Vers une neuropsychanalyse ?
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Vers une neuropsychanalyse ?

  1. 304 pages
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À propos de ce livre

Essayer de rapprocher psychanalyse et neurosciences, tel est l'objectif que propose cet ouvrage, qui rĂ©unit des psychanalystes de premier plan et des chercheurs de renom. Quels sont les enjeux d'un tel rapprochement, que ce soit sur un plan Ă©pistĂ©mologique ou pragmatique ? Que peuvent s'apporter ces deux disciplines longtemps tenues Ă©loignĂ©es l'une de l'autre ? Cette tentative d'articulation thĂ©orico-clinique doit-elle nĂ©cessairement dĂ©boucher sur l'Ă©mergence d'une discipline nouvelle ?Lisa Ouss-Ryngaert est pĂ©dopsychiatre et psychothĂ©rapeute. Elle exerce Ă  l'hĂŽpital Necker-Enfants malades Ă  Paris ainsi qu'au Centre des ressources autisme Île-de-France. Bernard Golse est pĂ©dopsychiatre et psychanalyste. Chef du service de pĂ©dopsychiatrie Ă  l'hĂŽpital Necker-Enfants malades Ă  Paris, il est Ă©galement professeur de psychiatrie de l'enfant et de l'adolescent Ă  l'universitĂ© Paris-V. Nicolas Georgieff est professeur de psychiatrie de l'enfant et de l'adolescent Ă  l'universitĂ© Lyon-I. Chef de service Ă  l'hĂŽpital du Vinatier, il est aussi membre du Centre de neurosciences cognitives de Lyon. Ancien prĂ©sident de l'Association psychanalytique internationale, Daniel Widlöcher est professeur Ă©mĂ©rite de psychiatrie Ă  l'universitĂ© Paris-VI.

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Informations

Éditeur
Odile Jacob
Année
2009
Imprimer l'ISBN
9782738122544
ISBN de l'eBook
9782738196989
DeuxiĂšme partie
Neurosciences et psychanalyse :
déclinaisons
3
Le cerveau, aux frontiĂšres
de la pratique psychanalytique
Daniel Widlöcher
Les psychanalystes, comme tous les cliniciens, ne doutent pas que le cerveau produise tout ce qui s’écoute et se vit, aussi bien chez les analysants qu’en eux-mĂȘmes. Certains d’entre eux peuvent mĂȘme s’intĂ©resser tout particuliĂšrement Ă  son fonctionnement, comme d’autres s’intĂ©ressent au langage, Ă  l’art ou Ă  l’expression littĂ©raire. Mais la question que tous doivent se poser dĂšs que s’ouvre le dĂ©bat interdisciplinaire entre neurosciences et psychanalyse est de savoir si la prise en compte du fonctionnement cĂ©rĂ©bral joue un rĂŽle dans leur pratique et dans leurs modĂšles thĂ©oriques.
Cette question, Ă  premiĂšre vue, peut paraĂźtre absurde. L’appliquerait-on Ă  l’employĂ© des postes ou au chercheur neurobiologiste ? Comme tout autre, le psychanalyste noue des liens avec autrui et tente de relever des faits pertinents pour comprendre ces liens. Il sait que ce processus d’écoute mutuelle est produit par les cerveaux des personnes engagĂ©es dans le processus. Mais l’articulation entre les deux lui Ă©chappe, autant qu’à tout autre.
Neurobiologistes et psychanalystes ont toutefois des raisons spĂ©cifiques de s’interroger sur cette articulation. Les premiers peuvent se demander si certaines donnĂ©es de la clinique psychanalytique ou certaines hypothĂšses dĂ©gagĂ©es de cette clinique ne crĂ©ent pas des situations expĂ©rimentales intĂ©ressantes. Le travail du rĂȘve que l’on retrouve en clinique ou les anomalies de la mĂ©moire en sont des exemples. Il est pour cela nĂ©cessaire que le neurobiologiste ait confiance dans la validitĂ© des donnĂ©es recueillies par la psychanalyse. C’est Ă  ce dernier que revient donc la tĂąche d’intĂ©resser le biologiste, de s’identifier Ă  lui pour regarder sa propre expĂ©rience, sa clinique. Sa tĂąche en devient double puisqu’il doit auparavant avoir mesurĂ© l’impact des connaissances neurophysiologiques actuelles sur sa pratique.
