
- 144 pages
- French
- ePUB (adaptée aux mobiles)
- Disponible sur iOS et Android
eBook - ePub
À propos de ce livre
Tous les parents sont surpris par l'adolescence de leur enfant. Tous. Car, d'un seul coup, ils ne le comprennent plus. Pourquoi leur parle-t-il si mal ? Pourquoi est-il si souvent agressif ? Pourquoi ces sautes d'humeur ? Pourquoi ne range-t-il jamais sa chambre ni ses affaires ? Pourquoi faut-il toujours tout répéter ? Pourquoi ses copains sont-ils si importants ? Etc. Mon ado et moi répond à toutes les questions que les parents peuvent se poser. Il permet de mieux comprendre ce qui se passe dans la tête d'un ado et de préserver le dialogue. Car le souci majeur du parent est là : comment garder le contact avec son enfant ? Et il s'interroge : comment cela va-t-il évoluer ? Quels sont les risques encourus ? À quoi faut-il être attentif ? Comment prévenir les dangers ? Jean-Luc Aubert apporte, ici, des réponses claires à toutes ces interrogations. Il donne les clefs pour mieux comprendre son ado, et, chaque fois, suggère un certain nombre de pistes pour rétablir la communication et retrouver un quotidien plus apaisé. Un livre concret et pratique qui nous éclaire sur la psychologie des adolescents, filles ou garçons. Des conseils pour que chaque parent puisse au mieux maintenir le dialogue avec son enfant et bien faire la part entre ce qui est important et ce qui l'est moins. Jean-Luc Aubert est psychologue, spécialiste de l'enfant et de l'adolescent. Il est notamment l'auteur de La Violence dans les écoles.
Approuvé par les 375,005 étudiants
Accès à plus de 1,5 million de titres pour un prix mensuel raisonnable.
Étudiez plus efficacement en utilisant nos outils d'étude.
Informations
Imprimer l'ISBN
9782738132918
CHAPITRE 1
Être parent d’adolescent
Être parent est difficile. Il semble bien qu’être parent d’adolescent le soit encore plus ! Car, d’« un seul coup » on ne comprend plus rien. On ne le (la) comprend plus ! Ce qui avait fonctionné jusque-là ne « marche plus ».
Qu’est-ce qui s’est passé ? Qu’est-ce qui lui arrive ? Pourquoi ce ton ? Ce langage ? Ces sautes d’humeur ? Ce caractère « de chien » ?
Et, surtout : pourquoi est-ce si difficile de se parler sereinement ? Sans se disputer ? Sans crier parfois ? Pourquoi a-t-on même des accès de violence qui, jusque-là, nous étaient inconnus ? N’y a-t-il pas moyen de communiquer autrement ? De s’entendre ?
Voilà quelques-unes des innombrables questions que tout parent d’adolescent s’est posées, se pose ou se posera un jour ou l’autre. Je dis bien, ici, tout parent. Il n’en est pas un qui échappe à cette règle. Pour une bonne et simple raison : l’adolescence est une étape normale et souhaitable du développement de l’être humain. Nous disons bien : normale et souhaitable, et ce pour différentes raisons qui seront développées au cours de ces pages. Mais, en attendant, avant de nous pencher sur notre fille ou sur notre garçon, il importe, d’abord, de nous pencher sur nous, parents.
L’un des lieux communs les plus véhiculés en termes d’éducation est celui-ci : on n’apprend pas le métier de parent. C’est faux, totalement faux, et pour cause : c’est un métier que l’on a appris pendant les vingt ou vingt-cinq ans que l’on a passés avec ses propres parents. Seulement voilà : cet « apprentissage » s’est fait inconsciemment heure après heure, jour après jour, semaine après semaine. Nous nous sommes imprégnés du modèle éducatif parental et ce modèle-là va avoir une incidence majeure sur le modèle que nous mettons en œuvre avec nos propres enfants. Pour bien comprendre ce qui se passe, on peut distinguer, globalement, trois cas de figure.
Lorsque le « métier de parent » est bien appris
Le premier cas est, heureusement, le plus fréquent car il concerne environ 80 à 85 % de la population ! Il s’agit du modèle parental suffisamment satisfaisant. Notre enfance a-t-elle été majoritairement heureuse ? N’avons-nous pas eu de graves traumatismes ou des traumatismes à répétition ? Avons-nous de bons souvenirs ? Et davantage de bons souvenirs que de mauvais ? La relation avec nos parents était-elle satisfaisante ? Nous entendions-nous bien ? Si les réponses sont positives, eh bien nous avons eu la chance d’avoir un « bon » modèle parental.
