Mon ado et moi
eBook - ePub

Mon ado et moi

Le comprendre pour mieux s’entendre

  1. 144 pages
  2. French
  3. ePUB (adaptée aux mobiles)
  4. Disponible sur iOS et Android
eBook - ePub

Mon ado et moi

Le comprendre pour mieux s’entendre

À propos de ce livre

Tous les parents sont surpris par l'adolescence de leur enfant. Tous. Car, d'un seul coup, ils ne le comprennent plus. Pourquoi leur parle-t-il si mal ? Pourquoi est-il si souvent agressif ? Pourquoi ces sautes d'humeur ? Pourquoi ne range-t-il jamais sa chambre ni ses affaires ? Pourquoi faut-il toujours tout rĂ©pĂ©ter ? Pourquoi ses copains sont-ils si importants ? Etc. Mon ado et moi rĂ©pond Ă  toutes les questions que les parents peuvent se poser. Il permet de mieux comprendre ce qui se passe dans la tĂȘte d'un ado et de prĂ©server le dialogue. Car le souci majeur du parent est lĂ  : comment garder le contact avec son enfant ? Et il s'interroge : comment cela va-t-il Ă©voluer ? Quels sont les risques encourus ? À quoi faut-il ĂȘtre attentif ? Comment prĂ©venir les dangers ? Jean-Luc Aubert apporte, ici, des rĂ©ponses claires Ă  toutes ces interrogations. Il donne les clefs pour mieux comprendre son ado, et, chaque fois, suggĂšre un certain nombre de pistes pour rĂ©tablir la communication et retrouver un quotidien plus apaisĂ©. Un livre concret et pratique qui nous Ă©claire sur la psychologie des adolescents, filles ou garçons. Des conseils pour que chaque parent puisse au mieux maintenir le dialogue avec son enfant et bien faire la part entre ce qui est important et ce qui l'est moins. Jean-Luc Aubert est psychologue, spĂ©cialiste de l'enfant et de l'adolescent. Il est notamment l'auteur de La Violence dans les Ă©coles. 

Foire aux questions

Oui, vous pouvez résilier à tout moment à partir de l'onglet Abonnement dans les paramÚtres de votre compte sur le site Web de Perlego. Votre abonnement restera actif jusqu'à la fin de votre période de facturation actuelle. Découvrez comment résilier votre abonnement.
Non, les livres ne peuvent pas ĂȘtre tĂ©lĂ©chargĂ©s sous forme de fichiers externes, tels que des PDF, pour ĂȘtre utilisĂ©s en dehors de Perlego. Cependant, vous pouvez tĂ©lĂ©charger des livres dans l'application Perlego pour les lire hors ligne sur votre tĂ©lĂ©phone portable ou votre tablette. DĂ©couvrez-en plus ici.
Perlego propose deux abonnements : Essentiel et Complet
  • Essentiel est idĂ©al pour les Ă©tudiants et les professionnels qui aiment explorer un large Ă©ventail de sujets. AccĂ©dez Ă  la bibliothĂšque Essentiel comprenant plus de 800 000 titres de rĂ©fĂ©rence et best-sellers dans les domaines du commerce, du dĂ©veloppement personnel et des sciences humaines. Il comprend un temps de lecture illimitĂ© et la voix standard de la fonction Écouter.
  • Complet est parfait pour les Ă©tudiants avancĂ©s et les chercheurs qui ont besoin d'un accĂšs complet et illimitĂ©. AccĂ©dez Ă  plus de 1,4 million de livres sur des centaines de sujets, y compris des titres acadĂ©miques et spĂ©cialisĂ©s. L'abonnement Complet comprend Ă©galement des fonctionnalitĂ©s avancĂ©es telles que la fonction Écouter Premium et l'Assistant de recherche.
Les deux abonnements sont disponibles avec des cycles de facturation mensuels, semestriels ou annuels.
Nous sommes un service d'abonnement Ă  des ouvrages universitaires en ligne, oĂč vous pouvez accĂ©der Ă  toute une bibliothĂšque pour un prix infĂ©rieur Ă  celui d'un seul livre par mois. Avec plus d'un million de livres sur plus de 1 000 sujets, nous avons ce qu'il vous faut ! DĂ©couvrez-en plus ici.
Recherchez le symbole Écouter sur votre prochain livre pour voir si vous pouvez l'Ă©couter. L'outil Écouter lit le texte Ă  haute voix pour vous, en surlignant le passage qui est en cours de lecture. Vous pouvez le mettre sur pause, l'accĂ©lĂ©rer ou le ralentir. DĂ©couvrez-en plus ici.
Oui ! Vous pouvez utiliser l'application Perlego sur les appareils iOS ou Android pour lire Ă  tout moment, n'importe oĂč, mĂȘme hors ligne. Parfait pour les trajets quotidiens ou lorsque vous ĂȘtes en dĂ©placement.
Veuillez noter que nous ne pouvons pas prendre en charge les appareils fonctionnant sur iOS 13 et Android 7 ou versions antérieures. En savoir plus sur l'utilisation de l'application.
Oui, vous pouvez accéder à Mon ado et moi par Jean-Luc Aubert en format PDF et/ou ePUB. Nous disposons de plus d'un million d'ouvrages à découvrir dans notre catalogue.

