
- 256 pages
- French
- ePUB (adaptée aux mobiles)
- Disponible sur iOS et Android
eBook - ePub
Ă propos de ce livre
ConsĂ©quence d'un manque d'Ă©thique des banquiers, la crise ? Effet d'un esprit de lucre insensĂ© incitant Ă prendre trop de risques pour obtenir davantage de bonus ? Trop simpliste, rĂ©plique Pascal Salin. Produit d'une dĂ©rĂ©glementation excessive ? Faux, corrige-t-il. PlutĂŽt de trop de mauvaises rĂ©glementations, de mauvaises politiques Ă©conomiques et monĂ©taires⊠et d'une insuffisance de capitalisme. DĂšs lors, l'Ătat redevient-il la solution, comme le prĂŽnent les partisans de l'interventionnisme et de la rĂ©gulation, de nouveau Ă la mode ? Rien de moins sĂ»r, souligne-t-il. Le « retour de l'Ătat » risque plutĂŽt de nous enfoncer encore plusâŠPar un esprit libre, le dĂ©cryptage de la crise et des hypocrisies auxquelles son interprĂ©tation dominante donne lieu. Pascal Salin est professeur Ă©mĂ©rite Ă l'universitĂ© Paris-Dauphine. Il est notamment l'auteur de La VĂ©ritĂ© sur la monnaie et de LibĂ©ralisme.
Approuvé par les 375,005 étudiants
AccĂšs Ă plus d'un million de titres pour un prix mensuel raisonnable.
Ătudiez plus efficacement en utilisant nos outils d'Ă©tude.
Informations
Sujet
EconomicsSujet
Economic TheoryChapitre 1
Pour en finir avec les idées fausses sur les vraies causes de la crise
La crise financiĂšre et Ă©conomique est un phĂ©nomĂšne complexe dont il nâest pas facile de dĂ©mĂȘler les tenants et aboutissants tellement ses diffĂ©rents Ă©lĂ©ments sont interdĂ©pendants entre eux. Malheureusement, on a gĂ©nĂ©ralement tendance Ă sâen tenir Ă quelques observations simplistes ou superficielles consistant par exemple Ă se focaliser sur les bonus des financiers ou les parachutes dorĂ©s de certains dirigeants dâentreprises. Ces faits sont avĂ©rĂ©s, excitent lâimagination, mais ne permettent absolument pas de comprendre les causes profondes de la crise. Si lâon veut non seulement dĂ©crypter ce qui sâest passĂ©, mais aussi Ă©viter de nouvelles crises dans le futur, il est essentiel dâavoir une vue cohĂ©rente de lâensemble du systĂšme Ă partir duquel la crise la plus rĂ©cente est nĂ©e et sâest dĂ©veloppĂ©e.
Si la crise financiĂšre et Ă©conomique de 2007-2009 rĂ©sulte de la conjonction de plusieurs causes, celle sans laquelle les autres nâauraient pas pu exister rĂ©side dans lâextraordinaire instabilitĂ© de la politique monĂ©taire menĂ©e aux Ătats-Unis, mais aussi dans dâautres rĂ©gions du monde. Câest dâailleurs cette mĂȘme cause que lâon retrouve dans toutes les crises de lâĂ©poque moderne, et câest pourquoi lâanalyse de la plus rĂ©cente peut ĂȘtre considĂ©rĂ©e comme une illustration particuliĂšre de phĂ©nomĂšnes beaucoup plus gĂ©nĂ©raux. Câest donc la politique monĂ©taire qui retiendra dâabord notre attention, avant dâĂ©voquer deux autres causes importantes de la crise rĂ©cente, la politique du logement aux Ătats-Unis et les mĂ©faits de la rĂ©glementation financiĂšre. Il nous faudra aussi prendre du recul par rapport Ă ces Ă©vĂ©nements et rechercher â ce qui sera fait dans le chapitre suivant â comment ils sâinscrivent dans une perspective plus large qui est celle du fonctionnement du capitalisme Ă notre Ă©poque. Faute dâaccepter cet effort dâapprofondissement, on risquerait de mal interprĂ©ter les phĂ©nomĂšnes que lâon a connus, mais aussi de retomber ultĂ©rieurement dans les mĂȘmes erreurs, avec les mĂȘmes consĂ©quences dommageables.