Ce n’est pas Ă  proprement parler sur son Ă©coute que cet impact s’observe. Ce qui s’entend et ce qui se dit interroge la complexitĂ© de la vie de l’esprit Ă  un niveau qui dĂ©passe, pour le moment, nos connaissances en neurophysiologie. Tout juste pouvons-nous saisir les modes de fonctionnement des structures centrales chargĂ©es d’intĂ©grer l’ensemble des informations recueillies Ă  partir des systĂšmes plus pĂ©riphĂ©riques mnĂ©siques et perceptifs. Nous avons des modĂšles « neuronaux » qui nous permettent d’imaginer comment opĂšrent ces traitements intĂ©gratifs. AprĂšs tout, c’est ce sur quoi se sont fondĂ©s ceux qui ont tentĂ© de concevoir la pensĂ©e sur le modĂšle des fibres nerveuses (Diderot) et ceux qui, Ă  partir de la dĂ©couverte du neurone, ont tentĂ© et tentent de le faire depuis Freud. Mais, dans tout cela, c’est la vie de l’esprit qui sert de modĂšle pour reprĂ©senter la vie du cerveau, et non l’inverse.
La question revĂȘt davantage de pertinence quand on considĂšre la fonction thĂ©rapeutique de la pratique. Comment passe-t-on de la levĂ©e du symptĂŽme Ă  partir du sens Ă  la levĂ©e des anomalies neuronales qui matĂ©rialisent ce symptĂŽme ? En quoi celles-ci peuvent-elles obĂ©ir Ă  des informations dĂ©coulant d’une relation existent entre des configurations sĂ©mantiques ? Plus simplement, quels liens entre les effets de l’écoute psychanalytique et les modifications physiologiques qui sous-tendent ces effets ? Ici trois cas de figure mĂ©ritent d’ĂȘtre pris en considĂ©ration : l’interaction entre pathologies organiques et personnalitĂ© ; l’interaction entre psychothĂ©rapie et pharmacothĂ©rapie ; enfin, l’action directe du sens sur le processus psychophysiologique.
Psychanalyse et patients cérébro-lésés
Peut-on traiter par des mĂ©thodes de type psychanalytique des patients cĂ©rĂ©bro-lĂ©sĂ©s ? Le handicap varie selon l’ñge, et ce nouveau champ d’application des psychothĂ©rapies psychanalytiques concerne aussi bien des enfants prĂ©sentant un handicap neuropsychologique innĂ© ou acquis que des adultes atteints de troubles neuropsychologiques accidentels, en particulier post-traumatiques, ou encore des sujets ĂągĂ©s. Si nous ne pouvons plus exclure tous ces patients d’une approche thĂ©rapeutique psychodynamique, il nous faut tout de mĂȘme respecter quelques prĂ©cautions.
La premiĂšre, d’ordre Ă©pistĂ©mologique, consiste Ă  Ă©viter de voir dans ces thĂ©rapies une alliance contre nature entre perspectives subjective et objective. Le travail de pensĂ©e que rĂ©alise le thĂ©rapeute est certes commandĂ© par l’accompagnement associatif, en partie empathique, Ă  l’écoute du patient, mais il est aussi intimement liĂ© aux difficultĂ©s cognitives que ce dernier rencontre dans cet Ă©change. Et ces troubles cognitifs se matĂ©rialisent dans les paroles et les attitudes du patient comme les mĂ©canismes de dĂ©fense et le vĂ©cu transfĂ©rentiel. L’ambiguĂŻtĂ© d’une Ă©coute qui reçoit les pensĂ©es du patient tout en prenant en compte la maniĂšre dont celui-ci les rĂ©gule est le propre de l’écoute psychanalytique.
