
eBook - ePub
Psychologie du cancer
Un autre regard sur la maladie et la guérison
- 256 pages
- French
- ePUB (adaptée aux mobiles)
- Disponible sur iOS et Android
eBook - ePub
Ă propos de ce livre
Que sait-on vraiment des liens entre psychisme et cancer ? Aucun livre Ă ce jour n'a abordĂ© cette question en termes aussi directs. Ici, l'auteur ose s'atteler Ă la dimension psychologique d'un mal multifactoriel. Il fait pour la premiĂšre fois la synthĂšse des Ă©tudes scientifiques qui ont cherchĂ© Ă comprendre comment le stress, la gestion des Ă©motions ou l'optimisme pouvaient changer la donne, tant dans la survenue de cette maladie que dans sa guĂ©rison. Il montre aussi comment la psychologie offre un regard particulier et bĂ©nĂ©fique sur les parcours des malades. Ainsi, cette recherche, Ă la fois rigoureuse et profondĂ©ment humaniste, apporte des rĂ©ponses aux interrogations qui nous hantent : un cancer peut-il ĂȘtre provoquĂ© par des facteurs psychologiques ? Quels sont les impacts psychiques induits par cette maladie ? Enfin, quelles sont les ressources intĂ©rieures qui aident les malades Ă supporter leur Ă©tat et favorisent la guĂ©rison ? Gustave-Nicolas Fischer est psychologue spĂ©cialiste en psychologie de la santĂ©. Professeur honoraire en psychologie sociale, il exerce actuellement Ă MontrĂ©al et Ă GenĂšve. Il a publiĂ© de nombreux ouvrages de rĂ©fĂ©rence, notamment sur les liens entre corps et esprit, dont Les Blessures psychiques.Â
Foire aux questions
Oui, vous pouvez résilier à tout moment à partir de l'onglet Abonnement dans les paramÚtres de votre compte sur le site Web de Perlego. Votre abonnement restera actif jusqu'à la fin de votre période de facturation actuelle. Découvrez comment résilier votre abonnement.
Non, les livres ne peuvent pas ĂȘtre tĂ©lĂ©chargĂ©s sous forme de fichiers externes, tels que des PDF, pour ĂȘtre utilisĂ©s en dehors de Perlego. Cependant, vous pouvez tĂ©lĂ©charger des livres dans l'application Perlego pour les lire hors ligne sur votre tĂ©lĂ©phone portable ou votre tablette. DĂ©couvrez-en plus ici.
Perlego propose deux abonnements : Essentiel et Complet
- Essentiel est idĂ©al pour les Ă©tudiants et les professionnels qui aiment explorer un large Ă©ventail de sujets. AccĂ©dez Ă la bibliothĂšque Essentiel comprenant plus de 800 000 titres de rĂ©fĂ©rence et best-sellers dans les domaines du commerce, du dĂ©veloppement personnel et des sciences humaines. Il comprend un temps de lecture illimitĂ© et la voix standard de la fonction Ăcouter.
- Complet est parfait pour les Ă©tudiants avancĂ©s et les chercheurs qui ont besoin d'un accĂšs complet et illimitĂ©. AccĂ©dez Ă plus de 1,4 million de livres sur des centaines de sujets, y compris des titres acadĂ©miques et spĂ©cialisĂ©s. L'abonnement Complet comprend Ă©galement des fonctionnalitĂ©s avancĂ©es telles que la fonction Ăcouter Premium et l'Assistant de recherche.
Nous sommes un service d'abonnement Ă des ouvrages universitaires en ligne, oĂč vous pouvez accĂ©der Ă toute une bibliothĂšque pour un prix infĂ©rieur Ă celui d'un seul livre par mois. Avec plus d'un million de livres sur plus de 1 000 sujets, nous avons ce qu'il vous faut ! DĂ©couvrez-en plus ici.
Recherchez le symbole Ăcouter sur votre prochain livre pour voir si vous pouvez l'Ă©couter. L'outil Ăcouter lit le texte Ă haute voix pour vous, en surlignant le passage qui est en cours de lecture. Vous pouvez le mettre sur pause, l'accĂ©lĂ©rer ou le ralentir. DĂ©couvrez-en plus ici.