Une politique monĂ©taire dĂ©stabilisatrice : la Fed, la BCE et les autresâŠ
Il est habituel de dire que le capitalisme est fondamentalement instable et que le fonctionnement dâune Ă©conomie de marchĂ© a nĂ©cessairement un caractĂšre cyclique, qui se manifeste notamment par lâapparition rĂ©guliĂšre de crises financiĂšres. On ajoute Ă©videmment, en corollaire, que la politique macroĂ©conomique doit jouer le rĂŽle Ă©minent de stabiliser lâĂ©conomie. On lâappelle dâailleurs « politique de stabilisation ».
Lâobservation des faits peut sembler effectivement corroborer cette vision. Il ne suffit cependant pas dâobserver, il faut encore comprendre. Et peut-ĂȘtre sera-t-on placĂ© sur le bon chemin de la rĂ©flexion en constatant tout dâabord quâil y a eu un changement majeur dans la nature des crises au cours de lâhistoire. Pendant la plus grande partie de la vie des hommes et pratiquement jusquâau XIXe siĂšcle, les crises ont Ă©tĂ© dues Ă des phĂ©nomĂšnes « naturels » ou, disons plutĂŽt, non monĂ©taires : des Ă©pidĂ©mies, des guerres, de mauvaises rĂ©coltes rĂ©sultant des caprices du temps. Pourtant, la monnaie existait et elle jouait bien son rĂŽle. Les crises monĂ©taires nâexistaient pas, elles, tout simplement parce que les variations dans la quantitĂ© de monnaie Ă©taient faibles. La finance existait bien aussi, puisquâil y avait des banques, des transferts dâĂ©pargne et des placements de toutes sortes. Mais les crises financiĂšres nâexistaient pas, elles, parce que les taux dâintĂ©rĂȘt Ă©taient trĂšs stables. Des ĂȘtres humains innombrables avaient rĂ©ussi, par leurs efforts et leur imagination, Ă rĂ©duire les causes principales dâinstabilitĂ© Ă©conomique du passĂ© â sauf, il faut tout de mĂȘme le reconnaĂźtre, celle qui Ă©tait et qui reste dâorigine Ă©tatique, Ă savoir les guerres. Pour leur part, les progrĂšs de la mĂ©decine avaient permis dâĂ©viter les grandes Ă©pidĂ©mies ; les progrĂšs techniques dans lâagriculture avaient Ă©liminĂ© les famines et la diversification des activitĂ©s les avait rendues moins dĂ©pendantes des alĂ©as extĂ©rieurs.
ParallĂšlement Ă ces progrĂšs fantastiques, un obstacle majeur est venu interrompre cette marche vers la stabilitĂ© Ă©conomique : lâinterventionnisme Ă©tatique dans les systĂšmes monĂ©taires et financiers. La monnaie nâa jamais aussi mal jouĂ© son rĂŽle que depuis lâĂ©poque â du XIXe au XXIe siĂšcle â oĂč sa gestion a Ă©tĂ© placĂ©e sous le contrĂŽle des autoritĂ©s monĂ©taires. Il nây a jamais eu dans lâhistoire autant dâinflation et de crises monĂ©taires quâau cours de cette pĂ©riode. Et puisque la monnaie est gĂ©rĂ©e par des autoritĂ©s publiques, il faut bien admettre que ce sont elles qui se sont rendues coupables de lâinstabilitĂ© monĂ©taire. Ce caractĂšre public nâempĂȘche pas la banque centrale dâĂȘtre Ă©ventuellement une entreprise privĂ©e. Ce fut le cas de la Banque de France jusquâen 1936 et câest encore le cas, dans une certaine mesure, du Federal Reserve System aux Ătats-Unis (la Fed), puisquâil est lâĂ©manation des douze banques de rĂ©serve fĂ©dĂ©rales, qui appartiennent elles-mĂȘmes Ă des banques privĂ©es. Mais toutes ces banques centrales, quâelles soient publiques ou privĂ©es, font lâobjet dâune lĂ©gislation spĂ©cifique, bĂ©nĂ©ficient de privilĂšges publics, sont contrĂŽlĂ©es par les autoritĂ©s publiques qui nomment gĂ©nĂ©ralement leurs dirigeants. Quels que soient les statuts