L' homme est-il un grand singe politique ?
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L' homme est-il un grand singe politique ?

  1. 272 pages
  2. French
  3. ePUB (adaptée aux mobiles)
  4. Disponible sur iOS et Android
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L' homme est-il un grand singe politique ?

À propos de ce livre

Avons-nous inventé la politique ? Pas si sûr, répond ici Pascal Picq. En tout cas, si l'homme est politique, il n'en reste pas moins animal, tandis que d'autres espèces semblent bien avoir développé une véritable vie politique et même d'étonnants talents. Machiavel, sans doute, se délecterait à observer les mœurs des chimpanzés ! C'est ce que Pascal Picq expose dans ce nouveau livre de « primatologie politique » un brin provocateur, voyage au cœur de la vraie planète des singes. Derrière la description des pratiques et des luttes des babouins, des gorilles, des bonobos, des orangs-outangs, des macaques et autres vervets et mandrills, chacun pourra essayer de reconnaître les comportements de telle ou telle figure politique d'aujourd'hui, de tel ou tel parti en lice. Ce livre n'est pourtant pas qu'une amusante suite de « singeries » renouant, grâce aux acquis de l'éthologie, avec la veine des fabulistes. C'est aussi une réflexion sur le pouvoir, ses jeux et ses enjeux. Sexe, intérêts et conflits, mais aussi entente et réconciliation : nous n'avons rien inventé ! Pascal Picq est maître de conférences à la chaire de paléoanthropologie et préhistoire du Collège de France. Il est l'auteur de nombreux ouvrages comme Au commencement était l'homme et Lucy et l'Obscurantisme, qui ont été de grands succès. 