Oui ! Vous pouvez utiliser l'application Perlego sur les appareils iOS ou Android pour lire Ă tout moment, n'importe oĂč, mĂȘme hors ligne. Parfait pour les trajets quotidiens ou lorsque vous ĂȘtes en dĂ©placement.
Veuillez noter que nous ne pouvons pas prendre en charge les appareils fonctionnant sur iOS 13 et Android 7 ou versions antérieures. En savoir plus sur l'utilisation de l'application.
Veuillez noter que nous ne pouvons pas prendre en charge les appareils fonctionnant sur iOS 13 et Android 7 ou versions antérieures. En savoir plus sur l'utilisation de l'application.
Oui, vous pouvez accéder à Psychologie du cancer par Gustave-Nicolas Fischer en format PDF et/ou ePUB ainsi qu'à d'autres livres populaires dans Medicine et Oncology. Nous disposons de plus d'un million d'ouvrages à découvrir dans notre catalogue.
Informations
PremiĂšre partie
Cancer et risques psychologiques
Chapitre 1
Psychisme et cancer :
de quoi parle-t-on ?
de quoi parle-t-on ?
La question du rĂŽle du psychisme dans le dĂ©veloppement du cancer est trĂšs ancienne. On cite habituellement Galien, ce mĂ©decin grec de lâAntiquitĂ© qui, lâun des premiers, a Ă©tabli une relation entre des caractĂ©ristiques psychologiques et le dĂ©veloppement du cancer en observant que les femmes mĂ©lancoliques et renfermĂ©es sur elles-mĂȘmes dĂ©veloppaient plus souvent un cancer du sein que celles qui avaient un tempĂ©rament gai.
Mais avant des Ă©tudes scientifiques sur cette question, ce sont dâabord les poĂštes qui ont peut-ĂȘtre le mieux saisi ce que reprĂ©sente cette dimension psychologique. Ainsi, TolstoĂŻ, dans La Mort dâIvan Ilitch5, raconte lâhistoire dâun petit fonctionnaire insignifiant qui, un jour, apprend quâil a un cancer. Il exprime la caractĂ©ristique psychologique de son mal dans les termes suivants : « Sa maladie Ă©tait devenue pour lui-mĂȘme un reflet de son existence et le poussait Ă changer. Sa souffrance lâobligeait pour la premiĂšre fois Ă affronter sa vie. Vivre ? Comment vivre ? demanda la voix de lâĂąme. Il lui vint Ă lâesprit que ce quâil considĂ©rait jusquâici comme une impossibilitĂ© absolue, câest-Ă -dire quâil eut vĂ©cu sa vie autrement quâil avait dĂ» le faire, pouvait ĂȘtre la vĂ©ritĂ©. »
Dans Mars, Fritz Zorn, de son cĂŽtĂ©, interprĂšte lâorigine de son cancer en dĂ©crivant les racines psychologiques de sa maladie : « Je suis jeune et riche et cultivĂ© et je suis malheureux, nĂ©vrosĂ© et seul⊠Jâai eu une Ă©ducation bourgeoise et jâai Ă©tĂ© sage toute ma vie. Ma famille est passablement dĂ©gĂ©nĂ©rĂ©e. Câest pourquoi jâai sans doute une lourde hĂ©rĂ©ditĂ© et je suis abĂźmĂ© par mon milieu. Naturellement jâai aussi un cancer, ce qui va de soi, si lâon en juge dâaprĂšs ce que je viens de dire. Cela dit, câest une maladie du corps dont il est probable que je mourrai prochainement ; dâautre part, câest une maladie de lâĂąme⊠Bien sĂ»r, les mĂ©decins savent un tas de choses sur le cancer, mais ce quâil en est en rĂ©alitĂ©, ils ne le savent pas6. »
Milan Kundera, lui, dans LâInsoutenable LĂ©gĂšretĂ© de lâĂȘtre, Ă©tablit un lien entre le choc quâa Ă©prouvĂ© son hĂ©ros au moment de lâinvasion des troupes russes en TchĂ©coslovaquie et lâapparition de son cancer : « Le cancer qui sommeillait sans doute discrĂštement dans son corps depuis quelque temps avait fleuri comme une rose7. »
Dans ces textes, on le voit, la dimension psychologique est partie intĂ©grante, souvent impalpable, de lâĂȘtre humain. Mais câest une force agissante qui est qualifiable, tout en demeurant difficilement quantifiable. Or aujourdâhui, on fait moins confiance aux poĂštes pour aborder ces questions, car câest la science qui sâest Ă©rigĂ©e en instance de vĂ©ritĂ© dans ce domaine.
