
- 208 pages
- French
- ePUB (adaptée aux mobiles)
- Disponible sur iOS et Android
eBook - ePub
Les Aînés et les Cadets
À propos de ce livre
« En tant que pédiatre, je fais le constat suivant : les enfants qu'il m'est donné de voir à mon cabinet présentent très souvent des traits de caractère particuliers selon leur rang de naissance. Ces différences, les mamans elles-mêmes les soulignent volontiers. » M. S. S'appuyant sur sa longue pratique de pédiatre, mais aussi sur les études scientifiques les plus récentes, Marc Sznajder se propose de revenir ici sur le profil psychologique des enfants selon la place qu'ils occupent dans la fratrie. Quelles sont donc les qualités reconnues majoritairement aux aînés ? Et celles attribuées aux cadets, benjamins compris ? Lesquels sont les plus extravertis ? les plus curieux ? les plus obéissants ? Comment, enfin, explique-t-on ces différences ?Pour tous les parents, une analyse claire, et documentée, de l'influence du rang de naissance sur le développement de la personnalité de leurs enfants. Marc Sznajder est pédiatre à Paris. Praticien attaché à l'hôpital Ambroise-Paré de Boulogne, il est membre de la Société française de pédiatrie. Il est l'auteur de plusieurs ouvrages consacrés au développement de l'enfant.
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Informations
Éditeur
Odile JacobAnnée
2011Imprimer l'ISBN
9782738126566ISBN de l'eBook
97827381941901
Profil psychologique
de l’aîné… et de l’unique
de l’aîné… et de l’unique
Commençons, à ce stade, par nous plonger dans les définitions de l’aîné, proposées ou évoquées dans la littérature.
Définition de l’aînité
La définition habituelle de l’aîné est bien sûr « celui qui est né le premier » (Petit Robert). Le terme d’« aîné » dérive d’aisné, lui-même issu d’ante natus, à l’opposé du puîné qui provient de post natus en latin. « Abel était l’aîné, j’étais le plus petit », écrit Victor Hugo dans les Contemplations, avec un sentiment de respect mêlé d’affection. D’autres sens lui sont attribués ; on parle ainsi pour les descendants issus de l’aîné de la « branche aînée de la famille ». En termes littéraires, nos « ancêtres » sont volontiers appelés nos « aînés ». L’aînité correspond au statut « physiologique » de l’aîné. Ce statut est abondamment illustré dans certains grands textes fondateurs, comme nous le verrons plus loin.
Être le premier
Le premier-né est à mon sens à distinguer radicalement des suivants. C’est lui qui fonde le sentiment de la parentalité, contrairement aux suivants et, en cela, il est forcément à part. De plus, ou de ce fait, il me semble doté de la personnalité généralement la plus complexe, celle qui finalement m’intéresse le plus. Je ne veux pas dire que les enfants suivants sont dépourvus d’intérêt, loin de là, mais, bien souvent, ils vont se déterminer par rapport à celui-là, à leur grand frère ou grande sœur. Un premier-né partage avec tous les autres premiers-nés un certain nombre de caractéristiques. On peut même aller jusqu’à dire que, sur le plan du caractère, il ressemble davantage à d’autres aînés qu’aux autres membres de sa propre fratrie.
Et à quoi peut bien ressembler ce premier-né ?
Il est courant d’observer, et c’est ce que me confirment les parents quotidiennement, que cet aîné est plutôt ambitieux, qu’il se met facilement « la pression » tout seul et supporte moins bien l’échec. Perfectionniste, méticuleux, il est aussi très responsable, du type « gardien des lois ». Les témoignages abondent dans ce sens, d’autant que j’ai laissé dans ma salle d’attente, pendant quelques semaines, un petit questionnaire sur le sujet, que les parents remplissaient, anonymement bien sûr, avec un plaisir et une implication avoués. À partir d’une bonne cinquantaine de fiches, et même en tenant compte des variations selon les familles, leur style de vie ou l’enfance même des parents, j’ai eu l’impression très nette de retrouver les mêmes tendances d’un aîné à l’autre – disons 9 fois sur 10.
« Le premier est plus craintif, me confirme en consultation une mère de trois enfants, alors que les suivants se lancent plus facilement, d’autant qu’ils ont un exemple avant eux… » Une autre mère de famille témoigne : « Mes enfants ont des caractères différents… Et heureusement ! L’aînée est plutôt calme, réfléchie, voire timide et introvertie ; la deuxième est plus vindicative, avec un fort caractère, et plus précoce, car elle imite volontiers sa sœur aînée… » Ce que confirme encore cette maman : « Mon premier est, d’un côté, plus adulte, avec un langage plus développé que le suivant à âge égal, tant dans l’élocution que dans le vocabulaire, mais il est aussi plus anxieux, plus fragile et moins imaginatif ; il ne sait pas jouer seul… Alors que le deuxième est plus câlin, plus débrouillard, plus à l’aise dans ses relations sociales… » Même pour le comportement alimentaire, les aînés semblent conservateurs, plus résistants au changement. Moralité : « dur dur » de leur faire avaler des légumes et autre chose que des pâtes et des frites avant un certain âge !
