Revenir au capitalisme
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Pour éviter les crises

  1. 256 pages
  2. French
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  4. Disponible sur iOS et Android
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Pour éviter les crises

À propos de ce livre

ConsĂ©quence d'un manque d'Ă©thique des banquiers, la crise ? Effet d'un esprit de lucre insensĂ© incitant Ă  prendre trop de risques pour obtenir davantage de bonus ? Trop simpliste, rĂ©plique Pascal Salin. Produit d'une dĂ©rĂ©glementation excessive ? Faux, corrige-t-il. PlutĂŽt de trop de mauvaises rĂ©glementations, de mauvaises politiques Ă©conomiques et monĂ©taires
 et d'une insuffisance de capitalisme. DĂšs lors, l'État redevient-il la solution, comme le prĂŽnent les partisans de l'interventionnisme et de la rĂ©gulation, de nouveau Ă  la mode ? Rien de moins sĂ»r, souligne-t-il. Le « retour de l'État » risque plutĂŽt de nous enfoncer encore plus
Par un esprit libre, le dĂ©cryptage de la crise et des hypocrisies auxquelles son interprĂ©tation dominante donne lieu. Pascal Salin est professeur Ă©mĂ©rite Ă  l'universitĂ© Paris-Dauphine. Il est notamment l'auteur de La VĂ©ritĂ© sur la monnaie et de LibĂ©ralisme.

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Informations

Éditeur
Odile Jacob
Année
2010
Imprimer l'ISBN
9782738124814
ISBN de l'eBook
9782738197726
Chapitre 1
Pour en finir avec les idées fausses sur les vraies causes de la crise
La crise financiĂšre et Ă©conomique est un phĂ©nomĂšne complexe dont il n’est pas facile de dĂ©mĂȘler les tenants et aboutissants tellement ses diffĂ©rents Ă©lĂ©ments sont interdĂ©pendants entre eux. Malheureusement, on a gĂ©nĂ©ralement tendance Ă  s’en tenir Ă  quelques observations simplistes ou superficielles consistant par exemple Ă  se focaliser sur les bonus des financiers ou les parachutes dorĂ©s de certains dirigeants d’entreprises. Ces faits sont avĂ©rĂ©s, excitent l’imagination, mais ne permettent absolument pas de comprendre les causes profondes de la crise. Si l’on veut non seulement dĂ©crypter ce qui s’est passĂ©, mais aussi Ă©viter de nouvelles crises dans le futur, il est essentiel d’avoir une vue cohĂ©rente de l’ensemble du systĂšme Ă  partir duquel la crise la plus rĂ©cente est nĂ©e et s’est dĂ©veloppĂ©e.
Si la crise financiĂšre et Ă©conomique de 2007-2009 rĂ©sulte de la conjonction de plusieurs causes, celle sans laquelle les autres n’auraient pas pu exister rĂ©side dans l’extraordinaire instabilitĂ© de la politique monĂ©taire menĂ©e aux États-Unis, mais aussi dans d’autres rĂ©gions du monde. C’est d’ailleurs cette mĂȘme cause que l’on retrouve dans toutes les crises de l’époque moderne, et c’est pourquoi l’analyse de la plus rĂ©cente peut ĂȘtre considĂ©rĂ©e comme une illustration particuliĂšre de phĂ©nomĂšnes beaucoup plus gĂ©nĂ©raux. C’est donc la politique monĂ©taire qui retiendra d’abord notre attention, avant d’évoquer deux autres causes importantes de la crise rĂ©cente, la politique du logement aux États-Unis et les mĂ©faits de la rĂ©glementation financiĂšre. Il nous faudra aussi prendre du recul par rapport Ă  ces Ă©vĂ©nements et rechercher – ce qui sera fait dans le chapitre suivant – comment ils s’inscrivent dans une perspective plus large qui est celle du fonctionnement du capitalisme Ă  notre Ă©poque. Faute d’accepter cet effort d’approfondissement, on risquerait de mal interprĂ©ter les phĂ©nomĂšnes que l’on a connus, mais aussi de retomber ultĂ©rieurement dans les mĂȘmes erreurs, avec les mĂȘmes consĂ©quences dommageables.
