Discipliner la finance
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Discipliner la finance

  1. 208 pages
  2. French
  3. ePUB (adaptée aux mobiles)
  4. Disponible sur iOS et Android
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Discipliner la finance

À propos de ce livre

L'accroissement du poids de la finance par rapport à l'économie réelle change profondément le fonctionnement des économies et accroît fortement le risque de crise. Alors que, dans le passé, c'étaient les chocs de l'économie réelle qui influençaient la sphère financière, ce sont aujourd'hui les chocs financiers qui conduisent au dérèglement de l'économie réelle et du système monétaire international. Si la menace d'une nouvelle crise de très grande ampleur se précise, elle n'est pourtant pas inéluctable. Ce livre propose des solutions concrètes pour discipliner la finance, éviter la répétition des crises et favoriser le passage à une véritable finance de long terme. Patrick Artus est professeur associé à l'École d'économie de Paris et chef économiste de Natixis. 

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Informations

Éditeur
Odile Jacob
Année
2019
Imprimer l'ISBN
9782738148032
ISBN de l'eBook
9782738148049
Sujet
Finance

CHAPITRE 1

La globalisation des économies réelles


Du début des années 1980 jusqu’à la crise de 2008-2009, l’évolution de l’économie mondiale est marquée par un phénomène majeur : celui de la globalisation des économies réelles. Des biens et services vendus dans un pays sont, de plus en plus souvent, de fabrication mondiale (Made in monde) avec des sous-traitants situés dans des pays différents et produisant certains composants de ces biens.
Cette nouvelle organisation de la production, appelée « segmentation des chaînes de valeur », s’est traduite par l’ouverture des échanges entre les pays avancés de l’OCDE et les pays émergents à partir du milieu des années 1990.
Avant d’être financière, la globalisation est un processus qui a d’abord concerné l’économie réelle. Quels ont été ses effets ? Les débats, qu’on peut associer à la période 1990-2010, ont été évidemment très vifs entre ceux qui mettaient en avant ses effets bénéfiques (baisse forte de la pauvreté dans les pays émergents) et ceux qui dénonçaient ses effets néfastes (distorsions d’emplois industriels dans les pays avancés de l’OCDE).
La globalisation a contribué – mais pas de manière décisive – à l’augmentation des inégalités dans les pays de l’OCDE. Elle a désindustrialisé ces derniers. Pour autant, elle n’a pas profité à tous les pays émergents. Elle a également favorisé la concurrence fiscale entre les pays, mais sans parvenir à réduire la générosité des politiques redistributives.
Décrivons cette première phase de globalisation réelle, et essayons d’évaluer précisément ses effets, au total positifs pour les pays émergents, négatifs, mais pas autant qu’il est parfois avancé, pour les pays de l’OCDE.

La segmentation des chaînes de valeur

Des années 1980 à la crise de 2008, le commerce mondial a progressé nettement plus vite que le PIB mondial : il a crû en moyenne deux fois plus vite que la production mondiale, tandis que, depuis 2008, il progresse moins vite que celle-ci (voir graphique 1).
Cette croissance rapide du commerce mondial reflète la mise en place dans les années 1990-2000 d’une organisation particulière de la production : la « segmentation des chaînes de valeur ». La production des biens est segmentée, découpée entre plusieurs localisations, en fonction des avantages comparatifs de chaque pays : niveau d’éducation de la population, niveau de sophistication des entreprises, disponibilité des matières premières, cadre légal et juridique, situation du système financier. Ces chaînes de valeur sont soit interentreprises (entre les entreprises et leurs sous-traitants), soit internes aux entreprises. Cette organisation accroît le commerce mondial, puisque les pays échangent des pièces, des composants, qui sont ensuite assemblés (schéma ci-dessous).
Illustration
Chaîne de valeur
Illustration. Voir l’explication dans le texte.
En général, les entreprises multinationales conservent la partie aval de la chaîne de valeur (les pièces les plus complexes, l’assemblage final), ainsi que la maîtrise de l’innovation, du développement de nouveaux produits, et elles externalisent sa partie amont.
Ce type d’organisation de la production est lié à différents facteurs : les faibles coûts de production dans les pays émergents ; la baisse des coûts de transport ; le développement des nouvelles technologies de communication et d’information, qui permet de contrôler à distance la production des pièces ; la disparition des droits de douane – le montant moyen des droits de douane est passé de 11 % dans la seconde moitié des années 1990 à 6 ou 7 % dans les années 2010.
Le développement des chaînes de valeur (« Global Value Chains », GVC), avec la segmentation des processus de production, conduit donc au développement du commerce mondial et à l’intégration croissante des économies. Prenons l’exemple de la Thaïlande. En 1985, 73 % des pièces et composants utilisés en Thaïlande étaient produits en Thaïlande. En 2000, ils ne sont plus que 51 % : 4 % des pièces viennent de Chine, 4 % de Singapour, 3 % de Malaisie, 3 % de Corée, 3 % de Taiwan, 15 % du Japon, 6 % des États-Unis, 10 % d’Europe…
Les importations des pays de l’OCDE en provenance des pays émergents (autres que les pays exportateurs de pétrole) ont beaucoup augmenté : depuis 1980, le poids des importations depuis les pays émergents a triplé, passant de 2 à 6 % du produit intérieur brut en moyenne, ce qui explique qu’on parle de globalisation de l’économie réelle.
Le débat entre économistes a évidemment porté sur les effets de cette globalisation réelle : au total était-elle favorable ou défavorable aux économies ?

