
- 464 pages
- French
- ePUB (adaptée aux mobiles)
- Disponible sur iOS et Android
eBook - ePub
Et l'évolution créa la femme
À propos de ce livre
La femme est-elle l'avenir de l'homme ? Au présent, elle a du mal à se faire entendre sans élever la voix… Qu'en était-il dans le passé ? Paléoanthropologue, Pascal Picq enquête ici sur la femme des origines. Dans ce livre, il ne se contente pas de présenter ce que l'on sait des rapports entre hommes et femmes dans les premières sociétés humaines, il entend placer l'histoire et la préhistoire humaines dans la perspective de l'évolution. Pour embrasser le passé évolutif, il faut élargir le regard : explorer le passé, mais aussi comparer l'humain à ses plus proches cousins, singes et grands singes. Car nos points communs avec les espèces apparentées ne sont pas seulement biologiques, ils concernent également les comportements et la vie sociale, et jusqu'aux rapports entre les sexes. La coercition envers les femmes est-elle une fatalité évolutive ou une invention culturelle ? Comment s'est instaurée la domination masculine, qui semble être devenue la règle pour notre espèce ? Un livre qui bouscule les idées reçues pour penser autrement l'évolution des femmes et leur rôle dans l'évolution. Pascal Picq est paléoanthropologue, maître de conférences au Collège de France. Il a écrit notamment Au commencement était l'homme, Lucy et l'obscurantisme, De Darwin à Lévi-Strauss et, plus récemment, L'Intelligence artificielle et les Chimpanzés du futur, qui sont de très grands succès.
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Informations
SECONDE PARTIE
ÉVOLUTION HUMAINE
ET COERCITION SEXUELLE
Introduction
Si cette seconde partie peut se lire indépendamment de la première, celle-ci n’en est pas moins nécessaire dans la mesure où les représentations courantes de l’homme sont entachées d’une confusion héritée d’un débat philosophique entre Hobbes et Rousseau, pour savoir si l’homme « à l’état de nature » était bon ou mauvais. La querelle, une fois les détails érodés par le temps, a laissé des images d’Épinal dont l’influence persiste. Pourtant, presque trois siècles plus tard et à la lumière de la théorie de l’évolution et de ses conséquences, elle paraît très éloignée des termes dans lesquels se pose aujourd’hui la question de la connaissance de l’homme. Il serait évidemment hors de propos, pour un anthropologue évolutionniste, de se demander si la « nature » est bonne ou mauvaise, au sens où on l’entend au XVIIIe siècle. Et franchement absurde de se demander si l’homme des origines est « bon » ou « mauvais », s’il est ou non « perverti » par la société. Il peut en revanche tenter de montrer sur la base de données paléontologiques, archéologiques, génétiques, etc., si le comportement social des premiers hominidés et leurs mœurs sexuelles étaient plus proches de ceux des bonobos ou de ceux des chimpanzés actuels.
Notons que ces vieilles controverses philosophiques évoquent surtout l’« Homme » au sens générique, mais ne s’intéressent qu’assez peu – souvent pas du tout – à la Femme en tant que telle. Et quand les philosophes et les théologiens s’avisaient de traiter de la femme, c’est dans des termes qui souvent, pour notre regard rétrospectif, paraissent relever de préjugés et de représentations très datés, sans fondement empirique sérieux. En général, exactement comme dans le cas de l’animal, il ne s’agit que d’une sorte de construction apophatique : la femme est une représentation en négatif de ce qu’est l’homme, porteur, lui, d’un ensemble d’attributs dont elle est dépourvue. De même, les conceptions de l’animal reposent sur ce qui le distingue de l’homme : elles disent moins ce qu’est l’animal que ce qui lui manque par rapport à l’homme – ou du moins selon la représentation qu’on s’en fait à l’époque. Mais quand on s’intéresse aujourd’hui aux femmes et aux autres espèces, la « nature » du débat repose sur des fondements épistémologiques auxquels la métaphysique humanistique patriarcale est étrangère, et qui s’appuient sur des connaissances empiriques et objectives. Plus encore, ces connaissances se fondent sur des observations et des travaux de recherche portés par des femmes et des hommes – éthologues, primatologues, anthropologues – provenant de différents pays et de différentes cultures dans le monde. Ces connaissances, qui ne cessent de s’étoffer et de s’étayer depuis les débuts de l’éthologie moderne vers les années 1940, soit depuis trois quarts de siècle, constituent un socle empirique et théorique utile à la compréhension de ce que sont les humains à la fois dans leur unité et leur diversité, et tout particulièrement à la connaissance d’Homo sapiens. Elles s’appuient sur un positionnement épistémologique radicalement opposé à toutes les constructions idéologiques qui à la fois se prétendent universelles et sont le plus souvent peu amènes avec les femmes.
