisit d’examiner les effets du tabac sur le corps médical, et en particulier sur plus de 34 000 médecins. Chaque année, pendant cinquante ans, avec ses collègues du Medical Research Council, il adresse à chacun des participants, des médecins volontaires, un nouveau document à remplir, pour connaître l’évolution de leur éventuel tabagisme et de leur état de santé. Richard Doll estimait à juste titre que si le tabac tue, il était impressionnant de montrer qu’il frappait aussi des médecins, eux que le commun des mortels croit protégés de tout et vivant de manière vertueuse. Cette enquête a été aussi une démarche formidable pour sensibiliser les généralistes anglais aux dangers du tabac, de manière qu’ils puissent mettre en garde leurs patients en toute connaissance de cause. Dès 1954, soit trois ans après le début de l’étude, un excès de mortalité par cancer du poumon apparaît chez ces médecins. Ce travail a été combattu dès sa publication par les manufacturiers qui en ont contesté les résultats comme la méthodologie. Mais l’étude ne s’est pas arrêtée là.
Régulièrement, Richard Doll, par le biais de la presse scientifique, donnait des nouvelles de ces médecins anglais. Chaque publication creusait un peu plus le décalage entre les médecins fumeurs et les non-fumeurs en termes de risque de cancer et d’espérance de vie. En 1964, il montre que la mortalité des fumeurs dépasse d’un tiers celle des non-fumeurs, avec plus de cancers du poumon, du larynx, du pharynx, de l’œsophage. En 1994, le constat s’aggrave : les résultats des vingt premières années de cette étude et d’autres menées à la même époque ont fortement sous-estimé les dangers de l’usage à long terme du tabac. Il semble maintenant qu’environ la moitié des fumeurs de cigarettes réguliers seront tués par leur habitude. La dernière étude a été publiée en 2004, soit plus de cinquante ans après le lancement de l’enquête, alors que Richard Doll, désormais anobli par la reine et pouvant faire précéder son nom de « sir », vient de fêter ses 90 ans4. Au bout de cinquante ans de comparaison entre médecins fumeurs et non-fumeurs, il est possible d’affirmer que les fumeurs perdent dix ans d’espérance de vie par rapport aux autres. Surtout, la probabilité de mourir prématurément avant 69 ans est deux fois plus importante pour les premiers que pour les autres.
Parmi les bonnes nouvelles, ce travail historique montre que l’arrêt du tabac, à tout âge, augmente l’espérance de vie. L’arrêt de la consommation à 60, 50 ou 40 ans fait gagner respectivement trois, six ou neuf années. L’abandon de la cigarette offre toujours un bénéfice pour la santé. Sir Richard Doll est décédé en 2008. De multiples enquêtes au cours des soixante dernières années, dans les pays industrialisés ont confirmé ces données. Et les ont précisées : 16 % des fumeurs réguliers auront un cancer du poumon, le risque augmentant avec le niveau de consommation. Il n’y aurait pas de tabagisme sans risque.
Les autres cancers
Depuis ces recherches historiques et spectaculaires, de très nombreux rapports, enquêtes, travaux, analyses se sont penchés sur les liens entre tabac et cancer. Et ils ont découvert une association non seulement avec le cancer du poumon, mais avec bien d’autres tumeurs, associations mises en évidence progressivement au cours des cinquante dernières années, mais encore ignorées du plus grand nombre.
De manière globale, pour l’année 2006, 37 000 morts par cancer sont imputables au tabac en France. C’est, de loin, le principal facteur de risque évitable de cancer dans notre pays. Le Centre international du cancer, dans un rapport publié en 2000, a confirmé que la consommation de tabac était responsable de nombreux cancers. Pour l’année 2000, il a été calculé que cette consommation avait été à l’origine de 33 % des cancers chez les hommes et 10 % chez les femmes. Ces chiffres ont évolué au cours des dix dernières années, avec une légère baisse chez les hommes et une forte augmentation pour la femme. De manière schématique et pour éviter les énumérations fastidieuses, le tabac est responsable de 81 % des décès par cancer du poumon en France (29 000 décès en 2010). La mortalité par cancer du poumon est l’indicateur le plus spécifique des effets du tabac et représente 20 % de l’ensemble des morts par cancer. Sa part dans les décès prématurés avant 65 ans est de l’ordre de 28 % : plus de 40 % des morts par cancer du poumon surviennent avant 65 ans. Outre celui du poumon, le tabac favorise de nombreux autres cancers : bouche, gorge, pancréas, vessie, reins, cavité nasale, œsophage, estomac… Une méta-analyse publiée en 2009 montre qu’il existe une augmentation d’environ 20 % du risque de cancer du côlon chez les fumeurs, par rapport aux autres, pour des durées de consommation supérieure à trente ans5.