Autre prĂ©caution : savoir se dĂ©gager d’une vision explicative, Ă©tiologique et rĂ©paratrice. Les deux obstacles Ă  Ă©viter Ă  cet Ă©gard sont la nĂ©gation de l’organicitĂ© du trouble et la prĂ©tention Ă  le guĂ©rir. Aider un sujet atteint dans ses capacitĂ©s cognitives ne consiste pas Ă  vouloir rĂ©tablir ces capacitĂ©s. N’oublions pas que les processus cognitifs sont des mĂ©canismes Ă©lĂ©mentaires infraconscients, Ă©chappant Ă  tout insight et dont le sujet ne connaĂźt que les effets. L’approche psychanalytique s’adresse Ă  des mĂ©canismes complexes, en principe accessibles Ă  l’insight si on rĂ©ussit Ă  les reprĂ©senter par des formes accessibles Ă  la conscience : le refoulement est ainsi un mĂ©canisme complexe, nĂ©cessitant une stratĂ©gie cognitive Ă©laborĂ©e Ă  laquelle participent des processus Ă©lĂ©mentaires nombreux. Rien d’étonnant Ă  ce que la connaissance des processus complexes se fasse par une communication d’insights et se rĂ©fĂšre Ă  ce qui est subjectivement accessible (en principe) au sujet, alors que la connaissance des processus cognitifs s’appuie sur des indices que nous repĂ©rons Ă  partir de leurs effets. L’écoute ne se situe pas entre la subjectivitĂ© et l’objectivitĂ© mais entre l’intentionnel personnel et l’infra-intentionnel, entre le sĂ©mantique et le syntaxique.
Penser avec ces patients n’est pas chose facile, non pas tant en raison des rĂ©sistances ou des phĂ©nomĂšnes de transfert que du fait de la difficultĂ© Ă  ĂȘtre empathique face Ă  une subjectivitĂ© altĂ©rĂ©e par des dĂ©ficits cognitifs auxquels nous ne pouvons pas nous « identifier ». Tout juste pouvons-nous ĂȘtre contaminĂ©s par eux, rendus confus par la confusion du patient.
Avant de parler de transfert, parlons de rencontre. La nature de la relation que nous proposons au sujet est surprenante pour ce dernier. Elle est insistante, pressante, mais, en mĂȘme temps, tolĂ©rante. Au dĂ©part, le thĂ©rapeute ne demande rien au patient, sinon de parler ; aucune tĂąche spĂ©cifique ne lui est proposĂ©e ; aucun achoppement de mĂ©moire ou de jugement n’est redressĂ©. Mais, si le malade prend l’habitude de parler de lui comme il lui est rarement donnĂ© l’occasion de le faire, l’attention portĂ©e Ă  ce qu’il Ă©prouve dans l’instant, Ă  la maniĂšre dont il parle de lui ou du monde qui l’entoure va le solliciter et, parfois, l’angoisser. En mĂȘme temps, cette qualitĂ© particuliĂšre de la rencontre mobilise des sentiments positifs et parfois nĂ©gatifs qui vont crĂ©er un « vĂ©cu » particulier de cette relation.
C’est dans ce cadre que peuvent ĂȘtre observĂ©s un certain nombre d’effets positifs :
  • — une meilleure connaissance de soi, de la place du handicap, le sujet pouvant ainsi se dĂ©gager d’une identitĂ© aliĂ©nante de malade ;
  • — un rapport Ă  l’entourage plus nuancĂ© ;
  • — une meilleure utilisation des ressources cognitives du patient ;
  • — une vue plus lucide du handicap.
Ces effets, variables Ă©videmment d’un cas Ă  l’autre, passent nĂ©cessairement par des changements, aussi bien sur le plan psychodynamique (tolĂ©rance des affects, reconnaissance de l’ambivalence, de conflits internes) que sur le plan cognitif (dĂ©veloppement de capacitĂ©s associatives ou remĂ©moratives).
Actuellement, une telle clinique n’en est qu’à ses dĂ©buts. Elle a l’intĂ©rĂȘt de nous faire voir l’interaction trĂšs fine qui existe entre une incapacitĂ© de nature cognitive et une anomalie de nature Ă©motionnelle et affective, entre un handicap mnĂ©sique et des mĂ©canismes d’oubli intentionnels, entre une anosognosie et le dĂ©ni du trouble. On mesure ainsi comment le handicap cognitif sert de dĂ©fense et comment un dĂ©gagement de la charge Ă©motionnelle permet l’usage de meilleures stratĂ©gies adaptatives.
Interactions entre pathologie cérébrale fonctionnelle et psychopathologie
Cette question s’est trouvĂ©e posĂ©e quand des mĂ©dicaments dits psychotropes sont venus corriger des Ă©tats mentaux que l’on savait dus en partie Ă  des causes dites morales (repĂ©rables par leurs effets sur la subjectivitĂ©) et accessibles en partie Ă  des approches psychologiques (spirituelles et psychothĂ©rapiques, en particulier). Il fallait le dualisme impĂ©nitent des uns (les spiritualistes) ou le dualisme « matĂ©rialiste » (opposant terrain biologique et causes morales) des autres pour que l’action traditionnellement connue des stupĂ©fiants, pour Freud lui-mĂȘme l’action de la cocaĂŻne, ne leur pose guĂšre de problĂšme. GuĂ©rir un accĂšs d’angoisse ou un Ă©tat dĂ©pressif en soulevait davantage.