Une politique monétaire déstabilisatrice : la Fed, la BCE et les autres

Il est habituel de dire que le capitalisme est fondamentalement instable et que le fonctionnement d’une Ă©conomie de marchĂ© a nĂ©cessairement un caractĂšre cyclique, qui se manifeste notamment par l’apparition rĂ©guliĂšre de crises financiĂšres. On ajoute Ă©videmment, en corollaire, que la politique macroĂ©conomique doit jouer le rĂŽle Ă©minent de stabiliser l’économie. On l’appelle d’ailleurs « politique de stabilisation ».
L’observation des faits peut sembler effectivement corroborer cette vision. Il ne suffit cependant pas d’observer, il faut encore comprendre. Et peut-ĂȘtre sera-t-on placĂ© sur le bon chemin de la rĂ©flexion en constatant tout d’abord qu’il y a eu un changement majeur dans la nature des crises au cours de l’histoire. Pendant la plus grande partie de la vie des hommes et pratiquement jusqu’au XIXe siĂšcle, les crises ont Ă©tĂ© dues Ă  des phĂ©nomĂšnes « naturels » ou, disons plutĂŽt, non monĂ©taires : des Ă©pidĂ©mies, des guerres, de mauvaises rĂ©coltes rĂ©sultant des caprices du temps. Pourtant, la monnaie existait et elle jouait bien son rĂŽle. Les crises monĂ©taires n’existaient pas, elles, tout simplement parce que les variations dans la quantitĂ© de monnaie Ă©taient faibles. La finance existait bien aussi, puisqu’il y avait des banques, des transferts d’épargne et des placements de toutes sortes. Mais les crises financiĂšres n’existaient pas, elles, parce que les taux d’intĂ©rĂȘt Ă©taient trĂšs stables. Des ĂȘtres humains innombrables avaient rĂ©ussi, par leurs efforts et leur imagination, Ă  rĂ©duire les causes principales d’instabilitĂ© Ă©conomique du passĂ© – sauf, il faut tout de mĂȘme le reconnaĂźtre, celle qui Ă©tait et qui reste d’origine Ă©tatique, Ă  savoir les guerres. Pour leur part, les progrĂšs de la mĂ©decine avaient permis d’éviter les grandes Ă©pidĂ©mies ; les progrĂšs techniques dans l’agriculture avaient Ă©liminĂ© les famines et la diversification des activitĂ©s les avait rendues moins dĂ©pendantes des alĂ©as extĂ©rieurs.
ParallĂšlement Ă  ces progrĂšs fantastiques, un obstacle majeur est venu interrompre cette marche vers la stabilitĂ© Ă©conomique : l’interventionnisme Ă©tatique dans les systĂšmes monĂ©taires et financiers. La monnaie n’a jamais aussi mal jouĂ© son rĂŽle que depuis l’époque – du XIXe au XXIe siĂšcle – oĂč sa gestion a Ă©tĂ© placĂ©e sous le contrĂŽle des autoritĂ©s monĂ©taires. Il n’y a jamais eu dans l’histoire autant d’inflation et de crises monĂ©taires qu’au cours de cette pĂ©riode. Et puisque la monnaie est gĂ©rĂ©e par des autoritĂ©s publiques, il faut bien admettre que ce sont elles qui se sont rendues coupables de l’instabilitĂ© monĂ©taire. Ce caractĂšre public n’empĂȘche pas la banque centrale d’ĂȘtre Ă©ventuellement une entreprise privĂ©e. Ce fut le cas de la Banque de France jusqu’en 1936 et c’est encore le cas, dans une certaine mesure, du Federal Reserve System aux États-Unis (la Fed), puisqu’il est l’émanation des douze banques de rĂ©serve fĂ©dĂ©rales, qui appartiennent elles-mĂȘmes Ă  des banques privĂ©es. Mais toutes ces banques centrales, qu’elles soient publiques ou privĂ©es, font l’objet d’une lĂ©gislation spĂ©cifique, bĂ©nĂ©ficient de privilĂšges publics, sont contrĂŽlĂ©es par les autoritĂ©s publiques qui nomment gĂ©nĂ©ralement leurs dirigeants. Quels que soient les statuts prĂ©cis des banques centrales et leurs pouvoirs, toutes ces dispositions sont Ă  l’origine de la constitution d’un monopole monĂ©taire d’origine publique : seules ont droit d’émettre de la monnaie les organisations qui appartiennent au systĂšme monĂ©taire national, contrĂŽlĂ© et dirigĂ© par la banque centrale, et l’utilisation d’autres monnaies par les rĂ©sidents d’un pays est soit interdite soit limitĂ©e. En d’autres termes, la concurrence des monnaies est interdite ou limitĂ©e, si l’on veut bien – comme on le devrait – dĂ©finir la concurrence par la libertĂ© d’entrer sur un marchĂ©. Ainsi, loin de constituer une preuve du mauvais fonctionnement des Ă©conomies capitalistes, il apparaĂźt de maniĂšre Ă©clatante que les crises monĂ©taires et financiĂšres sont le rĂ©sultat d’une faillite des États et non d’une faillite du capitalisme et des marchĂ©s ! Les Ă©vĂ©nements des annĂ©es rĂ©centes en donnent une illustration frappante.
