
- 336 pages
- French
- ePUB (adaptée aux mobiles)
- Disponible sur iOS et Android
eBook - ePub
Des parents de même sexe
À propos de ce livre
Qu'est-ce qu'un parent ? De quoi un enfant a-t-il besoin dans une famille ? À travers le témoignage d'adultes, d'enfants et d'adolescents, ce livre propose une incursion dans le paysage encore peu exploré des familles "homoparentales". De plus en plus de gays et de lesbiennes créent des familles. Et le disent. Ils contribuent ainsi à bousculer le cadre traditionnel de la famille et posent, par leur démarche même, des questions sur des sujets aussi essentiels que la filiation, l'adoption, la procréation médicalement assistée qui vont bien au-delà de l'homosexualité. À ce titre, ces questions peuvent toucher chacun d'entre nous. Eric Dubreuil, trente-neuf ans, est père d'une fille de dix ans conçue dans le cadre d'un mariage hétérosexuel. Ingénieur de formation, consultant en entreprise, il est président de l'Association des parents et futurs parents gays et lesbiens (APGL).
Foire aux questions
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Informations
Éditeur
Odile JacobAnnée
1998Imprimer l'ISBN
9782738105967ISBN de l'eBook
9782738185051I
RELATION HÉTÉROSEXUELLE
Six familles ouvrent leur porte, six familles où des enfants, qui expriment ici leur point de vue, sont nés au sein d’une relation hétérosexuelle alors que l’un des parents vit maintenant une vie homosexuelle ou bisexuelle. Dans quatre cas, le passage à une homosexualité assumée a entraîné un divorce. Dans les deux autres, il n’y a pas eu de phénomène de rupture, soit que les parents vivent encore ensemble, soit qu’ils n’aient jamais fait vie commune.
Une complicité familiale
Jean a quarante-deux ans. Annie a trente-sept ans. Ils vivent en couple depuis treize ans, sans être mariés. Jean est le maire de son petit village. Ils exercent tous deux la profession de travailleurs sociaux. Ils ont deux filles, Anne, dix ans et Marie, huit ans. Jean entretient des relations sexuelles et affectives avec des hommes qu’Annie connaît.
« Je ne vis pas les choses comme une concurrence »
JEAN : L’homosexualité, c’est pour moi quelque chose de tout à fait ancien, qui a toujours existé ! Déjà quand j’étais tout gamin, mes fantasmes allaient vers des mecs. Mais je m’étais toujours refusé à être amoureux d’un mec. Dans ma façon « culturelle » de voir les choses, ça me paraissait impossible, compte tenu du poids de la famille : j’avais quand même pensé à être curé, et tout ça, ce n’était pas très moral ! Puis, Annie et moi avons commencé à vivre ensemble en 1983.
ANNIE : 1984.
JEAN : Oui, 1984. Au début, Annie n’était pas au courant de cet aspect de ma vie, je n’avais pas eu envie de le lui dire ! J’avais des relations avec des mecs à droite et à gauche, mais sans jamais avoir une relation bien profonde. C’était une petite “baise” sympa et on n’en parlait plus ! Jusqu’au jour où j’ai rencontré un mec dont je suis tombé plus ou moins amoureux. Là, les choses ont changé et cette part cachée de ma vie n’a pas pu rester cachée plus longtemps. Il a fallu que j’en parle parce que ça me paraissait impossible de ne pas en parler à Annie ! Et donc, j’ai dû faire étalage de ma vie. Ça s’est passé fin juin 1994, un matin à huit heures, je me souviens très bien :
– J’ai quelque chose à te dire.
– Ah ! Qu’est-ce que tu as à me dire ?
– Je suis amoureux d’un mec.
– Ah !
– Qu’est-ce que tu en penses ? Tu es dégoûtée ? Tu trouves que c’est honteux ?
Par chance, il faisait mauvais, on a pu discuter toute la journée tranquillement. Nous sommes même allés l’après-midi à la ville du coin pour faire quelques achats. Ç’a été un moment important de ma vie !
