La Croissance ou le chaos
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La Croissance ou le chaos

  1. 240 pages
  2. French
  3. ePUB (adaptée aux mobiles)
  4. Disponible sur iOS et Android
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La Croissance ou le chaos

À propos de ce livre

« Relever la France : c'est Ă  cet immense dĂ©fi que ce livre veut rĂ©pondre. C'est par la croissance que tout peut et doit commencer. Sans croissance, aucun accompagnement social ne pourra sortir les banlieues de l'orniĂšre. Sans croissance, les espoirs de promotion sociale disparaissent. Sans croissance, inutile d'espĂ©rer rompre avec la spirale du dĂ©ficit ou rembourser la dette. L'alternative est donc simple : soit la France renoue avec la croissance, soit elle sombre dans le chaos. Le rĂŽle de la puissance publique, aujourd'hui, c'est de crĂ©er les conditions pour que les entreprises innovantes naissent, croissent, s'Ă©panouissent et redynamisent l'Ă©conomie française. Il est urgent de rĂ©former pour rendre plus efficaces la recherche, l'UniversitĂ© et l'innovation. » C. B. Christian Blanc nous donne ici des idĂ©es et des propositions concrĂštes pour conjurer le mal français. Christian Blanc a Ă©tĂ© prĂ©fet, a rĂ©tabli la paix en Nouvelle-CalĂ©donie, a dirigĂ© la RATP et Air France, qu'il a sauvĂ©. Il a créé « L'Ami public », un club qui mĂšne une rĂ©flexion sur la rĂ©forme de l'État et la modernisation sociale. Depuis 2002, il est dĂ©putĂ© des Yvelines.

Foire aux questions

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Informations

1
La croissance pourquoi ?
La croissance comment ?
Un rapport d’étonnement
Certaines entreprises japonaises, amĂ©ricaines ou britanniques ont l’habitude de demander aux cadres qu’elles envoient Ă  l’étranger de rĂ©diger un rapport d’étonnement. Il s’agit de consigner quelques faits, impressions, intuitions, sans souci de hiĂ©rarchie. Cette pratique repose sur l’idĂ©e que tout ce que les autres pays font de surprenant mĂ©rite d’ĂȘtre Ă©tudiĂ©. Elle a Ă©tĂ© adoptĂ©e par certaines grandes Ă©coles françaises, qui exigent un rapport d’étonnement de leurs Ă©tudiants lorsqu’ils suivent une annĂ©e d’étude dans une universitĂ© Ă©trangĂšre. Tout au long d’un parcours riche en expĂ©riences, tant au service de l’État que dans l’entreprise, j’ai eu la chance de multiplier les voyages, visites et rencontres Ă  l’étranger. Chacun de ces voyages, chacune de ces rencontres m’ont donnĂ© la matiĂšre pour autant de rapports d’étonnement Ă  usage personnel, dont j’ai toujours nourri ma rĂ©flexion.
Depuis une dizaine d’annĂ©es, pour tout ce qui a trait Ă  l’économie, l’étonnement a souvent laissĂ© la place Ă  l’inquiĂ©tude. L’étonnement s’estompe avec l’observation rĂ©pĂ©tĂ©e de modes d’organisation similaires dans les rĂ©gions les plus performantes en matiĂšre de croissance. Face Ă  des phĂ©nomĂšnes dĂ©jĂ  observĂ©s, il n’y a plus de surprise. L’inquiĂ©tude apparaĂźt avec le sentiment que la France est en train de passer Ă  cĂŽtĂ© d’un mouvement gĂ©nĂ©ral qui modifie en profondeur les rĂšgles du dĂ©veloppement Ă©conomique. Car elle reste Ă©trangement Ă  l’écart de ces Ă©volutions, comme paralysĂ©e face Ă  l’idĂ©e que le modĂšle qui a fait son succĂšs pendant les Trente Glorieuses n’est peut-ĂȘtre plus adaptĂ©. Partager les conclusions de mes rapports d’étonnement. Tenter de comprendre pourquoi la France ne s’inspire pas des mĂ©thodes des rĂ©gions les plus efficaces. Proposer des pistes pour qu’elle ne s’enferme pas dans des choix pĂ©rimĂ©s, pour que les Français reprennent confiance dans leur avenir collectif. Tel est le sens de mon engagement sur la scĂšne politique, tel est Ă©galement le but de cet ouvrage.
