
- 224 pages
- French
- ePUB (adaptée aux mobiles)
- Disponible sur iOS et Android
eBook - ePub
De l'inceste
À propos de ce livre
Nos sociétés, où les relations de parenté les mieux établies ont tendance à se brouiller, favorisent l'inceste et son passage à l'acte. Plus rien ne vient distinguer une mère de sa fille que les rides au coin des yeux ; les marques symboliques, comme les vêtements, sont les mêmes pour l'une et pour l'autre; les rôles sociaux, comme la prise en charge des enfants, des petits frères et des petites sœurs, sont interchangeables... Pourquoi en irait-il autrement dans les compétences sexuelles ?
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Informations
Éditeur
Odile JacobAnnée
1994Imprimer l'ISBN
9782738102782ISBN de l'eBook
9782738176554Un inceste sans passage à l’acte :
la relation mère-enfant
la relation mère-enfant
Aldo Naouri
Autant que j’ai pu comprendre, ma prestation d’aujourd’hui augure le changement prévu dans le déroulement de ce séminaire. Après l’histoire, l’exploitation des textes et l’éclairage éthologique, on en arrive aux aspects plus pratiques ou, disons en tous cas, plus actuels de notre sujet.
J’espère ne pas décevoir votre attente. Car je ne vais pas rapporter ou commenter des cas d’inceste dont le caractère concret m’a semblé, dans les précédentes réunions, contribuer à soutenir l’attention. Je vais parler de la relation mère-enfant. C’est plus tendre, plus frais et plus émouvant. Et c’est censé se situer hors de portée de cette perversion des usages qui nous occupe depuis des semaines. Me voilà cependant à laisser entendre, dès mon titre, que c’est peut-être tout de même là que tout commence !
N’allez pas trop vite cependant me taxer d’un goût immodéré pour la provocation ou pour la culture du paradoxe. Je n’ai fait en réalité que résumer, un peu brutalement peut-être et je vous l’accorde, les conclusions auxquelles m’ont conduit mon travail et ma réflexion. Et je conçois que ça puisse soulever quelque émotion ou susciter de la défiance. C’est pourquoi j’ai décidé de prendre quelques minutes pour me présenter — et présenter aussi la façon dont j’exerce mon activité. Je sais que ça ne rentre pas dans les usages. Mais j’espère que ça lèvera les ambiguïtés et que ça remplacera, au passage, les accréditations qui lestent habituellement, en ce lieu surtout, les discours des intervenants.
Vous me permettrez de profiter de l’association d’idées pour rendre hommage à Madame Héritier-Augé pour la qualité de son enseignement et la remercier de la confiance dont elle a bien voulu m’honorer.
Mon parcours et mon travail
Je suis donc pédiatre. Depuis presque trente ans déjà. Et j’exerce ma spécialité en cabinet privé, sans la moindre attache hospitalière, universitaire ou institutionnelle. Je travaille dans un quartier populaire et mon recrutement ne comporte aucun critère de sélection. Je reçois trois à quatre cents familles nouvelles pour quatre à cinq mille actes par an. Ce qui me permettrait de me prévaloir du suivi longitudinal de quelques milliers d’enfants, et d’une attention portée à au moins autant d’histoires familiales, si un tel volume de travail était en soi exceptionnel — ce qui n’est pas le cas pour un praticien de ma tranche d’âge. Ce chiffre ne prend de l’importance qu’en regard de ma formation et de ma pratique qui sont, elles, particulières.
À un moment de mon parcours professionnel — c’était au début des années soixante-dix — j’ai en effet ressenti, comme beaucoup, l’attrait de la psychanalyse. Vous vous souvenez, peut-être, combien elle avait le vent en poupe. J’ai donc cédé à son appel et je suis allé m’allonger, pendant quelques années, plusieurs fois par semaine sur un divan. Ça m’a conduit — comme ça se passe souvent dans ces cas — à me demander si j’allais ou non abandonner la médecine pour devenir psychanalyste.
Après un temps d’hésitation assez long, je me suis résolu à ne pas quitter ma place, en me proposant d’explorer le champ de ma pratique comme cela n’avait encore, à ma connaissance, jamais été fait. J’étais seul. J’étais donc condamné à innover. Sans le recours à une référence ou à un référent et en ayant conscience du côté périlleux de l’exercice. Mais j’imaginais par avance le parti qu’il pouvait y avoir à tirer de garder une oreille rivée au stéthoscope en laissant l’autre ouverte aux propos des patients.