Mettez 16 fumeurs dans une pièce : l’un mourra d’un cancer du poumon, un autre d’un cancer de la vessie, 3 par maladie cardio-vasculaire… La moitié des fumeurs mourront des conséquences du tabac. Imaginez qu’aujourd’hui un industriel mette sur le marché un produit récréatif qui causerait autant de morts, il se retrouverait tout de suite en prison avec une peine maximale, ou risquerait la chaise électrique dans les États américains qui n’ont pas aboli la peine de mort.
Rien de tout cela avec le tabac. Les fumeurs commencent un jour à tousser, à avoir une douleur dans la poitrine ou à cracher du sang. Le médecin, connaissant leur addiction, prescrit une IRM ou un scanner. L’imagerie montre alors une tumeur plus ou moins importante. Seuls 10 % des malades sont opérables et s’en sortiront sans doute. Les autres attendront passivement la fin, dans le silence, dans la souffrance, perdant peu à peu du poids pour devenir l’ombre d’eux-mêmes, sans prononcer un mot, sans révolte, sans procès et sans récrimination, se considérant comme responsables de ce qui leur arrive. Pas une plainte contre les cigarettes. Nous avons tous, dans notre entourage, quelqu’un qui est mort, sans bruit, rapidement, trop tôt, pour avoir pendant vingt ans, ou plus, tiré avec avidité sur des mégots.
La vessie est l’autre grande cible du tabac. En 2009, le journal de l’Institut national du cancer américain a publié une étude démontrant que le tabac avait un effet de plus en plus délétère sur cet organe, avec un risque de cancer accru. Les fumeurs ont cinq fois plus de risque d’avoir une tumeur de la vessie que les autres. Il y a dix ans, ce chiffre était inférieur. Certains nouveaux additifs dans le tabac seraient devenus plus toxiques. Il aurait aussi un effet synergique avec l’alcool. Pour toutes les tumeurs de la cavité buccale, de la gorge, de l’œsophage et de l’estomac, le tabac seul ou l’alcool seul majore ce risque d’un facteur 1,5. Mais ensemble, c’est treize fois plus de cancers observés par rapport à ceux qui ne consomment ni l’un ni l’autre… L’exposition à l’amiante est responsable de 4 % des cancers du poumon en France. Mais le fait de fumer de surcroît ajoute un facteur multiplicateur.
Pour synthétiser les liens évidents et incontestés entre tabac et cancer et s’en tenir à l’Hexagone, on peut se référer au bilan global dessiné en 2003 dans le bulletin épidémiologique hebdomadaire, par Catherine Hill, l’une des meilleures épidémiologistes françaises dans le domaine. « Le tabac tue en France 60 000 personnes chaque année, soit autant que l’alcool, les drogues illicites, le suicide, les accidents de la route, le sida réunis. » Pour ce qui est du cancer, elle affirmait à cette date que 54 % des cancers chez les hommes étaient liés au tabac, 29 % chez les femmes6.
Certes les chiffres varient selon les années où les enquêtes sont menées et selon la méthodologie. Mais l’ordre de grandeur reste constant. Aucun scientifique sérieux ne peut contester le rôle prépondérant du tabac dans la cancérologie française. Mais la seule question est : pourquoi tant d’indifférence, dans un monde si résolu à s’émouvoir du moindre risque sanitaire potentiel et qui a érigé le principe de précaution en mode de gestion de la santé publique ?
La nocivité du tabac… et les risques nucléaires
La fumée du tabac est la principale source de cancérigènes pour l’homme : parmi les 4 800 produits chimiques qu’elle contient, 66 ont été considérés comme cancérigènes par le Centre international de recherche contre le cancer (CIRC). Au plan mondial, plus de 5 millions de décès évitables sont liés au tabac, dont plus de 1 million par cancer du poumon. Cette hécatombe silencieuse est évitable, il faudrait une mobilisation massive !
