Psychologie du cancer
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Psychologie du cancer

Un autre regard sur la maladie et la guérison

  1. 256 pages
  2. French
  3. ePUB (adaptée aux mobiles)
  4. Disponible sur iOS et Android
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Psychologie du cancer

Un autre regard sur la maladie et la guérison

À propos de ce livre

Que sait-on vraiment des liens entre psychisme et cancer ? Aucun livre Ă  ce jour n'a abordĂ© cette question en termes aussi directs. Ici, l'auteur ose s'atteler Ă  la dimension psychologique d'un mal multifactoriel. Il fait pour la premiĂšre fois la synthĂšse des Ă©tudes scientifiques qui ont cherchĂ© Ă  comprendre comment le stress, la gestion des Ă©motions ou l'optimisme pouvaient changer la donne, tant dans la survenue de cette maladie que dans sa guĂ©rison. Il montre aussi comment la psychologie offre un regard particulier et bĂ©nĂ©fique sur les parcours des malades. Ainsi, cette recherche, Ă  la fois rigoureuse et profondĂ©ment humaniste, apporte des rĂ©ponses aux interrogations qui nous hantent : un cancer peut-il ĂȘtre provoquĂ© par des facteurs psychologiques ? Quels sont les impacts psychiques induits par cette maladie ? Enfin, quelles sont les ressources intĂ©rieures qui aident les malades Ă  supporter leur Ă©tat et favorisent la guĂ©rison ? Gustave-Nicolas Fischer est psychologue spĂ©cialiste en psychologie de la santĂ©. Professeur honoraire en psychologie sociale, il exerce actuellement Ă  MontrĂ©al et Ă  GenĂšve. Il a publiĂ© de nombreux ouvrages de rĂ©fĂ©rence, notamment sur les liens entre corps et esprit, dont Les Blessures psychiques. 

Foire aux questions

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Informations

Éditeur
Odile Jacob
Année
2013
Imprimer l'ISBN
9782738128898
ISBN de l'eBook
9782738177490
PremiĂšre partie
Cancer et risques psychologiques


Chapitre 1
Psychisme et cancer :
de quoi parle-t-on ?