Les choses se sont faites ainsi. Presque d’elles-mêmes. Et lentement.
Ma pratique s’est inventée sur le terrain. Non sans mal, évidemment, mais avec des progrès constants.
Je suis peu à peu devenu l’hybride que je suis et dont le discours se situe en marge des classifications épistémologiques : plus très médecin pour les médecins et pas du tout psychanalyste pour les analystes.
Plus très médecin, parce que j’ai l’impudence de prêter cas au langage et de m’intéresser à cette regrettable part du travail médical qu’on ne peut ni doser ni mettre en abaque. Et pas du tout psychanalyste, parce que j’ai le défaut rédhibitoire de ne pas m’être défait de ma libido thérapeutique : je continue de m’intéresser au corps en poussant le vice jusqu’à prétendre le soigner.
Ça m’a valu, comme on peut l’imaginer, une égale défiance de l’une et de l’autre des instances professionnelles auxquelles je me sens rattaché. Je ne le signale pas pour m’en plaindre outre mesure. Mais pour expliquer pourquoi je n’ai jamais réussi à faire suffisamment entendre mes critiques ou les idées que je pouvais avancer sur nombre de points théoriques ou pratiques.
Mon exercice n’a pourtant rien de suspect. Je respecte beaucoup trop les registres conceptuels pour les amalgamer inconsidérément dans un commerce incompatible. Je suis, je demeure et je me déclare, surtout et avant tout, médecin. Et s’il m’arrive de m’intéresser à d’autres champs que le mien, c’est seulement en raison du rapport jaloux que j’entretiens avec mes petits patients, et dans le souci premier de mettre à leur service le plus de compétences possible. Je n’enfreins en réalité aucune règle méthodologique ou déontologique. Je ne fais que mettre à profit les facilités offertes par le dispositif topologique singulier de la médecine d’enfants. C’est la seule spécialité qui permette sans confusion la double approche que j’ai risquée. Quand je soigne un corps, c’est toujours celui de l’enfant souffrant. Quand j’applique mon écoute à un discours, c’est toujours à celui du ou des parents. Voilà pourquoi, soit dit en passant, je me défends des étiquettes qui me sont parfois attribuées : je ne suis ni pédopsychiatre ni psychosomaticien, et encore moins psychanalyste ou psychanalyste d’enfants.
Il est vrai que je ne parviens pas à assurer en toutes circonstances l’étanchéité que je décris. Et il m’arrive parfois de me surprendre à voguer, malgré moi, entre le corps et les mots. Je suis alors contraint de convenir que le résultat, que j’obtiens en assumant l’intrication des deux approches, est toujours supérieur à celui qu’en aurait produit l’exercice séparé de chacune d’elles.
En voici un bref exemple.
Une fillette prématurée de quatre mois poussait mal. Dès que j’ai dit son poids, sa mère s’est mise à reporter fébrilement le chiffre sur sa courbe en me déclarant : « Pour moi, elle n’a que deux mois. » Elle venait, comme vous l’avez compris, de rapporter la date de naissance du bébé à la durée de sa gestation. Moi aussi, je l’avais compris. Mais je me suis surpris à lui rétorquer, sans même y réfléchir et tout en poursuivant mon examen : « Faut pas exagérer, elle a aussi de son père ! »
Cela a eu pour effet de déplacer la suite de la consultation sur les circonstances particulièrement difficiles de la grossesse que cette femme avait imposée à son partenaire, sur l’histoire du couple et de sa rencontre, sur ses dissensions et ses difficultés.
Je n’ai évidemment pas été étonné de constater, le mois d’après, l’état de santé florissant du bébé et la sérénité recouvrée de la mère.
Je ne vais pas entrer dans le détail de ce qui s’est passé. Je vais me contenter d’exploiter le cas à deux niveaux qui me paraissent de toute première importance pour la suite de l’exposé.
— Je veux d’abord mettre en relief l’étroite intrication du corps et de la psyché. Je sais que c’est devenu la tarte à la crème. Ça ne veut pas dire pour autant qu’on en tire les conséquences, alors qu’on la retrouve dans toutes les cultures, dans tous les tableaux et à tous les âges de la vie. J’ajouterai que sa dynamique est telle que le corps par le symptôme, et la psyché par le langage évoluent toujours de manière concordante. Ce qui semble d’ailleurs assez concevable si on prend en considération l’unité de l’individu.