« J’attends la croissance amĂ©ricaine »
Pour un dĂ©putĂ© Ă©lu pour la premiĂšre fois, les dĂ©buts dans la vie de parlementaire sont Ă©maillĂ©s de multiples petites surprises. Avec lesquelles on pourrait facilement nourrir un autre type de rapport d’étonnement. Mais bien vite une impression l’emporte sur les autres : la reprĂ©sentation nationale consacre infiniment plus de temps Ă  se demander comment dĂ©penser la richesse nationale qu’à rĂ©flĂ©chir aux façons de l’accroĂźtre. La question de la redistribution passe avant celle de la croissance.
Dans le dĂ©bat politique français, la notion de croissance Ă©conomique fait figure d’objet mal identifiĂ©. Les raisons de la confusion qui rĂšgne autour de ce concept de base de l’analyse Ă©conomique sont diverses. La plus Ă©vidente est que si les Ă©vocations de la croissance rythment la vie politique, elles sont rarement Ă©clairantes. En pĂ©riode Ă©lectorale, les candidats rivalisent de prĂ©visions optimistes pour justifier des promesses de dĂ©penses nouvelles et de rĂ©formes indolores. Dernier exemple spectaculaire, en 2002 Jacques Chirac et Lionel Jospin avaient tous deux construit leurs programmes sur une hypothĂšse de croissance de 3 % par an pendant le quinquennat Ă  venir. On sait dĂ©sormais ce qu’il en est.
Plus tard, lors du dĂ©bat sur le budget, la majoritĂ© et l’opposition s’écharpent sur l’hypothĂšse de croissance retenue par le gouvernement. Enfin, chaque fois que les services d’études compĂ©tents annoncent le taux de croissance effectivement rĂ©alisĂ© lors de l’exercice prĂ©cĂ©dent, tout responsable politique de la majoritĂ© ou de l’opposition se doit de faire un commentaire. C’est un passage obligĂ©. Un rite qui suit des rĂšgles immuables. Il faut distinguer deux cas : celui d’une croissance forte et celui d’une croissance faible. Si la croissance des annĂ©es prĂ©cĂ©dentes Ă©tait forte, la majoritĂ© se fĂ©licite de l’efficacitĂ© de son action, tandis que l’opposition affirme que seule la conjoncture est responsable de ce rĂ©sultat et accuse le gouvernement de gaspiller cette aubaine en ne procĂ©dant pas aux rĂ©formes miraculeusement rendues possibles. Au contraire, si la croissance Ă©tait faible, la majoritĂ© se lamente d’une si rude conjoncture, Ă  laquelle elle ne peut rien, et l’opposition n’a de cesse de stigmatiser ce gouvernement qui, par son action, plombe l’économie du pays. Quelques annĂ©es plus tard, l’alternance ayant fait son Ɠuvre, les acteurs Ă©changeront leurs rĂŽles, sans s’inquiĂ©ter d’ajouter la contradiction Ă  la contradiction.
Le grand public, quant Ă  lui, garde ses distances avec ces dĂ©bats et fait deux constats simples. PremiĂšrement, les prĂ©visions de croissance s’avĂšrent le plus souvent largement erronĂ©es. Rien de surprenant quand on apprend au dĂ©tour des journaux qu’il a Ă©tĂ© calculĂ© que le tremblement de terre de Kobe a fait perdre Ă  la France 0,5 % de croissance en 2000, ou encore que l’euphorie dĂ©clenchĂ©e par la victoire des Bleus lors de la coupe du monde lui a, au contraire, fait gagner 0,5 % de croissance en 1998. L’Insee et les autres instituts de prĂ©vision ne sont pas Ă  blĂąmer, Ă  l’impossible nul n’est tenu ! DeuxiĂšmement, la confusion et le rĂšgne de la contradiction entraĂźnent une forme de rĂ©signation. Plus que jamais, le mot fameux de Cocteau, « puisque ces phĂ©nomĂšnes nous dĂ©passent, feignons d’en ĂȘtre les organisateurs », semble s’appliquer Ă  la classe politique.