prĂ©cis des banques centrales et leurs pouvoirs, toutes ces dispositions sont Ă lâorigine de la constitution dâun monopole monĂ©taire dâorigine publique : seules ont droit dâĂ©mettre de la monnaie les organisations qui appartiennent au systĂšme monĂ©taire national, contrĂŽlĂ© et dirigĂ© par la banque centrale, et lâutilisation dâautres monnaies par les rĂ©sidents dâun pays est soit interdite soit limitĂ©e. En dâautres termes, la concurrence des monnaies est interdite ou limitĂ©e, si lâon veut bien â comme on le devrait â dĂ©finir la concurrence par la libertĂ© dâentrer sur un marchĂ©. Ainsi, loin de constituer une preuve du mauvais fonctionnement des Ă©conomies capitalistes, il apparaĂźt de maniĂšre Ă©clatante que les crises monĂ©taires et financiĂšres sont le rĂ©sultat dâune faillite des Ătats et non dâune faillite du capitalisme et des marchĂ©s ! Les Ă©vĂ©nements des annĂ©es rĂ©centes en donnent une illustration frappante.
Revenons dâabord un peu en arriĂšre. AprĂšs la rĂ©cession de 1992, la Fed sâest lancĂ©e dans une politique monĂ©taire trĂšs expansionniste. Au cours de la pĂ©riode qui a suivi, le taux de croissance annuel de la masse monĂ©taire (M3) a Ă©tĂ© dâenviron 10 %, ce qui est considĂ©rable et ce qui impliquait un doublement de la quantitĂ© de monnaie circulant dans le monde Ă peu prĂšs tous les six ou sept ans. Bien Ă©videmment, cette politique a Ă©tĂ© accompagnĂ©e par des taux dâintĂ©rĂȘt faibles ou mĂȘme nĂ©gatifs. Cela a provoquĂ© la crĂ©ation dâune bulle spĂ©culative qui sâest manifestĂ©e par une augmentation sensible des prix des biens de capital, des actifs, des biens fonciers et, bien sĂ»r, des actions, puisque celles-ci reprĂ©sentent des droits de propriĂ©tĂ© sur ces actifs. Ainsi, si lâon considĂšre un indice mondial des actions1, on constate un sommet de lâindice Ă 240 en 2000 (sur une base 100 en 1995, ce qui implique bien une augmentation considĂ©rable en cinq ans), puis un creux Ă 120 en 2003 et une remontĂ©e presque jusquâĂ 280 au milieu de 2007.
Or on nâa pas suffisamment portĂ© dâattention Ă ce phĂ©nomĂšne, ainsi que lâexplique Jesus Huerta de Soto2 : « Comme dans les annĂ©es âronflantesâ qui ont prĂ©cĂ©dĂ© la Grande DĂ©pression de 1929, le choc dĂ» Ă la croissance monĂ©taire nâa pas significativement influencĂ© les prix du sous-ensemble de biens et services situĂ©s au niveau du consommateur final de la structure de production⊠Au cours de la dĂ©cennie passĂ©e [les annĂ©es 1990], comme au cours des annĂ©es 1920, il y a eu une augmentation remarquable de la productivitĂ© rĂ©sultant de lâintroduction Ă une Ă©chelle massive de nouvelles technologies et dâinnovations entrepreneuriales significatives, qui, en lâabsence de lââorgie de monnaie et de crĂ©ditâ, auraient donnĂ© lieu Ă une rĂ©duction saine et durable du prix unitaire de tous les biens et services consommĂ©s par les citoyens. En outre, lâincorporation complĂšte dâĂ©conomies comme celles de la Chine et de lâInde dans le marchĂ© globalisĂ© a Ă©galement augmentĂ© encore davantage la productivitĂ© dans la production des biens de consommation. Lâabsence dâune saine âdĂ©flationâ des prix des biens de consommation au cours dâune pĂ©riode de croissance considĂ©rable de la productivitĂ©, comme celle des annĂ©es rĂ©centes, apporte la preuve principale que le choc monĂ©taire a sĂ©rieusement troublĂ© le processus Ă©conomique. »
