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Grave ou pas grave ?
Déprime, stress, anxiété⊠: quand consulter
- 272 pages
- French
- ePUB (adaptée aux mobiles)
- Disponible sur iOS et Android
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Ă propos de ce livre
Une adolescente qui dort mal et s'isole : surcroĂźt de travail Ă l'Ă©cole ou dĂ©pression dĂ©butante ? Un conjoint qui jette l'argent par les fenĂȘtres : gĂ©nĂ©rositĂ© soudaine ou accĂšs maniaque ? Une belle-mĂšre qui titube aprĂšs un dĂźner : abus ponctuel ou alcoolisme dĂ©jĂ installé ? Un ami qui fait un malaise passager au volant : fatigue occasionnelle ou crise d'angoisse appelĂ©e Ă se rĂ©pĂ©ter ? Un parent ĂągĂ© dont la mĂ©moire devient dĂ©ficiente : effet de l'Ăąge ou dĂ©but de dĂ©mence ? Parce qu'on aime ses proches, on peut tous s'inquiĂ©ter, un jour ou l'autre, pour eux devant un comportement qui ne leur ressemble pas, qui paraĂźt excessif ou qui n'est pas adaptĂ©. On peut aussi passer Ă cĂŽtĂ© de symptĂŽmes pourtant prĂ©occupants, les banaliser et s'alarmer quand il est malheureusement trop tard. Entre le psycho-dĂ©ni (« Ce n'est rien, ça va passer ! ») et la psychocondrie (« C'est sĂ»r, c'est une dĂ©pression ! »), comment faire la part entre ce qui est vraiment grave et ce qui ne l'est pas ? Et quels sont les signes qui doivent impĂ©rativement amener Ă consulter ? DĂ©prime, troubles du comportement alimentaire, fatigue, insomnie, excĂšs en tout genre⊠: des conseils limpides pour distinguer les petits tracas et les vrais problĂšmes. IllustrĂ©s par de nombreux exemples tirĂ©s de la vie quotidienne ou de la pratique clinique de l'auteur, des repĂšres clairs pour savoir quand un proche va vraiment mal. Chantal Joffrin Le Clerc est mĂ©decin psychiatre. Elle est notamment l'auteur, avec Franck LamagnĂšre, de Je n'ai plus peur du jugement des autres, qui a Ă©tĂ© un grand succĂšs.Â
Foire aux questions
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Informations
1
Dans mon miroirâŠ
Une si vilaine imageâŠ
« Cela mâest Ă©gal dâĂȘtre laide ou belle.
Il faut seulement que je plaise aux gens qui mâintĂ©ressent. »
Boris VIAN.
« Je suis moche ! »
« Jâai des cuisses de nageuseâŠÂ»
La mĂšre dâIsabelle a considĂ©rĂ© comme un malheur dâavoir mis au monde une fille pour son coup dâessai. Elle a profondĂ©ment aimĂ© ce premier bĂ©bĂ©, mais pour elle une fille est forcĂ©ment une pleurnicheuse, faiblarde, prĂ©fĂ©rant les jeux calmes Ă la bagarre, et quâil faut donc endurcir pour lui Ă©viter une vie malheureuse de soumission Ă lâhomme. TrĂšs vite, son honneur de gĂ©nitrice a Ă©tĂ© lavĂ© par deux garçons, qui lâont valeureusement secondĂ©e dans sa tĂąche Ă©ducative. Tous les trois ont fait alliance pour aguerrir Isabelle par la moquerie et la dĂ©rision, sans imaginer quâune enfant pouvait en ĂȘtre blessĂ©e et y voir un manque dâamour.