Revenons d’abord un peu en arriĂšre. AprĂšs la rĂ©cession de 1992, la Fed s’est lancĂ©e dans une politique monĂ©taire trĂšs expansionniste. Au cours de la pĂ©riode qui a suivi, le taux de croissance annuel de la masse monĂ©taire (M3) a Ă©tĂ© d’environ 10 %, ce qui est considĂ©rable et ce qui impliquait un doublement de la quantitĂ© de monnaie circulant dans le monde Ă  peu prĂšs tous les six ou sept ans. Bien Ă©videmment, cette politique a Ă©tĂ© accompagnĂ©e par des taux d’intĂ©rĂȘt faibles ou mĂȘme nĂ©gatifs. Cela a provoquĂ© la crĂ©ation d’une bulle spĂ©culative qui s’est manifestĂ©e par une augmentation sensible des prix des biens de capital, des actifs, des biens fonciers et, bien sĂ»r, des actions, puisque celles-ci reprĂ©sentent des droits de propriĂ©tĂ© sur ces actifs. Ainsi, si l’on considĂšre un indice mondial des actions1, on constate un sommet de l’indice Ă  240 en 2000 (sur une base 100 en 1995, ce qui implique bien une augmentation considĂ©rable en cinq ans), puis un creux Ă  120 en 2003 et une remontĂ©e presque jusqu’à 280 au milieu de 2007.
Or on n’a pas suffisamment portĂ© d’attention Ă  ce phĂ©nomĂšne, ainsi que l’explique Jesus Huerta de Soto2 : « Comme dans les annĂ©es “ronflantes” qui ont prĂ©cĂ©dĂ© la Grande DĂ©pression de 1929, le choc dĂ» Ă  la croissance monĂ©taire n’a pas significativement influencĂ© les prix du sous-ensemble de biens et services situĂ©s au niveau du consommateur final de la structure de production
 Au cours de la dĂ©cennie passĂ©e [les annĂ©es 1990], comme au cours des annĂ©es 1920, il y a eu une augmentation remarquable de la productivitĂ© rĂ©sultant de l’introduction Ă  une Ă©chelle massive de nouvelles technologies et d’innovations entrepreneuriales significatives, qui, en l’absence de l’“orgie de monnaie et de crĂ©dit”, auraient donnĂ© lieu Ă  une rĂ©duction saine et durable du prix unitaire de tous les biens et services consommĂ©s par les citoyens. En outre, l’incorporation complĂšte d’économies comme celles de la Chine et de l’Inde dans le marchĂ© globalisĂ© a Ă©galement augmentĂ© encore davantage la productivitĂ© dans la production des biens de consommation. L’absence d’une saine “dĂ©flation” des prix des biens de consommation au cours d’une pĂ©riode de croissance considĂ©rable de la productivitĂ©, comme celle des annĂ©es rĂ©centes, apporte la preuve principale que le choc monĂ©taire a sĂ©rieusement troublĂ© le processus Ă©conomique. »
Ces remarques sont trĂšs importantes. En effet, Ă  peu prĂšs tout le monde, en dehors des Ă©conomistes de l’école « autrichienne » (dont nous Ă©voquerons les thĂšses au chapitre 3), est habituĂ© Ă  une approche globale des phĂ©nomĂšnes Ă©conomiques et c’est ainsi que l’on dĂ©finit, Ă  la suite d’un Milton Friedman aussi bien que d’un John Maynard Keynes, le taux d’inflation comme l’augmentation du prix des biens de consommation. Or s’il y a, comme ce fut le cas au cours des annĂ©es 1990, mais