Comment en effet admettre que chimio- et psychothĂ©rapie puissent agir de la mĂȘme maniĂšre sur les symptĂŽmes de la dĂ©pression ? J’ai personnellement insistĂ© sur le fait que ce n’était pas nĂ©cessairement les mĂȘmes symptĂŽmes qui rĂ©agissaient Ă  l’une et l’autre forme de traitement. J’ai cru devoir opposer la douleur morale avec ses accompagnements idĂ©iques, d’une part, et le ralentissement de l’activitĂ© psychomotrice, d’autre part. Si la prise en compte des effets des mĂ©dicaments sur la synapse ne permettait guĂšre de fonder cette diffĂ©rence sur des bases psychopharmacologiques, malgrĂ© des observations cliniques standardisĂ©es allant en ce sens, des travaux rĂ©cents sur une altĂ©ration anatomique de l’amygdale rendent cette hypothĂšse intelligible et compatible avec notre connaissance du fonctionnement neurophysiologique. Bref, on doit faire l’hypothĂšse que l’action du mĂ©dicament ne porte pas directement sur les structures neuronales impliquĂ©es dans la logique de l’idĂ©ation.
Mais peut-on agir sur les mĂȘmes traits par des actions sur le cerveau ou sur le fonctionnement mental ? On admettra que le passage d’un Ă©tat mental Ă  un autre implique le passage d’un Ă©tat cĂ©rĂ©bral, Ă  un autre. La thĂ©rapeutique nous fait voir de tels changements. La prescription d’un psychotrope dĂ©termine un changement d’état cĂ©rĂ©bral, et son effet clinique rĂ©alise un changement d’état mental. L’erreur que commettent le neurobiologiste « rĂ©ductionniste » et le psychogĂ©nĂ©ticien « pur » est de ne pas voir que la rĂ©ciprocitĂ© est nĂ©cessairement vraie. Un changement d’état mental doit s’accompagner d’un changement d’état cĂ©rĂ©bral : une transformation sur un plan s’exprime par une transformation sur l’autre. Le patient qui pense autrement qu’avant grĂące Ă  la psychothĂ©rapie doit prĂ©senter dans son organisation nerveuse de nouvelles connexions entre les systĂšmes neuronaux qui exĂ©cutent le traitement de l’information, l’activation des traces mnĂ©siques et celle des nouvelles opĂ©rations mentales. Il y a donc contrainte rĂ©ciproque entre changements psychiques et neurophysiologiques.
Mais, pour dĂ©montrer empiriquement cette double contrainte, il faudrait que nous disposions d’une situation dans laquelle nous pouvons exercer une action sur des structures mentales et neuronales qui correspondent exactement les unes aux autres. L’idĂ©e que nous ayons le choix entre une intervention de nature « psychologique » et une action chimique pour produire la mĂȘme transformation demeure utopique. Donner une information qui lĂšve une crainte et prescrire un anxiolytique n’agit vraisemblablement par sur les mĂȘmes structures nerveuses. Si nous pouvons raisonnablement penser qu’un souvenir prĂ©cis nĂ©cessite son engrammation dans un rĂ©seau neuronal prĂ©cis et sous la forme d’un Ă©tat fonctionnel de ce rĂ©seau, nous n’avons, pour l’instant, aucun moyen d’identifier ce rĂ©seau ou son Ă©tat fonctionnel, et aucun psychotrope connu n’a la spĂ©cificitĂ© d’action nĂ©cessaire pour agir sur une telle structure.
