Le Cerveau funambule
eBook - ePub

Le Cerveau funambule

Comprendre et apprivoiser son attention grâce aux neurosciences

  1. 312 pages
  2. French
  3. ePUB (adaptée aux mobiles)
  4. Disponible sur iOS et Android
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Le Cerveau funambule

Comprendre et apprivoiser son attention grâce aux neurosciences

À propos de ce livre

Le cerveau sélectionne à chaque instant les informations qui lui paraissent les plus importantes grâce à ce que l'on appelle l'« attention ». Mais dans notre monde hyperconnecté, les données qui lui parviennent sont de plus en plus nombreuses. Comment utiliser notre cerveau au mieux pour ne pas se laisser distraire et concentrer notre énergie sur ce qui est le plus important ? Comment être plus attentif au quotidien ? En partant des problèmes d'attention qui nous compliquent constamment la vie, Jean-Philippe Lachaux décrypte notre fonctionnement cérébral pour nous apprendre à restabiliser rapidement notre attention à chaque distraction, comme un funambule sur un fil. D'exemples concrets en exercices pratiques, il nous apprend ainsi à développer notre sens de l'équilibre attentionnel pour mieux nous concentrer, quelle que soit notre activité. Ancien élève de l'École polytechnique, Jean-Philippe Lachaux est directeur de recherches en neurosciences cognitives au sein de l'unité Inserm « Dynamique cérébrale et cognition », à Lyon. Il est l'auteur du Cerveau attentif. Contrôle, maîtrise et lâcher-prise, qui a rencontré un grand succès. 