LâintĂ©rĂȘt des scientifiques
La recherche des causes ou des facteurs psychologiques est dĂ©sormais abordĂ©e dans une orientation scientifique Ă travers des Ă©tudes rĂ©alisĂ©es souvent dans des perspectives diffĂ©rentes quâon peut sommairement rĂ©sumer en deux approches distinctes : lâune est essentiellement dâorientation clinique et analyse lâhistoire de vie et la trajectoire individuelle. Elle le fait Ă travers des Ă©tudes empiriques basĂ©es sur des entretiens et des observations de malades en considĂ©rant les facteurs psychologiques qui ont jouĂ© un rĂŽle dans le dĂ©clenchement de leur cancer.
Lâautre est une orientation expĂ©rimentale basĂ©e sur des Ă©tudes Ă©pidĂ©miologiques avec de grands Ă©chantillons et centrĂ©e sur lâanalyse des relations entre diffĂ©rents facteurs de stress et leurs impacts sur les mĂ©canismes biologiques. Dans ce cas, la dĂ©marche ne repose plus essentiellement sur le contact avec le malade. Si ces travaux ont fait progresser la recherche en rĂ©vĂ©lant notamment la complexitĂ© des interdĂ©pendances des facteurs de risque, ils aboutissent souvent Ă des rĂ©sultats contradictoires oĂč, dâun cĂŽtĂ©, on affirme que les facteurs psychologiques jouent un rĂŽle certain, voire prĂ©pondĂ©rant dans lâapparition dâun cancer, et, de lâautre, on conclut Ă la difficultĂ© de mettre en Ă©vidence lâimplication du psychisme.
Face Ă ce mal qui met directement la vie en danger, les chercheurs et les cliniciens ont essayĂ© dâen comprendre les causes, de les expliquer. Quâest-ce qui provoque le cancer ? Cette question lancinante nâest pas purement thĂ©orique : elle obsĂšde bien des malades et bien des cliniciens. Le professeur Joyeux, chirurgien cancĂ©rologue, y est parfaitement sensible. « Ă chaque premiĂšre rencontre, Ă©crit-il dans son ouvrage Stress et cancer du sein, je pose Ă©videmment Ă la patiente diffĂ©rentes questions quant Ă la recherche des causes du cancer quâelle vient de dĂ©couvrir. Depuis quelques annĂ©es, la rĂ©ponse la plus frĂ©quente que jâentends met en relation directe leur maladie et le(s) stress ou un choc psychologique particulier, en gĂ©nĂ©ral parfaitement identifiĂ©. Toutes les autres causes sont occultĂ©es, mĂȘme pas Ă©voquĂ©es8. »
Son observation est appuyĂ©e par des Ă©tudes antĂ©rieures9 qui ont montrĂ© que prĂšs de la moitiĂ© des personnes atteintes dâun cancer et participant Ă lâĂ©tude Ă©taient persuadĂ©es que leur cancer Ă©tait la consĂ©quence dâun Ă©vĂ©nement particulier vĂ©cu comme un dĂ©sastre et par rapport auquel elles se sentaient perdues et impuissantes parce quâil avait une importance vitale pour elles (avortement, divorce, perte dâun emploi). Ces rĂ©sultats montrent lâattention portĂ©e aujourdâhui Ă la recherche des causes psychologiques dans lâapparition du cancer, mĂȘme si de nombreux mĂ©decins expriment encore leur rĂ©ticence voire leur opposition Ă prendre en compte de telles donnĂ©es.