À l’issue de la première partie – et comme on a pu le voir dans le tableau synthétique sur les formes de coercition sexuelle –, il ressort que l’homme actuel, Homo sapiens, apparaît, en moyenne, très coercitif envers les femmes. Non seulement on observe chez lui tous les comportements coercitifs déjà connus, mais en plus il innove : il introduit des catégories non observées chez les singes ou les grands singes. Sapiens cultive une plus grande diversité de formes de coercition, comme les ablations, les meurtres et les violences autour de l’acte sexuel, et souvent à un degré plus sévère, pour celles partagées avec d’autres espèces, comme les séquestrations ou les punitions – c’est moins vrai pour les infanticides mais seulement depuis peu de temps. Tel est le portrait peu flatteur des comportements des hommes dits « modernes » envers les femmes chez Homo sapiens.
Homo sapiens, un grand singe très coercitif
Voici les caractéristiques générales des sociétés d’Homo sapiens dont nous tenterons de cerner les origines et l’évolution dans cette seconde partie.
- Neuf sociétés sur dix sont patrilocales, les autres matrilocales, avec des combinaisons entre ces types de résidence des époux selon les cultures. L’échange de femmes entre des groupes voisins a longtemps fait partie des négociations politiques dans les sociétés patriarcales. C’est une contrainte phylogénétique de la lignée des hominidés africains partagée avec les chimpanzés et les bonobos. Les sociétés matriarcales adoptent la matrilocalité. Il existe aussi des sociétés qui combinent des formes complexes de patrilocalité, de matrilocalité, de filiations patrilinéaires ou matrilinéaires avec des répartitions tout aussi complexes des pouvoirs sacrés, économiques et politiques.
- Les sociétés sont majoritairement monogames et/ou polygynes, quelques-unes sont polyandres. Les unités de reproduction monogames sont de loin les plus fréquentes. Les harems polygynes sont associés à des hommes ayant un statut économique et/ou politique privilégié qui ont obligation de subvenir aux besoins de leurs femmes. Dans les sociétés polyandres, les hommes/mâles participent plus ou moins à l’économie de l’unité de reproduction, moins aux soins des plus jeunes. Il existe aussi des groupes sociaux de type orang-outang avec un homme ayant des relations avec plusieurs femmes ne vivant pas ensemble. Inversement, des femmes, plus ou moins indépendantes, peuvent avoir des enfants de plusieurs pères, pratiquant une polyandrie sexuelle simultanée ou sérielle. Mais quel que soit le ou les types d’unités de reproduction, toutes les sociétés humaines ont inventé des rituels, des signes, des symboles et des règles plus ou moins morales et coercitives indiquant le statut reproducteur des membres des deux sexes et de toutes les classes d’âge.