aussi au dĂ©but du XXIe siĂšcle, des gains de productivitĂ© importants dans la production de ces biens, on n’est pas alertĂ© par le phĂ©nomĂšne inflationniste – le seul auquel on prĂȘte attention, avec le taux de chĂŽmage – lorsque l’indice des prix des biens de consommation reste Ă  peu prĂšs stable ou augmente faiblement : on n’aura pas le sentiment que la politique monĂ©taire est trop expansionniste si, par exemple, les prix augmentent de 2 ou 3 % par an3. Pourtant, un tel taux est considĂ©rable si intervient, par exemple, une augmentation moyenne de la productivitĂ© dans le secteur des biens de consommation de 3 Ă  5 % par an. Par ailleurs, pour des raisons qui ont Ă©tĂ© bien expliquĂ©es par les auteurs de l’école autrichienne (voir ci-dessous, chapitre 3), il est normal, dans des situations de croissance monĂ©taire forte, que les excĂšs de crĂ©ation monĂ©taire se dĂ©versent particuliĂšrement sur les marchĂ©s d’actifs, de matiĂšres premiĂšres, de biens capitaux ou de biens fonciers dont les prix augmentent beaucoup plus que ceux des biens de consommation. Au lieu de s’en prĂ©occuper, on admire, bien souvent, l’augmentation rapide des prix de l’immobilier ou des actions. Ceux qui dĂ©tiennent de tels avoirs ont le sentiment d’un enrichissement facile et rapide et peu Ă  peu tout le monde se prĂ©cipite, y compris les retardataires, pour prendre sa part dans cette grande fĂȘte de l’enrichissement sans peine. On a le sentiment, contrairement Ă  toute logique Ă©conomique, qu’il est possible d’accroĂźtre sa richesse sans avoir Ă  supporter le sacrifice qu’implique normalement la constitution de toute Ă©pargne. Telle est l’une des grandes illusions créées par la politique monĂ©taire expansionniste. Or les illusions ne peuvent jamais durer longtemps. Et lorsque la politique de bas taux d’intĂ©rĂȘt et de forte expansion monĂ©taire prend fin, on assiste inĂ©luctablement Ă  l’explosion de la « bulle financiĂšre ». C’est la crise.
C’est bien ce schĂ©ma qui s’est rĂ©alisĂ© au cours des annĂ©es 2000 du fait d’une politique monĂ©taire catastrophique menĂ©e par les autoritĂ©s monĂ©taires amĂ©ricaines et, plus prĂ©cisĂ©ment, par celui qui Ă©tait apparu pendant longtemps comme un formidable dĂ©miurge de la monnaie, le prĂ©sident du Federal Reserve Board, Alan Greenspan. Quelques chiffres caractĂ©ristiques de l’évolution du taux d’intĂ©rĂȘt l’illustrent de maniĂšre frappante. Observons tout d’abord l’évolution du « taux des fonds fĂ©dĂ©raux ». Ce taux constitue en fait un objectif de politique monĂ©taire de la Fed, qui ne le fixe pas directement, mais qui essaie de l’atteindre en achetant ou en vendant des actifs sur le marchĂ©, c’est-Ă -dire en faisant ce que l’on appelle une « politique d’open market ». Ce taux dĂ©termine les conditions auxquelles les Ă©tablissements de crĂ©dit se prĂȘtent mutuellement des liquiditĂ©s Ă  court terme et il influence Ă©videmment les autres taux d’intĂ©rĂȘt.