ANNIE : Tu peux dire « de notre vie » quand même !
JEAN : Oui. Mais de la mienne, en particulier. Je n’étais plus dans une histoire cachée. Cela me permettait d’être honnête avec moi-même et de ne plus avoir peur que quelqu’un se rende compte.
Par la suite, j’ai été amoureux d’un deuxième, puis d’un certain nombre d’autres après. Annie a toujours été au courant des relations que j’ai pu avoir ou que je peux avoir avec des mecs. Moi, ça me paraît important de le dire, d’un point de vue d’honnêteté intellectuelle. On ne peut pas avoir une partie de sa vie qui est cachée comme ça sans que les gens auxquels on tient, le sachent. Je pouvais craindre le problème du jugement et de la réaction ! Il n’y a pas eu de jugement et la réaction a été tout à fait positive. C’était quand même très important pour moi qu’Annie le sache.
ANNIE : Cette nouvelle m’est tombée dessus comme quelque chose de complètement nouveau. Je l’aimais suffisamment pour ne pas avoir de jugement négatif. Je dirais même qu’à l’inverse, ça a rajouté une richesse et une complicité à notre relation.
Je suis même sans doute pour quelque chose dans le fait que Jean en soit arrivé là. Il dit lui-même que je suis relativement libre dans ma tête et ça lui a permis de se libérer et de faire des choses qu’il n’aurait pas faites. Peut-être, en fin de compte, a-t-on cheminé et continue-t-on de cheminer ensemble vers cette complicité ?
S’il avait été amoureux d’une femme, ça aurait certainement coincé beaucoup plus fort ! Je ne sais pas ce que j’aurais fait, car il est difficile de se mettre dans une autre situation ! Peut-être aurais-je essayé de trouver des trucs pour que les choses se rétablissent : il y aurait eu concurrence ! Alors que là, je ne vis pas les choses comme une concurrence. C’est complètement différent ! C’est une autre vie !
« Je peux tenir la route au niveau pater familia et, à côté de ça, ne pas avoir une vie d’une normalité absolue ! »
ANNIE : Jean et moi on se connaît depuis l’école primaire et on s’est « redécouverts » en fac. Notre relation d’amitié a été très longue, avant qu’on « sorte ensemble ». On partage plein de choses très fortes depuis longtemps. Il me dit parfois : « Tu te souviens le soir, dans la 2 CV ? Je t’avais dit à l’époque que j’étais homosexuel et tu n’avais pas voulu l’entendre. » Eh bien, cela remonte à ces années d’amitié d’avant notre vie commune. Je me souviens qu’il me l’a dit et je n’ai pas voulu l’entendre parce qu’en même temps qu’il me disait ça, il me donnait d’autres signes. Il ne me l’a d’ailleurs dit qu’une fois. Il n’avait pas non plus envie de me lâcher quelque part.
JEAN : Il y avait la peur de m’assumer, la peur du qu’endira-t-on. Sans doute y avait-il aussi le désir de fonder une famille, le désir d’une normalité, le désir de remplir des fonctions qui sont les miennes aujourd’hui. Je ne distinguais pas très bien ces peurs et ces désirs à l’époque. C’était la peur de moi-même, de ce que j’étais, c’était la tentation de me castrer quelque part, de vivre une existence, non pas monacale, mais asexuée. Chacun de ces désirs et chacune de ces peurs était pierre et ciment pour arriver à construire un édifice.
À l’époque, fonder une famille, c’était pour moi nécessairement m’identifier à un modèle préexistant et classique. Aujourd’hui, c’est différent et je peux tenir la route au niveau pater familia et, à côté de ça, ne pas avoir une vie d’une normalité absolue !
En tout cas, le désir d’apparaître normal a fait qu’on a étouffé tout ça et qu’on n’en a plus reparlé. Et c’est « on » à deux, pas « je » tout seul. Je n’ai pas voulu lui en reparler et Annie n’a pas voulu entendre ce que j’avais dit. Mais les choses réapparaissent. Le déclencheur, ç’a été le départ d’Annie pour une semaine de vacances en Espagne en avril 1994. Elle m’avait laissé seul, elle avait acquis sa liberté…
ANNIE : Enfin, huit jours !