Isabelle a Ă©tĂ© une enfant calme et conciliante, ce que son activiste de mĂšre traduisait par « fillasse », « mollasse » et « sans personnalitĂ© ». Elle Ă©tait bĂątie comme son pĂšre, dâune taille moyenne, plutĂŽt en rondeurs bien que sans rĂ©el surpoids, avec des hanches assez larges : fĂ©minine en quelque sorte, mais lâhorreur pour sa grande et svelte mĂšre, qui stigmatisait sans pitiĂ© toute Ă©bauche dâembonpoint !
TrĂšs jeune, Isabelle adorait la natation et excellait dans cette discipline. Mais, quand elle a eu 14 ans, ses frĂšres se sont moquĂ©s de ses « grosses cuisses de nageuse ». Isabelle pensait gagner lâestime familiale par ses prouesses sportives, mais la perdait par sa silhouetteâŠ
Ă partir de lâadolescence, elle sâest crue difforme et nâa plus eu de rĂ©pit.
Elle a renoncĂ© Ă la natation, et Ă tout autre sport, pour ne pas se muscler davantage. Elle a cessĂ© de porter des pantalons pour ne pas souligner ses formes, le maillot de bain est devenu sa hantise. Quand elle est sur une plage, elle se cache dans une longue tunique que maintenant encore, Ă 40 ans, elle nâose enlever que le temps de se baigner.
Elle est aujourdâhui mariĂ©e et heureuse dans son couple, mĂšre de famille et femme au foyer par choix. Mais sa vie est gĂąchĂ©e par lâobsession quâelle a de sa silhouette. TraumatisĂ©e depuis lâadolescence par les sarcasmes familiaux, elle pense quâelle a de grosses cuisses et organise son existence autour de ce prĂ©tendu handicap.
Il y a environ un an, elle a fait appel Ă la chirurgie esthĂ©tique, a Ă©tĂ© rĂ©cusĂ©e par deux chirurgiens mais en a trouvĂ© un troisiĂšme qui a acceptĂ© de lui faire subir une liposuccion. Elle en attendait un miracle, une nouvelle vie, une nouvelle Isabelle sur le modĂšle de sa mĂšre⊠Elle a attendu la rĂ©sorption de lâĆdĂšme, puis elle a mesurĂ© ses cuisses plusieurs fois par jour pour chiffrer les progrĂšs. Mais, malgrĂ© les quelques centimĂštres perdus, sa silhouette restait la mĂȘme, et elle ne lâaimait pas davantage. Puis elle a cru constater une asymĂ©trie dans ses mesures : un centimĂštre de plus Ă droite ! Croyant trouver lĂ lâexplication Ă sa dĂ©ception, elle est retournĂ©e voir son chirurgien qui a acceptĂ©, avec rĂ©ticence, de faire une retouche. Et maintenant les mesures donnent une asymĂ©trie inverse : un centimĂštre de plus Ă gauche.
Cette fois, le praticien a refusĂ© catĂ©goriquement dây toucher et lui a conseillĂ© dâavoir plutĂŽt recours Ă la psychiatrie car Isabelle sombrait dans un Ă©pisode dĂ©pressif sĂ©vĂšre.
Le problĂšme rĂ©el dâIsabelle nâĂ©tait pas physique, mais dans sa relation Ă sa mĂšre. Cet aspect psychologique Ă©tait occultĂ© au profit de la taille de ses cuisses. Sa mĂšre verbalisant son rejet des « fillasses », Isabelle a pris en horreur lâaspect fĂ©minin de son corps. La fixation aurait pu porter sur ses seins, ou sur ses fesses, et ce sont sans doute les moqueries de ses frĂšres qui ont dĂ©signĂ© ses cuisses comme point de fixation. Aucune chirurgie esthĂ©tique ne pouvait lâaider, car sa vraie demande Ă©tait par rapport Ă sa mĂšre, qui lâaimait trĂšs sincĂšrement, mais nâavait aucune conscience de lâimpact de ses propos sur une enfant.
