
- 480 pages
- French
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Persiste et signe
À propos de ce livre
Ministre de Charles de Gaulle et de François Mitterrand, maire, préfet, parlementaire, commissaire européen, délégué du gouvernement en Nouvelle-Calédonie, Edgard Pisani a été l'un des acteurs privilégiés d'un demi-siècle de vie politique française et internationale. Il raconte le roman vrai de la République au travail. Au gré des postes occupés, des tâches accomplies, des silhouettes vues et des voix entendues.
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Informations
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9782738101501
Nouvelle-Calédonie
Une crise grave, une tâche difficile, une cruelle aventure, un dossier complexe, un grand amour secret, une terre à moi interdite, une angoisse qui demeure.
Je ne m’attendais pas à cette mission calédonienne et comme, à la date de ma nomination, j’ignorais tout du territoire et de l’océan lointains, je n’imaginais pas que les mois que je leur consacrerais marqueraient si profondément leur trace, changeraient si profondément le sens, la couleur de mon chemin.
C’était en novembre 1984. J’étais partagé entre la passion de conclure la négociation de Lomé et l’amertume que m’inspirait l’attitude de Claude Cheysson. Il était, en dépit de toutes les promesses, soutenu par le président de la République qui m’avait pourtant bien dit que nul ne me remplacerait si je souhaitais rester à Bruxelles.
Fin novembre, je menais mes derniers combats : j’avais soixante-six ans, je savais que je quitterai la Communauté européenne quelques semaines plus tard ; j’avais en vain cherché une autre tâche ; je me résolvais mal à l’idée de vivre bientôt de petits boulots ou d’exercer des fonctions bénévoles dépourvues de toute responsabilité réelle. J’étais amer et je savais pourquoi : j’avais peur du temps vide de mes prochaines années alors que je me sentais dans un état de réelle plénitude.
Cette amertume le disputait à la frénésie studieuse de la négociation. Après deux ans de recherches, de discussions, d’affrontements même, nous venions de nous mettre d’accord sur le contenu financier de la Convention, sur les droits de l’homme et le « dialogue sur les politiques ». Le texte était entre les mains des copistes et des traducteurs. Il me fallait encore, avant de me rendre à Lomé, visiter le Cap-Vert, la Guinée-Bissau et l’Angola. Dans quinze jours, tout serait bouclé, signé, je ferais mes bagages et prendrais ma retraite. Je n’ai jamais su prononcer ce mot ni bien comprendre ce qu’il veut dire. En dépit des apparences et de la réputation qu’on m’a faite, je ne suis pas un travailleur mais plutôt un paresseux qui travaille. Qui travaille beaucoup, peut-être plus par angoisse que par ambition. L’allure de père tranquille que je me suis finalement donnée cache la peur, chevillée au corps depuis bientôt cinquante ans, de n’avoir rien à faire. De n’avoir rien à faire, de ne pouvoir rien faire pour changer le monde qui m’inspire insatisfaction et révolte.
C’est la fin de l’après-midi d’un samedi où je traverse Paris entre Bruxelles et Dakar, d’où je me rends à Praïa. Je suis avec Maurice Guerrin, mon compagnon d’équipée : si passionné, si exigeant, si chaleureusement dévoué. Je le quitte pour quelques heures : il y a fête chez mon frère aîné qui marie son fils. Il m’accueille en me racontant une histoire… drôle : « Tu vas recevoir un appel téléphonique. Le Premier ministre veut te joindre. Quand on me l’a dit, j’ai cru d’abord qu’il s’agissait d’une plaisanterie et j’ai demandé : “Il s’agit du Premier ministre de Chine sans doute ?” Mais pas du tout ; il s’agit bien de Laurent Fabius. Il va te rappeler vers sept heures. »
J’étais fier qu’on me coure après. Mais pourquoi ? J’étais accablé par la règle qui veut depuis bientôt quarante ans que mon secrétariat puisse me joindre à tout instant, où que je sois.
« Allô ! Edgard ? Puis-je te voir demain matin ? Je sais que tu t’envoles pour l’Afrique. Il faut absolument que nous nous rencontrions avant. – Oui, mais pourquoi ? – Tu connais la situation de la Nouvelle-Calédonie. On a pensé à toi… Peux-tu être chez moi demain matin à dix heures, place du Panthéon ? » Je dis à Carmen, à mes frères et sœurs réunis là, la question qui va m’être posée, la décision qu’il va me falloir prendre. Je n’oublierai jamais le regard éperdu de ma jeune femme et la tête de ma grande sœur appuyée sur mon épaule. Elles savent mieux que moi que j’accepterai, que rien ne m’en empêchera. Elles devinent mieux que moi les dangers qui m’attendent.