Prenons le cas de l’énergie nucléaire. Après la catastrophe de Fukushima, plusieurs pays ont décidé de réduire progressivement le nombre de centrales, comme l’Allemagne, l’Italie. Mais cela n’a été possible, non pas parce que les morts du nucléaire font peser une menace majeure sur l’humanité, mais parce que des mouvements de lobbying orchestrés par les écologistes ont su convaincre les populations et les gouvernements. Pourquoi n’en serait-il pas de même pour le tabac ? Les morts du nucléaire civil méritent-ils plus d’attention que ceux du tabac ? Il faut savoir que les décès liés aux accidents nucléaires au cours des vingt-cinq dernières années ne dépasseraient pas 4 000, mais impressionnent très fortement les hommes politiques. Il faut apprendre à les impressionner aussi avec le tabac. Dans nombre de pays riches, des associations exigent la sortie du nucléaire, somment les gouvernements de répondre à leurs exigences, exercent une pression permanente sur les politiques, les médias… Après l’accident de Fukushima, en mars 2011, la fin du nucléaire a été réclamée avec une intensité croissante. La grande crainte, c’est celle de l’explosion accidentelle ou criminelle d’une centrale qui ferait des milliers de morts et contaminerait l’environnement pour des décennies. Mais lorsqu’on examine le bilan humain de Tchernobyl et de Fukushima, les deux catastrophes nucléaires les plus dramatiques, lorsqu’on comptabilise les décès, on découvre que l’on est encore très loin en termes de nombre de victimes de cette tragédie banalisée, admise, normalisée, consensuelle qu’est l’usage du tabac.
À parcourir le site Sortir du nucléaire7, rien n’est plus urgent que d’arrêter une à une les centrales nucléaires françaises. Et pourtant, par rapport aux données établissant à plus de 1 million par an le nombre de morts par cancers liés au tabac dans le monde (5 millions au total pour le tabac), le nucléaire apparaît par comparaison bien moins dramatique.
Le bilan de Tchernobyl et de Fukushima
Nul n’a envie de minimiser les catastrophes de Tchernobyl ou de Fukushima, mais il faut avoir l’honnêteté de reconnaître que leurs conséquences n’ont rien à voir avec celles du tabac. Aussi surprenant que cela puisse paraître pour les personnes qui ne se sont jamais penchées sur le sujet autrement que par la communication des associations antinucléaires, un rapport international estime que 4 000 personnes au total pourraient à terme décéder des suites d’une exposition à la radio-activité consécutive à l’accident survenu en 1986 dans la centrale nucléaire de Tchernobyl. Ces chiffres ont été présentés dans un rapport qui fait date et publié par le Forum Tchernobyl en 2006, à l’occasion du vingtième anniversaire de cet accident8. Basé sur un document de six cents pages en trois volumes, regroupant les travaux de centaines de scientifiques, d’économistes et de spécialistes de la santé, ce texte de référence évalue les conséquences sur vingt ans du plus grave accident nucléaire de l’histoire.
Le Forum était composé de huit institutions spécialisées des Nations unies, l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), l’Organisation mondiale de la santé (OMS), le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), le -Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE), le Bureau de la coordination des affaires humanitaires (OCHA) de l’ONU, le Comité scientifique des Nations unies pour l’étude des effets des rayonnements ionisants (UNSCEAR)… Si je détaille les organismes signataires, c’est pour montrer que ces conclusions et ces chiffres qui sont surprenants pour nous, qui avons longtemps cru que Tchernobyl était l’équivalent de centaines de milliers de morts, émanent d’experts parmi les plus reconnus dans leur domaine.
Voilà les grandes lignes de ce document. Environ un millier de membres du personnel du réacteur qui travaillaient sur le site et des équipes d’intervention ont été fortement exposés à des doses de rayonnements très élevées le premier jour de l’accident ; sur plus de 200 000 travailleurs affectés à ces équipes ou chargés d’...

Table des matières

  1. Couverture
  2. Titre
  3. Copyright
  4. Dédicace
  5. Introduction
  6. Première partie - Le tabac, le plus grave des risques sanitaires
  7. Deuxième partie - Le tabagisme, une pseudo-liberté
  8. Troisième partie - Vers l’interdiction totale du tabac
  9. Conclusion
  10. Notes