
- 400 pages
- French
- ePUB (adaptée aux mobiles)
- Disponible sur iOS et Android
eBook - ePub
L' Empire colonial sous Vichy
À propos de ce livre
Une équipe de spécialistes français et internationaux présente un panorama sans précédent de la France coloniale à une époque cruciale. Comment Vichy s'est-il efforcé de souder le bloc colonial à la métropole ? Quel tour a pris la politique autoritaire, notamment l'encadrement de la jeunesse ? Comment la Révolution nationale a-t-elle été mise en scène ? Comment la législation antisémite a-t-elle été appliquée ? Quelles furent les stratégies des élites pour préserver leur capital d'influence ? Quels furent les enjeux de l'après-Vichy au niveau de l'empire et à travers l'exemple significatif de Madagascar ? Un miroir essentiel pour éclairer les logiques profondes et les modes de fonctionnement du régime né de la défaite ; une remise en place de la période de Vichy dans la longue durée de l'histoire coloniale et de la décolonisation. Jacques Cantier est maître de conférences à l'université de Toulouse-Le-Mirail. Il est notamment l'auteur de L'Algérie sous le régime de Vichy. Éric Jennings est professeur à l'Université de Toronto (Canada) et a publié Vichy sous les tropiques.
Foire aux questions
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Informations
L’enracinement social du régime
L’attitude des populations locales
L’attitude des populations locales
LES ÉLITES EUROPÉENNES ET COLONIALES FACE AU NOUVEAU RÉGIME EN AFRIQUE-OCCIDENTALE FRANÇAISE
Ruth Ginio
Lorsqu’en juin 1940, la situation militaire en France commença à s’éclaircir et qu’il apparut que le maréchal Philippe Pétain allait signer un armistice avec l’Allemagne, l’administration coloniale de l’AOF se trouva confrontée à un dilemme lourd. Elle devait obéissance à ce gouvernement, mais l’éloignement de la métropole et l’appel de Charles de Gaulle à la poursuite du combat à partir de l’empire lui offraient la possibilité de se rallier aux Forces françaises libres, comme l’avait fait pour l’AEF le gouverneur du Tchad, Félix Éboué, en août. En fin de compte, elle avait choisi de rester sous l’autorité de Vichy. L’anglophobie nourrie par l’attaque sur Mers el-Kébir et, en septembre, sur Dakar, ainsi que la nomination du gouverneur de l’AEF, Pierre Boisson, partisan enthousiaste du nouveau régime, comme gouverneur de l’AOF, s’ajoutaient au fait que le chef de l’État français était une figure charismatique, alors que de Gaulle, officier peu connu ne bénéficiait pas de la légitimité de Pétain. L’éloignement de la métropole offrait à Boisson, même après avoir fait allégeance à Vichy, une certaine liberté d’action qui lui aurait permis, par exemple, d’appliquer avec moins de rigueur les nouvelles lois promulguées en métropole pour la répression des ennemis du régime : francs-maçons, communistes et Juifs. Cet éloignement fait de l’AOF un cas d’école particulièrement intéressant pour l’étude de l’attitude de l’administration coloniale et des résidents européens à l’égard de l’État français et de son idéologie.
On examinera ici l’accueil fait au nouveau régime par les élites européennes et africaines de l’AOF. Pour les premières, et dans le contexte colonial, le terme d’« élites » inclut tous les résidents européens, même si une partie d’entre eux n’aurait pas été considérée comme tels en France. Être Européen suffisait pour faire partie de l’élite dominante et bénéficier des privilèges étendus qui étaient déniés aux indigènes1. Par contre, peu d’Africains appartenaient, en fait, aux « élites africaines », terme auquel l’administration coloniale donnait des définitions formelles. L’une était définie comme l’élite « moderne » ou « intellectuelle » ; l’autre comme l’élite « traditionnelle » qui incluait les chefs intégrés à l’administration coloniale et les dirigeants islamiques. Ces définitions restaient imprécises, une personne pouvant appartenir aux deux catégories à la fois. Pour examiner les attitudes face au régime de Vichy, on s’y référera pourtant, étant entendu que ces catégories ne sont pas parfaitement étanches. Après l’attitude des élites européennes, on verra celle des élites africaines occidentalisées, celle des chefs traditionnels et, enfin, celle des dirigeants islamiques.