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Informations

Éditeur
Odile Jacob
Année
2015
Imprimer l'ISBN
9782738132550

CHAPITRE 1

Attention et performance


« Fin d’automne
Je tire sur moi une étroite couverture1,2 . »
BASHÔ (1644-1694).
Dans l’esprit de beaucoup de gens, la population se divise en deux groupes : les personnes qui souffrent d’un trouble déficitaire de l’attention, qui doivent se soigner d’une manière ou d’une autre, et celles pour qui tout va bien, merci. J’aimerais pourtant vous convaincre, sans vous affoler, que nous souffrons tous, à des degrés divers, d’un trouble de l’attention, et que ce trouble est une source permanente de conflit, de stress, de malaise et de déphasage avec le monde et les autres. Ce n’est pas forcément grave, mais c’est un vilain petit caillou dans la chaussure qui peut être pénible à la longue.
Pour bien comprendre à quel point la qualité de notre attention influence notre vie, je vous propose de considérer d’abord une dizaine de situations quotidiennes. Au bureau, vous devez boucler un dossier urgent et quelqu’un vous appelle pour vous demander un service ; un peu à contrecœur, vous tentez de l’aider, mais vous ne cessez de penser à ce travail à rendre. Tranquillement assis à lire dans un parc, vous vous rappelez soudainement un e-mail urgent à envoyer. Obsédé par cette idée, vous n’arrivez plus à replonger dans votre livre. Sur un court de tennis, vous commencez à envisager la victoire au moment de conclure le match. Le stress vous gagne et vous finissez par perdre. Au volant, perdu dans vos pensées, vous manquez d’écraser un piéton. Dans votre lit, à 3 heures du matin, vous n’arrivez pas à dormir. Vous ne cessez de rejouer dans votre tête une conversation désagréable avec un collègue de bureau. En cours, vous essayez d’écouter, mais l’exposé ne vous intéresse pas, suivre vous demande un effort insupportable. En réunion, vous vous ennuyez, vous avez envie d’être ailleurs mais il vous est impossible de vous en échapper. Devant votre ordinateur, vous aviez commencé à bien travailler, mais un coup de fil a coupé votre élan et vous n’arrivez pas à vous y remettre. Vous emmenez votre fils déjeuner au restaurant, mais vous n’êtes pas vraiment présent, trop préoccupé par un problème au travail, etc.
Vous l’aurez deviné, chacune de ces situations illustre une difficulté à maîtriser son attention, car, au-delà d’un problème de stress, de motivation ou d’ennui, il s’agit bien chaque fois d’attention, d’une attention qui nous échappe pour nous causer toutes sortes de tourments. Dans chacun de ces exemples, nous nous retrouvons tiraillés entre deux idées, ou deux situations ; ce tiraillement crée un décalage entre ce que nous sommes censés faire et ce que nous souhaitons faire, ce qui nous semble le plus important. Nous avons du mal à rester dans l’activité du moment. Ce tiraillement nous décentre et, finalement, nous déconcentre ; il devient source de stress et, en définitive, de mal-être. Apprendre à mieux maîtriser son attention, c’est se donner la possibilité de reprendre le contrôle de sa vie mentale pour accorder son énergie à ce qui est précieux, à chaque instant.
C’est pour cette raison que nous sommes tous, et souvent sans le savoir, en quête d’une meilleure maîtrise de notre attention. Cette quête est motivée par un perpétuel souci de performance dans presque tout ce que nous entreprenons ; car, vous lisez bien, nous sommes tous obsédés par nos performances. Même quand nous ne cherchons pas à courir un marathon en moins de deux heures trente ou à grimper au sommet de l’Everest, un certain souci de performance vient se loger dans les activités les plus banales de notre vie quotidienne. Quand nous écoutons tranquillement un morceau de musique ou quand nous regardons un match de foot à la télé, qui nierait que nous essayons d’en tirer une certaine satisfaction ? Songez aux sommes d’argent que certains investissent pour une expérience audiovisuelle exceptionnelle dans leur salon. Cette recherche de plaisir oriente nos efforts, si minimes soient-ils, dans une direction, et nous recherchons donc à atteindre un objectif, ce qui implique une certaine performance : bien profiter du match ou de la musique. Au moment de goûter un bon vin, nous le dégustons avec soin pour « en profiter » et, bien sûr, au volant, nous essayons de ne pas avoir d’accident. Et même lorsque, réveillés en pleine nuit par une pensée angoissante, nous avons hâte que celle-ci disparaisse pour nous laisser dormir, nous attendons, nous recherchons une fois encore quelque chose. Rares sont finalement les moments où nous ne sommes pas soucieux d’un certain niveau de performance.