Informations

Éditeur
Odile Jacob
Année
2015
Imprimer l'ISBN
9782738132918
ISBN de l'eBook
9782738166302

CHAPITRE 1

Être parent d’adolescent


Être parent est difficile. Il semble bien qu’ĂȘtre parent d’adolescent le soit encore plus ! Car, d’« un seul coup » on ne comprend plus rien. On ne le (la) comprend plus ! Ce qui avait fonctionnĂ© jusque-lĂ  ne « marche plus ».
Qu’est-ce qui s’est passĂ© ? Qu’est-ce qui lui arrive ? Pourquoi ce ton ? Ce langage ? Ces sautes d’humeur ? Ce caractĂšre « de chien » ?
Et, surtout : pourquoi est-ce si difficile de se parler sereinement ? Sans se disputer ? Sans crier parfois ? Pourquoi a-t-on mĂȘme des accĂšs de violence qui, jusque-lĂ , nous Ă©taient inconnus ? N’y a-t-il pas moyen de communiquer autrement ? De s’entendre ?
VoilĂ  quelques-unes des innombrables questions que tout parent d’adolescent s’est posĂ©es, se pose ou se posera un jour ou l’autre. Je dis bien, ici, tout parent. Il n’en est pas un qui Ă©chappe Ă  cette rĂšgle. Pour une bonne et simple raison : l’adolescence est une Ă©tape normale et souhaitable du dĂ©veloppement de l’ĂȘtre humain. Nous disons bien : normale et souhaitable, et ce pour diffĂ©rentes raisons qui seront dĂ©veloppĂ©es au cours de ces pages. Mais, en attendant, avant de nous pencher sur notre fille ou sur notre garçon, il importe, d’abord, de nous pencher sur nous, parents.
L’un des lieux communs les plus vĂ©hiculĂ©s en termes d’éducation est celui-ci : on n’apprend pas le mĂ©tier de parent. C’est faux, totalement faux, et pour cause : c’est un mĂ©tier que l’on a appris pendant les vingt ou vingt-cinq ans que l’on a passĂ©s avec ses propres parents. Seulement voilĂ  : cet « apprentissage » s’est fait inconsciemment heure aprĂšs heure, jour aprĂšs jour, semaine aprĂšs semaine. Nous nous sommes imprĂ©gnĂ©s du modĂšle Ă©ducatif parental et ce modĂšle-lĂ  va avoir une incidence majeure sur le modĂšle que nous mettons en Ɠuvre avec nos propres enfants. Pour bien comprendre ce qui se passe, on peut distinguer, globalement, trois cas de figure.