Action psychothérapique et fonctionnement cérébral « normal »
C’est, en dĂ©finitive, la grande question. Puisque l’on peut tenir pour axiomatique que tout effet d’un Ă©vĂ©nement sur l’activitĂ© de l’esprit doit avoir un Ă©quivalent de nature physique sur le fonctionnement cĂ©rĂ©bral, peut-on s’attendre Ă  la dĂ©couverte d’un nouveau champ de recherche et celui-ci aura-t-il des consĂ©quences sur les pratiques psychothĂ©rapiques ? Les points de dĂ©bat ne manquent pas. Mentionnons celui qui se dĂ©veloppera inĂ©vitablement Ă  propos des facteurs gĂ©nĂ©tiques et des connaissances Ă  venir sur la gĂ©nĂ©tique des conduites et des programmes de comportement. Freud, comme d’autres, Ă©voquait dĂ©jĂ  clairement cette ouverture vers l’avenir. Un autre point de dĂ©bat, qui a fait couler beaucoup d’encre jadis, concerne l’hystĂ©rie. Son dĂ©membrement actuel n’empĂȘche nullement que, par elle, la question des liens entre facteurs Ă©motionnels, troubles mnĂ©siques « fonctionnels » et expressions comportementales (troubles moteurs, sensoriels, etc.) demeure posĂ©e. Que le cerveau ici ait Ă  « exĂ©cuter » des « programmes » qui lui sont dictĂ©s de l’extĂ©rieur (pensons aux nĂ©vroses de guerre, au rĂŽle des agressions sexuelles, aux syndromes post-traumatiques de la nosologie actuelle) n’élimine pas cette question alors qu’elle avait dĂ©jĂ  donnĂ© matiĂšre Ă  une rĂ©flexion approfondie au temps oĂč on prenait l’hystĂ©rie au sĂ©rieux. La question Ă©tait d’ailleurs posĂ©e d’un point de vue trĂšs gĂ©nĂ©ral qui mĂ©rite encore toute notre attention.
Ribot en est un exemple quand, soulignant l’indĂ©pendance de l’activitĂ© de pensĂ©e vis-Ă -vis de la prise de conscience, il s’interroge dans Les Maladies de la personnalitĂ© : « Pourquoi certaines actions nerveuses deviennent-elles conscientes, et lesquelles ? » Actions nerveuses, Ă©crit-il, et non reprĂ©sentations, comme le fera Freud. Plus loin, on peut lire : « Nous constatons que les Ă©tats de conscience toujours instables se suscitent et se supplantent. C’est l’effet d’une transmission de force et de conflits de force qui, pour nous, a lieu non entre les Ă©tats de conscience, comme on l’admet gĂ©nĂ©ralement, mais entre les Ă©lĂ©ments nerveux qui les supportent et les engendrent. » On voit combien aisĂ©ment on passe ainsi d’un langage, qui prĂȘte d’ailleurs Ă  ce que G. Ryle (1978) appellera plus tard une erreur de catĂ©gorie, Ă  un rĂ©ductionnisme explicatif qui Ă©limine la causalitĂ© immanente de la conscience au profit d’une explication physiologique. On comprend aisĂ©ment pourquoi Charcot (1971, p. 67), dans des leçons qui ne diffĂ©raient guĂšre de celles que Freud avait dĂ» entendre peu d’annĂ©es auparavant, dĂ©clare Ă  son tour : « Telle est l’interprĂ©tation physiologique ou mieux psychologique – dans l’espĂšce, en somme, c’est tout un – que je propose pour faire comprendre l’évolution des faits d’hystĂ©ro-traumatisme avec dĂ©termination locale. »
Deux principes fondamentaux
Au niveau des faits cliniques observables, les deux modĂšles de processus pris en compte interfĂšrent donc. Le « neurologique » doit ĂȘtre repĂ©rable dans un Ă©vĂ©nement de la vie de l’esprit, et rĂ©ciproquement : ce qui se passe sur l’un des plans a des consĂ©quences sur l’autre. Mais cette dĂ©pendance rĂ©ciproque peut ĂȘtre entendue de deux maniĂšres, soit dans une perspective de rĂ©ciprocitĂ© causale dualiste, soit dans une perspective moniste Ă  double face.
Dans un ouvrage qui a grandement contribué à faire connaßtre le « projet de psychologie scientifique » de Freud, le neuropsycholo...

Table des matiĂšres

  1. Couverture
  2. Titre
  3. Copyright
  4. Introduction - La neuropsychanalyse en questions Lisa Ouss-Ryngaert
  5. PremiÚre partie - Neurosciences et psychanalyse : des liens historiques et épistémologiques
  6. DeuxiÚme partie - Neurosciences et psychanalyse : déclinaisons
  7. TroisiÚme partie - Vers une neuropsychanalyse clinique ?
  8. Présentation des auteurs

Foire aux questions

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