Contre la pensée unique
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Contre la pensée unique

  1. 256 pages
  2. French
  3. ePUB (adaptée aux mobiles)
  4. Disponible sur iOS et Android
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Contre la pensée unique

À propos de ce livre

Ce livre est un plaidoyer contre la pensée unique. Ce livre est un appel à la résistance. Quand l'essentiel n'est plus distingué de l'accessoire, quand les projets intellectuels de haute volée se heurtent à la puissante inertie de la médiocrité ambiante et des petits desseins, quand l'uniformisation s'installe dans les goûts, les idées, dans la vie quotidienne, dans la conception même de l'existence, alors la pensée unique domine. La langue anglaise domine le monde et sert aujourd'hui de support à cette pensée unique. Mais le français est bien vivant. Et nombreux sont ceux, de par le monde, qui en mesurent l'apport au combat de l'homme pour la liberté de l'esprit. C'est l'objet de ce livre que de proposer de nouvelles pistes pour déployer encore plus largement de nouvelles formes d'inventivité et de créativité. Claude Hagège est linguiste, professeur honoraire au Collège de France et lauréat de la médaille d'or du CNRS. Il est l'auteur de livres qui sont d'immenses succès : Le Français et les Siècles, Le Souffle de la langue, L'Enfant aux deux langues, Halte à la mort des langues et Combat pour le français. 