Ces remarques sont trĂšs importantes. En effet, Ă peu prĂšs tout le monde, en dehors des Ă©conomistes de lâĂ©cole « autrichienne » (dont nous Ă©voquerons les thĂšses au chapitre 3), est habituĂ© Ă une approche globale des phĂ©nomĂšnes Ă©conomiques et câest ainsi que lâon dĂ©finit, Ă la suite dâun Milton Friedman aussi bien que dâun John Maynard Keynes, le taux dâinflation comme lâaugmentation du prix des biens de consommation. Or sâil y a, comme ce fut le cas au cours des annĂ©es 1990, mais aussi au dĂ©but du XXIe siĂšcle, des gains de productivitĂ© importants dans la production de ces biens, on nâest pas alertĂ© par le phĂ©nomĂšne inflationniste â le seul auquel on prĂȘte attention, avec le taux de chĂŽmage â lorsque lâindice des prix des biens de consommation reste Ă peu prĂšs stable ou augmente faiblement : on nâaura pas le sentiment que la politique monĂ©taire est trop expansionniste si, par exemple, les prix augmentent de 2 ou 3 % par an3. Pourtant, un tel taux est considĂ©rable si intervient, par exemple, une augmentation moyenne de la productivitĂ© dans le secteur des biens de consommation de 3 Ă 5 % par an. Par ailleurs, pour des raisons qui ont Ă©tĂ© bien expliquĂ©es par les auteurs de lâĂ©cole autrichienne (voir ci-dessous, chapitre 3), il est normal, dans des situations de croissance monĂ©taire forte, que les excĂšs de crĂ©ation monĂ©taire se dĂ©versent particuliĂšrement sur les marchĂ©s dâactifs, de matiĂšres premiĂšres, de biens capitaux ou de biens fonciers dont les prix augmentent beaucoup plus que ceux des biens de consommation. Au lieu de sâen prĂ©occuper, on admire, bien souvent, lâaugmentation rapide des prix de lâimmobilier ou des actions. Ceux qui dĂ©tiennent de tels avoirs ont le sentiment dâun enrichissement facile et rapide et peu Ă peu tout le monde se prĂ©cipite, y compris les retardataires, pour prendre sa part dans cette grande fĂȘte de lâenrichissement sans peine. On a le sentiment, contrairement Ă toute logique Ă©conomique, quâil est possible dâaccroĂźtre sa richesse sans avoir Ă supporter le sacrifice quâimplique normalement la constitution de toute Ă©pargne. Telle est lâune des grandes illusions créées par la politique monĂ©taire expansionniste. Or les illusions ne peuvent jamais durer longtemps. Et lorsque la politique de bas taux dâintĂ©rĂȘt et de forte expansion monĂ©taire prend fin, on assiste inĂ©luctablement Ă lâexplosion de la « bulle financiĂšre ». Câest la crise.
Câest bien ce schĂ©ma qui sâest rĂ©alisĂ© au cours des annĂ©es 2000 du fait dâune politique monĂ©taire catastrophique menĂ©e par les autoritĂ©s monĂ©taires amĂ©ricaines et, plus prĂ©cisĂ©ment, par celui qui Ă©tait apparu pendant longtemps comme un formidable dĂ©miurge de la monnaie, le prĂ©sident du Federal Reserve Board, Alan Greenspan. Quelques chiffres caractĂ©ristiques de lâĂ©volution du taux dâintĂ©rĂȘt lâillustrent de maniĂšre frappante. Observons tout dâabord lâĂ©volution du « taux des fonds fĂ©dĂ©raux ». Ce taux constitue en fait un objectif de politique monĂ©taire de la Fed, qui ne le fixe pas directement, mais qui essaie de lâatteindre en achetant ou en vendant des actifs sur le marchĂ©, câest-Ă -dire en faisant ce que lâon appelle une « politique dâopen market ». Ce taux dĂ©termine les conditions auxquelles les Ă©tablissements de crĂ©dit se prĂȘtent mutuellement des liquiditĂ©s Ă court terme et il influence Ă©videmment les autres taux dâintĂ©rĂȘt.
