
- 184 pages
- French
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eBook - ePub
Ă propos de ce livre
Comment dĂ©finir qui nous sommes ? Par tout un ensemble de valeurs subjectives, de souvenirs, d'expĂ©riences, de rencontres, d'attitudes, de dĂ©cisions⊠et immanquablement aussi par nos croyances. Croyances les plus diverses qui, au-delĂ de la variĂ©tĂ© de leurs contenus, n'en demeurent pas moins les manifestations de ce stupĂ©fiant constituant de notre vie mentale : nous sommes des ĂȘtres de croyance. IrrĂ©sistiblement. Sur les traces de cette composante centrale de notre subjectivitĂ©, Lionel Naccache, l'un des trĂšs grands neuroscientifiques de la conscience, plonge dans l'univers du Talmudâ qui n'est pas Ă©tranger Ă sa propre subjectivitĂ© ! â pour mettre en lumiĂšre une rĂ©solution possible de cette Ă©nigme : ou comment apprendre Ă chĂ©rir notre subjectivitĂ© sans pour autant l'adorer ! Lionel Naccache nous livre Ă travers ses lectures talmudiques un exercice brillant d'hermĂ©neutique contemporaine qui nous permet de (re)dĂ©couvrir cette Ćuvre gigantesque Ă la fois cĂ©lĂšbre et mĂ©connue qu'est le Talmud. Lionel Naccache est neurologue, professeur de mĂ©decine Ă la PitiĂ©-SalpĂȘtriĂšre et dirige une Ă©quipe de recherche Ă l'Institut du cerveau et de la moelle Ă©piniĂšre (ICM). L'Ă©criture lui procure une voie d'exploration complĂ©mentaire Ă celle du laboratoire et de l'hĂŽpital pour enquĂȘter sur la nature de la subjectivitĂ©. Il est l'auteur du Nouvel Inconscient et de Perdons-nous connaissance ?, qui ont Ă©tĂ© de grands succĂšs.Â
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ReligionChapitre 7
Petit manuel Ă lâusage du noctambule juif
Lorsque lâon clĂŽture lâĂ©tude dâun chapitre ou dâun traitĂ© du Talmud, on sâempresse dâen rouvrir un autre aussitĂŽt, comme pour se signifier Ă soi-mĂȘme â et aux autres qui nous entourent â que quelque chose comme lâachĂšvement de lâacte de connaissance nâexiste pas. Que les vraies odyssĂ©es ne se terminent jamais. Jamais avant la mort du lecteur ! Du lecteur qui aura essayĂ© de parler Ă dâautres lecteurs qui continueront, aprĂšs lui, Ă donner vie aux paroles du Talmud. Pourtant, ne nous payons pas de mots, nous nous rapprochons grandement de la fin de ce texte construit autour de lâabord talmudique de la subjectivitĂ© ! Par oĂč terminer ce rĂ©cit que je voudrais sans fin ? Peut-ĂȘtre par un dernier dĂ©sir. Jâaimerais ĂȘtre capable de restituer lâextrĂȘme densitĂ© contenue dans ces premiĂšres pages du Talmud, du premier Ă leur dernier mot. Restituer le vertige de sens provoquĂ© par une juxtaposition de thĂšmes, dâidĂ©es et dâimpressions qui dessinent, par petites touches, un formidable tableau (un autoportrait ?) du Talmud dans son intĂ©gralitĂ©. Un condensĂ© fractal de tout ce qui sây trouve, de sa forme absolument inĂ©dite et de ce quâil cherche Ă ĂȘtre pour son lecteur : un livre pour la nuit, une lecture pour essayer de traverser â en juif â la nuit de lâexistence. Nuit qui ne se dĂ©finit pas par une paranoĂŻa Ă lâĂ©gard des « gentils », mais tout simplement par la difficultĂ© de vivre en toute luciditĂ©. Ă la recherche dâune joie qui ne doit rien Ă un abandon. Une joie dans la nuit.
« Quand la nuit descend sur la terre
« Quand le soir sâĂ©tend dans les bois
« Vers toi monte notre priÚre
« Seigneur daigne entendre notre voix. »
Chant du soir des Ăclaireuses et Ăclaireurs israĂ©lites de France, Jean-Maurice Muslak, « Faucon », 1936, mort au combat en mai 1940 lors de la bataille des Flandres.