Je n’ai jamais eu avec Laurent Fabius de réelles relations. À peine quelques rencontres furtives dans les couloirs du Parti socialiste. Trop poli, trop savant, trop sûr de lui. Il a failli, lorsqu’il a constitué son gouvernement, me confier le ministère de l’Éducation nationale et me permettre d’accomplir mon rêve de toujours. Jean-Pierre Chevènement l’en a dissuadé : « Comment, au moment où les communistes s’en vont, nommer à ce poste stratégique un homme qui vient du gaullisme ? Ce serait mal compris par les militants. »
Le grand atelier où je suis reçu est large ouvert sur le Panthéon. Mais le dôme est un peu trop proche, presque encombrant. Le Premier ministre est dans sa tenue du dimanche matin. Il sait le voyage que je vais entreprendre. Il a voulu me saisir au vol. Il m’analyse la situation qui prévaut en Nouvelle-Calédonie et les inquiétudes qu’elle inspire. L’actuel haut-commissaire est au bout de son rouleau. Il faut qu’il rentre le plus tôt possible parce que tout cela peut tourner au drame. La décision sera prise dans les tout premiers jours de décembre. Les candidats ne se pressent pas aux portes ; ça se comprend. On a pensé à moi : ma réputation, ma connaissance des problèmes du développement et de ceux de l’ordre public, mon expérience, mon sang-froid… j’en passe et des meilleures.
Je pose quelques questions. Je dis que je ne suis pas libre. Que je ne suis vraiment pas candidat. Qu’il faut chercher quelqu’un d’autre. Que je ne connais ni le pays ni sa situation. Que j’ai à peine suivi les événements dans la presse… Mais je n’articule pas un non franc et massif. Ai-je déjà accepté ? Et pourquoi ? Vanité, fatalité, sens du service, peur de l’inaction. Je n’ai pas refusé et laisse Laurent Fabius devant une incertitude. Il doit se dire qu’on finira par me convaincre. François Mitterrand en particulier, au nom et avec le consentement duquel il m’a pressenti. Nous nous séparons en convenant de ce qu’un dossier me sera porté à l’aéroport, au moment où je partirai pour l’Afrique. Je le reçois en effet mais c’est plus une pile de documents qu’un véritable dossier. Il y a à boire et à manger. Juste de quoi déniaiser l’ignorant que je suis. L’expérience m’enseigne que plus il y a de tableaux de chiffres moins le dossier est significatif.
Curieuse randonnée que la nôtre. Maurice Guerrin et moi vivons en quelque sorte une double existence : je suis encore commissaire européen au contact des problèmes de l’Afrique et nous étudions les dossiers de l’éventuel haut-commissaire en Nouvelle-Calédonie. En fait le grand continent occupe moins notre esprit que ne le fait la petite île. Alors que je parade et je palabre, Maurice Guerrin étudie les documents qui nous ont été remis. En avion, la nuit, le matin au petit déjeuner, il me les commente. Ce qui nous frappe, c’est l’absurde état du territoire, les inégalités, le sous-développement, le caractère artificiel de l’économie plus encore peut-être que le conflit racial ou le problème politique. Ce qui nous frappe, ce sont les méfaits du régime colonial maintenu : la comparaison avec ce que nous avons sous les yeux s’impose comme un refrain lancinant. Déjà nous esquissons des plans. Comment lire un tel dossier sans se prêter inconsciemment le rôle de redresseur ?
Nous voici nous posant à Dakar pour faire un saut jusqu’à Paris avant de repartir pour l’Angola : le continent africain est organisé comme l’hexagone où il faut passer par la capitale pour aller de Clermont-Ferrand à Bordeaux. La porte de l’avion est à peine ouverte qu’un personnage fort entouré se précipite dans la carlingue et vient vers moi pour me dire qu’un appel téléphonique du Premier ministre m’attend dans son bureau. Je croyais qu’il n’y avait pas de Premier ministre au Sénégal… Mais non ! Il s’agit de Laurent Fabius et l’émissaire est le directeur de l’aéroport de Dakar.
On me demande, on me somme de rentrer à Paris et d’y rester, d’annuler mon voyage en Angola : la décision que je sais doit absolument être prise dans les quarante-huit heures. J’argue de l’importance de ma visite à Luanda, je rêve de la signature de Lomé qui doit avoir lieu le 7 décembre. Après tout, je suis un « fonctionnaire » international et ne suis pas aux ordres du gouvernement français… Autant en emporte le vent.
Laurent Fabius me reçoit à Matignon. La situation s’est aggravée. Le gouvernement se réunit tout exprès dans l’après-midi. Le président de la République m’attend. Il ne faut pas qu’on me voie à l’Élysée : j’entrerai par « l’escalier dérobé ».