Mon premier, mon deuxième…
« Ma première est calme et obéissante ; mon deuxième est plus dur, têtu, mais beaucoup plus câlin ; il me fait craquer avec son regard charmeur : avec lui, les punitions durent trois minutes au maximum… Mais je vais essayer de ne plus me faire avoir ! »
« Mon premier est calme, avec un caractère facile, qu’il affirme en grandissant. Ma deuxième, rapide, ne tient pas en place, elle veut être au courant de tout, et prend beaucoup de place au sein de la famille… »
« Mon aînée a peur de tout, elle s’angoisse pour un rien ! Il suffit du moindre contrôle à l’école, et c’est une succession de plaintes, de pleurs, de crises de nerfs, quand ce ne sont pas des maux de ventre ou des migraines… Pourtant elle travaille très bien, mais elle trop perfectionniste, elle n’est jamais satisfaite de ses résultats, elle se met la pression toute seule ! C’est une stressée de la vie ! Elle s’invente des problèmes là il n’y en a pas… »
Mon premier, mon deuxième… Tous ces témoignages en forme de charade, et d’autres nombreux à venir, conduisent presque toujours à la même impression : celle qu’il existe des caractéristiques communes, mais avec des nuances, entre enfants nés avec le même rang.
En théorie, un premier-né, coincé dans un « colloque singulier » avec ses géniteurs, a reçu une quantité d’amour qui devrait être à même de lui garantir un attachement sécurisant, propice à un bon équilibre ultérieur. Pourtant, ici comme ailleurs, quantité ne rime pas toujours avec qualité : certains débordements maternels – surtout si le père ne fait pas le (contre)poids ! – peuvent engendrer chez l’enfant et le futur adulte des formes d’ambivalence et d’instabilité affectives. La surprotection dont bénéficie l’enfant – encore unique – peut même être un frein à l’affirmation de sa personnalité.
En se fondant sur tous les témoignages précédents et sur bien d’autres, il semble bien que l’on puisse dire que l’aîné est traditionnellement plutôt introverti, et anxieux même si ce tempérament peut évoluer lorsque la famille s’agrandit, l’obligeant à s’ouvrir un peu plus aux autres. Les aînés seraient aussi souvent dépourvus de compassion, trop pré-occupés par leur propre image. Cette affirmation un peu brutale cache heureusement des exceptions : Bouddha, à la fois révolutionnaire et vertueux aîné, nous offre un merveilleux contre-exemple de compassion universelle.
Trajectoire de l’aîné dans la structure familiale
Un premier enfant a devant lui un destin à deux voies : soit rester unique (et préféré !), soit se voir talonner par un suivant qui, sans vergogne, va venir quémander de mille manières ce capital d’amour dont il s’était cru tout naturellement seul dépositaire. Rester l’unique garantit au moins une chose : la constance des parents dans leur affection, laquelle peut d’ailleurs être étouffante et anxiogène en l’absence de partage. C’est une situation fréquente puisque, actuellement, en France, environ une famille sur quatre n’a qu’un seul enfant. Walter Toman2, professeur de psychologie aux États-Unis puis en Allemagne, semble avoir été le premier à décrire, de manière structurée, les caractéristiques prévisibles de chaque position fraternelle. Avant lui, Freud et Adler plus encore s’y étaient essayés, mais c’est Toman qui a analysé ces profils de manière très précise, au point de prédire la probabilité d’une entente conjugale à partir des rangs de naissance de chaque partenaire, avec des nuances selon que l’on est l’aîné ou le cadet de frères ou de sœurs. Tout le travail de Toman repose sur le constat que certains traits de la personnalité sont déterminés par la constellation familiale dans laquelle évolue l’individu au cours de ses premières années. Autant dire que la découverte de son œuvre a été pour moi une heureuse confirmation !
Walter Toman s’est attaché à décrire les constellations familiales avec une approche systémique, c’est-à-dire comme des systèmes, influencés par la génération précédente et en interaction avec la suivante. Il fait d’abord reposer ses théories sur l’observation et les portraits familiaux d’environ 400 personnes, d’origine viennoise pour un quart et bostonienne pour les trois autres quarts, échantillon ni aléatoire ni représentatif, mais conséquent par son nombre. Il a ensuite pu affirmer l’universalité de ses résultats concernant les caractéristiques de la personnalité et des comportements liés aux positions dans la fratrie en élargissant ses analyses à des centaines d’autres familles. Les critères retenus étaient la motivation à réussir, le niveau d’ambition professionnelle, la tolérance à la frustration, le leadership attribué par les camarades durant l’enfance et l’adolescence, la sensibilité à la pression du groupe, l’agressivité ou encore le jugement sur les parents.