En dĂ©cidant de mâatteler Ă la rĂ©daction de ce dernier chapitre dont lâidĂ©e prĂ©cĂ©dait en rĂ©alitĂ© les trois premiers commentaires talmudiques de ce livre â ein moukdam ou meouhar ! â, je me suis souvenu dâune histoire tragique entendue lors de mes Ă©tudes de mĂ©decine. Il sâagissait du cas dâun jeune normalien en lettres qui avait atterri aux urgences dâun service de psychiatrie parisien dans un contexte de bouffĂ©e dĂ©lirante aiguĂ«, vĂ©ritable « coup de tonnerre dans un ciel serein » selon lâexpression mĂ©dicale consacrĂ©e. Ăpisode inaugural dâune schizophrĂ©nie sĂ©vĂšre initialement paranoĂŻde, ayant ensuite Ă©voluĂ© vers un Ă©tat dâapathie et de dĂ©tĂ©rioration cognitive avancĂ©e. Je ne lâai jamais rencontrĂ©. La vignette nosologique qui rĂ©sumait son funeste destin mental mâest cependant restĂ©e en mĂ©moire, sans doute en raison dâun dĂ©tail marquant : son dĂ©lire de persĂ©cution Ă©tait articulĂ© autour de la croyance en un anĂ©antissement imminent de la civilisation. Il sâĂ©tait assignĂ© une tĂąche, une mission, une raison dâĂȘtre : recopier Ă la main les Ćuvres les plus importantes de la littĂ©rature française, promises sinon Ă une disparition certaine, et donc Ă un oubli dĂ©finitif. Ce naufrage dâun esprit en chute libre dont le dĂ©lire produisait prĂ©cisĂ©ment un rĂ©cit dâanĂ©antissement projetĂ© sur les Ćuvres qui devaient compter parmi celles qui lui Ă©taient les plus chĂšres, tout cela procĂ©dait dâune sorte de mise en abyme : tristesse infinie de lâaliĂ©nation psychique. Ce fait divers psychiatrique mâest souvent apparu comme un extrait dâune nouvelle folle Ă la Borges. Jâimaginais ce jeune homme enfermĂ© dans une petite chambre, habillĂ© de sa chemise dâhĂŽpital, en train de recopier fĂ©brilement le texte de Madame Bovary, exclusivement prĂ©occupĂ© par son aspect littĂ©ral, quelques annĂ©es aprĂšs lâavoir sans doute explorĂ© sous toutes ses coutures sĂ©mantiques « khĂągneuses » : depuis les variations nabokoviennes exaltant les assauts flaubertiens contre le philistinisme bourgeois, jusquâĂ lâĂ©popĂ©e sartrienne cĂ©lĂ©brant cet « idiot de la famille » que fut Flaubert⊠De lâesprit Ă la lettre, lorsque lâesprit ne peut plus faire autre chose que percevoir la lettre. Bref, lâhistoire de ce patient sâest intĂ©grĂ©e Ă mes histoires.
Elle me revient aujourdâhui Ă lâesprit. En dĂ©sirant partager lâexpĂ©rience de lecture des premiĂšres pages du Talmud, jâai Ă©tĂ© saisi par une espĂšce de vertige : comment mettre en mots intelligibles lâensemble des significations que ce texte parvient Ă dĂ©ployer ? Significations superposĂ©es, enchevĂȘtrĂ©es les unes aux autres, en rĂ©sonance digressive et rĂ©cursive, hubs sĂ©mantiques sans fin. TĂąche impossible ! AussitĂŽt sâest manifestĂ©, puis refrĂ©nĂ©, le simple dĂ©sir de recopier patiemment chacune des lignes de ce texte â mot Ă mot, lettre Ă lettre â, en prenant le temps de mentalement Ă©grener les multiples idĂ©es engendrĂ©es par sa lecture. Recopier le Talmud pour donner tout leur sens Ă ses mots, Ă ses lettres. Le recopier plutĂŽt que de le commenter, le recopier intĂ©gralement plutĂŽt que de citer certains de ses passages au fil de mes rĂ©flexions, simplement le recopier car tout est lĂ , tout est dĂ©jĂ lĂ . Condensation du sens. Compaction du sens. De Flaubert au Talmud, ĂȘtre gagnĂ© par le dĂ©sir de recopier le texte choyĂ©, le texte cĂ©lĂ©brĂ©, le texte ramenĂ© Ă une alliance du signifiant et du signifiĂ©.