Les banques doivent en effet dĂ©tenir des rĂ©serves auprĂšs de la Fed et celles qui ont des rĂ©serves excĂ©dentaires prĂȘtent aux autres Ă  un taux qui est le federal funds rate. Par ailleurs, la Fed pratique des opĂ©rations d’open market – achats et ventes d’actifs financiers – Ă  un taux qui est le taux d’escompte. Ce taux est gĂ©nĂ©ralement supĂ©rieur au federal funds rate pour inciter les banques Ă  se procurer des rĂ©serves directement sur le marchĂ© interbancaire et non auprĂšs de la Fed. En diminuant le taux d’escompte, la Fed incite donc les banques Ă  lui emprunter directement. C’est donc sans doute le taux d’escompte qui est le plus significatif car c’est lui qui dĂ©termine le niveau global des rĂ©serves, alors que le federal funds rate dĂ©termine seulement l’échange de liquiditĂ©s – c’est-Ă -dire de rĂ©serves auprĂšs de la Fed – entre banques (les banques ayant toujours intĂ©rĂȘt Ă  prĂȘter leurs rĂ©serves excĂ©dentaires, c’est surtout sur la demande de rĂ©serves que joue ce taux). Mais la Fed atteint son objectif de federal funds rate prĂ©cisĂ©ment par une politique d’open market : en fournissant plus de liquiditĂ©s aux banques, elle crĂ©e des rĂ©serves excĂ©dentaires que les banques offrent sur le marchĂ© interbancaire, faisant ainsi diminuer le federal funds rate. C’est ainsi que de la nouvelle monnaie entre dans l’économie (crĂ©ation au multiple Ă  partir des rĂ©serves créées).
Le taux des fonds fĂ©dĂ©raux (federal funds rate), qui Ă©tait de 8 % en juillet 1991, avait Ă©tĂ© ramenĂ© Ă  3 % en septembre 1992. Il avait ensuite effectuĂ© une remontĂ©e progressive pour atteindre 6 % en 2000, Ă©poque de l’éclatement de la « bulle Internet ». Pour lutter contre le ralentissement Ă©conomique liĂ© Ă  cet Ă©vĂ©nement, les autoritĂ©s monĂ©taires ont rapidement diminuĂ© ce taux, puisqu’il n’était plus que de 1,25 % en novembre 2002, et mĂȘme de 1 % en juin 2003. C’est ainsi qu’a Ă©tĂ© lancĂ© un nouvel Ă©pisode du cycle monĂ©taire et financier, celui qui devait aboutir Ă  une crise en 2007-2008. À partir de juin 2004, une lente remontĂ©e devait commencer jusqu’à ce que le taux atteigne 5,25 % en juin 2006. Il devait ensuite amorcer une chute spectaculaire Ă  la suite du dĂ©clenchement de la crise monĂ©taire, puisqu’il passait Ă  4,75 % en septembre 2007, avant d’atteindre le montant invraisemblable de 0-0,25 % en dĂ©cembre 2008 !
Il faut bien ĂȘtre conscient du fait que passer ainsi en quelques annĂ©es de 8 Ă  3 %, puis de 3 Ă  6 %, de 6 Ă  1 %, de 1 Ă  5,25 %, avant de tomber finalement Ă  0 % constitue la plus extraordinaire et irresponsable variabilitĂ© de taux d’intĂ©rĂȘt que l’on puisse imaginer. Jamais une telle variabilitĂ© n’aurait pu se produire si les taux d’intĂ©rĂȘt avaient Ă©tĂ© librement fixĂ©s sur les marchĂ©s financiers sans intervention arbitraire des autoritĂ©s monĂ©taires. La politique monĂ©taire amĂ©ricaine a Ă©tĂ© le plus grand facteur d’instabilitĂ© Ă©conomique des deux derniĂšres dĂ©cennies et le facteur dĂ©terminant de la crise financiĂšre ! En effet, le taux d’intĂ©rĂȘt – qu’on peut considĂ©rer, ainsi que nous le rappelons ultĂ©rieurement, comme le prix du temps – joue un rĂŽle fondamental dans la vie Ă©conomique, en particulier parce qu’il influence les dĂ©cisions d’épargne et d’investissement. Il est Ă©vident que les variations considĂ©rables de ce taux d’intĂ©rĂȘt ne reflĂ©taient en rien les Ă©volutions normales de l’apprĂ©ciation du temps par les individus, c’est-Ă -dire de leurs dĂ©sirs d’investir et d’épargner. En manipulant de maniĂšre aussi fantastique et fantasque le taux d’intĂ©rĂȘt, les autoritĂ©s monĂ©taires ont introduit le virus du dĂ©sĂ©quilibre dans le fonctionnement des marchĂ©s financiers. Il est donc d’autant plus Ă©tonnant d’entendre proclamer la faillite des marchĂ©s Ă  propos de la crise financiĂšre que tout le monde devrait unanimement s’élever contre la faillite des autoritĂ©s publiques ! Il est par ailleurs trĂšs inquiĂ©tant de constater qu’un systĂšme monĂ©taire comme celui des États-Unis est construit de maniĂšre telle qu’un homme seul, ou presque seul, Alan Greenspan, peut provoquer des bouleversements sur les marchĂ©s financiers et dans l’économie rĂ©elle mondiale aussi dĂ©mesurĂ©s que ceux des annĂ©es 2007-2009 ! C’est cela que nous devrons mĂ©diter lorsque nous nous interrogerons sur les consĂ©quences Ă  tirer de ces Ă©vĂ©nements.