Attention ! Il n’est pas question, ici, de décrire une enfance paradisiaque : il y a bien eu, ici et là, quelques pleurs, des moments de tristesse, des tensions, des explications, des disputes parfois mais, simplement, elles n’ont pas été le quotidien. Le quotidien, lui, était fait de ces « petits riens », de ces petits plaisirs qui font ce qu’on appelle, au bon sens du terme, une vie de famille.
Si nous avons eu la chance d’avoir ce modèle parental-là, le métier de parent est plus facile pour nous : ayant eu des relations qui n’étaient ni pathologiques ni traumatisantes, nous pouvons mettre en place une relation éducative du même ordre, même si, comme on va le voir plus loin, ce modèle parental appris nous est plus difficile à appliquer au moment de l’adolescence. Ce qui définit cette répétition inconsciente s’appelle précisément le processus de répétition. Ici, il va fonctionner sereinement, sans souci particulier, avec les petits aléas décrits plus hauts mais qui n’auront pas une incidence invalidante majeure.
Quand le métier est « mal appris »
Le processus de répétition s’avère davantage préoccupant pour le parent qui a eu une enfance perturbée, voire très perturbée.
Le cas malheureusement le plus facile à comprendre est celui de l’enfant battu qui, devenu parent, devient violent à son tour. C’est le processus de répétition en conformité : le parent reproduit le modèle parental qu’il a lui-même vécu. Pour lui, les relations « normales » d’un père ou d’une mère avec son enfant sont celles-là puisque ce sont celles qu’il a connues. N’ayant rien vécu d’autre, la normalité, pour lui ou pour elle, c’est celle qui a été la sienne.
Hors ce schéma, d’autres processus de répétition en conformité peuvent s’avérer, eux aussi, pénalisants. Celui ou celle qui n’a pas eu d’affection peut tout à fait reproduire ce modèle avec son garçon ou sa fille. Il le fait – et je le sais pour rencontrer de tels parents – avec la meilleure bonne foi du monde. Il ne se vit pas comme un mauvais parent. Il ne l’est d’ailleurs pas : c’est, simplement, un parent qui n’a pas vécu cela étant petit. N’ayant pas eu de modèle autre, il reproduit celui-ci le plus « naturellement » du monde en considérant que c’est la relation normale qu’un parent doit avoir avec son enfant.
Les exemples pourraient être multipliés à l’infini et ils mettraient tous l’accent sur un point très particulier de l’apprentissage du métier de parent : il s’élabore, il se construit de façon inconsciente. C’est bien là tout son problème. Reprenons notre exemple de l’enfant maltraité. À aucun moment, en particulier au cours des toutes premières années, il ne se dit qu’il a un « mauvais parent ». Pour lui, la normalité de son quotidien est faite de cris, de coups parfois. Le petit vit et fait avec cela bon gré mal gré à telle enseigne que si l’on s’avise de vouloir le placer, il s’y opposera dans la majeure partie des cas. Ce n’est que devenu un peu plus grand qu’il prendra conscience de son quotidien et qu’il jugera et ressentira comme vital le fait de s’abstraire de ce milieu-là. Encore cela ne sera-t-il pas vrai pour quelques-uns d’entre eux qui, tellement englués, tellement imprégnés, tellement dépendants de cette relation, ne pourront pas en envisager une autre.
Autre exemple : l’enfant qui, chez lui, baigne dans un milieu culturel et langagier pauvre court tous les risques de reproduire un modèle similaire avec ses propres enfants. Certes, on objectivera que, via l’école, il a pu améliorer et l’un et l’autre. Ce n’est pas aussi simple et ce, pour deux raisons.