Pour autant, le parallĂšle entre cette histoire psychiatrique et la mienne sâarrĂȘte lĂ . Je ne veux pas attribuer au jeune scribe psychotique les mĂȘmes intentions que celles qui ont gagnĂ© mon esprit, intentions que je nâai dâailleurs pas mises en actes. Il ne sâagit donc pas pour moi de verser dans une lecture romantique et narcissique qui chercherait Ă transcender lâessence dramatique de la psychose pour y chercher une quelconque esthĂ©tique morbide. Ce que je voudrais simplement exprimer ici, câest la possibilitĂ© dâentrevoir dans lâacte de recopier un texte servilement â acte qui semble de prime abord relever de lâabrutissement ou de lâanĂ©antissement psychique â lâexpression dâune sagesse cĂ©lĂ©brant la lecture infinie.
Ătrange rĂ©miniscence qui, par un effet de ricochet propre Ă lâĂ©criture, me rappelle en Ă©cho lâun des 613 commandements de la Torah qui mâa toujours paru un peu Ă©nigmatique : chaque juif doit rĂ©diger un rouleau de Torah, un sefer torah, sur un parchemin en peau dâanimal, en suivant au dĂ©tail prĂšs de trĂšs minutieuses instructions calligraphiques.
La position de chaque mot, de chaque lettre, de chacune des nombreuses « couronnes » graphiques ajoutĂ©es au-dessus de certaines lettres doit ĂȘtre respectĂ©e. Si un seul de ces dĂ©tails est ratĂ©, lâensemble du texte est annulĂ©, impropre Ă remplir sa fonction, et relĂ©guĂ© au cimetiĂšre des manuscrits1 juifs2 ! Quel est lâusage dâun tel commandement, et pour qui ? Je me le suis longtemps demandĂ©. Il ne vise Ă©videmment pas â aux yeux mĂȘmes de la tradition talmudique â Ă assurer une multiplication des supports Ă©crits indispensables Ă la pĂ©rennisation du judaĂŻsme. « Une copie par individu ! et les vecteurs de la transmission seront assurĂ©s. » MĂȘme avant Gutenberg une telle exigence Ă©tait difficile Ă justifier. Alors peut-ĂȘtre en vue dâune autre fin ? Copier Ă la lettre lâintĂ©gralitĂ© du texte de la Torah comme pour en saisir les infinies lectures tout en lâĂ©crivant. Infinies lectures dont il est le support et quâaucun de nos commentaires ne saurait Ă©puiser. Vertige post-saussurien (post-lacanien ?), ou quand seul le signifiant est capable de convoquer lâinfini des significations dont il regorge. TotalitĂ© â et complĂ©tude â de la forme du texte qui se porte garante de lâinfini du sens. TotalitĂ© et infini bis.
Rassurez-vous, je ne recopierai pas ici ces premiĂšres pages de Berakhot, mĂȘme si elles sont depuis longtemps tombĂ©es dans le domaine public ! Je me contenterai de les citer de maniĂšre trĂšs fragmentaire. Pourtant, lâenvie me guette !
Les tout premiers mots du Talmud forment une question. Le ton du texte semble ainsi offert dâemblĂ©e au lecteur : vous pĂ©nĂ©trez dans une Ćuvre de questions, ou plutĂŽt de questionnement. « Ăvitons tout malentendu dâentrĂ©e de jeu », semblent nous dire les auteurs. Il existe Ă©videmment des livres de rĂ©ponses, je veux dire des livres dont la finalitĂ© est dâapporter des rĂ©ponses. Des livres qui nâauraient aucun sens si on les vidait de leurs « rĂ©ponses ». Ce nâest pas le cas du Talmud. Il propose bien entendu des rĂ©ponses aux questions quâil pose, mais ces rĂ©ponses sont le plus souvent plurielles, dâapparence contradictoire et livrĂ©es Ă mille lectures. Elles sont davantage des supports de questionnement perpĂ©tuel que des rĂ©ponses dĂ©finitives. Des rĂ©ponses qui apprennent Ă poser les questions en somme ! Ă les poser « talmudiquement ». Peut-ĂȘtre parce quâune question « bien » posĂ©e trouvera toujours sa rĂ©ponse, ses rĂ©ponses, tandis quâun livre de rĂ©ponses est condamnĂ© Ă bientĂŽt devenir pĂ©rimĂ©, victime dâun contexte trĂšs prĂ©cis, celui de la rĂ©daction du Talmud dans les acadĂ©mies babyloniennes avant le Ve siĂšcle par exemple. Un livre de rĂ©ponses est vouĂ© Ă terminer dans lâoubli, ou au mieux dans un musĂ©e ou un mausolĂ©e. Premier principe : le Talmud est un livre de questionnement. Câest ainsi que ses auteurs lâont conçu.