Foire aux questions

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Informations

Éditeur
Odile Jacob
Année
2011
Imprimer l'ISBN
9782738126986
Première partie
Homo politicus et les singes
Chapitre 1
Le singe vervet
(Chloropithecus)
Dès qu’il y a un problème, c’est sa faute ou, quand il parle des problèmes, on dit que c’est sa faute. Le grand singe Homo sapiens déteste avant tout deux choses : qu’on lui rappelle qu’il est un singe et surtout que lui aussi peut refiler des maladies aux autres singes, sans oublier la dévastation des écosystèmes.
Le genre Chloropithecus a souvent changé de nom, et il y a de quoi se perdre dans les différentes espèces et sous-espèces, ces dernières pouvant redevenir des espèces… Bref, rien n’est simple dans la taxonomie des singes verts. Au dernier recensement, on trouve Chloropithecus sabaeus, C. aethiopicus, C. djamdjamensis, C. tantalus, C. pygerythrus et C. cynosuros. Tous ces noms sentent bon l’Afrique et ses mythologies. C. sabaeus évoque la reine de Saba, qui vivait du côté de l’Éthiopie avec le grivet ou C. aethiopicus. Le C. djamdjamensis correspond à un petit groupe sévissant sur des plateaux farouchement défendus par des mâles portant de belles moustaches. Quant à C. cynosuros ou malbrouck, ce n’est pas une espèce qui s’en va facilement en guerre, comme son nom pourrait le laisser croire. Nous reviendrons plus loin sur le vervet ou C. pygerythrus en raison de ses aptitudes à la communication. C. tantalus évoque Tantale et son supplice. Ce mortel, fils de Zeus ou, si on préfère, sorti de la cuisse de Jupiter, crut tromper les dieux de l’Olympe. Il défia leurs pouvoirs divinatoires, ce qu’on appelle de nos jours un sondage, et en fut sévèrement puni. On l’enchaîna dans une rivière bordée d’arbres fruitiers. Dès qu’il voulait boire, le niveau de l’eau baissait ; dès qu’il désirait manger un fruit, les branches se relevaient. Chez les singes verts, c’est une épreuve écologique constante, notamment pour les aspirants aux premiers rangs. Les stratégies de pouvoir chez ces singes représentent un véritable défi scientifique qui fait l’objet d’une sous-discipline de l’éthologie, l’EELV pour etho-ecology of living vervets. En général, on lance de jeunes chercheurs encore naïfs, mais plein d’enthousiasme, sur ces sujets ardus avant qu’ils ne reviennent verts de dépit.
Comme chez la majorité des espèces de singes, les femelles sont phylopatriques. Cela signifie qu’elles restent toute leur vie dans leur groupe et territoire de naissance, tandis que les mâles doivent migrer à l’adolescence pour avoir une chance de se reproduire, ce qui n’est pas toujours très facile pour eux, loin de là. Certains arborent des parties génitales cocardières pourvues de testicules bleus et d’un pénis rouge. On a observé récemment que les femelles phylopatriques n’appréciaient pas forcément ce caractère. On touche ici une question très controversée sur la signification de la taille et de la couleur des parties génitales chez les mâles dans le cadre de la sélection sexuelle : est-ce pour séduire les femelles – on a vu que cela conduit à des échecs cuisants – ou pour rivaliser avec les autres mâles ? Voilà qui requiert une grande expertise dans les usages de ces caractères, tout comportement décalé pouvant susciter le rejet des femelles et l’agressivité des mâles. Donc, tout mâle désirant entrer dans une troupe de vervets, même s’il bénéficie de beaux atours lui ayant assuré le succès par ailleurs, peut connaître de cuisantes déconvenues.
Les singe vervets sont célèbres depuis que des éthologues ont eu la bonne idée d’enregistrer leurs cris et de les rediffuser afin d’en contrôler les effets sur le groupe. Ils ont identifié trois appels bien distincts, chacun correspondant à un cri d’alarme précis annonçant un prédateur véloce capable se bondir dans les arbres comme le léopard, venant du ciel comme les redoutables aigles ou encore sournois et rampant comme un python. Ces cris ne sont évidemment pas innés. Ils sont appris par les jeunes, qui ne manquent pas de se faire tancer s’ils s’expriment à mauvais escient. Cependant, même si un vervet acquiert l’aptitude et la maîtrise requises, la force et l’influence de son message dépendent de son statut social, plus précisément de la question de savoir s’il est né et vit dans un clan dominant ou dominé. Les vervets font preuve d’une vive sensibilité écologique et s’écrient dès que quelque chose se passe dans leur environnement. Pour les raisons évoquées à l’instant, l’influence de l’alerte dépend de son locuteur et de son statut. Si, dans d’autres espèces de singes, ce genre d’alerte conduit à des regroupements de défense collective, c’est plutôt rare chez les vervets, qui se montrent peu capables de s’unir pour mener une action commune et efficace.
Les éthologues suivent rarement la trajectoire de vie des individus depuis l’enfance jusqu’à l’âge adulte, comme cela se fait, par exemple, dans les études portant sur les chimpanzés. Comme chez toutes les espèces, les jeunes s’activent, s’agitent, prennent des risques, sans se préoccuper des conséquences sur la vie du groupe ou l’environnement. Puis arrive l’âge adulte, marqué par de l’apaisement et des comportements plus responsables. Rien que de très éthologiquement banal. Toutefois, ce contraste entre les comportements exubérants de la jeunesse et ceux de l’âge adulte semble encore plus net chez les vervets. Jeunes, ils se permettent des actions et des plaisirs peu accessibles aux petits des autres espèces de singes ; et puis, par une sorte de mutation mentale, parfois tardive, ils dénient aux autres ce dont ils se sont gavés au prétexte que cela nuit à l’environnement. Leur devise morale pourrait être : « Faites ce que je dis, pas ce que j’ai fait. » Parole de vervet !