— Or dans ce cas — et c’est le second point que je voulais relever — les processus habitent deux individus distincts : le symptôme affecte le corps du bébé et son dénouement par le langage est dévolu à la bouche de la mère. Il est vrai que les deux protagonistes ne sont pas étrangers l’un à l’autre et qu’ils sont liés entre eux par un lien d’une force considérable. Mais la caractéristique majeure et fondamentale de ce lien ne réside pas dans sa force. Elle est tout autre. Elle crève les yeux. Et j’ai dit n’être pourtant pas parvenu à même la faire entrevoir, malgré l’énergie que je mets depuis déjà longtemps à la mettre en évidence. Le lien dont il s’agit est strictement vectorisé et il est placé sous le signe d’une hiérarchie immuable : l’enfant dépend de ses parents en général, et de sa mère en particulier, exactement à la manière dont une plante dépend de ses racines. Et s’il m’était permis d’exprimer ici un vœu sur la portée de mon propos, même dans son ensemble — pardonnez-moi, Madame, de faire une tribune de ce lieu — je souhaiterais vivement que cette idée, dût-elle être la seule à être retenue, le soit avant toute autre.
Parce que cette manière de voir n’est pas sans conséquence.
On la croit classiquement restreinte à la seule phase dyadique, c’est-à-dire aux tout premiers mois de la vie. Et la plupart des auteurs prétendent qu’elle se modifie profondément par la suite pour disparaître tout à fait. Or je vérifie, moi, qu’elle persiste identique à elle-même, à tous les âges, dans les deux sexes et dans toutes les structures.
Je voudrais, s’il vous plaît, attirer votre attention sur ce détail. Je fais mention de la plupart des auteurs et j’ai l’impudence d’y opposer mon seul avis. Ce n’est ni un effet de prétention ni un effet de délire. J’ai insisté sur la particularité de ma pratique et sur son absence de critère de recrutement. Je peux affirmer que les milliers d’individus que j’ai rencontrés seraient pour la plupart déclarés sains par les psychiatres. Or ce sont eux qui me permettent d’avancer en toute sécurité un point de vue auquel je ne suis pas parvenu par un raisonnement inductif, mais par une observation directe, prolongée et minutieuse. Je pourrais d’ailleurs vous prendre directement à témoin en vous invitant à considérer le retentissement que ma proposition a produit en chacun de vous. Mais le plus simple reste encore d’évoquer la savoureuse histoire d’un garçon de quatre à cinq ans — ce qui est assez pour l’écarter de la phase dyadique.
Ses parents me le conduisent parce qu’il a un goût marqué pour les poupées, les dînettes, le maquillage, les robes, les chaussures de sa mère, et toutes choses de ce type dont je vous laisse imaginer les détails. Le premier entretien que je mène, en sa présence mais essentiellement avec ses parents, fait apparaître dans leurs histoires respectives quantités de raisons qui le contraignaient à occuper une place de fille. Je le dispense donc d’assister aux rencontres suivantes. La fois d’après, la mère aussitôt rentrée me déclare que je devais certainement être un peu sorcier, parce qu’à peine monté dans la voiture, son fils lui a réclamé, « devinez quoi ? me dit-elle, un camion ! J’en ai été tellement soufflée que je lui ai demandé : “de quelle couleur ?” Il m’a répondu : “Rose !” »
Je crois que ça se passe de commentaire…
Il ne faut pas croire que je sois en train de faire un plat de chicaneries anodines et sans conséquences.
La place et le statut conférés à l’enfant impliquent, on ne peut plus, des visions du monde et des perceptions du temps qui s’avèrent foncièrement opposées et difficilement conciliables.
Il y a, par exemple, d’un côté, l’enfant corps fragile et mortel de la médecine. Celui-là, je le laisse de côté parce que je ne crois pas qu’on soit à la veille de le voir évoluer. Il y a, d’un autre côté, l’enfant pur psychisme au corps inconsistant de la psychanalyse qui en fait un « sujet » traversé par un désir issu du combat qu’il livre à ses pulsions. Je pose, moi, d’un autre côté encore — mais je n’ai pas fait école —, que l’enfant est certes réactif mais qu’il est avant tout respectueux à la lettre des messages que lui délivre sa parentèle en général et sa mère en particulier.
Si je reprends cette dernière opposition d’une manière autre, je dirais qu’il y a, d’un côté, un enfant perçu comme malléable et constitué comme lieu d’un merveilleux et imprévisible espoir ; de l’autre, un enfant bloc tractant ses parents et son histoire dans son devenir. Ce qui revient à repérer des vécus opposés de la part de la parentèle et des soignants, avec d’un côté, une attente sans implication de soi, et de l’autre, une profonde et féconde remise en question. D’un côté, une passivité tranquillement impuissante, de l’autre, une douloureuse volonté de progrès.