La question du rĂŽle du psychisme dans le dĂ©veloppement du cancer est trĂšs ancienne. On cite habituellement Galien, ce mĂ©decin grec de l’AntiquitĂ© qui, l’un des premiers, a Ă©tabli une relation entre des caractĂ©ristiques psychologiques et le dĂ©veloppement du cancer en observant que les femmes mĂ©lancoliques et renfermĂ©es sur elles-mĂȘmes dĂ©veloppaient plus souvent un cancer du sein que celles qui avaient un tempĂ©rament gai.
Mais avant des Ă©tudes scientifiques sur cette question, ce sont d’abord les poĂštes qui ont peut-ĂȘtre le mieux saisi ce que reprĂ©sente cette dimension psychologique. Ainsi, TolstoĂŻ, dans La Mort d’Ivan Ilitch5, raconte l’histoire d’un petit fonctionnaire insignifiant qui, un jour, apprend qu’il a un cancer. Il exprime la caractĂ©ristique psychologique de son mal dans les termes suivants : « Sa maladie Ă©tait devenue pour lui-mĂȘme un reflet de son existence et le poussait Ă  changer. Sa souffrance l’obligeait pour la premiĂšre fois Ă  affronter sa vie. Vivre ? Comment vivre ? demanda la voix de l’ñme. Il lui vint Ă  l’esprit que ce qu’il considĂ©rait jusqu’ici comme une impossibilitĂ© absolue, c’est-Ă -dire qu’il eut vĂ©cu sa vie autrement qu’il avait dĂ» le faire, pouvait ĂȘtre la vĂ©ritĂ©. »
Dans Mars, Fritz Zorn, de son cĂŽtĂ©, interprĂšte l’origine de son cancer en dĂ©crivant les racines psychologiques de sa maladie : « Je suis jeune et riche et cultivĂ© et je suis malheureux, nĂ©vrosĂ© et seul
 J’ai eu une Ă©ducation bourgeoise et j’ai Ă©tĂ© sage toute ma vie. Ma famille est passablement dĂ©gĂ©nĂ©rĂ©e. C’est pourquoi j’ai sans doute une lourde hĂ©rĂ©ditĂ© et je suis abĂźmĂ© par mon milieu. Naturellement j’ai aussi un cancer, ce qui va de soi, si l’on en juge d’aprĂšs ce que je viens de dire. Cela dit, c’est une maladie du corps dont il est probable que je mourrai prochainement ; d’autre part, c’est une maladie de l’ñme
 Bien sĂ»r, les mĂ©decins savent un tas de choses sur le cancer, mais ce qu’il en est en rĂ©alitĂ©, ils ne le savent pas6. »
Milan Kundera, lui, dans L’Insoutenable LĂ©gĂšretĂ© de l’ĂȘtre, Ă©tablit un lien entre le choc qu’a Ă©prouvĂ© son hĂ©ros au moment de l’invasion des troupes russes en TchĂ©coslovaquie et l’apparition de son cancer : « Le cancer qui sommeillait sans doute discrĂštement dans son corps depuis quelque temps avait fleuri comme une rose7. »
Dans ces textes, on le voit, la dimension psychologique est partie intĂ©grante, souvent impalpable, de l’ĂȘtre humain. Mais c’est une force agissante qui est qualifiable, tout en demeurant difficilement quantifiable. Or aujourd’hui, on fait moins confiance aux poĂštes pour aborder ces questions, car c’est la science qui s’est Ă©rigĂ©e en instance de vĂ©ritĂ© dans ce domaine.
L’intĂ©rĂȘt des scientifiques
La recherche des causes ou des facteurs psychologiques est dĂ©sormais abordĂ©e dans une orientation scientifique Ă  travers des Ă©tudes rĂ©alisĂ©es souvent dans des perspectives diffĂ©rentes qu’on peut sommairement rĂ©sumer en deux approches distinctes : l’une est essentiellement d’orientation clinique et analyse l’histoire de vie et la trajectoire individuelle. Elle le fait Ă  travers des Ă©tudes empiriques basĂ©es sur des entretiens et des observations de malades en considĂ©rant les facteurs psychologiques qui ont jouĂ© un rĂŽle dans le dĂ©clenchement de leur cancer.
L’autre est une orientation expĂ©rimentale basĂ©e sur des Ă©tudes Ă©pidĂ©miologiques avec de grands Ă©chantillons et centrĂ©e sur l’analyse des relations entre diffĂ©rents facteurs de stress et leurs impacts sur les mĂ©canismes biologiques. Dans ce cas, la dĂ©marche ne repose plus essentiellement sur le contact avec le malade. Si ces travaux ont fait progresser la recherche en rĂ©vĂ©lant notamment la complexitĂ© des interdĂ©pendances des facteurs de risque, ils aboutissent souvent Ă  des rĂ©sultats contradictoires oĂč, d’un cĂŽtĂ©, on affirme que les facteurs psychologiques jouent un rĂŽle certain, voire prĂ©pondĂ©rant dans l’apparition d’un cancer, et, de l’autre, on conclut Ă  la difficultĂ© de mettre en Ă©vidence l’implication du psychisme.