Les banques doivent en effet dĂ©tenir des rĂ©serves auprĂšs de la Fed et celles qui ont des rĂ©serves excĂ©dentaires prĂȘtent aux autres Ă un taux qui est le federal funds rate. Par ailleurs, la Fed pratique des opĂ©rations dâopen market â achats et ventes dâactifs financiers â Ă un taux qui est le taux dâescompte. Ce taux est gĂ©nĂ©ralement supĂ©rieur au federal funds rate pour inciter les banques Ă se procurer des rĂ©serves directement sur le marchĂ© interbancaire et non auprĂšs de la Fed. En diminuant le taux dâescompte, la Fed incite donc les banques Ă lui emprunter directement. Câest donc sans doute le taux dâescompte qui est le plus significatif car câest lui qui dĂ©termine le niveau global des rĂ©serves, alors que le federal funds rate dĂ©termine seulement lâĂ©change de liquiditĂ©s â câest-Ă -dire de rĂ©serves auprĂšs de la Fed â entre banques (les banques ayant toujours intĂ©rĂȘt Ă prĂȘter leurs rĂ©serves excĂ©dentaires, câest surtout sur la demande de rĂ©serves que joue ce taux). Mais la Fed atteint son objectif de federal funds rate prĂ©cisĂ©ment par une politique dâopen market : en fournissant plus de liquiditĂ©s aux banques, elle crĂ©e des rĂ©serves excĂ©dentaires que les banques offrent sur le marchĂ© interbancaire, faisant ainsi diminuer le federal funds rate. Câest ainsi que de la nouvelle monnaie entre dans lâĂ©conomie (crĂ©ation au multiple Ă partir des rĂ©serves créées).
Le taux des fonds fĂ©dĂ©raux (federal funds rate), qui Ă©tait de 8 % en juillet 1991, avait Ă©tĂ© ramenĂ© Ă 3 % en septembre 1992. Il avait ensuite effectuĂ© une remontĂ©e progressive pour atteindre 6 % en 2000, Ă©poque de lâĂ©clatement de la « bulle Internet ». Pour lutter contre le ralentissement Ă©conomique liĂ© Ă cet Ă©vĂ©nement, les autoritĂ©s monĂ©taires ont rapidement diminuĂ© ce taux, puisquâil nâĂ©tait plus que de 1,25 % en novembre 2002, et mĂȘme de 1 % en juin 2003. Câest ainsi quâa Ă©tĂ© lancĂ© un nouvel Ă©pisode du cycle monĂ©taire et financier, celui qui devait aboutir Ă une crise en 2007-2008. Ă partir de juin 2004, une lente remontĂ©e devait commencer jusquâĂ ce que le taux atteigne 5,25 % en juin 2006. Il devait ensuite amorcer une chute spectaculaire Ă la suite du dĂ©clenchement de la crise monĂ©taire, puisquâil passait Ă 4,75 % en septembre 2007, avant dâatteindre le montant invraisemblable de 0-0,25 % en dĂ©cembre 2008 !
