
- 528 pages
- French
- ePUB (adaptée aux mobiles)
- Disponible sur iOS et Android
eBook - ePub
À propos de ce livre
Au début des années 1960, la cognition n'était connue que d'un groupe de scientifiques d'avant-garde. L'audacieux projet de ce domaine de recherche était de soumettre l'esprit humain à un examen rationnel fondé sur la philosophie, la linguistique, l'informatique, la psychologie. Quarante ans plus tard, les sciences cognitives se sont épanouies. Quels ont été les vrais progrès ? Qu'avons-nous appris sur le langage, la cognition, le cerveau ? Quels ont été les échecs et les succès ? Quelles sont les voies d'avenir les plus prometteuses ? Par les meilleurs spécialistes issus du monde entier, voici un panorama complet des sciences de la cognition aujourd'hui. Contributions de F.-X. Alario, A.-C. Bachoud-Lévi, R. Baillargeon, D. Bavelier, T. G. Bever, N. Block, L. L. Bonatti, L. Bosch, A. Caramazza, S. Carey, A. Christophe, S. Cordes, A. Costa, A. Cutler, S. Dehaene, G. Dehaene-Lambertz, E. Dupoux, S. Franck, U. Frauenfelder, U. Frith, A. M. Galaburda, M. Garrett, R. Gelman, P. Hallé, M. Hauser, S. Hespos, P. N. Johnson-Laird, P. W. Jusczyk, R. Kolinsky, W. J. M. Levelt, J. C. Marshall, J. McQueen, M. Miozzo, J. Morais, J. Morton, M. Nespor, H. J. Neuville, E. L. Newport, D. Norris, C. Pallier, I. Peretz, M. Piattelli-Palmarini, S. Pinker, M. I. Posner, Z. Pylyshyn, N. Schiller, N. Sebastián-Gallés, J. Segui, A. Somejuan, E. Spelke, D. Sperber, D. J. Townsend.
Foire aux questions
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Informations
III
Le langage
Introduction
Christophe Pallier et Anne-Catherine Bachoud-Lévi
— Dis-moi, Jim, c’est’y pas naturel pour une vache et un chat de parler différemment de nous ?
— Ouais, c’est sûr.
— Alors, pourquoi que ça serait pas naturel pour un Français de parler différemment de nous ? Qu’est-ce que t’en dis ?
— Un chat, c’est un homme, Huck ?
— Non.
— Alors ça serait absurde qu’un chat parle comme un homme. Et une vache, c’est un homme ? Et une vache, c’est un chat ?
— Non, c’est ni l’un ni l’autre.
— Ben alors, elle a pas à parler comme l’un ou comme l’autre. Un Français, c’est un homme ?
— Oui.
— Ben alors, bon sang, pourquoi y parle pas comme un homme ?
Mark TWAIN, Huckleberry Finn (cité dans G. Miller, 1951).
En un sens, Jacques Mehler a consacré une grande partie de sa recherche à étudier la question posée dans cette citation : Pourquoi est-ce qu’un Français ne parle pas comme un homme (anglais) ? (ou, plus précisément, pourquoi est-ce que le Français n’écoute pas comme l’Anglais ? ; voir Cutler et al., 1986). Cette question est plus profonde qu’il n’y paraît. Pourquoi ne naissons-nous pas équipés d’un système de communication universel entièrement inné ? Si l’on peut croire que tous les concepts sont innés, pourquoi les formes des mots et la grammaire ne le seraient-elles pas aussi ?
C’est bien connu, les questions de type « pourquoi » sont particulièrement traîtres. Le fait est qu’il existe un grand nombre de langues différentes et que l’être humain naît avec la faculté d’apprendre la langue humaine qui se trouve dans son environnement, quelle qu’elle soit. Les vraies avancées proviennent des questions de type « comment » ou « quoi », comme : « En quoi les langues sont-elles différentes ? Quels sont les processus qui desservent la reconnaissance ou la production des mots ? » ou « Comment l’apprentissage d’une langue se traduit-il dans le cerveau humain ? » De réels progrès ont été faits sur ces sujets dans les quarante dernières années, ainsi que l’illustrent les chapitres qui suivent.
Une des questions centrales auxquelles est confrontée l’étude du traitement du langage est de savoir comment les connaissances linguistiques sont mises en œuvre dans différentes situations telles que la perception, la compréhension ou l’acquisition du langage. Trois chapitres abordent directement cette question. Steven Pinker (chapitre 9) argumente, à partir de l’exemple de la conjugaison des verbes en anglais, en faveur de la réalité psychologique de règles linguistiques opérant sur des représentations symboliques. Il admet néanmoins l’existence d’un système de mémoire de type associatif qui stocke les formes irrégulières et qui est responsable de certaines généralisations de formes non régulières. Pour Thomas G. Bever et David J. Townsend (chapitre 8) l’auditeur traite la sémantique (approximative) d’une phrase avant sa syntaxe. Ils pensent que cette sémantique précoce permet en fait à l’analyseur syntaxique d’en déduire la structure de la phrase. Marina Nespor (chapitre 7) réfléchit sur la possibilité que le nourrisson utilise la prosodie du discours pour découvrir certaines propriétés syntaxiques de sa langue maternelle et régler les paramètres syntaxiques par la prosodie. Le tableau d’ensemble qui apparaît ici, c’est que les connaissances syntaxiques interagissent selon des modes assez complexes avec d’autres types de connaissances et d’autres systèmes de performance.