Quelle est donc cette question inaugurale ?
« à partir de quand récite-t-on la [priÚre du] Chéma le soir ? »
La premiĂšre question du Talmud vise les modalitĂ©s prĂ©cises dâun acte de priĂšre. Second principe talmudique : la spiritualitĂ© la plus « noble » est toujours abordĂ©e Ă travers les contingences immĂ©diates dans lesquelles elle se dĂ©ploie, et en particulier ici Ă travers une prĂ©occupation relative Ă la temporalitĂ© propre Ă lâexĂ©cution dâune priĂšre. Faire abstraction de ces contingences ne permet pas de sâen affranchir, de les supprimer, bien au contraire ! DĂšs son premier mot, le Talmud exprime et exerce sa lutte, constante, contre une spiritualitĂ© qui chercherait Ă sâĂ©manciper des conditions mĂȘmes de sa possibilitĂ©. Le premier mot de cette question â qui est donc incidemment le premier mot du Talmud ! â, « MéémataĂŻ » (« Ă partir de quand ? ») contient les deux mots Ă©met et met que lâon peut respectivement traduire par « vĂ©ritĂ© » et « mort ». Choisir de voir la « vĂ©ritĂ© » de la condition humaine et de lâensemble des contraintes qui contraignent sa libertĂ©, au risque sinon de choisir une « mort » de lâesprit. La question, et donc le choix quâelle sous-entend, est immĂ©diatement posĂ©e. La GuĂ©mara ne vous mĂšne pas en bateau : tout est Ă©noncĂ© dĂšs le premier mot, presque dĂšs la premiĂšre lettre. Il est encore temps de refermer lâouvrage si vous Ă©tiez Ă la recherche dâun trip de mĂ©ditation transcendantale, coupĂ© de soi et du monde !
Pour autant, la prise en compte de ces fameuses contingences ne les Ă©lĂšve pas â pour le Talmud â au rang de finalitĂ© existentielle : ces corps qui vivent, pensent, ressentent et agissent les uns avec les autres sâassignent comme finalitĂ© la « soumission librement consentie » Ă la Loi. Câest Ă cet instant prĂ©cis que le Talmud prend la parole pour la premiĂšre fois Ă travers sa question inaugurale : le jour sâachĂšve, le soleil se couche, les corps vont prier. Ils sâinterrogent au sujet du moment propice Ă la rĂ©citation de cette priĂšre du soir.
Nuit, Nuits
La priĂšre en question occupe une place centrale dans le judaĂŻsme, elle sâouvre par lâaffirmation du monothĂ©isme juif : « ChĂ©ma IsraĂ«l [ce qui signifie âĂcoute IsraĂ«lâ] lâĂternel est notre Dieu, lâĂternel est Un. » PriĂšre rĂ©citĂ©e matin et soir, et dans les moments tragiques de lâexistence, derniĂšre priĂšre rĂ©citĂ©e du vivant de lâindividu. PriĂšre du ChĂ©ma rĂ©citĂ©e chaque jour « que Dieu fait », matin et soir.
Comme dans cette blague cĂ©lĂšbre qui affirme quâun juif rĂ©pond toujours Ă une question par une question, le Talmud bombarde aussitĂŽt la premiĂšre question quâil se pose, par une nouvelle question, Ă vrai dire par une double question : « Pourquoi a-t-il parlĂ© en premier du ChĂ©ma du soir ? Il aurait dĂ» enseigner celui du matin en premier ? » Pourquoi ne pas commencer par sâinterroger sur lâhoraire de la rĂ©citation matinale de cette priĂšre du ChĂ©ma, plutĂŽt que de se prĂ©occuper dâabord de sa rĂ©citation le soir ? Question qui suscite plusieurs rĂ©ponses dans le texte de la GuĂ©mara. Le simple fait de se la poser permet en rĂ©alitĂ© de prendre conscience de ce qui distingue le soir du matin : entre les deux sâĂ©tend la nuit ! La nuit que chaque individu traverse du soir Ă lâaube.