François Mitterrand a un air très grave. Je ne l’ai pas revu depuis qu’il m’a promis que je resterai à Bruxelles. Il me décrit la situation avec la précision d’un chirurgien. Il cache mal une réelle émotion. Tant de choses sont en cause : des vies humaines, l’autorité de l’État, la présence française dans le Pacifique, la crédibilité du gouvernement. Il est convaincu que les choses doivent profondément changer. Mais pas comme ça, plutôt suivant une démarche maîtrisée. Le mot d’indépendance ne lui fait pas peur mais il faut garder des liens. Il faut apaiser pour construire.
« J’ai pensé à vous. Votre mandat européen prend fin dans quelques semaines. Vous cherchiez une nouvelle mission, je vous propose de partir pour Nouméa. C’est une tâche à votre mesure. Il faudra faire appel à toute votre expérience et à toutes vos qualités. Je suivrai personnellement les affaires calédoniennes, vous travaillerez en relation directe avec moi. Le problème est ethnique peut-être. Il est politique et social. Nous n’avons pas su, les Européens n’ont pas voulu faire aux Canaques la place qui leur revient… J’ai convoqué un Conseil des ministres pour cet après-midi : pour analyser la situation, décider de certaines mesures d’urgence et nommer le haut-commissaire, délégué du gouvernement. Acceptez-vous le poste que je vous propose ?
– Avez-vous d’autres titulaires possibles ?
– On en trouverait sûrement un. Mais c’est vous qui convenez le mieux.
– …
– Acceptez-vous ?
– Monsieur le président de la République, le problème ne se pose pas dans ces termes. Il ne s’agit pas pour moi d’accepter ou de ne pas accepter. Je suis, quoique retraité, un serviteur de l’État. Il vous appartient de dire si mon départ pour Nouméa est utile ou nécessaire. S’il l’est, je partirai sans songer à m’interroger sur mes sentiments ou mes intérêts. » Je suis mentalement au garde-à-vous. Je tremble car je sais ce qui m’attend : je viens de libérer la fatalité qui me courait après depuis quelques jours.
– Merci. »
Il me regarde avec une intensité que je ne lui ai jamais connue. Est-il possible qu’il éprouve pour moi quelque sentiment de reconnaissance ? Mais il se ressaisit et, d’un ton tranquille et assuré, il m’indique que le Conseil se réunit dans l’après-midi. Il faut qu’on puisse me joindre dès que la décision aura été prise. Il faut que je me tienne prêt.
Je rentre chez moi, à Paris, où Carmen m’attend. Elle m’en veut sûrement d’avoir cédé aux injonctions de ma règle et aux sollicitations du Président. Dès cet instant, naît chez elle un sentiment de crainte pour tous les risques que je vais courir. Elle a décidé de me suivre. Je tente à peine de la dissuader. Elle préfère être là, près de moi, sachant et vivant tout à tout instant plutôt que d’attendre au téléphone la mauvaise nouvelle. Je suis envahi de tendresse et d’admiration. Mais il faut s’occuper de l’intendance : nous allons partir pour des mois et nos affaires sont à Bruxelles. Elle y partira dès que Jean-Louis Bianco m’aura dit le verdict. J’appelle Christian Blanc qui est dans sa préfecture de Tarbes et Daniel Germain, mon assistant à Bruxelles, sans l’appui duquel je ne sais plus travailler. J’informe Maurice Guerrin qui s’offre à m’accompagner si, du moins, la chose me paraît utile. Les copains sont là. Ça ira.
Jean-Louis Bianco me dit le résultat du Conseil. La délibération a duré bien plus qu’on ne l’imaginait. Il y a eu un vrai débat et des opinions contradictoires se sont exprimées. Il a fallu que le Président monte au créneau pour bien affirmer les principes de la politique que la France entend suivre à l’égard de ces populations auxquelles la République a conféré la citoyenneté mais qu’elle n’a pas été capable d’intégrer.
Le mandat est clair, implicitement au moins : retour à l’ordre et évolution du droit et du fait jusqu’à établir une paix durable. Après la Calédonie, il faudra prendre en considération la réalité des départements d’outre-mer : comment peut-on concilier l’indivisibilité de la République et l’irréductible originalité de certains de ses composants ?
Informé de ma nomination, j’accélère le rythme et me donne quelques jours, une dizaine peut-être suivant la tradition pré fectorale, pour rejoindre mon poste. Je rêve encore d’un saut à Lomé, le 7 décembre, pour signer « ma » Convention. Nous sommes le 1er.