Impossible Ă  prĂ©voir de façon prĂ©cise Ă  court terme et impossible Ă  maĂźtriser complĂštement, la croissance Ă©conomique est un outil bien retors. La tentation est grande de ne pas la considĂ©rer comme un objectif prioritaire et de se contenter d’affirmer, comme tant de ministres des Finances successifs commentant leur politique Ă©conomique : « J’attends la croissance amĂ©ricaine. »
Éliminer le bruit, raffermir le socle
Ma dĂ©marche, dans cet ouvrage, consiste avant tout Ă  remettre la croissance Ă©conomique Ă  sa place, celle d’un objectif indispensable qui ne s’évalue que sur le long terme. Comparer la croissance de la France en 2005 avec celle rĂ©alisĂ©e en 2004 n’a pas de sens. SpĂ©culer sur des prĂ©visions de croissance au dixiĂšme, voire au centiĂšme de point, n’est pas raisonnable. En revanche, comparer les croissances moyennes de deux pays sur une pĂ©riode de dix ans est riche d’enseignements. De mĂȘme que comparer les croissances moyennes d’un mĂȘme pays sur deux pĂ©riodes de dix ans distinctes.
Lorsqu’ils Ă©tudient une courbe de donnĂ©es qui varient dans le temps, les scientifiques distinguent deux composantes, la tendance et le « bruit ». Le bruit, ce sont les petites variations de court terme qui affectent la courbe sans la faire dĂ©vier de sa trajectoire de long terme. En matiĂšre de croissance Ă©conomique, le bruit, c’est ce sur quoi se focalisent les responsables politiques obnubilĂ©s par le court terme. Ce sont les variations annuelles liĂ©es Ă  une hausse conjoncturelle du pĂ©trole, Ă  une catastrophe naturelle, Ă  un cadeau fiscal, voire, on l’a dit, Ă  un surprenant triomphe sportif. En Ă©tudiant les moyennes sur une dizaine d’annĂ©es on peut rĂ©flĂ©chir sur la tendance, que l’on prĂ©fĂ©rera nommer le socle de croissance d’une Ă©conomie. Ce socle, c’est la mesure de la performance d’un modĂšle de dĂ©veloppement Ă©conomique.
L’objectif de ce livre est d’isoler le lecteur du bruit et de tracer un chemin pour raffermir le socle de croissance de la France. C’est pourquoi je n’aborderai pas les questions relatives aux politiques macroĂ©conomiques. L’importance qui leur est accordĂ©e est souvent trop grande, sans commune mesure avec leur impact rĂ©el sur la crĂ©ation de richesse. Le socle de croissance est essentiellement le rĂ©sultat de choix microĂ©conomiques. Le rĂŽle des mĂ©canismes de rĂ©gulation macroĂ©conomiques n’est que d’attĂ©nuer le bruit, de faire en sorte que les chocs conjoncturels que subiront toujours nos Ă©conomies modernes ne les dĂ©rĂšglent pas excessivement. C’est lĂ  une tĂąche d’experts qui met en jeu des mĂ©canismes trĂšs techniques. Ce sont des choix qui trouvent difficilement leur place dans le dĂ©bat public car ils sont faits Ă  des moments imprĂ©visibles. Pour que le pilotage macroĂ©conomique puisse s’effectuer sereinement, les responsables doivent pouvoir s’appuyer sur la confiance des citoyens. DĂšs lors que des choix microĂ©conomiques pertinents auront dotĂ© la France d’un modĂšle Ă©conomique en phase avec les exigences du XXIe siĂšcle, dĂšs lors que le socle de croissance aura retrouvĂ© un niveau conforme aux potentiels du pays, nul doute que cette confiance sera largement accordĂ©e Ă  ceux qui ont la charge de fixer les taux d’intĂ©rĂȘt ou de choisir les critĂšres du pacte de stabilitĂ©.
La croissance expliquée à mon fils
Puisqu’il est nĂ©cessaire de dissiper quelques malentendus, appliquons-nous, avant d’aller plus avant, Ă  rĂ©pondre aux trois questions suivantes : qu’est-ce que la croissance ? Quels en sont les dĂ©terminants ? Pourquoi est-il si important d’avoir une Ă©conomie en croissance ?
La croissance Ă©conomique, c’est l’augmentation de la production totale de l’ensemble des biens et des services, c’est-Ă -dire de ce qu’on appelle le produit intĂ©rieur brut (PIB). Deux phĂ©nomĂšnes s’additionnent pour expliquer la croissance du PIB : l’augmentation de l’emploi et l’amĂ©lioration de la productivitĂ© des travailleurs. Pour crĂ©er plus de richesse, il faut soit travailler plus, soit travailler mieux, c’est-Ă -dire ĂȘtre plus productif. Le facteur le plus immĂ©diat pour expliquer l’amĂ©lioration de la productivitĂ© est l’augmentation du capital investi par travailleur pour mettre Ă  leur disposition des outils plus efficaces. Mais l’observation historique des taux de croissance du PIB fait apparaĂźtre que la variation des facteurs de production que sont le travail et le capital investi ne suffit pas Ă  expliquer la totalitĂ© de la croissance. La partie restante est attribuable Ă  l’efficacitĂ© de l’économie dans l’utilisation de ces facteurs de production, c’est-Ă -dire Ă  ce que les Ă©conomistes appellent la productivitĂ© gĂ©nĂ©rale des facteurs (PGF).