- Les formes de dominance entre les femmes et les hommes sont très diverses et interviennent à la fois dans les sphères publiques/politiques et les domaines du privé et du sacré. Les sociétés patriarcales dominent dans le monde depuis au moins cinq mille ans. Elles ont inventé un puissant arsenal mythologique, idéologique, politique et technique pour contrôler les femmes. Néanmoins, il existe encore de nombreuses sociétés matriarcales, tout au moins matrilinéaires et matrilocales, où les femmes détiennent les pouvoirs sacrés, économiques et politiques – matriarcales si les femmes sont apparentées, sinon on parle de gynocratie.
- La monogamie humaine se révèle très particulière puisque les couples vivent le plus souvent avec d’autres couples au sein de communautés plus larges et non pas sur des territoires juxtaposés, sauf pour des populations avec des unités familiales installées dans des habitats très dispersés. Les unités monogames pratiquent la fusion-fission, l’un des deux membres du couple, le plus souvent les hommes, ou les deux, fissionnant pour se livrer à diverses activités économiques, sociales et culturelles. Aucune espèce de singe ou de grand singe monogame ne présente ce genre d’organisation.
- Les hommes veillent à ce que les femmes soient le plus confinées possible dans la « maison » ou sous le regard des autres autour du lieu de résidence, temporaire ou permanent, avec des niveaux de coercition très différents. Autre particularité par rapport aux cas de monogamie observés chez les singes : le dimorphisme sexuel est significatif et les testicules ont une taille moyenne ; autant de caractères marquant généralement une compétition intrasexuelle entre les mâles, une compétition modérée pour le sperme (promiscuité sexuelle) et quelques penchants pour la polygynie et la polyandrie sexuelles. On observe toutes les formes de monogamie : sexuelle, à la carte, séquentielle ou sociale. Aucune espèce de singe ou de grand singe monogame ne présente ce genre d’organisation.
- L’investissement parental des hommes est très variable et couvre un large spectre qui va de l’abandon aux comportements de type « nouveaux pères », montrant une forte implication dans les tâches éducatives. Dans de nombreuses sociétés, les obligations éducatives incombent non pas nécessairement au géniteur, mais parfois à un autre homme, oncle maternel ou paternel, ou encore à un collectif d’hommes. Les structures des relations de parenté comme les différents rituels de passage imposent aux hommes une grande diversité d’obligations envers leurs enfants ou ceux des femmes qui leur sont affiliées.
- Les harems polygynes sont soumis à des règles plus ou moins strictes, selon qu’il s’agit de harems avec des femmes apparentées (harem sororal), de harems sous surveillance active ou de harems très coercitifs avec isolement et séquestration (gynécée).
- Les sociétés sont majoritairement organisées autour de la hiérarchie de mâles plus ou moins apparentés avec une compétition intense pour le statut. Il existe quelques sociétés matriarcales (à ne pas confondre avec des sociétés où le pouvoir échoit à des femmes non apparentées ou gynocraties).
- Les femmes sont souvent confinées dans des lieux de vie domestiques et placées sous la surveillance des hommes, ou aussi des « belles-mères » ou des femmes du clan du mari. La séquestration prend des formes extrêmes entre les murs de bâtiments et de cours fermées de hauts murs.
- Les sociétés s’organisent pour une surveillance collective des femmes. Leurs déplacements sont contrôlés et confinés au centre du territoire. Mais chez les humains s’ajoutent les questions de morale, de réputation et le langage qui permet de rapporter des faits mais aussi des mensonges, des rumeurs, des dénonciations, des calomnies…
- Les hommes – les mâles – exercent une surveillance individuelle et collective, notamment par leurs patrouilles aux frontières de leur territoire. Il est toujours périlleux pour une femme de se déplacer seule et de s’éloigner.
- L’organisation sociale limite les opportunités pour les femmes de se retrouver ensemble, limitant les risques de coalition et d’émergence de contre-pouvoirs.
- Les hommes pratiquent toutes les formes, directes et indirectes, de coercition sexuelle envers les femmes.