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Informations

Éditeur
Odile Jacob
Année
2012
Imprimer l'ISBN
9782738125637
Chapitre 1
L’anglais dominé
par le français
1. Les enfances
Pour que ce titre ne paraisse pas trop surprenant, il convient de préciser d’emblée que les mots « anglais » et « français » qui y figurent ne désignent pas les formes qui sont aujourd’hui celles de ces deux langues.
On pourrait considérer qu’il existe au moins une raison pour ne pas s’alarmer outre mesure face à la pression considérable que l’anglais exerce actuellement sur le français, comme sur la plupart des langues du monde. Cette raison est très simple, et bien connue de ceux qui s’intéressent un peu à l’histoire du français, de l’anglais et de leurs relations réciproques : l’invasion rapide, suivie de la pression, qu’exerça autrefois, et pendant plusieurs siècles, le français, sous une de ses formes anciennes, sur une forme ancienne de l’anglais est beaucoup plus considérable que le phénomène symétrique observé aujourd’hui. Certains pourraient faire valoir que l’influence contemporaine de l’anglais sur le français n’est que le commencement d’un mouvement qui va prendre des proportions de plus en plus importantes. De cela, il existe, certes, de nombreux signes, qui seront évalués plus bas. Cependant, à juger par ce que l’on peut voir dans le monde actuel si on le compare à ce que l’histoire nous enseigne, les deux types de pression sont sans commune mesure. C’est ce que peut faire apparaître un rappel des liens qu’a noués l’anglais avec les langues romanes, dont fait partie le français.
La première relation entre le territoire des actuelles îles Britanniques et le continent ne concerne pas la langue qui devait devenir l’anglais, mais la langue celtique des premiers occupants connus. Les populations celtiques qui vivaient alors dans le sud du pays reçoivent la « visite » de César, qui vient de débarquer sur ces terres, en 55 avant l’ère chrétienne. L’expédition de l’empereur romain Claude, en 43 (de notre ère), n’est donc pas leur premier contact avec Rome. Cependant, cette expédition s’accompagne d’une romanisation assez forte, car il s’agit, cette fois, au long d’une période qui s’étend jusqu’en 85 sous l’empereur Domitien, d’une conquête qui couvre presque tout le territoire de ce qui était alors appelé la Bretagne (aujourd’hui la Grande-Bretagne), à l’exception de la Calédonie (l’Écosse actuelle), avec tout ce que cela implique, selon la politique d’expansion coloniale propre à la Rome républicaine et impériale, de pénétration culturelle et linguistique. Les premières incursions des Vikings au IIIe siècle rencontrent donc un pays où le latin est déjà très présent.
Cependant, deux siècles plus tard, Honorius, premier empereur d’Occident, et son lieutenant, le Vandale Stilicon, ne parviennent plus à contenir la poussée des envahisseurs venus du continent, et les troupes romaines, débordées, abandonnent la Bretagne en 407, la laissant dans un état critique. En effet, aux assauts qui ont eu raison de la longue résistance des Romains et qui viennent de les chasser s’ajoutent la désunion politique et, de surcroît, les attaques répétées d’autres populations celtiques, venues du nord, les Pictes et les Scots. Bède raconte (Historia Ecclesiastica Gentis Anglorum, 731, chapitre 1) que le chef des Bretons, ne pouvant faire face à lui seul sur tous ces fronts, finit par solliciter lui-même, vers 450, les guerriers germains, qui allaient en profiter pour s’installer en Bretagne (cf. Chevillet, 1994, p. 20).
Une des populations germaniques qui occupèrent alors le pays est celle des Saxons. Ces derniers sont mentionnés pour la première fois au IIe siècle par l’astronome grec Claude Ptolémée dans sa Geographia, qui dresse les premières cartes, comme peuple habitant, d’une part, dans la région du littoral de la mer du Nord située à l’ouest du Danemark actuel et, d’autre part, entre l’Elbe et la Trave, c’est-à-dire dans la partie méridionale de ce qui est aujourd’hui, au nord-est de Hambourg, le Holstein, et qui a été territoire d’Empire puis duché avant d’être réuni en un Land avec une autre entité, gagnée par la Prusse, après la guerre des Duchés (1865), sur le Danemark : le Schleswig (Slesvig en danois). Les Saxons commencent à conquérir et à coloniser, à partir de 440-460, le sud, le sud-est et une partie de l’est de l’île de Bretagne. Il s’agit d’abord de la région située, dans la grande presqu’île la plus méridionale, à l’est de la Cornouaille et correspondant aux comtés actuels du Wiltshire, du Dorset, du Somerset et du Devon. Il s’agit, d’autre part, de la région orientale, constituée de trois royaumes : deux d’entre eux correspondent aux comtés dont le nom contient celui des Saxons de l’est et du sud, à savoir respectivement l’Essex et les deux Sussex ; le troisième est un territoire qui fut au Xe siècle le plus puissant des royaumes saxons, celui de l’ouest, donc appelé Wessex.
Mais l’étape décisive de l’histoire de l’anglais est l’installation de ceux dont le nom va devenir celui de tout le pays, à savoir les Angles. Il s’agissait d’un peuple germanique venu d’un territoire de l’Allemagne du Nord alors appelé pays d’Angeln, et auquel correspondent, aujourd’hui, l’est du Schleswig et le nord-est du Holstein. Les Angles, profitant du retrait des troupes romaines, commencèrent donc de coloniser, par vagues à partir de 477 puis de 495, le centre et une portion du nord de l’île, c’est-à-dire le territoire s’étendant de la Tamise aux Basses-Terres d’Écosse, alors divisé en deux royaumes, la Northumbrie au nord et la Mercie au sud. C’est de cet important épisode fondateur que vient le nom d’Angleterre, ou terre des Angles.