Jean-Louis Bianco me rappelle à une plus juste considération des choses : « Vous partez demain après-midi. Le Président met à votre disposition son avion personnel. Vous avez demain matin une réunion place Beauvau où le ministre de l’Intérieur, Pierre Joxe, réunit un certain nombre d’hommes qui connaissent la Nouvelle-Calédonie. Ainsi pourrez-vous bavarder avec eux et choisir peut-être tel ou tel collaborateur. Vous aurez besoin d’une équipe à vous. »
On imagine le rythme des heures. Je ne pense plus à la Calédonie mais aux bagages et au voyage. Carmen est partie faire les valises. Je la prendrai… au passage. Nous partirons avec Christian Blanc et Daniel Germain.
À l’Intérieur, je bavarde avec Pierre Joxe. Toujours aussi bien campé dans la fonction qui est la sienne et par rapport à la situation qu’il doit affronter. Je rencontre des hauts fonctionnaires. Chacun me dit son regard, son expérience, son analyse. Peu à peu se précise en moi une vue… impressionniste de ce territoire encore fait dans mon esprit de pièces et de morceaux. Il faudra bien vite lui donner une figure, inventer un avenir et d’abord avoir une vision : je suis incapable, je le sais, d’accomplir des actions, de prendre des décisions qui ne se logent pas dans une appréhension globale et dynamique des choses.
Avant de rouler vers Villacoublay, je passe à Matignon pour rencontrer le Premier ministre. Rite nécessaire. À la sortie, je suis assailli par la presse. Je n’ai rien à lui dire, sinon des mots sans importance. Je me réfère à mon expérience de préfet, ordre public, et à celle de commissaire européen, développement.
À l’aéroport de Bruxelles, il y a, venus tout exprès, ceux que je quitte : Gaston Thorn, si chaleureux, il ira à Lomé, signer à ma place. Il y fera, je le saurai plus tard, un discours tout empreint de sympathie ; il y a Dieter Frisch, mon directeur général au développement, un compagnon parfait, efficace, autonome et loyal ; il y a les copains : Jean-Charles Leygues, Jean Delorme, Paul Ramadier. Maurice Guerrin me rejoindra bientôt. J’embarque Carmen et Daniel Germain. Nous partons à quatre puisque Christian Blanc m’accompagne depuis Paris.
Voyage interminable que Daniel Germain égaie de ses plaisanteries énormes et de ses rires communicatifs. Nous parlons du dossier. Nous sondons l’inconnu. Nous essayons d’imaginer ce que sera la vie de tous les jours. Nous feuilletons les documents, nous collationnons les indications recueillies place Beauvau. Nous tournons en rond, le plus vite possible pour ne pas connaître l’angoisse. Nous connaissons de nombreuses escales car l’avion est un court-moyen courrier. Assez confortable. La chère y est bonne. Sur chaque aéroport, je suis accueilli par l’ambassadeur de France ou l’un de ses collaborateurs : ils viennent me saluer, me remettre les télégrammes relatifs à la Nouvelle-Calédonie : la situation se tend. Aux heures trop courtes succèdent des heures bien longues. À Darhan, devenu célèbre depuis, sous un soleil de plomb, l’appareil est mis à l’écart, loin de tout. Quatre soldats de l’armée saoudienne en armes viennent l’encadrer et nous interdisent de nous dégourdir les jambes.
Peu à peu, nous nous laissons gagner par la fatigue ; la lassitude chasse l’excitation et l’inquiétude. Lorsque nous arrivons à l’aéroport de Port-Darwin, de nuit, nous sommes prêts à affronter l’épreuve avec mesure, riches de mille informations accumulées et classées. Nous avons quelques heures devant nous que nous allons passer dans un hôtel en ville. Le chauffeur de taxi est un pied-noir. Il nous conte ses mésaventures oranaises.
À l’heure prévue, l’avion se pose sur la piste de la Tontouta. Je suis frais rasé, en tenue sombre, pour passer la revue. Accueil militaire guindé. Les personnalités nous attendent en ville, au monument aux morts. Cérémonie formelle. Mon regard essaie de tout absorber mais ce monde est impénétrable, peut-être accablé.
Plus librement vêtu que les autres, celui qui se présente à moi comme mon prédécesseur. Il ne porte pas l’uniforme puisqu’il n’est « plus rien ». Nous pouvons avoir une brève conversation : « L’ordre public n’est plus assuré, les forces de l’ordre semblent hésiter, plus personne n’obéit, il y a des barrages sur toutes les routes ; le retour à l’ordre ne pourra pas se faire sans que le sang coule. » Tel est le relais que Jacques Roynette me tend. Pourquoi donc a-t-il été nommé là ? Rien ne l’y préparait. Il n’avait pas les qualités de la fonction, encore moins ...
Table des matières
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- Avertissement
- De Tunis à la Libération de Paris
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- L’Europe
- L’Afrique
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- Monde arabe
- 2, rue de l’Élysée
- Table