Lorsque le « métier de parent » est bien appris

Le premier cas est, heureusement, le plus frĂ©quent car il concerne environ 80 Ă  85 % de la population ! Il s’agit du modĂšle parental suffisamment satisfaisant. Notre enfance a-t-elle Ă©tĂ© majoritairement heureuse ? N’avons-nous pas eu de graves traumatismes ou des traumatismes Ă  rĂ©pĂ©tition ? Avons-nous de bons souvenirs ? Et davantage de bons souvenirs que de mauvais ? La relation avec nos parents Ă©tait-elle satisfaisante ? Nous entendions-nous bien ? Si les rĂ©ponses sont positives, eh bien nous avons eu la chance d’avoir un « bon » modĂšle parental.
Attention ! Il n’est pas question, ici, de dĂ©crire une enfance paradisiaque : il y a bien eu, ici et lĂ , quelques pleurs, des moments de tristesse, des tensions, des explications, des disputes parfois mais, simplement, elles n’ont pas Ă©tĂ© le quotidien. Le quotidien, lui, Ă©tait fait de ces « petits riens », de ces petits plaisirs qui font ce qu’on appelle, au bon sens du terme, une vie de famille.
Si nous avons eu la chance d’avoir ce modĂšle parental-lĂ , le mĂ©tier de parent est plus facile pour nous : ayant eu des relations qui n’étaient ni pathologiques ni traumatisantes, nous pouvons mettre en place une relation Ă©ducative du mĂȘme ordre, mĂȘme si, comme on va le voir plus loin, ce modĂšle parental appris nous est plus difficile Ă  appliquer au moment de l’adolescence. Ce qui dĂ©finit cette rĂ©pĂ©tition inconsciente s’appelle prĂ©cisĂ©ment le processus de rĂ©pĂ©tition. Ici, il va fonctionner sereinement, sans souci particulier, avec les petits alĂ©as dĂ©crits plus hauts mais qui n’auront pas une incidence invalidante majeure.

Quand le métier est « mal appris »