- La première est le handicap scolaire que crée un milieu familial démuni, en particulier sur le plan du langage. Le déficit lexical et syntaxique qu’il engendre est très invalidant pour la réussite à l’école : les « chances » d’amélioration grâce au cursus scolaire s’avèrent minimes. Car le langage s’« apprend » surtout et avant tout au quotidien, par des interactions individualisées et intéressantes parce que référées à un vécu plaisant et continu. L’école, elle, prend davantage en compte le groupe plutôt que l’individu : de ce fait, elle ne peut guère pallier les carences chez celui qui, à la maison, ne vit que des échanges pauvres. Les chiffres sont d’ailleurs là pour corroborer cette analyse : 15 à 20 % des enfants de maternelle sont en dehors de la conversation scolaire, c’est-à-dire qu’ils ne possèdent pas un outil langagier suffisant. On les retrouve au CP, car l’apprentissage de la lecture est très lié à la qualité du langage entendu et utilisé. On les retrouve encore en sixième : ce sont ceux dont les fragilités scolaires sont avérées. Et on les retrouve enfin, peu ou prou, au décours de la scolarité sans diplômes et souvent totalement démotivés, car ils sont allés d’échec en échec1. Concernant ces enfants devenus parents à leur tour, peuvent-ils transmettre autre chose que ce qu’ils connaissent ? Là encore, le processus de répétition joue… avec les conséquences malheureuses que l’on sait.
- La deuxième cause d’une relation parentale défectueuse est, une fois encore, inconsciente. Dans les représentations mentales du parent et de l’enfant s’entrecroisent plusieurs enjeux qui sont autant de freins. Le parent peut craindre de perdre le pouvoir sur son enfant si celui-ci le « dépasse ». Cette crainte n’existe pas pour le parent lambda, mais elle est souvent présente chez le parent fragile. Du côté de l’enfant, se dresse devant lui un mur invisible inconscient : peut-il « dépasser » son parent ? En a-t-il les moyens ? En est-il capable ? En a-t-il le droit ? Cela ne l’exclura-t-il pas ? Voilà autant de questions inconscientes que se pose le petit et qui peuvent constituer autant d’obstacles infranchissables. C’est le principe du « mur de verre » qui ne se voit pas mais qui se révèle être un obstacle majeur.
On le voit : le processus de répétition en conformité s’avère heureux dans la majeure partie des cas, il est beaucoup plus préoccupant pour une minorité de parents au vécu plus ou moins chaotique sur les plans affectif et/ou éducatif et/ou culturel.
Le processus de répétition en opposition
Le processus de répétition peut aussi, bien sûr, s’élaborer en opposition. C’est le cas du parent qui a un ressenti de son enfance particulièrement douloureux ou pénible. Lui a souffert de son enfance : les souvenirs qu’il en a sont entachés de douleur ou de haine parfois. Devenu parent à son tour, celui-ci ou celle-là ne voudra « surtout pas ça ! » pour son enfant. Il ou elle sera le parent que son propre parent n’a pas été ou n’a pas pu être. Dès lors, il va prendre le contre-pied systématique de ce qu’il ou elle a vécu. Le parent à l’enfance violente peut dans ce cas de figure devenir très « doux ». Il peut même le devenir à l’excès et être celui qui a du mal à mettre en place des règles, même a minima, parce que celles-ci vont contrarier son fils ou sa fille et qu’il n’a pas envie de le (la) voir souffrir ; il n’a pas envie de voir des larmes qui lui rappelleront – consciemment ou non – celles de son enfance.
Sur le plan éducatif le processus de répétition en opposition peut se révéler aussi néfaste qu’un processus de répétition en conformité défectueux. Si la violence est absolument intolérable, le « laisser-faire », son opposé, se révèle, à terme, également néfaste pour le petit qui a besoin d’interdits, nécessaires à la préservation de sa santé et à la vie sociale ; n’étant pas éduqué dans ce sens, il sera soumis à des difficultés qu’une éducation mettant en place avec bienveillance les règles et les lois lui aurait évitées.
Toutefois, précisons ici que le processus de répétition en opposition n’est pénalisant que dans les cas extrêmes, quand à un excès répond un autre excès, à une caricature éducative invalidante une autre caricature pénalisante. Pour le parent lambda qui a eu la chance d’avoir une éducation globalement satisfaisante, le processus de répétition en opposition opérera sur des « détails » sans conséquences graves. C’est celui à qui on a imposé le latin au lycée et qui ne veut pas infliger à son tour ce « pensum » à son adolescent(e) ! C’est celle que l’on a forcée à jouer de la flûte traversière et qui propose à son enfant, s’il le souhaite, tous les instruments qu’il veut sauf la flûte. J’imagine que celui ou celle qui me lit en ce moment aura présent à l’esprit tel ou tel exemple bien précis…
Répétons-le : dans ce cas, cela ne porte pas à conséquence. Terrible injustice : seul celui qui a eu une enfance tourmentée court le risque de tomber dans ce « travers ». Sauf s’il a eu la chance de rencontrer des éducateurs, des professeurs bienveillants qui lui ont permis des moments d’enfance plus sereins. Encore faut-il qu’il les rencontre suffisamment longtemps – ou qu’une fois adulte, il ait la force ou le minimum de liberté individuelle pour faire un travail sur lui-même2.