JEAN : Et moi, j’ai acquis la mienne, au même moment ! J’ai rencontré Serge sur Minitel : il était dans la même situation de père que moi. Je connaissais son nom et son prénom alors que souvent je ne connaissais même pas le prénom des mecs que je rencontrais. J’avais franchi une étape : la rencontre n’était plus simplement anonyme.
« Ce désir d’avoir des enfants était indépendant de l’homosexualité »
ANNIE : Au début de notre vie de couple, la maternité me faisait plutôt peur et, si on a eu des enfants, en tout cas Anne l’aînée, c’est parce que Jean avait un désir très fort d’enfant et que j’ai emboîté le pas. La seule chose que je prévoyais dans ma tête, c’était que, étant fille unique, si j’avais un enfant, alors j’en aurais au moins deux ! Je croyais que la vie était un long fleuve tranquille et qu’une fois qu’on vivrait ensemble, qu’on aurait un boulot, ça roulerait !
JEAN : Je savais ce que c’était de m’occuper d’enfants, car j’ai un frère de quatorze ans de moins que moi et qui avait été un peu mon fils. Ce désir d’avoir des enfants était indépendant de l’homosexualité et il l’est encore : si aujourd’hui je vois un gamin dans une poussette, ça me fait flasher.
Pour moi, à la base, c’est le désir de se prolonger soi-même, par quelque chose qui va rester. Je suis très angoissé par l’idée de la mort et j’ai un très fort désir de laisser une postérité, charnelle et aussi matérielle. La postérité charnelle, ce sont les enfants. La postérité matérielle, c’est construire des choses, relever des défis et, en fait, mettre mon nom au bas d’un registre. Tout ça, ça s’imbrique l’un dans l’autre ! C’est une chose que j’analyse clairement maintenant, mais je sais que j’avais déjà cette peur-là quand j’étais jeune.
ANNIE : C’est l’essence même de la vie que de vouloir continuer la vie. Je suis ornithologue, très sensible à la nature, et je m’intéresse à tout ce qui concerne les oiseaux, leur identification et les recherches. Eh bien, nous, hommes et femmes, faisons partie de quelque chose de plus grand et avons besoin de reproduire la vie.
Et sans doute que chez les homosexuels ces choses ne s’étaient pas encore passées parce qu’il y avait une autocensure, En fait, il est encore très près le temps où le seul fait d’être homosexuel était condamné. Alors, de là à l’afficher, à vouloir avoir des enfants et vivre une vie d’homme qui se continue, il y a un pas énorme qui a été franchi. C’est une autocensure qui se dissout progressivement.
Se pose évidemment ici la question du rapport entre nature et culture. Pour avoir un enfant, il faut un spermatozoïde et un ovule. On peut aller au-delà de l’apparent blocage naturel qui est celui d’être un homme et une femme pour avoir un enfant, à condition qu’il y ait certaines limites. Mais lesquelles ? Cela pose question. Au niveau de la conception ? Et au niveau de l’éducation ? J’ai par exemple connu une famille « hétéro », où les femmes ne supportaient pas les hommes et où les présences masculines étaient totalement absentes ! Alors, que penser ?
JEAN : Il me semble quand même souhaitable que, si un enfant est élevé par des femmes, il y ait quelque part un homme, comme régulateur. Et vice versa. Cette régulation me paraît importante au niveau physique et psychologique. Cela dit, la dimension de l’amour est essentielle : si un enfant est élevé par deux hommes ou deux femmes dans l’amour, ça ira forcément. Il n’y a pas de vérité absolue ! Ce qui importe, c’est le résultat, à partir de la façon dont les gens mènent leur vie, qui est propre à chacun. Il n’y a pas un amour, il y a des amours différentes. Ce qui compte, c’est que les parents donnent de l’amour aux enfants, et non qu’ils veuillent les pétrir dans un rôle défini.