Face Ă  ce mal qui met directement la vie en danger, les chercheurs et les cliniciens ont essayĂ© d’en comprendre les causes, de les expliquer. Qu’est-ce qui provoque le cancer ? Cette question lancinante n’est pas purement thĂ©orique : elle obsĂšde bien des malades et bien des cliniciens. Le professeur Joyeux, chirurgien cancĂ©rologue, y est parfaitement sensible. « À chaque premiĂšre rencontre, Ă©crit-il dans son ouvrage Stress et cancer du sein, je pose Ă©videmment Ă  la patiente diffĂ©rentes questions quant Ă  la recherche des causes du cancer qu’elle vient de dĂ©couvrir. Depuis quelques annĂ©es, la rĂ©ponse la plus frĂ©quente que j’entends met en relation directe leur maladie et le(s) stress ou un choc psychologique particulier, en gĂ©nĂ©ral parfaitement identifiĂ©. Toutes les autres causes sont occultĂ©es, mĂȘme pas Ă©voquĂ©es8. »
Son observation est appuyĂ©e par des Ă©tudes antĂ©rieures9 qui ont montrĂ© que prĂšs de la moitiĂ© des personnes atteintes d’un cancer et participant Ă  l’étude Ă©taient persuadĂ©es que leur cancer Ă©tait la consĂ©quence d’un Ă©vĂ©nement particulier vĂ©cu comme un dĂ©sastre et par rapport auquel elles se sentaient perdues et impuissantes parce qu’il avait une importance vitale pour elles (avortement, divorce, perte d’un emploi). Ces rĂ©sultats montrent l’attention portĂ©e aujourd’hui Ă  la recherche des causes psychologiques dans l’apparition du cancer, mĂȘme si de nombreux mĂ©decins expriment encore leur rĂ©ticence voire leur opposition Ă  prendre en compte de telles donnĂ©es.
Le regard des psychologues
Dans le cadre de la psychologie, c’est seulement depuis les cinquante derniĂšres annĂ©es que des Ă©tudes ont cherchĂ© Ă  savoir si des bouleversements psychiques pouvaient expliquer l’apparition du cancer. Cela est dĂ» Ă  la naissance et au dĂ©veloppement de nouvelles spĂ©cialitĂ©s en psychologie, la psychologie de la santĂ© et la psycho-oncologie. Ainsi est apparu un cadre scientifique et des Ă©tudes systĂ©matiques ont Ă©tĂ© entreprises pour mieux apprĂ©hender cette question. Ces orientations ont permis d’éclairer et de mieux comprendre l’implication et la place du psychisme dans le cancer.
Aujourd’hui, nous sommes davantage sensibilisĂ©s et ouverts aux aspects psychologiques du cancer pour en tenir compte notamment dans l’apparition de cette maladie. Mais la recherche des causes psychologiques dans la survenue d’un cancer n’a en rĂ©alitĂ© de sens que si elle permet de mieux comprendre la rĂ©ceptivitĂ© toujours si unique et complexe d’une personne Ă  ce qui est de nature Ă  bouleverser sa vie Ă  travers des processus qui ont pour but de la prĂ©server. C’est pourquoi il est utile, avant d’aborder l’étude des facteurs de risque psychologiques, de fournir quelques indications sur une conception psychologique de l’ĂȘtre humain, du corps, de la santĂ© et de la maladie.
On ne peut pas parler de ce que la psychologie a Ă  voir avec le cancer si on ne prĂ©cise pas, d’abord, ce qu’on entend par psychisme humain et si on ne situe pas la rĂ©alitĂ© psychologique par rapport au corps humain et Ă  la santĂ©. Bien souvent, la relation entre psychisme et cancer est abordĂ©e dans le cadre dĂ©limitĂ© de la maladie proprement dite, oĂč les aspects psychologiques sont analysĂ©s et traitĂ©s comme des entitĂ©s sĂ©parĂ©es des aspects biologiques.
La dimension psychologique du corps