Le processus de rĂ©pĂ©tition s’avĂšre davantage prĂ©occupant pour le parent qui a eu une enfance perturbĂ©e, voire trĂšs perturbĂ©e.
Le cas malheureusement le plus facile Ă  comprendre est celui de l’enfant battu qui, devenu parent, devient violent Ă  son tour. C’est le processus de rĂ©pĂ©tition en conformitĂ© : le parent reproduit le modĂšle parental qu’il a lui-mĂȘme vĂ©cu. Pour lui, les relations « normales » d’un pĂšre ou d’une mĂšre avec son enfant sont celles-lĂ  puisque ce sont celles qu’il a connues. N’ayant rien vĂ©cu d’autre, la normalitĂ©, pour lui ou pour elle, c’est celle qui a Ă©tĂ© la sienne.
Hors ce schĂ©ma, d’autres processus de rĂ©pĂ©tition en conformitĂ© peuvent s’avĂ©rer, eux aussi, pĂ©nalisants. Celui ou celle qui n’a pas eu d’affection peut tout Ă  fait reproduire ce modĂšle avec son garçon ou sa fille. Il le fait – et je le sais pour rencontrer de tels parents – avec la meilleure bonne foi du monde. Il ne se vit pas comme un mauvais parent. Il ne l’est d’ailleurs pas : c’est, simplement, un parent qui n’a pas vĂ©cu cela Ă©tant petit. N’ayant pas eu de modĂšle autre, il reproduit celui-ci le plus « naturellement » du monde en considĂ©rant que c’est la relation normale qu’un parent doit avoir avec son enfant.
Les exemples pourraient ĂȘtre multipliĂ©s Ă  l’infini et ils mettraient tous l’accent sur un point trĂšs particulier de l’apprentissage du mĂ©tier de parent : il s’élabore, il se construit de façon inconsciente. C’est bien lĂ  tout son problĂšme. Reprenons notre exemple de l’enfant maltraitĂ©. À aucun moment, en particulier au cours des toutes premiĂšres annĂ©es, il ne se dit qu’il a un « mauvais parent ». Pour lui, la normalitĂ© de son quotidien est faite de cris, de coups parfois. Le petit vit et fait avec cela bon grĂ© mal grĂ© Ă  telle enseigne que si l’on s’avise de vouloir le placer, il s’y opposera dans la majeure partie des cas. Ce n’est que devenu un peu plus grand qu’il prendra conscience de son quotidien et qu’il jugera et ressentira comme vital le fait de s’abstraire de ce milieu-lĂ . Encore cela ne sera-t-il pas vrai pour quelques-uns d’entre eux qui, tellement engluĂ©s, tellement imprĂ©gnĂ©s, tellement dĂ©pendants de cette relation, ne pourront pas en envisager une autre.
Autre exemple : l’enfant qui, chez lui, baigne dans un milieu culturel et langagier pauvre court tous les risques de reproduire un modĂšle similaire avec ses propres enfants. Certes, on objectivera que, via l’école, il a pu amĂ©liorer et l’un et l’autre. Ce n’est pas aussi simple et ce, pour deux raisons.
  • La premiĂšre est le handicap scolaire que crĂ©e un milieu familial dĂ©muni, en particulier sur le plan du langage. Le dĂ©ficit lexical et syntaxique qu’il engendre est trĂšs invalidant pour la rĂ©ussite Ă  l’école : les « chances » d’amĂ©lioration grĂące au cursus scolaire s’avĂšrent minimes. Car le langage s’« apprend » surtout et avant tout au quotidien, par des interactions individualisĂ©es et intĂ©ressantes parce que rĂ©fĂ©rĂ©es Ă  un vĂ©cu plaisant et continu. L’école, elle, prend davantage en compte le groupe plutĂŽt que l’individu : de ce fait, elle ne peut guĂšre pallier les carences chez celui qui, Ă  la maison, ne vit que des Ă©changes pauvres. Les chiffres sont d’ailleurs lĂ  pour corroborer cette analyse : 15 Ă  20 % des enfants de maternelle sont en dehors de la conversation scolaire, c’est-Ă -dire qu’ils ne possĂšdent pas un outil langagier suffisant. On les retrouve au CP, car l’apprentissage de la lecture est trĂšs liĂ© Ă  la qualitĂ© du langage entendu et utilisĂ©. On les retrouve encore en sixiĂšme : ce sont ceux dont les fragilitĂ©s scolaires sont avĂ©rĂ©es. Et on les retrouve enfin, peu ou prou, au dĂ©cours de la scolaritĂ© sans diplĂŽmes et souvent totalement dĂ©motivĂ©s, car ils sont allĂ©s d’échec en Ă©chec1. Concernant ces enfants devenus parents Ă  leur tour, peuvent-ils transmettre autre chose que ce qu’ils connaissent ? LĂ  encore, le processus de rĂ©pĂ©tition joue
 avec les consĂ©quences malheureuses que l’on sait.
  • La deuxiĂšme cause d’une relation parentale dĂ©fectueuse est, une fois encore, inconsciente. Dans les reprĂ©sentations mentales du parent et de l’enfant s’entrecroisent plusieurs enjeux qui sont autant de freins. Le parent peut craindre de perdre le pouvoir sur son enfant si celui-ci le « dĂ©passe ». Cette crainte n’existe pas pour le parent lambda, mais elle est souvent prĂ©sente chez le parent fragile. Du cĂŽtĂ© de l’enfant, se dresse devant lui un mur invisible inconscient : peut-il « dĂ©passer » son parent ? En a-t-il les moyens ? En est-il capable ? En a-t-il le droit ? Cela ne l’exclura-t-il pas ? VoilĂ  autant de questions inconscientes que se pose le petit et qui peuvent constituer autant d’obstacles infranchissables. C’est le principe du « mur de verre » qui ne se voit pas mais qui se rĂ©vĂšle ĂȘtre un obstacle majeur.
On le voit : le processus de rĂ©pĂ©tition en conformitĂ© s’avĂšre heureux dans la majeure partie des cas, il est beaucoup plus prĂ©occupant pour une minoritĂ© de parents au vĂ©cu plus ou moins chaotique sur les plans affectif et/ou Ă©ducatif et/ou culturel.