Travail, capital et productivitĂ© gĂ©nĂ©rale des facteurs : illustrons Ă  partir d’un exemple volontairement simpliste comment ces trois facteurs tirent la croissance. Imaginons une vaste Ă©tendue de terre mise Ă  disposition d’un homme seul, sans outil, pour y cultiver du blĂ©. Dans ces conditions, il n’exploite qu’une petite partie de la surface et obtient une faible quantitĂ© de blĂ©. L’annĂ©e suivante, il est rejoint par un deuxiĂšme paysan. La rĂ©colte est plus importante. C’est la consĂ©quence d’une augmentation du facteur travail. L’annĂ©e d’aprĂšs, les deux cultivateurs achĂštent des outils pour labourer le sol et pour faucher leur champ. À nouveau, la rĂ©colte est plus importante. Cette fois, c’est la consĂ©quence d’une augmentation du capital investi par travailleur. Par la suite, ils dĂ©couvrent l’intĂ©rĂȘt qu’ils ont Ă  sĂ©lectionner les grains. Le volume de la rĂ©colte continue d’augmenter d’annĂ©e en annĂ©e grĂące Ă  l’amĂ©lioration permanente du choix des semis. Le travail fourni n’a pas variĂ©, pas plus que le capital investi : la croissance de la rĂ©colte est due Ă  l’amĂ©lioration de la productivitĂ© gĂ©nĂ©rale des facteurs.
L’économie de la connaissance
Bien entendu, dans l’économie rĂ©elle, les choses ne sont jamais si simples. La croissance n’est en gĂ©nĂ©ral pas due Ă  un des trois facteurs isolĂ© des autres, mais Ă  une combinaison des trois facteurs. Il arrive aussi que la croissance par la productivitĂ© gĂ©nĂ©rale des facteurs se fasse au dĂ©triment de l’emploi. C’est ce qui s’est passĂ© en France dans les annĂ©es 1980. Au cours de cette dĂ©cennie, l’emploi a diminuĂ© alors que la productivitĂ© augmentait d’environ 1,5 % par an. En rĂ©alitĂ©, la France amĂ©liorait la productivitĂ© moyenne de ses travailleurs en abusant de l’avantage artificiel qui consiste Ă  ne faire travailler que les salariĂ©s les plus productifs. Elle paye cette stratĂ©gie au prix d’un taux d’emploi trĂšs bas, notamment chez les plus jeunes et les plus ĂągĂ©s.
Depuis le dĂ©but des annĂ©es 1990, une politique de l’emploi plus efficace a permis de rompre avec cette logique suicidaire et le niveau de chĂŽmage s’est enfin stabilisĂ© – hĂ©las Ă  un niveau trĂšs Ă©levĂ©. Dans le mĂȘme temps, les gains de productivitĂ© se sont effondrĂ©s, faisant apparaĂźtre une triste vĂ©ritĂ© : l’économie française n’était pas capable d’amĂ©liorer sa productivitĂ© autrement qu’en excluant du marchĂ© du travail les travailleurs les moins productifs. Terrible constat rendu plus cruel encore par la comparaison avec les États-Unis. À la mĂȘme Ă©poque, de l’autre cĂŽtĂ© de l’Atlantique, la productivitĂ© ne cessait de croĂźtre sans s’accompagner d’un chĂŽmage de masse. Pour comprendre les raisons de cet Ă©chec, Ă©tudions les trois principaux facteurs de productivitĂ© que sont la qualitĂ© des infrastructures, le capital humain – en particulier la part de la population ayant reçu une Ă©ducation supĂ©rieure – et le niveau technologique gĂ©nĂ©ral d’un pays.