Les anciens avaient dĂ©signĂ© l’ensemble du psychisme humain par le mot Ăąme (psychĂ©) qui exprime la force de vie qui anime tous les organes comme l’ensemble du corps humain. Le psychisme dĂ©signe donc l’ĂȘtre humain tout entier en tant qu’animĂ© par cette force qui en fait un ĂȘtre vivant Ă  travers ses organes, ses Ă©motions, sa pensĂ©e. Dans ce sens, « Ăąme » et « vie » sont souvent assimilĂ©es, l’ñme indiquant simplement la maniĂšre dont la vie se manifeste concrĂštement en chacun de nous. Leur conception du psychisme se rĂ©fĂ©rait Ă  une tout autre comprĂ©hension de la vie et du corps que celle que nous avons aujourd’hui. En particulier, la maladie et le rĂŽle de la mĂ©decine y Ă©taient abordĂ©s dans une vision qui met en lumiĂšre l’interdĂ©pendance fondamentale entre le psychisme et la santĂ© : « Il ne faut pas entreprendre de soigner le corps indĂ©pendamment de l’ñme, et la raison pour laquelle de nombreuses maladies Ă©chappent aux mĂ©decins est qu’ils mĂ©connaissent le tout dont il faudrait qu’ils prennent soin. [
] En effet, de nos jours, l’erreur rĂ©pandue est qu’ils s’efforcent d’ĂȘtre les mĂ©decins de l’une des deux indĂ©pendamment de l’autre. » Ce texte est d’une brĂ»lante actualitĂ©. Il est de Platon et se trouve dans un de ses dialogues de Charmide10 Ă©crit vers 380 avant notre Ăšre. Il montre que notre santĂ© et la maladie impliquent tout notre ĂȘtre, le corps, les Ă©motions, l’esprit.
Notre santĂ© n’est donc pas seulement un Ă©tat purement physiologique qui correspondrait au bon fonctionnement des organes comme une mĂ©canique bien huilĂ©e. Elle ne renvoie pas seulement au fait d’ĂȘtre en forme physiquement. Notre santĂ© est aussi un Ă©tat de bien-ĂȘtre, d’émotions positives, de sensations d’ĂȘtre bien dans sa peau, un Ă©tat d’harmonie qui consiste Ă  vivre de façon saine et Ă©quilibrĂ©e. Notre santĂ© correspond au maintien d’un Ă©quilibre optimal et adaptatif entre l’organisme et le milieu tant interne qu’externe. Notre santĂ©, c’est notre corps en santĂ©.
De plus, pour le psychologue de la santĂ©, le corps est aussi un lieu psychique. Chacun de nous a un corps unique dans sa structure et ses expressions. Il n’existe pas deux corps identiques. C’est dire aussi que la santĂ©, c’est autre chose qu’un Ă©tat ; ce sont des processus en constante Ă©volution non seulement dans leurs fonctions biologiques mais Ă©galement suivant nos expĂ©riences de vie qui s’inscrivent elles aussi dans notre corps. Notre corps est le lieu oĂč nous vivons ; il renferme notre vie, il est le lieu d’un champ de forces vitales composĂ© d’un ensemble de cellules, de tissus, d’organes, qui ont tous une qualitĂ© : elles contiennent de l’information vĂ©hiculĂ©e dans tout le corps et forment notre vie.
Mais le corps renferme aussi notre vĂ©cu, nos Ă©motions emmagasinĂ©es au cours de nos expĂ©riences : celles-ci sont en quelque sorte encodĂ©es, gravĂ©es dans notre organisme. En ce sens, le corps n’est pas seulement un lieu biologique, mais un champ d’informations en interdĂ©pendance permanente entre des sentiments, des affects, des croyances, des Ă©motions, des valeurs et le systĂšme biologique. Les processus par lesquels nos Ă©motions et ce qu’on appelle la rĂ©alitĂ© de notre psychisme se transforment en matiĂšre biologique sont extrĂȘmement complexes.
Le corps dans la médecine traditionnelle chinoise
Dans une perspective complĂ©mentaire, on peut se rĂ©fĂ©rer Ă  la mĂ©decine traditionnelle chinoise qui fournit ici un Ă©clairage intĂ©ressant sur une autre conception de la vie, du psychisme et du corps que celle que nous avons dans les sociĂ©tĂ©s occidentales. Ce savoir ancestral repose d’abord sur le fait que la vie est un Ă©quilibre rythmĂ© rĂ©sultant de flux Ă©nergĂ©tiques qui parcourent le corps en unifiant les diffĂ©rents organes. La mĂ©decine chinoise a avant tout une conception globale de l’ĂȘtre humain et de sa santĂ©, oĂč l’homme et l’univers sont indissociables et en interaction mutuelle. Ils forment un Tout, car « ils sont engendrĂ©s par le qi du Ciel et de la Terre ». Le qi est l’énergie fondamentale, la force de vie par excellence qui meut tout dans l’univers.