Chacun de nous peut trouver Ă dĂ©plorer un dĂ©tail de son physique sans pour autant se gĂącher la vie et se polariser sur cette imperfection : une petite asymĂ©trie du visage, des cheveux trop fins ou trop drus, des Ă©paules trop Ă©troites⊠Le plus souvent, il nây a lĂ rien de bien traumatisant. Dans dâautres cas, câest plus sĂ©rieuxâŠ
« Jâai les oreilles en feuilles de chou »
Depuis lâadolescence, Laurence sâimagine avoir les oreilles dĂ©collĂ©es. Elle en a parlĂ© Ă sa mĂšre, Ă ses amies, qui toutes lui ont confirmĂ© que ses oreilles Ă©taient tout Ă fait normalement implantĂ©es. Mais rien nâa pu la convaincre. Tous les soirs, elle met des sparadraps destinĂ©s Ă lui recoller les oreilles pendant la nuit, elle se coiffe de maniĂšre Ă masquer le handicap supposĂ©, garde toujours un bonnet Ă proximitĂ© au cas oĂč un souffle de vent pourrait dĂ©masquer cette tare. Elle peut parer Ă la baignade en gardant la tĂȘte hors de lâeau et avec un bonnet de bain, mais la sortie est un supplice si ses cheveux sont quand mĂȘme mouillĂ©s. Et, quand un garçon lui plaĂźt, elle se met de prĂ©fĂ©rence de profil, supposant Ă©viter ainsi lâeffet Dumbo. Et aucun chirurgien nâacceptera jamais de lâopĂ©rer, puisquâil nây a rien Ă corrigerâŠ
Dans le cas de Laurence, il sâagit de dysmorphophobie, câest-Ă -dire une perception erronĂ©e de sa propre image corporelle : elle peut concerner la totalitĂ© du corps ou une partie seulement : le nez, la pilositĂ©, la silhouette⊠La conviction est absolue, il nây a pas de rĂ©assurance possible, et peu Ă peu la vie sâorganise autour de cette difformitĂ© supposĂ©e, dans une lutte permanente pour tenter de la masquer au regard des autres. Le recours Ă la chirurgie esthĂ©tique est aussi frĂ©quent que dĂ©cevant, car lâimage perçue par le patient, gravĂ©e dans son imaginaire, nâest pas celle que lui renvoie le miroir.
De lâimperfection assumĂ©eâŠ
- Avoir conscience dâun dĂ©faut physique et tenter dây remĂ©dier.
- Aimer ĂȘtre rassurĂ© sur sa capacitĂ© Ă plaire, ou mĂȘme allĂ©guer une imperfection pour susciter un compliment.
- Se trouver « moche » un lendemain de fĂȘte trop arrosĂ©e.
⊠à la dysmorphophobie
- Inventer ou amplifier un dĂ©faut jusquâĂ y voir une difformitĂ©.
- Organiser sa vie en fonction de ce défaut.
- Avoir recours à la chirurgie quand la perception du défaut est disproportionnée par rapport à la réalité vue par les autres.
« LâacnĂ©, câest normal, tous les ados en ont⊠»
Pour la mĂšre dâAurĂ©lien, lâacnĂ© constituait un passage obligĂ©, une sorte dâinitiation Ă la masculinité⊠Peut-ĂȘtre pensait-elle aussi que cela Ă©loignerait encore quelque temps les filles de son fils !
En cela elle avait raison : peu Ă peu, AurĂ©lien nâa plus osĂ© accepter dâinvitation au cas oĂč il aurait eu un bouton ce jour-lĂ , ou alors il prĂ©voyait une excuse pour se dĂ©commander au dernier moment. Pour se consoler, lui qui aimait tellement sâamuser et voir des amis, il mangeait du chocolat, des bonbons, des gĂąteaux, aggravant ainsi son acnĂ© et son lĂ©ger embonpoint quâil dĂ©testait. Et il travaillait, ce qui enchantait ses parents : vive lâacnĂ© !