Une troisième population germanique, les Jutes, probablement les mêmes que ceux qui habitaient au sud de l’actuel Jutland (Jylland en danois), s’établissent, vers la fin du Ve siècle, dans l’île de Wight, ainsi que dans les régions correspondant aujourd’hui au Hampshire et au Kent, dans lequel sera fondé un royaume. Enfin, une dernière tribu germanique également puissante, les Frisons, habitant à l’origine entre le Rhin et l’Ems, vient occuper les côtes orientales de ce qui est aujourd’hui le Suffolk, et qui constitua alors le septième des royaumes de l’heptarchie ainsi instituée à partir du VIIe siècle.
À la fin du Ve siècle, la (Grande-)Bretagne était donc devenue, pour l’essentiel, un pays où ce qui restait de langue celtique était déjà relégué sur les côtes de l’ouest et du nord, et n’était guère appelé à exercer d’influence sur la langue germanique occidentale qui était en train de se former, sauf dans le domaine du vocabulaire, où il subsiste un certain nombre de mots écossais. Les langues celtiques d’origine entraient, elles-mêmes, dans une phase de régression rapide. Les Scots et les Pictes, qui avaient représenté, comme on l’a vu plus haut, de redoutables voisins pour la Bretagne romaine du bas Empire, allaient s’assimiler linguistiquement durant les siècles suivants, ou, du moins s’assimiler assez pour que le gaëlique écossais soit aujourd’hui une langue en situation très précaire. Seul le pays de Galles devait conserver, et conserve encore, malgré la fragilité de sa situation linguistique face aux vagues puissantes de l’anglicisation, sa langue et sa culture celtiques originales.
Les envahisseurs germaniques, c’est-à-dire essentiellement Angles, Saxons et Jutes, parlaient des langues génétiquement très proches. Ces langues descendaient du westique, branche occidentale du germanique commun, distincte des autres branches, c’est-à-dire à la fois de l’ostique (dont il ne reste, à travers son descendant, le gotique, que la fameuse Bible de Wulfila), et du nordique, ancêtre des cinq langues scandinaves (danois, norvégien, suédois, féroïen et islandais). Par les étapes de l’ingvéonique (langue d’un peuple que mentionne Tacite dans sa Germania, II) puis de l’anglo-frison, le westique avait abouti au vieil-anglais, dont les composantes étaient précisément les langues des Angles, des Saxons et des Jutes. Ces composantes étaient mutuellement transparentes à leurs usagers, et l’étaient probablement déjà sur le continent avant même l’invasion commune de la Bretagne. Mais elles n’étaient pas identiques. Cependant, une seule a donné son nom à la langue commune. Le nom d’« anglais », « English », en effet, semble avoir été adopté assez tôt : il est attesté dès le début du VIIe siècle, pour se référer aussi bien à la langue qu’à la population, puisque le pape Grégoire le Grand, en 601, appelle le roi du Kent, Ethelbert, « rex Anglorum » (cf. Chevillet, 1994, p. 20).
On appelle anglo-saxon, du nom des principaux peuples germaniques qui colonisèrent le pays, cette forme première du vieil-anglais. Mais, en outre, l’habitude s’est installée, dans la seconde moitié du XIXe siècle, d’appeler « Anglo-Saxons » les peuples de civilisation britannique et, par extension, dans l’usage récurrent d’aujourd’hui, les Anglais et les Américains, auxquels on ajoute, le cas échéant, les Canadiens anglophones, les Néo-Zélandais et les Australiens. Les Américains d’aujourd’hui n’ayant pas beaucoup de traits spécifiquement anglo-saxons, on admettra que je ne suive pas cet usage dans le présent livre. En d’autres termes, quand je veux dire « anglo-américain », je dis « anglo-américain » et non « anglo-saxon ».
Les rapports avec le latin ne s’arrêtent pas à l’épisode mentionné ci-dessus, car à la fin du VIe siècle commence la christianisation du pays. Il faut rappeler, cependant, que dans le sillage des Vikings dont j’ai mentionné les incursions au IIIe siècle, leurs descendants danois et norvégiens reviennent en Bretagne aux VIIIe et IXe siècles, et ne sont arrêtés que par le roi du Wessex, qui les cantonne, à la fin du IXe siècle, dans un territoire qu’on appela Danelaw ou « terre de juridiction danoise », et qui correspondait à l’est de l’Angleterre ou East Anglia, aujourd’hui les comtés de Norfolk et Suffolk. Cela explique que l’on trouve en anglais de nombreux mots et formes grammaticales d’origine scandinave, c’est-à-dire de vieux-norrois, ou nordique commun, langue dont procèdent le danois, le norvégien, le suédois, l’islandais et le féroïen ; on peut rappeler, pour ne citer que deux exemples de morphologie, les formes sujet they et objet them du pronom de troisième personne de pluriel de l’anglais moderne, ainsi que les prépositions from et till. Le vieil-anglais est donc, au VIIIe siècle, une langue très mélangée, et de structure complexe, à déclinaisons et genres masculin, féminin et neutre dans le nom. Quant à la toponymie, les influences scandinaves y sont très fortes. Comme en Normandie, et pour la même raison (cf. Hagège, 1996, chapitre 2), on y trouve de nombreux noms de lieu à élément thorpe « village » (cf. allemand Dorf) ou beck « ruisseau » (cf. allemand Bach), soit, respectivement, Cawthorp ou Troutbeck en Angleterre, et Torp-en-Caux ou Orbec en Normandie. Le lexique, enfin, reçoit un apport très important de mots scandinaves, de birth à thrive en passant par booth, crook, dregs, loan, sly, take, want, etc.