Globalisation et inégalités

La question renvoie d’abord aux inégalités de revenu. La globalisation conduit logiquement à une hausse du nombre d’emplois peu qualifiés dans les pays émergents et à leur baisse dans les pays avancés de l’OCDE. D’où, dans ces derniers, une baisse du salaire relatif des peu qualifiés et une hausse des inégalités. Pourtant, la plupart des travaux de recherche concluent que si la globalisation et les délocalisations ont contribué à accroître le chômage et les inégalités dans les pays de l’OCDE, elles n’expliquent qu’une faible partie des pertes d’emplois industriels et de la hausse des inégalités de revenu. Sur les gains de bien-être suscités dans les pays de l’OCDE par l’ouverture des échanges avec les pays émergents, on a pu estimer que 20 % seulement avaient été perdus en raison de l’accroissement des inégalités. Autrement dit, 80 % de ces gains de bien-être sont toujours présents.
Du côté des pays émergents, les faits observés sont tout à fait cohérents avec les attentes. À partir de la fin des années 1990, la pauvreté y recule de manière très significative, surtout en Asie. La proportion de la population en dessous du seuil de pauvreté a reculé dans tous les pays émergents depuis le milieu des années 1990. Ce résultat provient du transfert des investissements et des emplois peu qualifiés des pays de l’OCDE vers les pays émergents.
Illustration
Toutefois, ces chiffres sont à manier avec prudence : ce sont surtout les pays d’Europe centrale, la Chine, les pays d’Asie de l’Est, qui ont profité de la réduction de la pauvreté ; la situation est nettement moins favorable en Afrique, en Inde, ou en Amérique latine : la proportion de la population disposant de moins de 1,90 dollar par jour est aujourd’hui presque nulle en Chine, en Asie, en Amérique latine ; elle est de 40 % en Afrique et de 21 % en Inde.
On voit sur le graphique 2 que s’il y a une hausse du niveau de vie relativement aux États-Unis, en Chine, en Asie de l’Est, plus faiblement en Inde et en Europe centrale, ce n’est pas du tout le cas en Amérique latine et en Afrique où le niveau de vie stagne en pourcentage de celui des États-Unis.
La globalisation a donc profité de manière très inégale aux pays émergents.
Enfin, si la pauvreté a reculé dans les pays émergents, les inégalités y ont augmenté, avec, comme dans les pays de l’OCDE, une prime accrue à l’éducation pour les plus qualifiés (la prime à l’éducation est le supplément de revenu que permet d’obtenir un niveau d’éducation plus élevé), et l’apparition d’individus très riches. La part du revenu national captée par le 1 % d’individus au revenu le plus élevé, qui est l’indicateur habituel des inégalités extrêmes de revenu, augmente dans tous les pays émergents : elle est aujourd’hui très élevée en Amérique latine (28 %), en Inde (22 %), en Afrique (20 %), en Chine (14 %). À titre de comparaison, elle est de 7 % en France.

La globalisation n’est pas la cause essentielle des inégalités dans les pays de l’OCDE

Dans les pays de l’OCDE, il y a consensus pour affirmer que la globalisation a eu des effe...

Table des matières

  1. Couverture
  2. Titre
  3. Copyright
  4. Introduction
  5. Chapitre 1 - La globalisation des économies réelles
  6. Chapitre 2 - Déglobalisation et retour auprès de l'acheteur final
  7. Chapitre 3 - La finance prend le relais de la globalisation
  8. Chapitre 4 - Pourquoi la finance ne cesse-t-elle de grandir ?
  9. Chapitre 5 - Le cycle financier mondial
  10. Chapitre 6 - Le Système monétaire international doit changer
  11. Chapitre 7 - L'instabilité structurelle des pays émergents
  12. Chapitre 8 - Quand les pauvres prêtent aux riches
  13. Chapitre 9 - Une succession de crises financières
  14. Chapitre 10 - D'où viendra la prochaine crise ?
  15. Conclusion - Comment discipliner la finance ?
  16. Table