Le regard des psychologues
Dans le cadre de la psychologie, câest seulement depuis les cinquante derniĂšres annĂ©es que des Ă©tudes ont cherchĂ© Ă savoir si des bouleversements psychiques pouvaient expliquer lâapparition du cancer. Cela est dĂ» Ă la naissance et au dĂ©veloppement de nouvelles spĂ©cialitĂ©s en psychologie, la psychologie de la santĂ© et la psycho-oncologie. Ainsi est apparu un cadre scientifique et des Ă©tudes systĂ©matiques ont Ă©tĂ© entreprises pour mieux apprĂ©hender cette question. Ces orientations ont permis dâĂ©clairer et de mieux comprendre lâimplication et la place du psychisme dans le cancer.
Aujourdâhui, nous sommes davantage sensibilisĂ©s et ouverts aux aspects psychologiques du cancer pour en tenir compte notamment dans lâapparition de cette maladie. Mais la recherche des causes psychologiques dans la survenue dâun cancer nâa en rĂ©alitĂ© de sens que si elle permet de mieux comprendre la rĂ©ceptivitĂ© toujours si unique et complexe dâune personne Ă ce qui est de nature Ă bouleverser sa vie Ă travers des processus qui ont pour but de la prĂ©server. Câest pourquoi il est utile, avant dâaborder lâĂ©tude des facteurs de risque psychologiques, de fournir quelques indications sur une conception psychologique de lâĂȘtre humain, du corps, de la santĂ© et de la maladie.
On ne peut pas parler de ce que la psychologie a Ă voir avec le cancer si on ne prĂ©cise pas, dâabord, ce quâon entend par psychisme humain et si on ne situe pas la rĂ©alitĂ© psychologique par rapport au corps humain et Ă la santĂ©. Bien souvent, la relation entre psychisme et cancer est abordĂ©e dans le cadre dĂ©limitĂ© de la maladie proprement dite, oĂč les aspects psychologiques sont analysĂ©s et traitĂ©s comme des entitĂ©s sĂ©parĂ©es des aspects biologiques.
La dimension psychologique du corps
Les anciens avaient dĂ©signĂ© lâensemble du psychisme humain par le mot Ăąme (psychĂ©) qui exprime la force de vie qui anime tous les organes comme lâensemble du corps humain. Le psychisme dĂ©signe donc lâĂȘtre humain tout entier en tant quâanimĂ© par cette force qui en fait un ĂȘtre vivant Ă travers ses organes, ses Ă©motions, sa pensĂ©e. Dans ce sens, « Ăąme » et « vie » sont souvent assimilĂ©es, lâĂąme indiquant simplement la maniĂšre dont la vie se manifeste concrĂštement en chacun de nous. Leur conception du psychisme se rĂ©fĂ©rait Ă une tout autre comprĂ©hension de la vie et du corps que celle que nous avons aujourdâhui. En particulier, la maladie et le rĂŽle de la mĂ©decine y Ă©taient abordĂ©s dans une vision qui met en lumiĂšre lâinterdĂ©pendance fondamentale entre le psychisme et la santĂ© : « Il ne faut pas entreprendre de soigner le corps indĂ©pendamment de lâĂąme, et la raison pour laquelle de nombreuses maladies Ă©chappent aux mĂ©decins est quâils mĂ©connaissent le tout dont il faudrait quâils prennent soin. [âŠ] En effet, de nos jours, lâerreur rĂ©pandue est quâils sâefforcent dâĂȘtre les mĂ©decins de lâune des deux indĂ©pendamment de lâautre. » Ce texte est dâune brĂ»lante actualitĂ©. Il est de Platon et se trouve dans un de ses dialogues de Charmide10 Ă©crit vers 380 avant notre Ăšre. Il montre que notre santĂ© et la maladie impliquent tout notre ĂȘtre, le corps, les Ă©motions, lâesprit.