L’enfant unique
Lorsque Walter Toman décrit l’enfant unique, il rappelle que celui-ci n’a pas, par définition, de référence fraternelle et qu’il recherche systématiquement la compagnie de personnes plus âgées que lui, notamment celles ayant une position d’autorité et de pouvoir, c’est-à-dire celles les plus à même de reconnaître ses capacités et de l’aider à les promouvoir. Pour Toman, il est évident que ce type d’enfant est particulièrement stimulé sur le plan intellectuel, ce qui anticipe sur les résultats d’études que nous mentionnerons plus loin à propos du quotient intellectuel (QI) et de la réussite professionnelle. En revanche « aider les gens ne sera pas sa priorité ». Toujours selon Toman, l’enfant unique à l’âge adulte va rechercher des femmes « maternelles », lesquelles seront plutôt des sœurs aînées de frères. En revanche, en cas de rencontre avec une fille unique, les choses se présentent assez mal, car, dit-il, « les deux ne peuvent honorer leurs attentes inconscientes réciproques de prise en charge et de soin ».
À première vue, la position d’enfant unique peut paraître très enviable puisqu’elle combine différents avantages comme l’absence de rivaux et de crainte de partage, y compris patrimonial, et l’éternelle place de premier avec une exclusivité totale pour les compliments. Être enfant unique, c’est sans doute vivre dans une confiance totale et aveugle, avec une bonne estime de soi et, souvent, la capacité de s’exprimer comme un adulte. Cependant, à y regarder de plus près, la situation n’est pas toujours aussi rose qu’il y paraît. Le fait d’être l’unique le prive des stimulations fournies par les autres enfants dans les familles plus larges et ne permet pas l’apprentissage de relations sociales fructueuses. Les parents le disent bien : quand la famille est nombreuse, on a moins de temps pour chacun, mais c’est justement chacun qui apporte sa diversité et sa richesse, que ce soit dans l’opposition ou la complicité. Un enfant unique, lui, ne disposera jamais du soutien que constitue la fratrie en cas d’opposition avec ses parents.
Le bilan global de cette situation « unicitaire » est donc bien mitigé, avec, d’un côté, beaucoup d’avantages en « intra » et, de l’autre, plus de difficultés en « extra ». Si le fait d’être totalement cocooné par ses parents est particulièrement confortable pour l’heureux élu, l’absence de rivalité et de lutte pour s’en attribuer les bienfaits n’aide pas à s’armer pour les relations sociales ultérieures hors de la famille.
Quand l’unique devient l’aîné
Pour l’« unique », devenir l’« aîné » le voue à vivre des sentiments nouveaux, à gérer le partage des ressources affectives des parents, théoriquement sans borne, mais dont la disponibilité est nécessairement limitée, et à apprendre l’ambivalence… Comme l’écrit Régine Scelles, psychologue clinicienne, « quand il naît, l’aîné transforme ses parents, devient le centre de la terre, puis il doit faire une place à un autre3 ». Qu’un premier enfant, habitué à occuper une place centrale dans la relation avec ses parents, soit déstabilisé par la venue d’un puîné, qui va automatiquement empiéter sur son territoire affectif n’a rien d’original ou d’étonnant. Certains le vivent plutôt bien ; pour d’autres, le cauchemar est flagrant et peut même se prolonger durablement. L’arrivée d’un puîné crée obligatoirement un bouleversement au sein du foyer familial, suivi plus ou moins rapidement d’un réaménagement où chacun va tenter de trouver sa place… Parfois l’opération se fait dans la douleur. J’ai toujours en mémoire le cri du cœur d’un grand jeune homme qui, au cours d’une réunion familiale où l’on fêtait son dix-huitième anniversaire et où chacun le pressait d’une petite déclaration, s’est exclamé tout de go : « Le pire moment de mon existence a été le jour de la naissance de mon frère ! »
Pour certains médecins ou thérapeutes, la situation d’aînité est source de problèmes. « Je refuse de généraliser, mais un nombre important d’aînés que je rencontre actuellement éprouvent des difficultés à trouver leur place une fois devenus adultes, explique ainsi le psychothérapeute et psychanalyste Gérard Louvain4. Dans leur imaginaire, tout se passe comme si quelqu’un allait les déposséder de la carrière ou de la relation qu’ils ont construite. C’est le complexe de Caïn, réduit au rang de second alors qu’il aurait voulu être le premier partout. Le problème de l’aîné est de ne pas avoir d’aîné : de manquer d’un modèle de la même génération. » Il faut souligner ici que les aînés que rencontre ce thérapeute ont, par définition, quelques difficultés psychologiques et ne sont peut-être pas totalement représentatifs. Et préciser aussi que le modèle manquant qui est évoqué est, dans les faits, totalement incarné par les parents. En réalité, le passage d’unique à aîné peut aussi être perçu positivement, car il confère une position désormais dominante vis-à-vis des enfants plus jeunes. Comme le dit le pédopsychiatre Marcel Ruffo, « le grand frère ou la grande sœur sont souvent des initiateurs, voire des confidents pour les suivants, c’est ce que confirment les parents ; encore faut-il que cet aîné ne passe pas son temps à reprocher implicitement – ou plus – à ses parents de lui avoir fait des frères et sœurs dans le dos ».