Les vervets vivent en marge des savanes et des forêts, et aussi bien au sol que dans les arbres. S’aventurer à découvert présente des risques de prédation, ce qui se traduit par une vigilance très sensible, associée aux appels d’alerte évoqués. Cependant, ils se révèlent encore plus vigilants envers les membres du groupe car, dès que l’un d’entre eux la ramène trop, il se trouve en proie à diverses formes d’hostilité. C’est une différence importante, par exemple, avec les macaques d’Inde qui forment des communautés écologiques interdépendantes en s’associant, par exemple, à d’autres singes, comme les entelles, et aux daims. Les singes sont les « yeux de la forêt » et les daims ses « oreilles ». Ce genre de collaboration ne rend pas la tâche facile aux tigres, aux panthères et autres prédateurs. On retrouve de telles associations avec les chimpanzés, les babouins et les antilopes. Même si certains babouins mâles croquent parfois une jeune antilope, qu’ils peuvent d’ailleurs se faire chiper par des chimpanzés, ces derniers pouvant eux-mêmes aussi dévorer un jeune babouin, ce sont autant de tribus et de concessions. Voilà le prix à payer, en quelque sorte, pour avoir une maîtrise plus sereine de l’environnement et mieux prévenir de l’arrivée de prédateurs. Rien de tel chez les vervets. Toujours méfiants envers toutes les espèces qui les entourent, ils préfèrent se livrer à des querelles sibyllines – en référence à Sibylle, l’une des plus célèbres pythies – que les éthologues n’arrivent pas à élucider. En résumé, que ce soit au sein de son propre groupe ou avec les autres, la position écologique du vervet n’est jamais simple.
Chapitre 2
Le babouin hamadryas à toison grise
(Papio hamadryas)
L’hamadryas est un grand babouin à l’allure imposante qui vit sur les hauts plateaux d’Éthiopie et de l’autre côté de la mer Rouge, en Arabie saoudite. La civilisation égyptienne le sacralise en en faisant le dieu Thôt, protecteur des scribes, des écritures et des érudits. Tel est le singe sacré, représenté assis noblement. Quelques statues le montrent coiffé d’un disque solaire, insigne suprême de la haute estime dans laquelle on le tient. L’hamadryas aime à se poser au plus haut d’une falaise à la fin du jour. Assis avec prestance, il regarde le soleil décliner aux confins du désert en portant sa main juste au-dessus des yeux. À quoi pense l’hamadryas ainsi perché sur les hauteurs ? N’est-ce pas une belle image des incertitudes qui pèsent sur la survie d’une espèce relativement menacée face à la vacuité du désert ?
L’hamadryas mâle porte beau. Il aime se vêtir de costumes trop grands, alors qu’il jouit d’un bon gabarit. Il arbore une magnifique toison grise d’autant plus belle et fournie qu’il domine un harem de jolies femelles. C’est une conséquence bien connue du dimorphisme sexuel – ou différence de taille et de forme entre les deux sexes – due à la sélection de mâles plus grands et plus puissants pour dissuader les autres de courtiser et d’enlever une de leurs femelles. Ces caractères spectaculaires servent aussi à séduire les femelles qui, chez d’autres espèces à fort dimorphisme sexuel, comme les gorilles, jaugent le bellâtre et choisissent de se lier à lui. Rien de tel chez l’hamadryas aux mœurs de hussard : il préfère enlever des jeunes à peine adultes et les placer sous sa protection.
Le hasard de l’histoire a fait que l’une des toutes premières études sur le comportement des singes concerne les hamadryas du zoo de Londres au début des années 1930. On jette pêle-mêle des mâles et des femelles, et on observe. C’est le carnage ! Les mâles se battent, usant de leurs formidables canines, tandis que les femelles tentent d’éviter le tumulte. Deux leçons à tirer de cette triste expérience. La première est que, si on pousse des mâles à se côtoyer dans un espace restreint et clos, ils finissent par s’entre-déchirer quand ils se retrouvent dans une situation telle que les comportements habituels d’apaisement et de soumission deviennent inopérants. Cela dépend toutefois de leur intelligence. Les chimpanzés, par exemple, évitent d’entamer des querelles dans un espace clos, sachant combien cela peut devenir très agressif, voire mortel. En revanche, si la situation permet des échappatoires1, ils se livrent au jeu des provocations et des agressions bien pensées. Les hamadryas ont aussi de tels codes, mais ils sont devenus inopérants en raison d’un contexte trop déstabilisé. Car ces grands singes aux canines puissantes s’en servent à la fois pour dissuader, prévenir et attaquer, cette dernière option étant de toute façon très risquée. Alors, dans la plupart des conflits, ils se bornent à de grandes démonstrations de force et n’hésitent pas à avoir recours aux coups tordus.
La seconde leçon est que les apprentis éthologues de cette époque étaient sensibles à la sociologie de cette même période, autrement dit au paternalisme et au machisme dominants. On retrouve là le bon vieil héritage multimillénaire de la démocratie grecque dirigée par quelques hommes de la Cité. Rappelons aussi que les femmes n’avaient alors pas encore le droit de vote dans beaucoup de pays occidentaux – les éthologues voyaient chez les hamadryas la preuve naturelle de la légitimité de la domination masculine. Depuis, on a découvert combien les femelles se comportent comme de fines politiques chez de nombreuses espèces de singes et les femmes ont obtenu le droit de vote. On s’est donc bien trompé sur les hamadryas ; ils ne représentent en rien le jeu de la politique chez les singes qui serait laissée aux seuls mâles, bien que la composition de nos assemblées nationales – lieux confinés – et les comportements de certains de leurs protagonistes envers les femmes n’aient rien à envier à ceux des pires hamadryas.
