
- 288 pages
- French
- ePUB (adaptée aux mobiles)
- Disponible sur iOS et Android
eBook - ePub
La Famille incertaine
À propos de ce livre
Faut-il s'inquiéter d'une crise du mariage et de la natalité ? Faut-il se réjouir de la vogue dans les sondages des valeurs familiales ? À partir d'une interprétation sociologique des données démographiques, l'auteur analyse la "désinstitutionnalisation" de la famille. Sa description ne veut ni rassurer ni inquiéter - mais seulement rendre une image fidéle du devenir de notre société. Louis Roussel est conseiller scientifique à l'Institut national d'études démographiques.
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Informations
Éditeur
Odile JacobAnnée
1989Imprimer l'ISBN
9782738100474ISBN de l'eBook
9782738161437CHAPITRE VII
La fin du « règne » de l’enfant
Les enfants ne sont pas du matériel à remplir le vide de notre vie. Ils ne sont ni le jouet des parents ni l’accomplissement de leur besoin de vivre.
Wilhelm Stekel.
À la fin de la dernière guerre mondiale, Antoine de Saint-Exupéry publiait un conte illustré qui obtenait un énorme succès, Le petit prince1. Le héros de cette fable était un enfant, ou plutôt l’enfant. Trente ans plus tard, Philippe Ariès, qui avait également reconnu le règne de celui-ci, en annonçait la fin prochaine2. Qu’en est-il en réalité ? L’enfant, de nos jours, est-il vraiment un prince et, si oui, pourquoi annoncer son imminente déchéance ?
On a montré plus haut la place de l’enfant dans la famille traditionnelle. Le mariage et la fécondité, alors, ne se dissociaient pas. Qui se mariait, sauf stérilité d’un conjoint, avait très rapidement son premier-né. L’opinion, voici quinze ans, était encore persuadée de la naturelle continuité d’un événement à l’autre. La question suivante avait été posée dans une enquête de l’INED : « À votre avis, si deux personnes se marient en décidant d’avance de ne pas avoir d’enfant, est-ce un véritable mariage3 ? »
Les deux tiers des personnes interrogées répondirent par la négative. Pas de vrai mariage donc sans projet d’enfants, pas de véritable famille sans présence d’enfants. Des enquêtes plus récentes sembleraient montrer qu’en France au moins cette idée rallie encore la majorité des suffrages. Pourtant, dans le même temps, un brusque changement est survenu dans la fécondité : la plupart des couples retardent la première naissance, et beaucoup d’entre eux, dans la plupart des pays industriels, ont en moyenne un enfant de moins que leurs parents.
I. La fécondité mesurée au désir
Lorsque l’on interroge les jeunes ménages sur ce point, ils mettent généralement en avant des raisons d’ordre matériel et économique : logement trop petit, revenus insuffisants. Sans doute sont-ils sincères en donnant, presque unanimement, de telles raisons. Pourtant, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, alors que sévissait une grave crise du logement, alors que les rationnements se prolongeaient et que le niveau de vie était au plus bas, la fécondité se redressait, et les indices élevés se maintenaient bien au-delà de la période prévue de rattrapage. Qui ne voit au contraire aujourd’hui que la faiblesse de la fécondité est plutôt corrélée avec la richesse de la population ?
Il faut sans doute remonter beaucoup plus loin dans le temps pour trouver l’origine du mouvement qui a abouti à la situation actuelle : la baisse de la fécondité a suivi avec un certain décalage la baisse de la mortalité. Il n’était pas possible en effet que le nombre moyen d’enfants demeurât longtemps constant alors que l’espérance de vie passait de 30 ans à 70 ans : la croissance de la population serait rapidement devenue insupportable. Ce n’est évidemment pas la perspective d’un éventuel déséquilibre démographique qui motiva le changement de comportement des couples. Comme on l’a dit plus haut, la difficulté d’établir les enfants fut, dans le monde agricole au moins, le catalyseur de la baisse de la fécondité. Mais par-delà cette difficulté, la famille nombreuse semblait difficilement conciliable avec la réalisation de la nouvelle finalité prioritaire du mariage, le bonheur des conjoints : élever cinq ou six enfants impliquait en effet une mobilisation permanente des parents, du début du mariage au seuil de la vieillesse. La volonté de limiter le nombre des enfants trouve là son origine. Cette idée, avec le temps, devint de plus en plus générale et de plus en plus suivie. La baisse de la fécondité est donc une tendance lourde, liée à des changements culturels séculaires. On tentera plus loin d’expliquer le renversement provisoire de ce mouvement au cours des années 50, mais à cette parenthèse près, avec des périodes d’accélération ou de ralentissement, la fécondité ne cessa de diminuer. Au cours des deux dernières décennies, une véritable rupture s’est produite, entraînant les taux bien au-dessous du niveau de renouvellement des générations.
Cette hypothèse d’...
Table des matières
- Couverture
- Titre
- Copyright
- Introduction
- Chapitre I - L’institution familiale ou le temps des certitudes
- Chapitre II - La famille moderne et l’inflation des attentes
- Chapitre III - Les surprises du démographe
- Chapitre IV - La double désinstitutionnalisation
- Chapitre V - Du sentiment amoureux
- Chapitre VI - Le retour à la réalité
- Chapitre VII - La fin du « règne » de l’enfant
- Chapitre VIII - En quête d’une explication
- Chapitre IX - La famille désinstitutionnalisée ou le temps de l’incertitude
- Chapitre X - La famille existe-t-elle ?
- Chapitre XI - La famille de demain
- Conclusion
- Table