2. L’invasion de l’anglo-normand
Cependant, d’autres descendants des Vikings vont jouer un rôle capital dans l’histoire de l’anglais. Leur influence linguistique est d’autant plus paradoxale que la langue qu’ils introduisent en (Grande-)Bretagne est une forme du français en voie de construction, alors qu’ils étaient eux-mêmes, avant de s’installer en Normandie, les descendants de Vikings qui parlaient une langue scandinave semblable à celle des envahisseurs des VIIIe-IXe siècles mentionnés ci-dessus. Ces Normands, qui, bien que descendants de Vikings, n’apportent pourtant pas de nouveau une langue scandinave, sont les acteurs de l’invasion de l’Angleterre à la fin du XIe siècle. Son organisateur, le duc Guillaume, avait pour ancêtre le redoutable chef danois Hrolf, ou Rollon, qu’un traité, signé en 911, avec Charles V le Simple, roi des Francs, avait stabilisé en Normandie. Ce fut le prélude à une sédentarisation et à une christianisation, ainsi qu’à une alliance si forte avec le pays qui était en train de se former alors, à savoir le royaume capétien, forme ancienne de la France, que les Normands finirent par perdre leur langue d’origine. Dans la première moitié du Xe siècle, le processus d’abandon de cette langue, le vieux-norrois, et d’adoption du dialecte local roman ou variante normande de la langue néolatine en voie de formation qui était en train de devenir le français, était déjà si avancé, que Guillaume Ier Longue-Épée, fils de Rollon, avait dû envoyer son fils, vers 940, à Bayeux, où s’était maintenue une école scandinave, afin qu’il pût y apprendre quelque chose de la langue de ses ancêtres !
Ce n’est donc pas un des moindres paradoxes de l’histoire de l’anglais que ce fait étonnant : la forme de français qu’apporte en Angleterre la conquête normande est une langue que les Normands eux-mêmes qui la répandent n’ont adoptée qu’un siècle et demi avant ! Guillaume de Normandie, en effet, débarque en Angleterre en janvier 1066 avec une importante armée, pour chasser du trône le comte Harold, lequel s’en était emparé en violation du souhait qu’Édouard le Confesseur, roi d’Angleterre, avant sa mort, avait exprimé à Guillaume, à savoir que ce dernier occupât son trône après lui. La langue que la conquête de Guillaume apporte en Angleterre sera appelée, puisqu’elle est la forme que va prendre dans ce pays la variante normande du français, « anglo-normand », par opposition à l’anglo-saxon. Je conserverai, par commodité, cette appellation, bien qu’elle paraisse impropre, car ce qui est introduit en Angleterre par Guillaume et les siens est le franco-normand, c’est-à-dire la forme normande du français en gestation, et il n’y a pas, à proprement parler, d’anglo-normand ou forme anglaise du normand, mais bien un anglo-saxon et un français de Normandie.
Cette influence romane sur l’anglais par le biais du normand fut monumentale. La masse des emprunts, certes limités au vocabulaire et ne s’étendant ni à la grammaire ni au système phonétique, que l’anglais fit, surtout après la première moitié du XIIIe siècle, au français (que je vais à présent appeler ainsi, pour simplifier, au lieu d’anglo-normand), est tellement considérable, qu’elle dépasse la moitié du vocabulaire. Parmi les raisons que l’on peut donner d’un tel phénomène, deux, surtout, sont à retenir : d’une part les effets du complexe d’insularité, d’autre part ceux de l’appel à une culture jugée riche.
L’insularité façonne, chez une nation, des traits liés à l’absence de frontières terrestres autour d’un pays que la mer investit de toutes parts. Un tel pays peut tenter, ou ne pas tenter, de nouer des relations commerciales, politiques, culturelles ou d’affrontement. Il n’a d’autre choix, dans le premier cas, que de prendre la mer. Deux tentations peuvent s’ensuivre. L’une est celle du repli revendiqué, l’autre est celle de l’effort pour briser l’isolement. L’islandais est un exemple frappant de la première tentation. Très peu de langues sont marquées par un conservatisme comparable. Initialement dirigé contre l’influence danoise, ce comportement a éloigné l’islandais du terreau norrois par lequel il s’apparentait surtout au norvégien, et se manifeste notamment, dans la création néologique destinée à traduire les objets et notions du monde moderne, par le choix de l’opacité nationaliste (préférence pour les mots issus de racines locales) au lieu de la transparence internationaliste (préférence pour les racines gréco-latines des langues occidentales) : l’opacité nationaliste, largement dominante en islandais, est illustrée par des mots comme sími « téléphone », sur un ancien síma « fil de fer », ou smásjá « microscope », littéralement « petite vue ».
L’autre tentation des insulaires est, au contraire, celle de l’ouverture qui désenclave. Le japonais en est un cas significatif : à toutes les époques de son histoire dès le IIIe siècle avant l’ère chrétienne, le Japon a emprunté des mots chinois au gré des rela...

Table des matières

  1. Couverture
  2. Titre
  3. Copyright
  4. Introduction
  5. Chapitre 1 - L’anglais dominé par le français
  6. Chapitre 2 - Le monde dominé par l’anglais
  7. Chapitre 3 - Les langues et la mondialisation : mythes et réalités
  8. Chapitre 4 - Les scientifiques et les langues
  9. Chapitre 5 - Le français et l’anglais : deux langues, deux univers
  10. Chapitre 6 - Langue et communication
  11. Chapitre 7 - Les réponses aux défis
  12. Conclusion
  13. Références
  14. Du même auteur chez Odile Jacob