La pĂ©riode de bas taux d’intĂ©rĂȘt a Ă©videmment coĂŻncidĂ© avec une pĂ©riode de forte crĂ©ation de monnaie (et, en contrepartie, de crĂ©dits puisqu’il n’y a pas de crĂ©ation monĂ©taire sans crĂ©ation de crĂ©dits). Ainsi, comme le souligne George Reisman4 : « Au cours de la pĂ©riode de temps entre 2001 et 2008, la Fed a provoquĂ© une augmentation dans l’offre de monnaie de plus de 70 % du montant total cumulĂ© qu’elle avait créé au cours de la totalitĂ© des quatre-vingt-huit annĂ©es de son existence, c’est-Ă -dire presque 2 000 milliards de dollars ! » En outre, la Fed a permis aux banques de fonctionner avec seulement 2 % de rĂ©serves. Elle a ainsi dĂ©libĂ©rĂ©ment cherchĂ© Ă  imposer des taux d’intĂ©rĂȘt rĂ©els nĂ©gatifs. Certes, les taux d’intĂ©rĂȘt sur les marchĂ©s n’ont pas connu des fluctuations aussi spectaculaires que celles du taux des federal funds. Il est en tout cas certain que la Fed, inspirĂ©e implicitement par des principes de type keynĂ©sien en faveur de la stimulation de la demande globale, voulait que les gens dĂ©pensent toujours plus et elle a pour cela rendu le crĂ©dit abondant et peu coĂ»teux. La grande illusion keynĂ©sienne selon laquelle la politique monĂ©taire peut ĂȘtre utilisĂ©e pour stimuler l’activitĂ© Ă©conomique a Ă©tĂ© Ă  l’origine de la crise majeure de notre Ă©poque. Ce qui n’empĂȘche pas la plupart des commentateurs de proclamer la victoire des idĂ©es keynĂ©siennes en l’occurrence !
Ben Bernanke – qui a succĂ©dĂ© Ă  Alan Greenspan Ă  la tĂȘte de la Fed – rend l’extĂ©rieur responsable des bas taux d’intĂ©rĂȘt longs. D’aprĂšs lui, une forte Ă©pargne en Chine et dans d’autres pays Ă©mergents a conduit Ă  un excĂ©dent de capital qui est allĂ© se placer aux États-Unis en grande partie et a exercĂ© une pression Ă  la baisse des taux d’intĂ©rĂȘt longs. Cela aurait favorisĂ© la bulle financiĂšre. MĂȘme s’il est impossible de savoir dans quelle mesure les taux d’intĂ©rĂȘt du marchĂ©, Ă  court, moyen et long terme, ont Ă©tĂ© affectĂ©s, respectivement, par la politique monĂ©taire amĂ©ricaine et par l’abondance d’épargne de certains pays Ă©merg...

Table des matiĂšres

  1. Couverture
  2. Titre
  3. Copyright
  4. Dédicace
  5. Introduction
  6. Chapitre 1 - Pour en finir avec les idées fausses sur les vraies causes de la crise
  7. Chapitre 2 - La faute à la finance ?
  8. Chapitre 3 - Keynes a-t-il vraiment gagné ?
  9. Chapitre 4 - L’État redevient-il la solution ?
  10. Chapitre 5 - Que craindre maintenant pour demain ?
  11. Chapitre 6 - L’illusion de la coopĂ©ration internationale
  12. Conclusion - Que faut-il « moraliser » ?
  13. Du mĂȘme auteur Chez odile jacob

Foire aux questions

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