Pour ce qui concerne l’homme, il correspond Ă  la substance essentielle du corps humain dont il assure et prĂ©serve la vie. Le qi est la force dynamique de la vie qui circule dans tout le corps, notamment Ă  travers un rĂ©seau immatĂ©riel de voies appelĂ©es des mĂ©ridiens. Dans cette perspective, le corps est traversĂ© par cet ensemble de forces interdĂ©pendantes et intĂ©grĂ©es les unes aux autres. Le yin et le yang en sont les deux pĂŽles Ă©nergĂ©tiques opposĂ©s complĂ©mentaires et interdĂ©pendants. Ils sont les deux phases des processus de changement et de transformation ; ils rythment l’énergie vitale et dĂ©terminent ainsi comment le corps fonctionne : lorsque les mouvements du yin et du yang crĂ©ent l’équilibre et l’harmonie dans le corps, ils donnent lieu Ă  la santĂ© ; lorsque l’équilibre est rompu entre eux, alors se dĂ©veloppe la maladie.
Autrement dit, la santĂ© c’est l’harmonie entre les Ă©nergies Ă  l’intĂ©rieur du corps et entre le corps et l’environnement extĂ©rieur. En revanche, la maladie est une rupture de cette harmonie qui va se manifester par des symptĂŽmes. Dans cette optique, la santĂ© est la manifestation d’une vitalitĂ© qui est un Ă©quilibre subtil entre des forces opposĂ©es indissociables. Sur ces bases, le corps reprĂ©sente lui aussi un tout composĂ© d’élĂ©ments interdĂ©pendants que sont les substances vitales et les organes. Il est donc vu comme un tout intĂ©grĂ© et interactif, notamment via l’interdĂ©pendance des principaux organes (le foie, le cƓur, la rate, les poumons et les reins) et la circulation des substances vitales dans l’organisme.
Pour la mĂ©decine traditionnelle chinoise, ces principaux organes du corps humain ont chacun deux fonctions, biologiques et psychologiques, qui sont indissociables, car elles sont sous-tendues par la mĂȘme Ă©nergie vitale. Ces fonctions sont complĂ©mentaires ; elles se soutiennent l’une l’autre en crĂ©ant dans l’ĂȘtre une harmonie qui est la santĂ©. Dans cette mĂȘme optique, les mĂ©decins traditionnels chinois associent Ă  ces cinq organes-fonctions constitutifs de l’ĂȘtre humain cinq Ă©motions qui reprĂ©sentent une composante de la vie dans ces organes.
Ainsi, le cƓur est l’organe de la joie, et chaque fois qu’on Ă©prouve une Ă©motion en ce sens, l’énergie de la vie qui circule dans le cƓur est paisible et tranquille. Le cƓur est en ce sens l’organe unificateur de l’ĂȘtre humain en crĂ©ant la joie qui est la sĂ©rĂ©nitĂ© de l’esprit et du cƓur. Le cƓur rempli de joie diffuse alors dans tout le corps ses capacitĂ©s d’harmonisation pour vivre.
Le poumon est l’organe de la tristesse, mais aussi de façon plus large celui d’autres Ă©motions : le deuil, l’affliction, la mĂ©lancolie. Les signes cliniques associĂ©s Ă  la tristesse sont des symptĂŽmes du domaine respiratoire, comme la toux ou l’essoufflement. L’émotion associĂ©e au poumon s’exprime par la perte de l’élan vital car elle Ă©puise la vitalitĂ© du corps. Dans cette optique, la tristesse Ă©quivaut au niveau pulmonaire Ă  un mouvement de contraction-compression de l’énergie.
Le foie est l’organe de la colĂšre, qui est une Ă©motion comprise Ă  la fois comme frustration, contrariĂ©tĂ©, irritabilitĂ©, amertume. Quand il y a colĂšre, frustration, le foie, qui peut ĂȘtre comparĂ© Ă  une centrale Ă©lectrique assurant la fluiditĂ© de l’énergie vitale dans le corps, est perturbĂ©, voire bloquĂ© dans cette fonction. C’est dans ce sens que la mĂ©decine chinoise affirme que « la colĂšre blesse le foie ».
La rate est l’organe des soucis, mais aussi de l’excĂšs de travail intellectuel et de la rumination. Quand les soucis prennent le dessus, la rate ne fait plus son travail et c’est notamment le processus de mĂ©tabolisation qui est perturbĂ© tant sur le plan biologique que psychologique. Ainsi, le surmenage ou les ruminations empĂȘchent la rate dans sa capacitĂ© Ă  traiter et Ă  transformer les nourritures tant physiques que psychologiques afin de les assimiler. Il est intĂ©ressant de noter que la sagesse populaire nous invite d’ailleurs Ă  « ne pas nous mettre la rate au court-bouillon » lorsque nous risquons de nous faire trop de souci