Nous y sommes : la premiĂšre question du Talmud nous parle en rĂ©alitĂ© de la traversĂ©e â juive â de la nuit ! La nuit au sens littĂ©ral bien sĂ»r, qui est le support direct de la question rituelle que nous avons citĂ©e : « Ă partir de quand rĂ©cite-t-on la [priĂšre du] ChĂ©ma le soir ? » Mais trĂšs rapidement, le Talmud dĂ©ploie Ă sa façon les autres significations â symboliques â quâil associe Ă la « nuit ».
Nuit de lâexil du peuple juif, qui a dĂ©butĂ© en lâan 70 avec la destruction du second Temple de JĂ©rusalem3, exil dans lequel vivaient les auteurs du Talmud et dans lequel demeure aujourdâhui encore plongĂ© le judaĂŻsme religieux.
Nuit des persĂ©cutions du peuple juif et des haines animĂ©es par les motivations les plus diverses dont il a fait lâexpĂ©rience au cours de son histoire, et qui ne sont pas absentes des pages de la GuĂ©mara. Il y a quelque chose de stupĂ©fiant Ă dĂ©couvrir dĂšs ces premiĂšres pages â rĂ©digĂ©es au plus tard vers la fin du VIIe siĂšcle â un rĂ©cit digne des facteurs dĂ©clenchants de nombreux massacres mĂ©diĂ©vaux europĂ©ens de « juifs usuriers » :
« Rava a conseillĂ© Ă ses fils de ne pas sâasseoir sur le lit dâune AramĂ©enne Ă cause de ce qui est arrivĂ© Ă Rav Papa. Car Rav Papa sâĂ©tait rendu chez une AramĂ©enne. »
DâaprĂšs plusieurs commentateurs, Rav Papa dĂ©sirait recouvrir une crĂ©ance chez une femme aramĂ©enne Ă qui il avait accordĂ© un prĂȘt.
« Elle lui sortit une couche, en lui disant : Assieds-toi ! Il lui dit : Je ne mâassiĂ©rai pas avant que tu aies soulevĂ© la couche. Elle souleva la couche et ils y trouvĂšrent un enfant mort. »
Il sâagit sans doute lĂ de lâune des toutes premiĂšres fausses accusations dâinfanticide (rituel ou non) portĂ©es contre les juifs.
Nuit de lâexil que nous pouvons entendre aussi comme le retrait de Dieu de la vie des hommes, de celle de chaque individu. Dieu qui se retire du jeu pour laisser lâhomme maĂźtre de ses actions, comme le formulera plus tard le rabbin Isaac Luria dans son concept kabbalistique de Tsimtsoum.
Nuit de lâexil ou plutĂŽt des exils donc, mais Ă©galement nuit de la sortie dâĂgypte qui est omniprĂ©sente dans ces pages de Talmud. ĂvĂ©nement qui reprĂ©sente pour la pensĂ©e juive la naissance Ă la libertĂ© du peuple dâIsraĂ«l, et qui est survenu prĂ©cisĂ©ment au cĆur de la nuit. Cette nuit de libertĂ© spirituelle est cĂ©lĂ©brĂ©e chaque annĂ©e le soir de la fĂȘte de Pessah. VĂ©ritable Charing cross spirituel4 : chaque juive et chaque juif doivent se considĂ©rer comme ayant personnellement vĂ©cu cette nuit de libertĂ©, câest-Ă -dire â pour que cela soit bien clair â celle de la sortie dâĂgypte5 ! Il est notable que pour le Talmud cette libĂ©ration qui a dĂ©butĂ© au milieu de la nuit ne sâest achevĂ©e quâĂ lâaube du matin suivant. Ainsi, avant lâachĂšvement de cette nuit de la libertĂ©, cette derniĂšre nâĂ©tait pas encore acquise ! Autrement dit, vivre dans la nuit ne doit pas empĂȘcher la femme et lâhomme juifs de mener lâinstant prĂ©sent de leur existence, ch...
Table des matiĂšres
- Couverture
- Titre
- Copyright
- Dédicace
- Sommaire
- Chapitre premier - Le vif du sujet
- Chapitre 2 - Le Talmud, matériels et méthode
- Chapitre 3 - UnitĂ© de lieu, unitĂ© de temps⊠unitĂ© dâaction
- Chapitre 4 - Le secret dâune vie juive « rĂ©ussie »
- Chapitre 5 - Ce quâun « miracle » ne peut pas !
- Chapitre 6 - Moi, Dieu et les autres
- Chapitre 7 - Petit manuel Ă Â lâusage du noctambule juif
- ClĂŽture
- Références
- Remerciements
Foire aux questions
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