Mais si je reprends tout cela dans une perspective plus large encore et que je passe à des considérations qui impliquent le temps (l’enfant n’est-il pas le représentant le plus parfait du futur ?), j’obtiens alors, d’un côté, un futur perçu comme doué d’un déterminisme qui lui serait propre et qui ne se révélerait que dans la surprise — on jouerait en quelque sorte sans cesse à la loterie ! Et de l’autre, un futur perçu comme résultat d’un passé à remettre constamment sur la brèche au travers du présent dans lequel il s’exprime.
Le débat, comme vous le voyez, n’est ni simple ni près d’être tranché. Mais il n’est pas non plus gratuit. Gardez-en les termes en mémoire, vous verrez comment ils interviendront par la suite.
Introduction du sujet
J’en ai fini avec ce long préambule et je vous remercie d’en avoir compris le souci méthodologique.
J’en arrive au développement proprement dit du sujet qui nous réunit.
Je l’ai divisé en trois parties inégales.
Je traiterai les deux premières sous la forme de réponse à des questions que je me suis arbitrairement posées, et la troisième sous forme d’une digression autour des interrogations que j’ai cru percevoir au long de ces dernières semaines.
Première question : en quoi un séminaire sur l’inceste peut-il intéresser un pédiatre et a fortiori le pédiatre que je suis ?
Je répondrai tout de suite par l’expression de deux regrets.
Je regrette vivement tout d’abord qu’un tel séminaire ne soit pas obligatoire pour tous les pédiatres et pour tous les étudiants en pédiatrie dont la formation à la relation est notoirement indigente.
Je regrette ensuite que la salle ait été si petite : j’aurais sans aucun doute ameuté quantité de mes confrères.
Parce qu’un pédiatre est confronté sans relâche à un système relationnel complexe dans lequel la survenue de distorsions précoces, et parfois difficiles à repérer, prépare le terrain sur lequel surviendra, sinon à la génération en place, peut-être à celle d’après ou encore à la suivante, un inceste. Un pédiatre est par ailleurs tellement investi par ses consultants qu’il a le pouvoir objectif d’intervenir sur le bouleversement des mentalités, le délitement des mœurs et la levée des inhibitions que l’univers médiatique1 excelle aujourd’hui à promouvoir. Toutes choses qui ne sont certainement pas sans relation avec la fréquence croissante de l’inceste telle qu’elle a été signalée ici même d’une manière dont je regrette qu’elle n’ait pas résonné comme un cri d’alarme.
Sans vouloir faire un étalage narcissique de mes états d’âme, je vais poursuivre avec les grandes lignes de ma démarche personnelle dont l’origine remonte au début de mon exercice.
Elle a eu pour point de départ un constat dont je suis prêt à concéder qu’il avait un caractère sans doute naïf et très fleur bleue. Elle date du temps où, jeune médecin, j’ai commencé à me demander pourquoi les couples, que je voyais, à la première consultation, nimbés du bonheur de leur tout petit dans les bras, sombraient si vite et en si grand nombre dans la dissension et dans la haine. J’ai longtemps essayé de reprendre avec eux leur histoire, pour y chercher des facteurs patents de contrainte ou le piège d’erreurs occultées. Je n’y suis, bien évidemment, pas parvenu : la fascination mutuelle, l’inclination, le libre choix et les serments d’amour se retrouvaient au principe des unions avec une confondante régularité.
Avec l’avancée de mon analyse, j’ai changé de tactique et j’ai orienté mon écoute en remontant d’emblée plus haut. Ma moisson a été immédiatement plus fructueuse. J’ai, par exemple, noté la fréquence avec laquelle les histoires semblaient être condamnées à se reproduire à l’exacte réplique, prenant appui sur le moindre prétexte pour emprunter la voie qui leur avait été littéralement tracée : plus grande acceptation de la séparation chez les couples dont les parents avaient eux-mêmes été séparés ; monoparentalit...
Table des matières
- Couverture
- Titre
- Copyright
- Sommaire
- Présentation - Françoise Héritier
- Le sentiment incestueux - Boris Cyrulnik
- Un inceste sans passage à l’acte : la relation mère-enfant - Aldo Naouri
- Les comptes de l’inceste ordinaire - Dominique Vrignaud
- L’inceste : rêve et réalités - Margarita Xanthakou
- Les auteurs