« Dans leur tête, c’est relativement clair que leur père est homosexuel »
JEAN : Nos deux filles sont nées en 1987 et en 1989. Pour la naissance de Marie, la cadette, je n’ai pas été très présent : j’ai été élu maire de notre village en mars et Marie est née en juin.
ANNIE : Ç’a été lourd à porter. Quand Anne est née, tu étais présent, mais pour la deuxième…
JEAN : Il est vrai que la commune est une maîtresse à laquelle je donne beaucoup de temps et qui ne me donne parfois rien en retour ! Il est vrai aussi que le soir même de la naissance de Marie, j’ai eu une relation avec un mec…
ANNIE : Pour ce qui est de la vie « depuis 1994 », avec les filles, rien n’a tellement changé, si ce n’est qu’on en parle. Elles vivent certaines choses, elles ont l’habitude de rencontrer des couples de mecs qui viennent à la maison. Nous ne montons pas les choses en épingle, nous essayons de répondre aux questions si elles en ont, mais nous ne disons pas : les choses sont comme ci et comme ça. À la maison, il y a une certaine vie autour de cela, et tout n’est pas policé chez nous comme c’est peut-être ailleurs : il est arrivé que Jean dorme avec un mec et moi, avec elles : elles vivent cela dans une continuité. Elles ne posent pas vraiment de questions directes, si ce n’est par exemple : « Pourquoi Papa dort avec, un homme ? »
JEAN : Ou encore une fois, on parlait de télé, et je disais qu’il y aurait bientôt une chaîne gaye. Anne m’a demandé ce que ça voulait dire.
ANNIE : Tu n’as d’ailleurs pas bien répondu, car tu as dit que « ce n’était pas triste » ! J’allais dire que c’était une chaîne sur laquelle il allait y avoir des émissions sur l’homosexualité et tu m’as eue « de vitesse » avec cette réponse. Et c’est dommage, car c’était une perche tendue qu’il ne fallait pas louper. Ce sont des choses à faire au quotidien, plutôt que de donner dans l’officiel.
JEAN : Une autre fois, en vacances, j’étais couché avec quelqu’un et Marie est venue nous réveiller le matin. J’étais couché sur son épaule quand elle est entrée. Je ne crois pas que cela l’ait troublée spécialement.
ANNIE : Elle n’est pas troublée, car elle le vit dans l’indifférence et dans la continuité.
JEAN : Le mot « homosexuel » est prononcé à la maison. Je lis Têtu. Dans mon bureau, il y a des photos où des mecs s’embrassent. Elles ont forcément accès à cela.
ANNIE : L’autre jour, Marie a dit : « Oh, là, là ! il y a beaucoup de messieurs dans cette revue ! » et je lui ai dit : « Oui, et c’est des beaux mecs, ils sont vachement musclés ! »
JEAN : Je pense que dans leur tête, c’est relativement clair que leur père est homosexuel. Par exemple, elles n’emploient plus le mot « pédé » en tant qu’injure, comme le font les enfants de leur âge. Je ne vois pas pourquoi on officialiserait davantage la situation et pourquoi on leur dirait des choses qu’elles n’ont pas forcément envie d’entendre.
ANNIE : Et puis, elles ne sont pas au même stade. Anne est à un âge où elle peut piger des choses et où elle aura une capacité de se protéger vis-à-vis des autres par une certaine discrétion alors que Marie est très spontanée et pourra raconter n’importe quoi n’importe où, et elle pourra le prendre dans les dents après.
JEAN : Les parents peuvent aussi avoir une vie que leurs enf...
Table des matières
- Couverture
- Titre
- Copyright
- Préface
- Avant-propos
- I - Relation hétérosexuelle
- II - Coparentalité
- III - Adoption
- IV - Procréation médicalement assistée
- Conclusion : Enjeux des familles homoparentales
- Annexe : Qu’est-ce que l’APGL ?
- Remerciements
- Table