Le parent sans modèles
Doute-t-on encore de l’impact du modèle parental dans l’apprentissage du métier de parent ? En tant que praticien, j’observe que les parents les plus en difficulté dans leur rôle sont ceux qui n’ont pas eu de modèle sous les yeux : ce sont les enfants qui sont allés d’une famille d’accueil à une autre, d’une structure à une autre. Ils n’ont pas eu un modèle stable – même si l’on a vu que certains modèles stables pouvaient être dangereux.
Pour ces enfants devenus parents, tout se passe comme s’ils étaient obligés de penser en permanence le métier de parent. Ils sont obligés d’inventer un métier qu’ils n’ont pas appris. Certains d’entre eux, trop malmenés par l’existence, reproduisent le chaos qu’ils ont connu ; pour d’autres qui ont encore la force de « vouloir s’en sortir », la tâche se révèle extrêmement complexe.
Dans mes conférences et pour illustrer ce qu’ils vivent, j’utilise à l’intention de ces adultes la métaphore de la conduite automobile. Le parent qui a appris à conduire « sans problème » assume son rôle parental sans difficultés majeures : il « conduit » sans se poser de questions permanentes sur la position de son pied, de sa main, s’il doit accélérer, freiner, tourner à droite, à gauche, etc. Tout cela se fait, une fois l’apprentissage terminé, automatiquement. Les réflexes, les automatismes sont là et la conduite s’opère sans soucis majeurs. Seuls quelques événements imprévus, un obstacle, une difficulté quelconque, des conditions particulières demandent, à certains moments, un accroissement de la vigilance, une attention particulière. C’est cela que vit le parent qui a bénéficié d’un modèle suffisamment bon.
Le « parent sans modèle » devra, lui, être constamment vigilant, tout comme on l’est lorsqu’on apprend à conduire : il apprendra et réapprendra son métier puisque cela n’a pas été le cas. Et comme une relation s’élabore semaine après semaine, mois après mois, tout comme s’est construite notre relation avec nos parents, cet apprentissage perdure. À chaque fois, il doit s’interroger : ai-je la « bonne » attitude, le comportement souhaitable ? Est-ce la bonne direction ? N’aurais-je pas dû freiner ? Accélérer ?
Le parent « avec modèle » a expérimenté un mode de vie, une relation, des échanges qui lui ont été globalement profitables et, à la plupart de ses questions, il a la majeure partie des éléments de réponse, même s’il lui arrive, ici et là, de moduler. Le parent « sans modèle », lui, est obligé d’imaginer la réponse, de tâtonner, d’inventer, de procéder par essais et erreurs. On mesure toute l’énergie nécessaire à une telle entreprise et toutes les difficultés rencontrées. Que, parfois, ils se trompent ou démissionnent est alors plus compréhensible.
Parent d’adolescent :
réinventer le métier ?
À ce stade, le parent d’adolescent qui nous lit est sans doute quelque peu déstabilisé. Qu’il ait eu, ou non, un « bon » modèle, tout se passe comme si, au moment de l’adolescence, son « métier » était remis en cause. Il semble bien qu’à ce moment-là de sa relation avec son enfant, tout ou presque soit à réa...
Table des matières
- Couverture
- Titre
- Copyright
- Dédicace
- CHAPITRE 1 - Être parent d’adolescent
- CHAPITRE 2 - Pourquoi et comment l’adolescence ?
- CHAPITRE 3 - Ses repères affectifs
- CHAPITRE 4 - Ses repères identitaires
- CHAPITRE 5 - Ses repères d’appartenance
- CHAPITRE 6 - Ses repères socio-éducatifs : le rapport à la règle
- CHAPITRE 7 - Ses repères hédoniques et culturels
- CHAPITRE 8 - Le collège, le lycée et… la fin de l’adolescence ?
- Conclusion
- Table
- Du même auteur chez Odile Jacob