Notre santĂ© nâest donc pas seulement un Ă©tat purement physiologique qui correspondrait au bon fonctionnement des organes comme une mĂ©canique bien huilĂ©e. Elle ne renvoie pas seulement au fait dâĂȘtre en forme physiquement. Notre santĂ© est aussi un Ă©tat de bien-ĂȘtre, dâĂ©motions positives, de sensations dâĂȘtre bien dans sa peau, un Ă©tat dâharmonie qui consiste Ă vivre de façon saine et Ă©quilibrĂ©e. Notre santĂ© correspond au maintien dâun Ă©quilibre optimal et adaptatif entre lâorganisme et le milieu tant interne quâexterne. Notre santĂ©, câest notre corps en santĂ©.
De plus, pour le psychologue de la santĂ©, le corps est aussi un lieu psychique. Chacun de nous a un corps unique dans sa structure et ses expressions. Il nâexiste pas deux corps identiques. Câest dire aussi que la santĂ©, câest autre chose quâun Ă©tat ; ce sont des processus en constante Ă©volution non seulement dans leurs fonctions biologiques mais Ă©galement suivant nos expĂ©riences de vie qui sâinscrivent elles aussi dans notre corps. Notre corps est le lieu oĂč nous vivons ; il renferme notre vie, il est le lieu dâun champ de forces vitales composĂ© dâun ensemble de cellules, de tissus, dâorganes, qui ont tous une qualitĂ© : elles contiennent de lâinformation vĂ©hiculĂ©e dans tout le corps et forment notre vie.
Mais le corps renferme aussi notre vĂ©cu, nos Ă©motions emmagasinĂ©es au cours de nos expĂ©riences : celles-ci sont en quelque sorte encodĂ©es, gravĂ©es dans notre organisme. En ce sens, le corps nâest pas seulement un lieu biologique, mais un champ dâinformations en interdĂ©pendance permanente entre des sentiments, des affects, des croyances, des Ă©motions, des valeurs et le systĂšme biologique. Les processus par lesquels nos Ă©motions et ce quâon appelle la rĂ©alitĂ© de notre psychisme se transforment en matiĂšre biologique sont extrĂȘmement complexes.
Le corps dans la médecine traditionnelle chinoise
Dans une perspective complĂ©mentaire, on peut se rĂ©fĂ©rer Ă la mĂ©decine traditionnelle chinoise qui fournit ici un Ă©clairage intĂ©ressant sur une autre conception de la vie, du psychisme et du corps que celle que nous avons dans les sociĂ©tĂ©s occidentales. Ce savoir ancestral repose dâabord sur le fait que la vie est un Ă©quilibre rythmĂ© rĂ©sultant de flux Ă©nergĂ©tiques qui parcourent le corps en unifiant les diffĂ©rents organes. La mĂ©decine chinoise a avant tout une conception globale de lâĂȘtre humain et de sa santĂ©, oĂč lâhomme et lâunivers sont indissociables et en interaction mutuelle. Ils forment un Tout, car « ils sont engendrĂ©s par le qi du Ciel et de la Terre ». Le qi est lâĂ©nergie fondamentale, la force de vie par excellence qui meut tout dans lâunivers.
Pour ce qui concerne lâhomme, il correspond Ă la substance essentielle du corps humain dont il assure et prĂ©serve la vie. Le qi est la force dynamique de la vie qui circule dans tout le corps, notamment Ă travers un rĂ©seau immatĂ©riel de voies appelĂ©es des mĂ©ridiens. Dans cette perspective, le corps est traversĂ© par cet ensemble de forces interdĂ©pendantes et intĂ©grĂ©es les unes aux autres. Le yin et le yang en sont les deux pĂŽles Ă©nergĂ©tiques opposĂ©s complĂ©mentaires et interdĂ©pendants. Ils sont les deux phases des processus de changement et de transformation ; ils rythment lâĂ©nergie vitale et dĂ©terminent ainsi comment le corps fonctionne : lorsque les mouvements du yin et du yang crĂ©ent lâĂ©quilibre et lâharmonie dans le corps, ils donnent lieu Ă la santĂ© ; lorsque lâĂ©quilibre est rompu entre eux, alors se dĂ©veloppe la maladie.