Le processus de répétition en opposition

Le processus de rĂ©pĂ©tition peut aussi, bien sĂ»r, s’élaborer en opposition. C’est le cas du parent qui a un ressenti de son enfance particuliĂšrement douloureux ou pĂ©nible. Lui a souffert de son enfance : les souvenirs qu’il en a sont entachĂ©s de douleur ou de haine parfois. Devenu parent Ă  son tour, celui-ci ou celle-lĂ  ne voudra « surtout pas ça ! » pour son enfant. Il ou elle sera le parent que son propre parent n’a pas Ă©tĂ© ou n’a pas pu ĂȘtre. DĂšs lors, il va prendre le contre-pied systĂ©matique de ce qu’il ou elle a vĂ©cu. Le parent Ă  l’enfance violente peut dans ce cas de figure devenir trĂšs « doux ». Il peut mĂȘme le devenir Ă  l’excĂšs et ĂȘtre celui qui a du mal Ă  mettre en place des rĂšgles, mĂȘme a minima, parce que celles-ci vont contrarier son fils ou sa fille et qu’il n’a pas envie de le (la) voir souffrir ; il n’a pas envie de voir des larmes qui lui rappelleront – consciemment ou non – celles de son enfance.
Sur le plan Ă©ducatif le processus de rĂ©pĂ©tition en opposition peut se rĂ©vĂ©ler aussi nĂ©faste qu’un processus de rĂ©pĂ©tition en conformitĂ© dĂ©fectueux. Si la violence est absolument intolĂ©rable, le « laisser-faire », son opposĂ©, se rĂ©vĂšle, Ă  terme, Ă©galement nĂ©faste pour le petit qui a besoin d’interdits, nĂ©cessaires Ă  la prĂ©servation de sa santĂ© et Ă  la vie sociale ; n’étant pas Ă©duquĂ© dans ce sens, il sera soumis Ă  des difficultĂ©s qu’une Ă©ducation mettant en place avec bienveillance les rĂšgles et les lois lui aurait Ă©vitĂ©es.
Toutefois, prĂ©cisons ici que le processus de rĂ©pĂ©tition en opposition n’est pĂ©nalisant que dans les cas extrĂȘmes, quand Ă  un excĂšs rĂ©pond un autre excĂšs, Ă  une caricature Ă©ducative invalidante une autre caricature pĂ©nalisante. Pour le parent lambda qui a eu la chance d’avoir une Ă©ducation globalement satisfaisante, le processus de rĂ©pĂ©tition en opposition opĂ©rera sur des « dĂ©tails » sans consĂ©quences graves. C’est celui Ă  qui on a imposĂ© le latin au lycĂ©e et qui ne veut pas infliger Ă  son tour ce « pensum » Ă  son adolescent(e) ! C’est celle que l’on a forcĂ©e Ă  jouer de la flĂ»te traversiĂšre et qui propose Ă  son enfant, s’il le souhaite, tous les instruments qu’il veut sauf la flĂ»te. J’imagine que celui ou celle qui me lit en ce moment aura prĂ©sent Ă  l’esprit tel ou tel exemple bien prĂ©cis

RĂ©pĂ©tons-le : dans ce cas, cela ne porte pas Ă  consĂ©quence. Terrible injustice : seul celui qui a eu une enfance tourmentĂ©e court le risque de tomber dans ce « travers ». Sauf s’il a eu la chance de rencontrer des Ă©ducateurs, des professeurs bienveillants qui lui ont permis des moments d’enfance plus sereins. Encore faut-il qu’il les rencontre suffisamment longtemps – ou qu’une fois adulte, il ait la force ou le minimum de libertĂ© individuelle pour faire un travail sur lui-mĂȘme2.