L’attitude des Européens d’AOF à l’égard du régime de Vichy
Les résidents européens de l’AOF constituent plusieurs groupes : les administrateurs et leurs familles, si celles-ci les accompagnaient, les hommes d’affaires et les commerçants, les ecclésiastiques, les missionnaires et les colons, propriétaires terriens, de la Côte-d’Ivoire et de la Guinée. Ce dernier groupe était très réduit : il comptait en Côte-d’Ivoire deux cents familles, avant la guerre ; moins encore en Guinée, parce que le climat rude de l’Afrique occidentale n’attirait pas un nombre important de colons blancs. Pour tenter de comprendre leur attitude, on s’appuiera sur les archives de l’administration coloniale de l’époque de Vichy ainsi que sur les protocoles des « comités d’épuration » de la Libération. Ces documents sont particulièrement utiles du fait qu’ils reflètent un effort conscient pour saisir les mobiles visibles ou cachés des fonctionnaires restés loyaux au régime.
Les fonctionnaires de l’administration coloniale
La première question qui se pose pour l’administration coloniale concerne les changements intervenus avec l’instauration du nouveau régime. En AOF comme en France, on constate une continuité de l’action administrative et de son personnel. Il reste que certains administrateurs de grades divers ont été limogés en application des instructions qui ordonnaient le limogeage de fonctionnaires communistes, francs-maçons ou juifs2. Le gouverneur du Sénégal, G. Parisot, avait été limogé, le 1er janvier 1941, parce qu’il était franc-maçon ; de même, L. J. Delpech et M. L. Montagne, au Togo. Le gouverneur de la Côte-d’Ivoire, Horace Crocicchia avait été limogé pour avoir rencontré un major anglais en Côte-d’Ivoire, en 1940, et avait été remplacé par Hubert Deschamps3. Cela dit, la plupart des administrateurs sont restés en place. Deschamps, comme d’autres fonctionnaires qui avaient remplacé les gouverneurs limogés, n’était pas un nouveau venu dans les colonies. Il avait servi la République dans diverses régions de l’empire et, notamment, sous le gouvernement du Front populaire4. De sorte que, malgré ces limogeages, la continuité de l’administration fut préservée.
Aux grades subalternes, trente et un administrateurs sur quatre cents furent limogés pour les motifs « politiques5 ». Les cas les plus connus furent Léon Geismar, le secrétaire général du gouverneur du Sénégal, rétrogradé à un poste subalterne parce qu’il était juif6, et celui d’Edmond Louveau, le lieutenant-gouverneur de la Côte-d’Ivoire, qui fut interné dans un camp de concentration en métropole, pour son opposition au régime de Vichy7. Le cas de Jacquemin-Verguet qui, depuis 1939 était chef de l’état-major du colonel commandant de la Guinée, et de son secrétaire général, Martine, illustre le dilemme des fonctionnaires opposés au nouveau régime mais qui craignaient d’être limogés s’ils ne faisaient pas acte d’allégeance. Le 14 août 1940, P. Giaccobi, gouverneur de la Guinée, adressa une lettre à Boisson, où il imputait à Martine la responsabilité des manifestations de la population africaine. Il écrivait que dans les premiers jours qui suivirent l’armistice, l’incertitude régnait dans l’administration sur le sort des colonies et du fait de l’absence d’instructions venant de la métropole. Quant aux notables africains, ils ne savaient pas comment ils devaient agir. Quelques paroles choisies auraient suffi, disait Giaccobi, à dissiper le trouble des administrateurs et de la population mais Martine et ses collègues avaient semé le trouble et l’inquiétude dans leur entourage et avaient suscité l’émeute en annonçant que l’administration coloniale souhaitait les livrer à l’ennemi allemand8.
Jacquemin-Verguet fut accusé d’avoir dit, dans un discours aux troupes africaines à Kindia, en Guinée, que la guerre n’était pas terminée pour la France et que les Anglais étaient pour elle une dernière carte. À la suite de ces deux incidents, Martine et Jacquemin-Verguet furent déplacés de Guinée au Sénégal. Jacquemin-Verguet était expédié à Thies où il entra à la Légion française des combattants9. Il en devint un soutien enthousiaste, au point de s’offrir pour prononcer, lors des célébrations de la Légion, les discours qui encensaient le régime de Vichy et sa « Révolution nationale ». Ceci lui valut une enquête à la Libération où deux démarches en faveur de personnes accusées de soutenir les gaullistes, alors qu’il était déjà réputé soutenir Vichy, furent prises en compte. La conclusion du rapport de 1944 qui le concernait fut que son ralliement à Vichy n’était que de façade et ne devait qu’assurer son maintien à son poste et sa promotion10.