Au cœur de ce perpétuel souci de performance se trouve l’attention, que je présenterai ici, en neurobiologiste, comme le processus de sélection, d’activation et de facilitation de certains réseaux de neurones aux dépens des autres. Ce processus peut être déclenché de manière réflexe, par un événement externe ou interne, ou bien se développer sous l’action d’un contrôle volontaire, exerçant principalement son influence sur le cerveau depuis sa partie antérieure, le lobe frontal. Selon que ce contrôle sélectionne ou non les réseaux de neurones les mieux adaptés à nos besoins du moment, notre performance est bonne ou mauvaise, et il n’est donc pas surprenant que l’attention soit si cruciale pour cette performance si obsédante.
Je développerai dans ce livre l’idée qu’il existe pour chaque activité, qu’il s’agisse de lire un article, de retourner un service au tennis, de suivre un cours de maths, de parler à un ami ou simplement de déguster un bon repas, des états attentionnels optimaux, au cours desquels l’attention ajuste finement l’équilibre entre les différents automatismes du cerveau pour parvenir à une grande efficacité et à une grande qualité d’expérience et de ressenti, accompagnées d’une sensation d’effort minime. Cette idée rejoint les observations du psychologue Mihaly Csikszentmihalyi, de l’Université de Claremont en Californie, à propos de ce qu’il nomme l’état de flow, un état attentionnel optimal, où nous évoluons sans effort ni crispation dans une certaine plénitude et où tout paraît facile – ce que certains psychologues du sport appellent également la « zone », et d’autres encore l’« état de grâce » et qui peut rappeler une certaine forme de bonheur3. Mais, à la différence de Csikszentmihalyi, j’ajouterai que cet état peut être atteint quelle que soit l’activité exercée, et qu’il peut être recherché indépendamment de la difficulté de la tâche à accomplir ou de l’intérêt qu’on lui porte, Partant de cette hypothèse, ou de ce constat, nous essaierons ensemble de comprendre 1) ce qu’est un état attentionnel favorable, voire optimal, tant sur le plan neuronal qu’expérientiel, 2) pourquoi ces états sont si efficaces, 3) ce qui peut empêcher leur développement, et 4) comment apprendre à les déclencher et à les stabiliser (avec la satisfaction qui s’ensuit).
J’aborderai ces questions à travers l’étude de ce que j’appelle la « microcognition », c’est-à-dire l’étude des états cognitifs et des processus neuronaux à une échelle temporelle très fine, de l’ordre du dixième de seconde, en revenant aux composantes les plus élémentaires de nos automatismes sensoriels, moteurs, cognitifs et émotionnels. Cette approche implique une analyse soignée de l’expérience subjective et des stratégies cognitives que nous mettons en place, consciemment ou non : ce que nous ressentons, et ce que nous cherchons vraiment à faire, instant après instant, « fraction de seconde par fraction de seconde ». N’ayez pas peur, cette descente au niveau le plus fin de la vie mentale, même si elle ne vous est pas familière, va vous permettre de démêler la pelote de laine que vous avez dans la tête, car à ce niveau (vous, soulevant cette tasse de thé ou lisant ce mot, maintenant) la vie est simple, rythmée par une seule émotion, une seule intention, une seule cible de l’attention à la fois.
En bref
Même dans les activités les plus banales, nous sommes soucieux d’un certain niveau de performance, et cette recherche de performance nous pousse à rechercher des états attentionnels « favorables », souvent de façon inconsciente et maladroite.
Pour mieux identifier ce que nous recherchons, il nous faut comprendre ce qu’est un état attentionnel favorable, ce qui implique d’examiner la vie mentale à son niveau le plus fin, celui de la microcognition.