Ses amis se sont lassĂ©s de le solliciter, les filles se sont Ă©loignĂ©es de lui Ă force dâĂȘtre Ă©conduites, et il a attribuĂ© cela Ă son physique disgracieux plutĂŽt quâĂ son comportement.
Depuis quâil a dĂ©cidĂ© de consulter une dermatologue malgrĂ© lâavis de sa mĂšre, il prend un traitement trĂšs efficace, mais il nâarrive pas Ă croire que son supplice est terminĂ© et que son visage est lisse.
Il traque minutieusement tout point noir, toute Ă©bauche de bouton, quâil arrache avec ses ongles. Ce sauvage nettoyage de peau, en plus des cicatrices quâil provoque, lui prend environ une heure tous les jours et est trĂšs ritualisĂ© : en faisant ses devoirs le soir Ă son bureau, il se passe la main sur le visage et perçoit une irrĂ©gularitĂ©. La lutte contre lui-mĂȘme commence : il veut aller voir dans la glace Ă quoi correspond ce quâil a senti : bouton naissant ou cicatrice du grattage de la veille ? Il rĂ©siste puis cĂšde, prenant comme excuse quâil nây a sĂ»rement pas de bouton, quâil sera rassurĂ© de le constater et quâil pourra alors ne plus y penser. Il va chercher un miroir grossissant, inspecte tout son visage durant au moins une demi-heure, trouve toujours quelques points suspects quâil marque au stylo pour ĂȘtre sĂ»r de les retrouver, puis les presse un Ă un jusquâĂ les faire saigner. Ressentir une douleur physique lui donne lâillusion dâavoir contrecarrĂ© le mal. Puis il vĂ©rifie Ă nouveau, dĂ©tecte les derniers embryons potentiels de bouton, jusquâĂ avoir le visage sanguinolent et douloureux. Alors il se remet Ă son travail sâil nâest pas trop Ă©puisĂ©.
Toute lâangoisse dâAurĂ©lien sâest cristallisĂ©e autour de son acnĂ©, et la dermatologue est intervenue trop tardivement, alors quâil avait perdu toute confiance dans son aspect physique et quâil ne se voyait plus sans boutons alors mĂȘme quâils avaient disparu. Maintenant leur gravitĂ© tient Ă la lutte obsessionnelle quâil mĂšne contre eux. Et sâil y a rejet de la part des autres, il est dĂ» aux dĂ©gĂąts provoquĂ©s par son acharnement plutĂŽt quâaux boutons eux-mĂȘmes !
Alors, bien sĂ»r, sa mĂšre avait raison de penser que lâacnĂ© nâest pas une maladie, et quâil nây a pas de quoi sâalarmer. Mais le caractĂšre pathologique ne tient pas Ă lâacnĂ© en elle-mĂȘme, mais Ă la maniĂšre dont elle est vĂ©cue par lâadolescent(e) qui en souffre et aux rĂ©percussions quâelle a sur sa vie, sociale en particulier.
Init...
Table des matiĂšres
- Couverture
- Titre
- Copyright
- Introduction
- 1 - Dans mon miroirâŠ
- 2 - Du festif Ă Â lâaddictif
- 3 - Originalité juvénile ou bizarrerie ?
- 4 - Un verre⊠ou plus
- 5 - AprĂšs quelques annĂ©es de vie communeâŠ
- 6 - La peur sous toutes ses formes
- 7 - De lâagitation Ă Â lâagressivitĂ©
- 8 - LâirrĂ©sistible attirance⊠de mon lit
- 9 - De déception en dépression
- 10 - Le poids de tous les pĂ©chĂ©s du mondeâŠ
- 11 - LâĂąge et ses ravages
- 12 - Quelques mots encore - qui ne veulent pas dire la mĂȘme chose pour tout le mondeâŠ
- Conclusion
- Remerciements
- Table
- Du mĂȘme auteur chez Odile jacob