La qualitĂ© des infrastructures permet de faire la diffĂ©rence avec les pays peu industrialisĂ©s, mais n’est pas un facteur dĂ©cisif dans la compĂ©tition avec les pays comparables Ă  la France. Pour ces pays, la productivitĂ© gĂ©nĂ©rale des facteurs, et donc la prospĂ©ritĂ© Ă  long terme, repose avant tout sur les deux autres facteurs, c’est-Ă -dire sur les paramĂštres liĂ©s Ă  l’économie de la connaissance. La qualitĂ© de l’éducation et l’intensitĂ© de la recherche, bien sĂ»r, mais aussi l’organisation des mĂ©canismes qui permettent de valoriser la connaissance dans l’économie. L’efficacitĂ© de cette organisation peut ĂȘtre Ă©valuĂ©e grĂące Ă  de multiples critĂšres. Citons, entre autres, le nombre de brevets dĂ©posĂ©s, la capacitĂ© Ă  attirer les meilleurs chercheurs et les meilleurs Ă©tudiants internationaux, la frĂ©quence des Ă©changes entre les milieux de la recherche et de l’entreprise
 Au regard de tous ces indicateurs, la France est largement dĂ©passĂ©e par les États-Unis ainsi que par la plupart des pays dĂ©veloppĂ©s qui lui sont comparables. Cela explique les faibles performances de notre pays en termes de croissance. L’analyse des facteurs qui gĂ©nĂšrent la croissance nous amĂšne donc Ă  mettre la production de la connaissance au centre de nos prĂ©occupations. Car c’est grĂące Ă  la connaissance et Ă  l’innovation que l’on peut faire dĂ©coller la productivitĂ© tout en intĂ©grant un maximum de travailleurs dans les entreprises.
Les brouettes de Staline
Une autre façon de rĂ©flĂ©chir sur le PIB consiste Ă  Ă©tudier les dĂ©terminants de la croissance, c’est-Ă -dire les raisons pour lesquelles les richesses qui composent le PIB sont effectivement produites. Commençons par quelques exemples. Lorsque la tĂ©lĂ©vision devient un bien accessible Ă  la plus grande partie de la population, qui dĂ©cide alors massivement de s’équiper, il y a croissance. Lorsqu’un nouveau service apparaĂźt et rencontre une demande, il y a croissance. Lorsque l’État finance la construction du viaduc de Millau, il y a croissance. Lorsque le marchĂ© japonais s’ouvre et que les produits de luxe français s’y arrachent, il y a augmentation de la production nationale, il y a croissance. Lorsque les constructeurs automobiles inventent le pot catalytique, le freinage ABS ou la direction assistĂ©e et parviennent Ă  convaincre les consommateurs de remplacer leurs voitures, il y a croissance. Ces exemples illustrent les trois destins possibles pour un bien ou un service produit : il est soit consommĂ©, soit immobilisĂ© s’il s’agit d’un investissement comme le viaduc de Millau, soit exportĂ©. Les trois moteurs de la croissance sont donc la consommation, l’investissement et les exportations.
Les exemples de gĂ©nĂ©ration de croissance citĂ©s ci-dessus ont un point commun essentiel : les produits ou les services concernĂ©s rĂ©pondent tous Ă  un besoin, ou du moins Ă  une demande. Il ne peut y avoir de croissance durable que pour satisfaire une demande, c’est le propre d’une Ă©conomie de marchĂ©. Il y a une exigence de rentabilitĂ©. Le viaduc de Millau ne participe Ă  la croissance que parce qu’il est utile, parce qu’un nombre suffisant d’automobilistes est prĂȘt Ă  acquitter un pĂ©age pour profiter du gain de temps que permet cet ouvrage. Lorsque l’Union soviĂ©tique investissait massivement dans la construction d’une gigantesque voie ferrĂ©e devant relier l’Orient et l’Occident de l’empire en passant par le nord de la SibĂ©rie, qui a Ă©tĂ© rebaptisĂ©e la « voie morte » car elle n’a jamais servi, il y avait effectivement crĂ©ation d’un nouveau bien, mais un bien qui ne valait rien, il n’y avait donc pas de croissance. Le raisonnement est identique pour les biens de consommation, il ne suffit pas de les produire, il faut pouvoir les vendre. Lorsque le plan quinquennal de l’URSS prĂ©voyait la production de millions de brouettes dont personne ne savait que faire, il n’y avait pas de croissance, mĂȘme s’il y avait accumulation de biens.
L’ùre de l’économie de l’innovation
Pour comprendre ce qui tire la croissance dans une Ă©conomie dĂ©veloppĂ©e du XXIe siĂšcle telle que celle de la France il faut donc d’abord comprendre la nature des demandes qui s’expriment.