Le rasoir et le cheveu blanc

La « microcognition4 » désigne l’enchaînement perpétuel de nos perceptions et de nos actions, que je vais illustrer à travers un exemple simple. Imaginons qu’en me rasant devant le miroir de ma salle de bains, je remarque un cheveu blanc sur ma tempe droite (je le « perçois »). Cette perception déclenche une réorientation de mon attention et de mon regard vers cette zone (une réaction). En regardant mieux, je constate qu’il s’agit bien d’un cheveu blanc et je ressens une émotion assez négative (une nouvelle perception). Au lieu de rediriger mon attention vers le rasoir, je laisse une image mentale se former, très furtive dans mon esprit (mon visage vieux et ridé, avec les cheveux blancs) tout en continuant à manipuler mon rasoir. Cette image (cette perception « mentale ») remplace un instant dans mon esprit celle, réelle, du rasoir sur ma peau et je me coupe (une nouvelle action, inadaptée). La vive sensation de douleur me ramène immédiatement à la réalité. Coupez. Fin de la saynète.
Au cours de ce bref épisode, comme à tout moment de notre existence, la vie mentale apparaît rythmée par des cycles enchaînant rapidement perception et action, et qui, mis bout à bout, définissent ce que nous vivons et faisons. Ici, il n’aura fallu que quelques cycles perception-action pour me faire dévier de mon objectif principal (me raser) et entraîner une « sortie de route ». Le pansement sur ma joue sera là pour me le rappeler.
Comme chaque action amène notre cerveau et notre environnement vers un nouvel état, les conséquences d’une petite erreur dans le choix de cette action peuvent rapidement prendre de l’ampleur. Qu’aurais-je dû faire ? Rester concentré, bien sûr ; mais comment ? Je ne pouvais pas ne pas remarquer le cheveu blanc, car mon attention a été littéralement capturée selon un ensemble de mécanismes neuronaux préattentifs sur lesquels mon contrôle est extrêmement limité. Je ne pouvais sans doute pas non plus éviter de ressentir une émotion en le voyant. Par contre, cette émotion m’a fait oublier pendant une fraction de seconde mon objectif principal (me raser sans me couper). J’ai surréagi. À ce moment précis, j’aurais pu ressentir l’aspiration de mon attention par ce cheveu blanc et par l’émotion associée, et la restabiliser… à condition d’être rapide.
Nous voyons ici à l’œuvre les trois mécanismes fondamentaux de la distraction. D’abord, une lutte d’influence constante dans le cerveau, à chaque cycle perception-action, pour décider de l’action qui va être menée. Ensuite, une réaction en chaîne au cours de laquelle chaque action entraîne un peu plus loin la perception hors de la zone optimale (ici, le contact entre le rasoir et ma peau) et où, à son tour, chaque perception fait dévier l’action loin de ce que j’ai à faire (me raser). Enfin, un oubli transitoire de ce que je cherche à faire, à cause de cet emballement d’un cycle à un autre. Aussi impensable que cela puisse paraître, j’ai effectivement oublié que j’étais en train de me raser, pendant une fraction de seconde. Cet oubli n’est pas sans conséquences, car j’ai eu mal et j’aurai l’air idiot devant mes collègues ce matin ; au volant d’une voiture de course, j’aurai pu me tuer (en remarquant par exemple mon cheveu blanc dans le rétroviseur…). Pour atteindre un niveau de qualité convenable dans nos sensations comme dans nos actions, nous devons veiller à ce qu’au sein de ces cycles perception-action, l’action qui est choisie, physique ou mentale, soit celle qui nous fait avancer le mieux vers notre objectif.
Le fait même d’essayer de faire quelque chose, c’est-à-dire d’avoir une intention, établit à chaque cycle perception-action une hiérarchie entre les différentes actions possibles à ce moment-là, puisque certaines sont plus utiles que d’autres. Et comme nous sommes des maniaques de la performance, nous devons essayer à chaque moment de choisir les actions les plus utiles. Mais vous l’aurez constaté, ce n’est pas si simple : notre attention s’envole et nous oublions nos clefs, nous nous perdons dans nos pensées, nous n’écoutons plus, etc. La source de tous ces problèmes est à rechercher au sein de ces cycles perception-action, car à un moment, dans quelques-uns d’entre eux, l’action choisie n’a pas été la bonne.
En bref
Une fraction de seconde suffit à perdre la maîtrise de son attention.
La source de tous nos problèmes d’attention est à rechercher au sein même des cycles perception-action.

Le sens de l’équilibre attentionnel

Rester attentif, c’est un peu comme traverser une poutre d’un bout à l’autre sans tomber. La poutre définit à chaque instant ce que nous devons faire : avancer d’un pas supplémentaire dans une direction bien précise. Selon que l’action est bien choisie ou non, nous restons en équilibre ou non. La poutre peut être plus ou moins haute, et les conséquences d’une chute plus ou moins graves. La poutre peut être plus ou moins large, et la tolérance aux écarts d’équilibre plus ou moins grande. La poutre peut être plus ou moins longue, et la durée d’attention nécessaire plus ou moins longue également. La po...

Table des matières

  1. Couverture
  2. Titre
  3. Copyright
  4. Dédicace
  5. Avant-propos
  6. Chapitre 1 - Attention et performance
  7. Chapitre 2 - Au cœur de la distraction
  8. Chapitre 3 - Rester concentré
  9. Chapitre 4 - Le dilemme du chercheur d’or
  10. Chapitre 5 - Un GPS dans la tête
  11. Chapitre 6 - Minimoi, maximoi
  12. Chapitre 7 - Programmer son attention
  13. Chapitre 8 - De l’arbre à la forêt, ou l’art du « multitâche »
  14. Chapitre 9 - Le « RAPPEL » de l’attention, ou comment développer son sens de l’équilibre attentionnel
  15. Chapitre 10 - Entraîner son attention au quotidien
  16. Chapitre 11 - Pour finir
  17. Chapitre 12 - 50 trucs contre la distraction
  18. Conclusion - Donner envie d’être attentif
  19. Lexique
  20. Remerciements
  21. Table
  22. Du même auteur