L’hamadryas n’est pas un gentleman. Il ne lâche jamais ses belles du regard et, si l’une d’elles s’avise de sortir de son champ visuel, il se fâche. Il adore les femelles, mais à condition qu’elles soient soumises à sa seule volonté. Ce travers possessif se paie par un niveau de stress et de testostérone élevé, et par des ulcères. Sinon, pour les raisons évoquées plus haut, les hamadryas respectent des codes de bonne conduite. Ils ne courtisent pas une femelle dont ils savent qu’elle appartient au harem d’un autre mâle – mais tous ses concurrents n’agissent pas ainsi, s’évertuant à prendre les femelles des autres –, ce qui n’empêche pas certains rendez-vous galants d’avoir lieu derrière des rochers au cœur de la nuit.
Ce code de bonne conduite repose aussi sur une organisation sociale calquée sur les relations de parenté entre les mâles. Cela évoque une maxime très répandue dans les pays méditerranéens : « Moi ; moi contre mes frères ; mes frères et moi contre nos cousins ; moi, mes frères et mes cousins contre les voisins ; moi, mes frères, mes cousins et mes voisins contre l’autre village. » Quand deux harems se déplacent ensemble, les mâles respectifs sont frères. Si c’est plusieurs harems, ils sont frères ou cousins, etc. De telles habitudes ne sont évidemment pas propices à la démocratie pour cause de népotisme et de favoritisme, d’autant que les femelles comptent peu.
Quand on connaît le caractère regardant et farouche de ce singe envers ses femelles, on reste surpris par la façon dont il finit par se faire voler son harem, car il connaît l’histoire puisqu’il n’a pas agi autrement au moment de sa montée en puissance. Les choses se passent ainsi. Un mâle vieillissant mais encore dans la plénitude de ses moyens dirige un harem. Un beau jour, un jeune mâle se rapproche et, jour après jour, se fait plus présent. Il aide le mâle résident à contrôler ses femelles face aux ambitions des autres mâles. Puis, le jour venu, le jeune évince le vieux qui connaissait pourtant la fin de son histoire. Il arrive qu’une femelle reste avec le mâle écarté ; le jeune ambitieux peut aussi échouer en oubliant qu’il ne tenait son statut apparent que du bon vouloir du vieux mâle au lieu de chercher à se constituer un harem par lui-même.
Les jeunes leaders se montrent trop vite arrogants, comme le rappelle cette anecdote chez les hamadryas. À cause d’une sécheresse persistante, les chefs de harem ne savent plus où aller pour trouver de la nourriture. Habituellement, et ce chaque matin, les harems descendent de la falaise, leur refuge nocturne, et les mâles se livrent à des sortes de danses ritualisées pour indiquer aux autres la direction qu’ils envisagent de prendre. Des groupes se forment en fonction des décisions prises par les différents protagonistes, comportement qu’on peut qualifier de démocratique. En cette année de sécheresse, tous se trouvent désemparés. Tandis que les mâles se perdent en indécision, il reste un vieux accompagné de sa dernière compagne. D’ordinaire méprisé par les jeunes, il descend tranquillement de la falaise. (Il attend que les rayons du soleil viennent réchauffer ses vieilles articulations.) Sans un regard vers ses jeunes congénères, si hautains, il prend une direction inhabituelle. Alors, les autres le suivent avec humilité car ils savent que lui sait ; respect.
Le célèbre éthologue Hans Kummer est le plus grand spécialiste des hamadryas. Lorsqu’il se trouvait sur le terrain en Éthiopie, il se faisait régulièrement piller sa tente par des guerriers Danakil, mais jamais sans les prendre sur le fait. Un jour, il en aperçoit un en haut d’une colline en train de regarder sa tente. Son sang ne fait qu’un tour et il grimpe la pente avec colère et précipitation, et hurle à la face du Danakil, qui ne bouge pas. Fin éthologue, il comprend qu’il a perdu car, contrairement aux mâles hamadryas qu’il connaît si bien, il s’est engagé dans un conflit avec vigueur et énervement ; il a déjà épuisé tous ses moyens. Le Danakil et l’hamadryas, eux, attendent calmement leur adversaire, jusqu’à ce qu’ils puissent faire un usage redoutable et efficace de leur lance ou de leurs canines.
Le mode de communication des hamadryas est impressionnant. Leur toison entoure une face allongée à la peau claire. En général, regarder un mâle droit dans les yeux en montrant ses dents constitue une agression. Or, comme pour toutes les espèces, les individus sont différents les uns des autres. On peut en rencontrer qui font exception, et qui ne manquent pas de se croire exceptionnels. On a aussi récemment observé un tel mâle animé de toute sa superbe.
Face à un congénère, il joue de sa corpulence et de sa toison grise, le fixant droit dans les yeux et affichant un sourire qui dissimule à peine de grandes canines. Quel sera son succès reproducteur ? Il a certainement moins d’inquiétude à se faire du côté des femelles que des autres mâles qui, pour le coup, le regardent d’un mauvais œil et affûtent leurs canines.
1- C’est la fonction de la buvette de l’Assemblée chez Homo politicus parlementaris après quelques frictions dans un enclos appelé hémicycle.
Chapitre 3
Le grand singe orange,
l’orang-outang
(Pongo pygmaeus)
Un grand singe placide et malicieux, bien plus malin et riche d’esprit qu’on ne l’imagin...

Table des matières

  1. Couverture
  2. Titre
  3. Copyright
  4. Préambule
  5. Introduction
  6. Prologue
  7. Première partie - Homo politicus et les singes
  8. Deuxième partie - Les fondements (naturels ?) de la politique
  9. Troisième partie - Fables simiennes
  10. Conclusion
  11. Annexe
  12. Bibliographie
  13. Remerciements
  14. Du même auteur chez Odile Jacob