Il faut bien ĂȘtre conscient du fait que passer ainsi en quelques annĂ©es de 8 Ă 3 %, puis de 3 Ă 6 %, de 6 Ă 1 %, de 1 Ă 5,25 %, avant de tomber finalement Ă 0 % constitue la plus extraordinaire et irresponsable variabilitĂ© de taux dâintĂ©rĂȘt que lâon puisse imaginer. Jamais une telle variabilitĂ© nâaurait pu se produire si les taux dâintĂ©rĂȘt avaient Ă©tĂ© librement fixĂ©s sur les marchĂ©s financiers sans intervention arbitraire des autoritĂ©s monĂ©taires. La politique monĂ©taire amĂ©ricaine a Ă©tĂ© le plus grand facteur dâinstabilitĂ© Ă©conomique des deux derniĂšres dĂ©cennies et le facteur dĂ©terminant de la crise financiĂšre ! En effet, le taux dâintĂ©rĂȘt â quâon peut considĂ©rer, ainsi que nous le rappelons ultĂ©rieurement, comme le prix du temps â joue un rĂŽle fondamental dans la vie Ă©conomique, en particulier parce quâil influence les dĂ©cisions dâĂ©pargne et dâinvestissement. Il est Ă©vident que les variations considĂ©rables de ce taux dâintĂ©rĂȘt ne reflĂ©taient en rien les Ă©volutions normales de lâapprĂ©ciation du temps par les individus, câest-Ă -dire de leurs dĂ©sirs dâinvestir et dâĂ©pargner. En manipulant de maniĂšre aussi fantastique et fantasque le taux dâintĂ©rĂȘt, les autoritĂ©s monĂ©taires ont introduit le virus du dĂ©sĂ©quilibre dans le fonctionnement des marchĂ©s financiers. Il est donc dâautant plus Ă©tonnant dâentendre proclamer la faillite des marchĂ©s Ă propos de la crise financiĂšre que tout le monde devrait unanimement sâĂ©lever contre la faillite des autoritĂ©s publiques ! Il est par ailleurs trĂšs inquiĂ©tant de constater quâun systĂšme monĂ©taire comme celui des Ătats-Unis est construit de maniĂšre telle quâun homme seul, ou presque seul, Alan Greenspan, peut provoquer des bouleversements sur les marchĂ©s financiers et dans lâĂ©conomie rĂ©elle mondiale aussi dĂ©mesurĂ©s que ceux des annĂ©es 2007-2009 ! Câest cela que nous devrons mĂ©diter lorsque nous nous interrogerons sur les consĂ©quences Ă tirer de ces Ă©vĂ©nements.
La pĂ©riode de bas taux dâintĂ©rĂȘt a Ă©videmment coĂŻncidĂ© avec une pĂ©riode de forte crĂ©ation de monnaie (et, en contrepartie, de crĂ©dits puisquâil nây a pas de crĂ©ation monĂ©taire sans crĂ©ation de crĂ©dits). Ainsi, comme le souligne George Reisman4 : « Au cours de la pĂ©riode de temps entre 2001 et 2008, la Fed a provoquĂ© une augmentation dans lâoffre de monnaie de plus de 70 % du montant total cumulĂ© quâelle avait créé au cours de la totalitĂ© des quatre-vingt-huit annĂ©es de son existence, câest-Ă -dire presque 2 000 milliards de dollars ! » En outre, la Fed a permis aux banques de fonctionner avec seulement 2 % de rĂ©serves. Elle a ainsi dĂ©libĂ©rĂ©ment cherchĂ© Ă imposer des taux dâintĂ©rĂȘt rĂ©els nĂ©gatifs. Certes, les taux dâintĂ©rĂȘt sur les marchĂ©s nâont pas connu des fluctuations aussi spectaculaires que celles du taux des federal funds. Il est en tout cas certain que la Fed, inspirĂ©e implicitement par des principes de type keynĂ©sien en faveur de la stimulation de la demande globale, voulait que les gens dĂ©pensent toujours plus et elle a pour cela rendu le crĂ©dit abondant et peu coĂ»teux. La grande illusion keynĂ©sienne selon laquelle la politique monĂ©taire peut ĂȘtre utilisĂ©e pour stimuler lâactivitĂ© Ă©conomique a Ă©tĂ© Ă lâorigine de la crise majeure de notre Ă©poque. Ce qui nâempĂȘche pas la plupart des commentateurs de proclamer la victoire des idĂ©es keynĂ©siennes en lâoccurrence !
Ben Bernanke â qui a succĂ©dĂ© Ă Alan Greenspan Ă la tĂȘte de la Fed â rend lâextĂ©rieur responsable des bas taux dâintĂ©rĂȘt longs. DâaprĂšs lui, une forte Ă©pargne en Chine et dans dâautres pays Ă©mergents a conduit Ă un excĂ©dent de capital qui est allĂ© se placer aux Ătats-Unis en grande partie et a exercĂ© une pression Ă la baisse des taux dâintĂ©rĂȘt longs. Cela aurait favorisĂ© la bulle financiĂšre. MĂȘme sâil est impossible de savoir dans quelle mesure les taux dâintĂ©rĂȘt du marchĂ©, Ă court, moyen et long terme, ont Ă©tĂ© affectĂ©s, respectivement, par la politique monĂ©taire amĂ©ricaine et par lâabondance dâĂ©pargne de certains pays Ă©merg...