Le rein est, lui, l’organe des peurs de toutes sortes : inquiĂ©tude, crainte, anxiĂ©tĂ©. Si on se rappelle que le rein est le dĂ©positaire d’une Ă©nergie qui est celle de la racine de la vie, on observe que la peur, et notamment la peur chronique, est une atteinte de la base de la vitalitĂ© dans l’ĂȘtre humain. Quand la peur de vivre prend le dessus, il y a perte de volontĂ© et c’est le fondement mĂȘme de la vie qui est touchĂ©.
Ces indications gĂ©nĂ©rales montrent que dans la mĂ©decine chinoise, le corps humain constitue une totalitĂ© dont l’harmonie d’ensemble est soutenue par un rĂ©seau d’organes fonctionnels interdĂ©pendants qui se gĂ©nĂšrent et se rĂ©gulent mutuellement. Dans cette conception, les causes des maladies sont liĂ©es Ă  des facteurs d’origines diverses, tantĂŽt externes tantĂŽt internes.
Pour ce qui nous intĂ©resse, les facteurs internes que sont les cinq Ă©motions liĂ©es aux cinq organes qui viennent d’ĂȘtre prĂ©sentĂ©s sont considĂ©rĂ©s ici comme les vĂ©ritables risques des processus pathogĂšnes des maladies. Pourquoi ? D’abord, parce que le corps est une totalitĂ© oĂč la santĂ© est un Ă©quilibre entre des forces de vie qui produisent une harmonisation d’ensemble du corps. La maladie, par consĂ©quent, est un dĂ©sĂ©quilibre de ces forces vitales. À la diffĂ©rence de l’approche scientifique mĂ©dicale, elle est abordĂ©e comme l’expression d’un dĂ©sordre Ă©nergĂ©tique et non pas comme une entitĂ© clinique d’un organe malade pris isolĂ©ment.
De ce point de vue, un facteur de risque essentiel est liĂ© aux perturbations des Ă©motions inhĂ©rentes aux caractĂ©ristiques biologiques de chaque organe. Autrement dit, c’est le dysfonctionnement Ă©motionnel d’un organe qui constitue un facteur pathogĂšne pour la fonction biologique de cet organe. Donc les perturbations des Ă©motions reprĂ©sentent des mĂ©canismes pathogĂšnes qui retentissent forcĂ©ment sur les fonctions organiques, car la rĂ©percussion pathologique des Ă©motions sur le corps est sous-tendue par la mĂȘme dynamique Ă©nergĂ©tique.
Les facteurs Ă©motionnels interviennent dans ce sens comme des causes essentielles Ă  l’origine des maladies. En ce qui concerne plus directement le cancer, il n’y a pas dans la mĂ©decine traditionnelle chinoise un concept spĂ©cifique pour dĂ©signer le cancer, mais on parle plutĂŽt de tumeurs. Elles sont dĂ©signĂ©es comme « les branches les plus Ă©levĂ©es de la maladie », mais pas « sa » racine. Comme pour la mĂ©decine occidentale, les causes du cancer sont multiples, mais une des causes principales est le blocage de l’énergie vitale. C’est cette Ă©nergie vitale qui commande le fonctionnement du corps, et si elle est bloquĂ©e, elle est considĂ©rĂ©e comme la base pathogĂšne des cancers.
Comme nous venons de le souligner, l’une des raisons essentielles de ce blocage est le dĂ©sĂ©quilibre des Ă©motions, soit rĂ©primĂ©es, soi...

Table des matiĂšres

  1. Couverture
  2. Titre
  3. Copyright
  4. Sommaire
  5. Introduction
  6. PremiĂšre partie - Cancer et risques psychologiques
  7. DeuxiĂšme partie - L’épreuve du cancer
  8. TroisiĂšme partie - La valeur psychologique du soutien
  9. QuatriÚme partie - Guérison, médecine et cancer
  10. Conclusion
  11. Bibliographie complémentaire
  12. Du mĂȘme auteur chez Odile Jacob