Attention : contre-exemple !
Dans cette charmante et pittoresque famille dont la mère est russe, avec un accent adorable, et dans laquelle souffle un petit vent de folie, en tout cas un brin de fantaisie, c’est la configuration inverse : l’aîné (un garçon de 10 ans) est insouciant, léger, décontracté, joyeux, non conformiste, à l’image d’ailleurs de ses parents. Du coup, la sœur, de trois ans sa cadette, est sérieuse, responsable, disciplinée, comme si elle réagissait en opposition au modèle familial (frère, parents), comme si elle voulait occuper le seul espace vacant, le seul créneau disponible : celui de l’ordre et du conservatisme. Ou bien n’est-ce qu’une illustration de l’âme slave transitoirement bridée par le stalinisme ! L’aversion pour le désordre peut dériver soit d’une attitude conformiste d’imitation parentale, soit au contraire d’une réaction au milieu ambiant, pour s’en démarquer et exister de manière différente et autonome. La meilleure illustration en est fournie par le besoin de certains enfants d’un retour à l’autorité parentale, dans les familles post-soixante-huitardes qui répugnaient farouchement à jouer les « pères fouettards ». C’est d’ailleurs la thèse actuelle de nombre de psychologues, pédagogues et autres pédopsychiatres dans une démarche empreinte de conservatisme.
L’aîné, à la naissance d’un second, doit supporter non pas une, mais deux révélations fracassantes : d’une part, il doit se résoudre au fait qu’il n’est plus le centre du monde, car il voit bien que sa mère accorde toute son attention à cet intrus, et plus seulement à lui comme avant ; d’autre part, il saisit que ce nouveau venu est le fruit des amours de ses parents et que, donc, un autre intrus, son père, occupe une position privilégiée auprès de sa mère. Cette double triangulation, si elle lui fait vivre l’expérience de la jalousie – complexe d’intrusion, complexe fraternel, œdipe, etc. (voir infra) –, va aussi lui permettre de construire son identité, du moins si l’élaboration de ces diverses effractions narcissiques est métabolisée positivement, en clair s’il franchit ces étapes sans trop de dégâts !
Ce que les aînés disent parfois de leur cadet
Un aîné harcelé : « Quand ton petit frère casse quelque chose, c’est toujours toi qu’on punit, car tu es responsable de lui. D’ailleurs, ton petit frère le sait bien et ne manque jamais de te faire bisquer… »
Une autre aînée, exaspérée : « Je peux m’entendre avec la terre entière, mais impossible de m’entendre avec ma sœur, de deux ans ma cadette ! Il faut dire que mes parents lui ont toujours donné raison… »
Un but extravagant : devenir parfait !
On demande souvent à l’aîné de montrer l’exemple, on lui attribue des responsabilités morales parfois encombrantes. C’est d’ailleurs le plus souvent chez les aînés que le sens des responsabilités conduit à une position conservatrice, en famille comme dans la société. Ce conservatisme est même une constante à toutes les époques, si l’on en croit le chercheur américain Frank J. Sulloway5 que nous reverrons plus loin. Dans nomb...
Table des matières
- Couverture
- Titre
- Copyright
- Prologue
- Introduction
- 1 - Profil psychologique de l’aîné… et de l’unique
- 2 - Cadets, benjamins, enfants du milieu : d’autres profils psychologiques
- 3 - Profils psychologiques et bouleversements familiaux
- 4 - Rang de naissance, intelligence et réussite : des arguments scientifiques ?
- 5 - « Fraternelle » rivalité
- 6 - Autres temps, autres lieux, autres mœurs ? Pas si sûr…
- 7 - Modèle familial et modèle d’attachement : l’éclairage de la psychanalyse et des études psychologiques
- 8 - L’apport de la sociologie : les théories de Darwin et de Sulloway
- 9 - Aînés : une plus grande vulnérabilité ?
- 10 - Les aspects positifs de la rivalité fraternelle : une saine compétition, une vraie complicité
- Épilogue
- Notes et références bibliographiques