- Pour la coercition directe : incitations verbales et/ou gestuelles, harcèlement verbal, intimidations verbales et corporelles, agressions physiques et viols. Les viols sont plus souvent le fait de familiers que d’étrangers. Les viols commis par des étrangers sont – en moyenne – plus violents avec des sévices physiques pendant l’agression, mais aussi après, parfois jusqu’au meurtre. Les relations sexuelles forcées et incestueuses existent aussi. Des viols collectifs et punitifs sont fréquents, que ce soit envers des femmes du même groupe ou d’autres groupes, comme en cas de guerre. Ces comportements s’avèrent d’autant plus violents qu’une société revendique un fort antagonisme sexuel.
- Les agressions sexuelles et les viols, notamment avec violence, sont plus fréquents sur les jeunes femmes nullipares que sur les femmes plus âgées et déjà mères.
- De nombreuses sociétés humaines pratiquent la coercition envers les jeunes hommes – envoyés à la guerre ou sommés de faire leurs preuves ailleurs –, ce qui renforce la domination économique et politique des hommes âgés sur la société et sur les femmes. C’est une forme de coercition sexuelle indirecte puisque associée à des mariages forcés. Plus généralement, chez toutes les espèces, les jeunes mâles subadultes traversent une période très difficile entre la fin de l’adolescence et l’affirmation de l’âge adulte. Dans la majorité des espèces, sauf monogames ou polyandres, le nombre des mâles adultes est inférieur à celui des femelles adultes alors qu’il naît toujours plus de petits mâles que de femelles.
- Les infanticides ont longtemps été une pratique habituelle dans la plupart des sociétés humaines, motivés par diverses raisons (tares, choix des garçons, difficultés économiques, abandons…). Ils deviennent plus rares depuis peu de temps. Ils peuvent avoir pour cause l’infidélité reconnue ou soupçonnée, comme chez les autres espèces. Il en va autrement en cas de guerre envers les enfants – mais aussi les femmes – d’un groupe ennemi vaincu.
- Les violences physiques peuvent être létales, ce qui est rarissime chez les singes et les grands singes. Les blessures, souvent très graves, sont plus fréquentes sur le visage ou la partie thoracique (poitrine) et ventrale du corps (organes génitaux). Les femmes enceintes subissent des coups dans le ventre. Les querelles éclatant le plus souvent dans la maison, avec un mur dans le dos, les femmes violentées sont « dos au mur ». C’est l’inverse chez les babouins et les chimpanzés où les femelles sont mordues au cou ou sur la nuque ou frappées sur le dos.
- Pour la coercition indirecte, les sociétés humaines ont inventé tout un arsenal de sévices physiques et moraux pour contrôler la sexualité des femmes. Aucune espèce de singe, même les plus machistes et brutales, ne pratique les ablations physiques. Si l’homme a développé de façon exceptionnelle l’usage de l’outil et du langage, ceux-ci ont souvent été mis au service de la coercition sexuelle, parfois avec des raffinements proprement sadiques. Car si on retrouve toutes les formes de coercition sexuelle observées parmi les singes et les grands singes, elles prennent une dimension discursive dans les sociétés humaines, se réclamant de règles, de coutumes et d’injonctions portées par le langage.
Le caractère quasi universel de ces formes de coercition suffit à dresser une diagnose éthologique d’Homo sapiens. Un éthologue martien ne comprenant pas plus les vocalisations des gibbons, les complaintes des orangs-outangs, les cris des chimpanzés que l...
Table des matières
- Couverture
- Titre
- Copyright
- Préambule
- Introduction
- PREMIÈRE PARTIE - SEXE, SEXUALITÉ ET COERCITION SEXUELLE CHEZ LES SINGES ET LES GRANDS SINGES
- SECONDE PARTIE - ÉVOLUTION HUMAINE ET COERCITION SEXUELLE
- La femme qui a évolué
- Glossaire
- Notes bibliographiques
- Remerciements
- Sommaire
- Du même auteur chez Odile Jacob