Trois chapitres, par Juan Segui et al. (chapitre 11), Anne Cutler et al. (chapitre 10) et Alfonso Caramazza et al. (chapitre 12) présentent des données expérimentales qui démontrent comment les caractéristiques de différentes langues influencent le traitement de l’information dans la perception et la production du discours. Juan Segui et al. démontrent, dans une série d’expériences, le phénomène de l’assimilation phonotactique et argumentent en faveur d’unités de type syllabique dans la perception. Juan Cutler et al., au contraire, refusent à la syllabe ce rôle d’unité de perception du discours mais montrent qu’elle intervient dans la segmentation lexicale. Malgré ce désaccord, les deux chapitres insistent pour dire que la perception du discours est influencée par les propriétés phonologiques de la langue maternelle. Alfonso Caramazza et al. montrent que le stade de la production des mots où se fait le choix du déterminant va se dérouler d’une manière différente s’il existe ou non dans la langue des interactions entre la forme du déterminant et la forme phonologique du nom (par exemple, en français, ma peut avoir deux formes, mon ou ma selon que le mot qui suit commence par une voyelle ou par une consonne. Il n’y a rien de tel en anglais). Ces chapitres illustrent comment les études translinguistiques peuvent enrichir la banque de données et aider à construire une théorie plus complète du système de traitement du langage de l’être humain. Dans le passé, les psycholinguistes ont souvent proposé des modèles « universels » du locuteur-auditeur à partir de données recueillies auprès de locuteurs appartenant à une seule communauté de langue (Mehler et al., 1981). Petit à petit, à mesure que les voyages étaient mieux financés, les études ont porté sur davantage de langues et Jacques Mehler a joué un rôle important dans cette évolution (Cutler et al., 1986, ou Otake et al. 1993). Aujourd’hui, on dit en plaisantant qu’« on ne peut accepter aucune affirmation d’universalité en psycholinguistique si elle n’est pas fondée sur au moins trois langues ».
Pendant de nombreuses années, la perception et la production ont été étudiées séparément. Willem J. M. Levelt (chapitre 14) discute des relations possibles entre les processus qui sous-tendent la perception du langage parlé et sa production. Il suggère que la production et la perception partagent les mêmes niveaux conceptuels et syntaxiques mais que les lexiques phonologiques d’entrée et de sortie sont séparés. Il se place là sous l’angle d’une théorie de la production de la parole qui a été étayée essentiellement sur des données comportementales, mais, dans son chapitre, il adopte « la perspective des neurosciences cognitives non seulement parce que les récentes données de la littérature en neuro-imagerie apportent souvent des éléments supplémentaires pour conforter les notions théoriques déjà existantes, mais aussi parce qu’elle présente en plus de nouveaux défis à notre manière de concevoir les relations entre la production et la perception ». Pourtant, on peut noter que Levelt propose que le lexique phonologique de sortie implique l’aire de Wernicke, dont on considère en neuropsychologie qu’elle est consacrée à la perception du langage.
Pendant longtemps, on a abordé la production du discours en étudiant les erreurs de langage spontanées, le phénomène du bout de la langue, les mots ou phrases difficiles à prononcer et le site de la pause. Merrill Garrett (chapitre 13) montre qu’on a réalisé des avancées considérables en prenant en compte tout un faisceau de données utilisant des paradigmes plus élaborés comme les études sur le temps de réaction ou sur l’interférence image-mot. Il montre pourtant que dans le cas de l’effet de fréquence, le faisceau de données n’est pas toujours convergent et qu’il faudra aller plus avant dans les recherches pour comprendre ce que nous disent exactement ces différents paradigmes expérimentaux. Levelt aborde aussi l’importance de la convergence des résultats dans le cadre des données issues de la neuro-imagerie.
L’étendue de cette approche de la faculté du langage telle qu’elle est illustrée dans ces chapitres devrait plaire à Jacques Mehler. On étudie encore souvent le langage dans des départements différents : les linguistes étudient les langues, les psycholinguistes, les utilisateurs du langage et les neurolinguistes, le cerveau des utilisateurs du langage. C’est, à vrai dire, une tendance naturelle devant des sujets aussi complexes que le langage que d’essayer de se limiter à son propre domaine. Beaucoup de chercheurs ont adopté la stratégie qui consiste à découper le sujet jusqu’à parvenir à un problème qui semble abordable. À notre avis, ce n’est pas la stratégie de Jacques Mehler. Il est toujours resté très près des questions d’ensemble. Son goût pour les questions simples et importantes à l’évidence est peut-être la leçon la plus importante que ses étudiants ont apprise de lui.