La rĂ©ussite exemplaire du viaduc de Millau et la majestĂ© de l’ouvrage ne doivent pas nous leurrer. Les besoins d’investissements lourds, pilotĂ©s par l’État, rapidement rentables ne sont pas extensibles Ă  l’infini. Si dans une France ravagĂ©e par la guerre la construction de ponts, de routes, de villes nouvelles
 a pu ĂȘtre un puissant moteur de croissance pendant quelques dĂ©cennies, cette Ă©poque, celle des grands travaux, est aujourd’hui rĂ©volue. Bien sĂ»r, des besoins demeurent, comme le TGV-Est ou la liaison ferroviaire entre Lyon et Turin. D’autres peuvent apparaĂźtre ponctuellement, comme le besoin d’équipements sportifs pour accueillir d’éventuels Jeux olympiques. Mais chacun sent bien que ce n’est plus autour de ce type d’investissements que peut se structurer la croissance de la France.
Que dire de l’augmentation du volume de production de biens de consommation incorporant peu d’innovation, sinon que cette stratĂ©gie conduit Ă  une double impasse. Tout d’abord, dans un pays oĂč 95 % des foyers sont Ă©quipĂ©s d’un tĂ©lĂ©viseur, 81 % d’une voiture, 92 % d’un lave-linge, oĂč sont les marges ? Et le grand marchĂ© europĂ©en ne nous est ici d’aucun secours puisque ces proportions sont sensiblement identiques dans les autres pays membres de l’Union. Certes, il existe des besoins de renouvellement car ces produits n’ont pas une durĂ©e de vie infinie ; certes, il existe de vastes marchĂ©s Ă  travers le monde, mais miser sur ces dĂ©bouchĂ©s pour tirer la croissance de la France nous conduirait dans une deuxiĂšme impasse : comment rivaliser sur ces marchĂ©s avec les pays Ă©mergents qui profitent d’un coĂ»t de la main-d’Ɠuvre incomparablement moins Ă©levĂ© et qui disposent de la capacitĂ© technologique suffisante pour produire ce type de biens ? Étant entendu qu’une concurrence salariale avec des pays comme la Chine est inenvisageable, il faut bien se rĂ©soudre Ă  conclure que cette Ă©quation n’a pas de solution positive. La production de jeans ou de tĂ©lĂ©viseurs bas de gamme n’a pas d’avenir en France. Pire, la demande intĂ©rieure pour ce type de biens restant non nulle, les importations pour fournir cette demande contribuent Ă  dĂ©grader la balance commerciale.
Dans ce contexte, la France n’a pas le choix, pour financer ses mĂ©canismes de protection sociale, pour accroĂźtre sa richesse, elle doit faire la course en tĂȘte dans l’innovation. C’est la seule voie Ă  explorer pour produire des biens et des services qui, d’une part, rĂ©pondent Ă  une demande et qui, d’autre part, sont compĂ©titifs par rapport Ă  la concurrence Ă©trangĂšre. Celui qui repousse la frontiĂšre de la connaissance, qui rĂ©vĂšle de nouveaux produits ou de nouvelles techniques bĂ©nĂ©ficie, en tant qu’inventeur, d’un avantage compĂ©titif solide. Nous sommes entrĂ©s dans l’ùre de l’économie de l’innovation en ce sens que l’innovation est devenue, Ă  la fois, le moteur de la croissance globale des pays dĂ©veloppĂ©s et le facteur dĂ©cisif du succĂšs des acteurs Ă©conomiques, aussi petits soient-ils, dans la concurrence qu’ils se livrent entre eux.
Les NTIC et la croissance globale
L’exemple de la rĂ©volution des technologies de l’information et de la communication – qu’on a appelĂ©es lorsqu’elles sont apparues les NTIC – illustre parfaitement le rĂŽle de l’innovation dans la croissance des pays dĂ©veloppĂ©s. À la fin des annĂ©es 1980, le marchĂ© de la tĂ©lĂ©phonie Ă©tait proche de la saturation, autant aux États-Unis qu’en Europe occidentale ou au Japon. L...

Table des matiĂšres

  1. Couverture
  2. Titre
  3. Copyright
  4. Introduction
  5. 1 - La croissance pourquoi ? La croissance comment ?
  6. 2 - Le modÚle économique et social français est mort
  7. 3 - L’économie des clusters
  8. 4 - Les pÎles de compétitivité, des clusters à la française ?
  9. 5 - Libérer les universités pour libérer la recherche
  10. 6 - Libérer les régions pour libérer les décideurs locaux
  11. Conclusion
  12. Post-scriptum