Autrement dit, la santĂ© câest lâharmonie entre les Ă©nergies Ă lâintĂ©rieur du corps et entre le corps et lâenvironnement extĂ©rieur. En revanche, la maladie est une rupture de cette harmonie qui va se manifester par des symptĂŽmes. Dans cette optique, la santĂ© est la manifestation dâune vitalitĂ© qui est un Ă©quilibre subtil entre des forces opposĂ©es indissociables. Sur ces bases, le corps reprĂ©sente lui aussi un tout composĂ© dâĂ©lĂ©ments interdĂ©pendants que sont les substances vitales et les organes. Il est donc vu comme un tout intĂ©grĂ© et interactif, notamment via lâinterdĂ©pendance des principaux organes (le foie, le cĆur, la rate, les poumons et les reins) et la circulation des substances vitales dans lâorganisme.
Pour la mĂ©decine traditionnelle chinoise, ces principaux organes du corps humain ont chacun deux fonctions, biologiques et psychologiques, qui sont indissociables, car elles sont sous-tendues par la mĂȘme Ă©nergie vitale. Ces fonctions sont complĂ©mentaires ; elles se soutiennent lâune lâautre en crĂ©ant dans lâĂȘtre une harmonie qui est la santĂ©. Dans cette mĂȘme optique, les mĂ©decins traditionnels chinois associent Ă ces cinq organes-fonctions constitutifs de lâĂȘtre humain cinq Ă©motions qui reprĂ©sentent une composante de la vie dans ces organes.
Ainsi, le cĆur est lâorgane de la joie, et chaque fois quâon Ă©prouve une Ă©motion en ce sens, lâĂ©nergie de la vie qui circule dans le cĆur est paisible et tranquille. Le cĆur est en ce sens lâorgane unificateur de lâĂȘtre humain en crĂ©ant la joie qui est la sĂ©rĂ©nitĂ© de lâesprit et du cĆur. Le cĆur rempli de joie diffuse alors dans tout le corps ses capacitĂ©s dâharmonisation pour vivre.
Le poumon est lâorgane de la tristesse, mais aussi de façon plus large celui dâautres Ă©motions : le deuil, lâaffliction, la mĂ©lancolie. Les signes cliniques associĂ©s Ă la tristesse sont des symptĂŽmes du domaine respiratoire, comme la toux ou lâessoufflement. LâĂ©motion associĂ©e au poumon sâexprime par la perte de lâĂ©lan vital car elle Ă©puise la vitalitĂ© du corps. Dans cette optique, la tristesse Ă©quivaut au niveau pulmonaire Ă un mouvement de contraction-compression de lâĂ©nergie.
Le foie est lâorgane de la colĂšre, qui est une Ă©motion comprise Ă la fois comme frustration, contrariĂ©tĂ©, irritabilitĂ©, amertume. Quand il y a colĂšre, frustration, le foie, qui peut ĂȘtre comparĂ© Ă une centrale Ă©lectrique assurant la fluiditĂ© de lâĂ©nergie vitale dans le corps, est perturbĂ©, voire bloquĂ© dans cette fonction. Câest dans ce sens que la mĂ©decine chinoise affirme que « la colĂšre blesse le foie ».