Table des matiĂšres
- Couverture
- Titre
- Copyright
- Dédicace
- Introduction
- Chapitre 1 - Pour en finir avec les idées fausses sur les vraies causes de la crise
- Chapitre 2 - La faute à la finance ?
- Chapitre 3 - Keynes a-t-il vraiment gagné ?
- Chapitre 4 - LâĂtat redevient-il la solution ?
- Chapitre 5 - Que craindre maintenant pour demain ?
- Chapitre 6 - Lâillusion de la coopĂ©ration internationale
- Conclusion - Que faut-il « moraliser » ?
- Du mĂȘme auteur Chez odile jacob
Foire aux questions
Oui, vous pouvez résilier à tout moment à partir de l'onglet Abonnement dans les paramÚtres de votre compte sur le site Web de Perlego. Votre abonnement restera actif jusqu'à la fin de votre période de facturation actuelle. Découvrir comment résilier votre abonnement
Non, les livres ne peuvent pas ĂȘtre tĂ©lĂ©chargĂ©s sous forme de fichiers externes, tels que des PDF, pour ĂȘtre utilisĂ©s en dehors de Perlego. Cependant, vous pouvez tĂ©lĂ©charger des livres dans l'application Perlego pour les lire hors ligne sur votre tĂ©lĂ©phone portable ou votre tablette. Apprendre Ă tĂ©lĂ©charger des livres hors ligne
Perlego propose deux abonnements : Essentiel et Complet
- Essentiel est idĂ©al pour les Ă©tudiants et les professionnels qui aiment explorer un large Ă©ventail de sujets. AccĂ©dez Ă la bibliothĂšque Essentiel comprenant plus de 800 000 titres de rĂ©fĂ©rence et best-sellers dans les domaines du commerce, du dĂ©veloppement personnel et des sciences humaines. Il comprend un temps de lecture illimitĂ© et la voix standard de la fonction Ăcouter.
- Complet est parfait pour les Ă©tudiants avancĂ©s et les chercheurs qui ont besoin d'un accĂšs complet et illimitĂ©. AccĂ©dez Ă plus de 1,4 million de livres sur des centaines de sujets, y compris des titres acadĂ©miques et spĂ©cialisĂ©s. L'abonnement Complet comprend Ă©galement des fonctionnalitĂ©s avancĂ©es telles que la fonction Ăcouter Premium et l'Assistant de recherche.
Nous sommes un service d'abonnement Ă des ouvrages universitaires en ligne, oĂč vous pouvez accĂ©der Ă toute une bibliothĂšque pour un prix infĂ©rieur Ă celui d'un seul livre par mois. Avec plus d'un million de livres sur plus de 990 sujets, nous avons ce qu'il vous faut ! En savoir plus sur notre mission
Recherchez le symbole Ăcouter sur votre prochain livre pour voir si vous pouvez l'Ă©couter. L'outil Ăcouter lit le texte Ă haute voix pour vous, en surlignant le passage qui est en cours de lecture. Vous pouvez le mettre sur pause, l'accĂ©lĂ©rer ou le ralentir. En savoir plus sur la fonctionnalitĂ© Ăcouter
Oui ! Vous pouvez utiliser l'application Perlego sur les appareils iOS et Android pour lire Ă tout moment, n'importe oĂč, mĂȘme hors ligne. Parfait pour les trajets quotidiens ou lorsque vous ĂȘtes en dĂ©placement.
Veuillez noter que nous ne pouvons pas prendre en charge les appareils fonctionnant sur iOS 13 et Android 7 ou versions antérieures. En savoir plus sur l'utilisation de l'application
Veuillez noter que nous ne pouvons pas prendre en charge les appareils fonctionnant sur iOS 13 et Android 7 ou versions antérieures. En savoir plus sur l'utilisation de l'application
Oui, vous pouvez accéder à Revenir au capitalisme par Pascal Salin en format PDF et/ou ePUB ainsi qu'à d'autres livres populaires dans Economics et Economic Theory. Nous disposons de plus d'un million d'ouvrages à découvrir dans notre catalogue.