Références
CUTLER, A., MEHLER, J. & SEGUI, J. (1986), « The syllable’s differing role in the segmentation of French and English », Journal of Memory and Language, 25, 385-400.
MEHLER, J., DOMMERGUES, J. Y., FRAUENFELDER, U. & SEGUI, J. (1981), « The syllable’s role in speech segmentation », Journal of Verbal Learning and Verbal Behavior, 20, 298-305.
MILLER, G. (1951), Language and Communication, McGraw-Hill.
OTAKE, T., HATANO, G., CUTLER, A. & MEHLER, J. (1993), « Mora or Syllable ? Speech segmentation in Japanese », Journal of Memory and Language, 32, 258-278.
7.
Paramètres, proéminence et mise en route
Marina Nespor
À Jacques, qui a compris qu’il vaut mieux se faire
la courte échelle que de se marcher sur les pieds.
La linguistique, la psycholinguistique et la neurolinguistique ont pour but de chercher à comprendre la structure et le fonctionnement du système cognitif qui sous-tend le langage. Bien que ces trois domaines s’appuient sur des données différentes, c’est le même objet qu’ils s’efforcent de comprendre.
Le cloisonnement traditionnel de ces disciplines, l’ignorance mutuelle des résultats des autres et, souvent, la croyance à la supériorité d’un type de données particulier sont largement responsables du peu d’échanges entre ces trois domaines dans le passé.
Jacques Mehler a vu, avant la plupart de ses collègues, l’avantage de réunir des chercheurs de domaines différents pour qu’ils discutent ensemble de leurs questions, de leurs données et de leurs problèmes respectifs. Il commença sa carrière en psycholinguistique en ayant pour but de tester la réalité psychologique de certains aspects formels de la grammaire transformationnelle et, bien qu’il ait abandonné cette théorie particulière (la théorie dérivationnelle de la complexité, Mehler, 1963), il n’a jamais totalement renoncé à établir un lien entre la théorie linguistique et la psycholinguistique. Les deux groupes de travail qu’il a organisés à Trieste à la SISSA en 1991 et 1995 sur les conséquences psycholinguistiques des contrastes phonologiques entre les langues et celui sur le bilinguisme qui s’est tenu à Girone en 1997 montrent de façon exemplaire combien il peut être passionnant et utile de mettre en commun les connaissances issues d’approches différentes de l’étude du langage. Les échanges d’idées qui se sont produits à ces occasions furent précieux surtout parce que ces idées provenaient de données de types différents. La convergence de données empiriques fondées sur des hypothèses théoriques aussi variées que possible ne peut qu’ajouter du poids à leurs conclusions. Je pense en outre que, grâce à cette intégration (si partielle soit-elle) des trois domaines de la linguistique, de la psycholinguistique et de la neurolinguistique, un nouvel ensemble de questions est apparu.
Je ne discuterai pas des avantages que présente l’intégration de la recherche en neurolinguistique, et plus particulièrement des études de neuro-imagerie dans l’étude du langage, bien que ce domaine de recherche ait beaucoup occupé Jacques Mehler ces dernières années. Plutôt, je me pencherai, avec un seul exemple, sur une question sur laquelle quelques progrès ont été faits et d’autres sont à prévoir grâce à l’intégration des recherches en linguistique et en psycholinguistique.
Des données linguistiques différentes
Les linguistes qui travaillent dans le cadre de la grammaire générative ont souvent discuté du problème logique de l’acquisition du langage. Ils ont aussi parfaitement conscience que l’enfant ne peut acquérir le langage s’il n’est pas exposé à une (ou plusieurs) langue(s) spécifique(s) ou s’il n’est pas capable de le percevoir (que ce soit de manière auditive, dans le cas des langues parlées, ou visuelle dans le cas de la langue des signes), ou de s’en former une représentation. Bien que la littérature en linguistique des dernières décennies révèle un grand intérêt pour différents types de représentations, on ne trouve pratiquement aucune mention de la perception. La littérature en psycholinguistique, au contraire, s’intéresse beaucoup aux aspects du langage qu’une personne est susceptible de percevoir, et à la question de savoir si une personne peut utiliser ce qu’elle perçoit.
L’un et l’autre groupe de chercheurs cherchent à comprendre la réalité psychologique du système linguistique, mais ils diffèrent l’un de l’autre parce qu’ils utilisent des données différentes pour développer leurs théories, ainsi que des critères différents pour départager des théories concurrentes empiriquement adéquates.
En ce qui concerne les données, en grammaire générative, la description de la compétence du locuteur d’une langue donnée est presque exclusivement fondée sur les jugements de grammat...
Table des matières
- Couverture
- Page de titre
- Copyright
- Avant-propos - Emmanuel Dupoux
- I - Introduction
- II - La pensée
- III - Le langage
- IV - Le développement
- V - Le cerveau et la biologie
- Postface
- Jacques Mehler
- Publications
- Table
- Quatrième de couverture