Dans le cas du secrétaire général du Togo, M. Gaudillot, le président de la chambre de commerce avait témoigné que son adhésion à la Légion n’était due qu’aux pressions du gouverneur, J. Saint-Alary, et que Gaudillot n’avait jamais accepté la défaite11. D’autres fonctionnaires n’ont pas réussi à convaincre le comité d’épuration que leur soutien à Vichy découlait uniquement des pressions et du souci de leur carrière. Bethet qui, sous Vichy, était directeur général des affaires politiques, administratives et sociales, et que l’on accusait d’avoir non seulement assumé sa fonction, mais encore d’avoir, en toute occasion, prêté conseil, services et informations, avait été très actif contre les gaullistes, voire contre leurs familles. L’accusation la plus grave était qu’il avait livré des documents confidentiels à la Légion, pour sa propagande12. Le gouverneur de Mauritanie, Beyries, fut accusé d’avoir soutenu Vichy avec trop de zèle. Le rapport qui le concerne note qu’il n’y avait en Mauritanie quasiment aucune opposition à Vichy, car elle n’était pas exposée à la propagande gaulliste, de sorte que le gouverneur n’avait pas eu à la réprimer. Toutefois dans les messages qu’il envoyait au gouverneur général Boisson, il n’avait manqué aucune occasion de manifester son soutien solide à Pétain et à sa politique13.
Les fonctionnaires de l’administration coloniale avaient donc accueilli le nouveau régime de la même manière que les élites politiques de la métropole. Les uns, partisans convaincus croyaient aux idées de la Révolution nationale avant même qu’elle fût née, alors que d’autres cherchèrent à profiter de la proximité des colonies britanniques pour affermir leur opposition. Entre les deux, on trouve des administrateurs qui exprimèrent un soutien au régime par crainte de perdre leur poste tout en observant attentivement d’où soufflait le vent.
Les missionnaires catholiques et protestants
Les missions catholiques étaient tout naturellement plus actives en AOF que les missions protestantes sur l’activité desquelles l’administration vichyste, qui les soupçonnait d’entretenir des liens avec les missions des colonies britanniques voisines, exerçait un contrôle étroit. Dans une lettre du 30 juin 41, le ministre des Colonies, Charles Platon, avait rappelé au pasteur Marc Boegner, chef de l’Église protestante de France, que les missions protestantes pouvaient exercer librement dans l’empire tant que leur action se limiterait au domaine religieux et qu’elles seraient loyales au régime. Or, disait-il, les informations dont il disposait indiquaient que tel n’était pas le cas : de nombreuses missions proches de la frontière des colonies britanniques en recevaient une aide financière, voire des instructions opposées à celles du gouvernement. C’était le cas notamment de certaines missions protestantes du Togo qui avaient reçu des tracts soi-disant religieux et qui, en fait, étaient de la propagande gaulliste et anglaise14. En juillet 1942, deux prêtres africains avaient été arrêtés dans une mission protestante de Guinée et accusés d’espionnage15.
Contrairement aux Églises protestantes qui craignaient des mesures gouvernementales à leur encontre, l’Église catholique avait endossé d’emblée la devise de l’État français : Travail, Famille, Patrie, comme conforme à ses propres valeurs. Elle était sortie renforcée de la défaite et Pétain promettait de préserver l’ordre, la hiérarchie, la discipline et les valeurs de la religion et de la tradition. La défaite militaire était présentée par elle comme une défaite morale due aux valeurs corruptrices de la République et au rejet de la religion. Le soutien sans faille qu’elle apportait à Pétain ne découlait donc pas des avantages matériels mais, avant tout, du climat moral nouveau qu’il instaurait16.
Ce soutien se retrouve dans les colonies également. L’Église et les missions catholiques d’AOF prirent part à l’organisation des cérémonies et des célébrations du régime, telle la journée de Jeanne d’Arc, ainsi qu’à la diffusion de sa propagande. Elles recrutaient les jeunes pour leurs mouvements de jeunesse et leur inculquaient les valeurs de la Révolution nationale dont Mgr Grimaud, évêque de Dakar, était un des plus chauds partisans. Même après le débarquement des Alliés en Afrique du Nord, en novembre 1942, alors qu’il était clair que le vent tournait, il s’obstina dans ses positions ; et après quelques mois de silence, il déclara, le 2 mars 1943, qu’à ses yeux Pétain était le seul pouvoir légitime en France, et qu...
Table des matières
- Couverture
- Page de titre
- Copyright
- Table
- Abréviations
- INTRODUCTION. Regards croisés sur le vichysme colonial
- Le triomphe de l'ordre nouveau Hommes et territoires du vichysme colonial
- L'encadrement des populations locales : les moyens de propagande
- La répression de l'anti-France
- L'enracinement social du régime L'attitude des populations locales
- La fin de la Révolution nationale Les enjeux de l'après-Vichy
- PRÉSENTATION DES AUTEURS
- Hors-texte
- Quatrième de couverture