Le parent sans modĂšles

Doute-t-on encore de l’impact du modĂšle parental dans l’apprentissage du mĂ©tier de parent ? En tant que praticien, j’observe que les parents les plus en difficultĂ© dans leur rĂŽle sont ceux qui n’ont pas eu de modĂšle sous les yeux : ce sont les enfants qui sont allĂ©s d’une famille d’accueil Ă  une autre, d’une structure Ă  une autre. Ils n’ont pas eu un modĂšle stable – mĂȘme si l’on a vu que certains modĂšles stables pouvaient ĂȘtre dangereux.
Pour ces enfants devenus parents, tout se passe comme s’ils Ă©taient obligĂ©s de penser en permanence le mĂ©tier de parent. Ils sont obligĂ©s d’inventer un mĂ©tier qu’ils n’ont pas appris. Certains d’entre eux, trop malmenĂ©s par l’existence, reproduisent le chaos qu’ils ont connu ; pour d’autres qui ont encore la force de « vouloir s’en sortir », la tĂąche se rĂ©vĂšle extrĂȘmement complexe.
Dans mes confĂ©rences et pour illustrer ce qu’ils vivent, j’utilise Ă  l’intention de ces adultes la mĂ©taphore de la conduite automobile. Le parent qui a appris Ă  conduire « sans problĂšme » assume son rĂŽle parental sans difficultĂ©s majeures : il « conduit » sans se poser de questions permanentes sur la position de son pied, de sa main, s’il doit accĂ©lĂ©rer, freiner, tourner Ă  droite, Ă  gauche, etc. Tout cela se fait, une fois l’apprentissage terminĂ©, automatiquement. Les rĂ©flexes, les automatismes sont lĂ  et la conduite s’opĂšre sans soucis majeurs. Seuls quelques Ă©vĂ©nements imprĂ©vus, un obstacle, une difficultĂ© quelconque, des conditions particuliĂšres demandent, Ă  certains moments, un accroissement de la vigilance, une attention particuliĂšre. C’est cela que vit le parent qui a bĂ©nĂ©ficiĂ© d’un modĂšle suffisamment bon.
Le « parent sans modĂšle » devra, lui, ĂȘtre constamment vigilant, tout comme on l’est lorsqu’on apprend Ă  conduire : il apprendra et rĂ©apprendra son mĂ©tier puisque cela n’a pas Ă©tĂ© le cas. Et comme une relation s’élabore semaine aprĂšs semaine, mois aprĂšs mois, tout comme s’est construite notre relation avec nos parents, cet apprentissage perdure. À chaque fois, il doit s’interroger : ai-je la « bonne » attitude, le comportement souhaitable ? Est-ce la bonne direction ? N’aurais-je pas dĂ» freiner ? AccĂ©lĂ©rer ?
Le parent « avec modĂšle » a expĂ©rimentĂ© un mode de vie, une relation, des Ă©changes qui lui ont Ă©tĂ© globalement profitables et, Ă  la plupart de ses questions, il a la majeure partie des Ă©lĂ©ments de rĂ©ponse, mĂȘme s’il lui arrive, ici et lĂ , de moduler. Le parent « sans modĂšle », lui, est obligĂ© d’imaginer la rĂ©ponse, de tĂątonner, d’inventer, de procĂ©der par essais et erreurs. On mesure toute l’énergie nĂ©cessaire Ă  une telle entreprise et toutes les difficultĂ©s rencontrĂ©es. Que, parfois, ils se trompent ou dĂ©missionnent est alors plus comprĂ©hensible.

Parent d’adolescent :
réinventer le métier ?

À ce stade, le parent d’adolescent qui nous lit est sans doute quelque peu dĂ©stabilisĂ©. Qu’il ait eu, ou non, un « bon » modĂšle, tout se passe comme si, au moment de l’adolescence, son « mĂ©tier » Ă©tait remis en cause. Il semble bien qu’à ce moment-lĂ  de sa relation avec son enfant, tout ou presque soit Ă  rĂ©a...

Table des matiĂšres

  1. Couverture
  2. Titre
  3. Copyright
  4. Dédicace
  5. CHAPITRE 1 - Être parent d’adolescent
  6. CHAPITRE 2 - Pourquoi et comment l’adolescence ?
  7. CHAPITRE 3 - Ses repÚres affectifs
  8. CHAPITRE 4 - Ses repÚres identitaires
  9. CHAPITRE 5 - Ses repùres d’appartenance
  10. CHAPITRE 6 - Ses repÚres socio-éducatifs : le rapport à la rÚgle
  11. CHAPITRE 7 - Ses repÚres hédoniques et culturels
  12. CHAPITRE 8 - Le collĂšge, le lycĂ©e et
 la fin de l’adolescence ?
  13. Conclusion
  14. Table
  15. Du mĂȘme auteur chez Odile Jacob