La rate est lâorgane des soucis, mais aussi de lâexcĂšs de travail intellectuel et de la rumination. Quand les soucis prennent le dessus, la rate ne fait plus son travail et câest notamment le processus de mĂ©tabolisation qui est perturbĂ© tant sur le plan biologique que psychologique. Ainsi, le surmenage ou les ruminations empĂȘchent la rate dans sa capacitĂ© Ă traiter et Ă transformer les nourritures tant physiques que psychologiques afin de les assimiler. Il est intĂ©ressant de noter que la sagesse populaire nous invite dâailleurs à « ne pas nous mettre la rate au court-bouillon » lorsque nous risquons de nous faire trop de souciâŠ
Le rein est, lui, lâorgane des peurs de toutes sortes : inquiĂ©tude, crainte, anxiĂ©tĂ©. Si on se rappelle que le rein est le dĂ©positaire dâune Ă©nergie qui est celle de la racine de la vie, on observe que la peur, et notamment la peur chronique, est une atteinte de la base de la vitalitĂ© dans lâĂȘtre humain. Quand la peur de vivre prend le dessus, il y a perte de volontĂ© et câest le fondement mĂȘme de la vie qui est touchĂ©.
Ces indications gĂ©nĂ©rales montrent que dans la mĂ©decine chinoise, le corps humain constitue une totalitĂ© dont lâharmonie dâensemble est soutenue par un rĂ©seau dâorganes fonctionnels interdĂ©pendants qui se gĂ©nĂšrent et se rĂ©gulent mutuellement. Dans cette conception, les causes des maladies sont liĂ©es Ă des facteurs dâorigines diverses, tantĂŽt externes tantĂŽt internes.
Pour ce qui nous intĂ©resse, les facteurs internes que sont les cinq Ă©motions liĂ©es aux cinq organes qui viennent dâĂȘtre prĂ©sentĂ©s sont considĂ©rĂ©s ici comme les vĂ©ritables risques des processus pathogĂšnes des maladies. Pourquoi ? Dâabord, parce que le corps est une totalitĂ© oĂč la santĂ© est un Ă©quilibre entre des forces de vie qui produisent une harmonisation dâensemble du corps. La maladie, par consĂ©quent, est un dĂ©sĂ©quilibre de ces forces vitales. Ă la diffĂ©rence de lâapproche scientifique mĂ©dicale, elle est abordĂ©e comme lâexpression dâun dĂ©sordre Ă©nergĂ©tique et non pas comme une entitĂ© clinique dâun organe malade pris isolĂ©ment.
De ce point de vue, un facteur de risque essentiel est liĂ© aux perturbations des Ă©motions inhĂ©rentes aux caractĂ©ristiques biologiques de chaque organe. Autrement dit, câest le dysfonctionnement Ă©motionnel dâun organe qui constitue un facteur pathogĂšne pour la fonction biologique de cet organe. Donc les perturbations des Ă©motions reprĂ©sentent des mĂ©canismes pathogĂšnes qui retentissent forcĂ©ment sur les fonctions organiques, car la rĂ©percussion pathologique des Ă©motions sur le corps est sous-tendue par la mĂȘme dynamique Ă©nergĂ©tique.
Les facteurs Ă©motionnels interviennent dans ce sens comme des causes essentielles Ă lâorigine des maladies. En ce qui concerne plus directement le cancer, il nây a pas dans la mĂ©decine traditionnelle chinoise un concept spĂ©cifique pour dĂ©signer le cancer, mais on parle plutĂŽt de tumeurs. Elles sont dĂ©signĂ©es comme « les branches les plus Ă©levĂ©es de la maladie », mais pas « sa » racine. Comme pour la mĂ©decine occidentale, les causes du cancer sont multiples, mais une des causes principales est le blocage de lâĂ©nergie vitale. Câest cette Ă©nergie vitale qui commande le fonctionnement du corps, et si elle est bloquĂ©e, elle est considĂ©rĂ©e comme la base pathogĂšne des cancers.
Comme nous venons de le souligner, lâune des raisons essentielles de ce blocage est le dĂ©sĂ©quilibre des Ă©motions, soit rĂ©primĂ©es, soi...
Table des matiĂšres
- Couverture
- Titre
- Copyright
- Sommaire
- Introduction
- PremiĂšre partie - Cancer et risques psychologiques
- DeuxiĂšme partie - LâĂ©preuve du cancer
- TroisiĂšme partie - La valeur psychologique du soutien
- QuatriÚme partie - Guérison, médecine et cancer
- Conclusion
- Bibliographie complémentaire
- Du mĂȘme auteur chez Odile Jacob