Tout sur l'école
eBook - ePub

Tout sur l'école

  1. 274 pages
  2. French
  3. ePUB (adaptée aux mobiles)
  4. Disponible sur iOS et Android
eBook - ePub

Tout sur l'école

À propos de ce livre

« Si nous voulons que nos enfants construisent un monde un peu meilleur que celui que nous leur laissons, il nous faut tout miser sur l'école et avoir pour notre système éducatif cette absolue exigence : faire de tous les élèves qui lui sont confiés des résistants intellectuels capables de rigueur et de discernement. " La valeur de nos vies vaudra exactement ce qu'auront été nos efforts pour leur donner le goût d'apprendre avec exigence et de partager avec bienveillance. " Aucune complaisance ne saurait être tolérée ni envers le repli corporatiste de certains enseignants, ni envers l'indifférence de certains parents, ni, surtout, envers le cynisme de certains responsables politiques et administratifs. » (A. B.)Professeur de linguistique à l'université de Paris-V-Sorbonne, conseiller scientifique de l'Observatoire national de la lecture, conseiller scientifique de l'Agence nationale de lutte contre l'illettrisme, Alain Bentolila est également le fondateur du réseau des Observatoires de la lecture qui rassemble aujourd'hui plus de 800 écoles en France et à l'étranger. Spécialiste de l'école et de l'illettrisme, il est l'auteur de nombreux ouvrages à succès, parmi lesquels Le Bescherelle ou encore De l'illettrisme en général et de l'école en particulier qui a reçu le grand prix de l'Académie française.

Foire aux questions

Oui, vous pouvez résilier à tout moment à partir de l'onglet Abonnement dans les paramètres de votre compte sur le site Web de Perlego. Votre abonnement restera actif jusqu'à la fin de votre période de facturation actuelle. Découvrez comment résilier votre abonnement.
Non, les livres ne peuvent pas être téléchargés sous forme de fichiers externes, tels que des PDF, pour être utilisés en dehors de Perlego. Cependant, vous pouvez télécharger des livres dans l'application Perlego pour les lire hors ligne sur votre téléphone portable ou votre tablette. Découvrez-en plus ici.
Perlego propose deux abonnements : Essentiel et Complet
  • Essentiel est idéal pour les étudiants et les professionnels qui aiment explorer un large éventail de sujets. Accédez à la bibliothèque Essentiel comprenant plus de 800 000 titres de référence et best-sellers dans les domaines du commerce, du développement personnel et des sciences humaines. Il comprend un temps de lecture illimité et la voix standard de la fonction Écouter.
  • Complet est parfait pour les étudiants avancés et les chercheurs qui ont besoin d'un accès complet et illimité. Accédez à plus de 1,4 million de livres sur des centaines de sujets, y compris des titres académiques et spécialisés. L'abonnement Complet comprend également des fonctionnalités avancées telles que la fonction Écouter Premium et l'Assistant de recherche.
Les deux abonnements sont disponibles avec des cycles de facturation mensuels, semestriels ou annuels.
Nous sommes un service d'abonnement à des ouvrages universitaires en ligne, où vous pouvez accéder à toute une bibliothèque pour un prix inférieur à celui d'un seul livre par mois. Avec plus d'un million de livres sur plus de 1 000 sujets, nous avons ce qu'il vous faut ! Découvrez-en plus ici.
Recherchez le symbole Écouter sur votre prochain livre pour voir si vous pouvez l'écouter. L'outil Écouter lit le texte à haute voix pour vous, en surlignant le passage qui est en cours de lecture. Vous pouvez le mettre sur pause, l'accélérer ou le ralentir. Découvrez-en plus ici.
Oui ! Vous pouvez utiliser l'application Perlego sur les appareils iOS ou Android pour lire à tout moment, n'importe où, même hors ligne. Parfait pour les trajets quotidiens ou lorsque vous êtes en déplacement.
Veuillez noter que nous ne pouvons pas prendre en charge les appareils fonctionnant sur iOS 13 et Android 7 ou versions antérieures. En savoir plus sur l'utilisation de l'application.
Oui, vous pouvez accéder à Tout sur l'école par Alain Bentolila en format PDF et/ou ePUB ainsi qu'à d'autres livres populaires dans Éducation et Éducation générale. Nous disposons de plus d'un million d'ouvrages à découvrir dans notre catalogue.

Informations

Éditeur
Odile Jacob
Année
2004
Imprimer l'ISBN
9782738115263
Troisième partie
Trompe-l’œil et faux-semblants
1
Parade politique et glacis administratif
Réfléchissez… Avez-vous gardé le souvenir d’un ministre qui, durant ces trente dernières années, ait véritablement tenté de transformer en profondeur notre système éducatif avec la volonté de modifier un peu le destin des élèves les plus en difficulté ? Aucun, je dis bien aucun, n’a seulement tenté d’infléchir sur le long terme la déliquescence de la formation des maîtres, la montée constante de l’illettrisme et, surtout, la désaffection progressive de la classe moyenne de nos élèves pour l’éducation. Seul Allègre essaya, maladroitement certes, mais il essaya. Et le lobby syndicalo-administratif lui fit barrage et finit par avoir sa peau ; condamné sans doute pour avoir fait passer le destin des élèves les plus fragiles avant le maintien du statu quo et la défense obtuse des avantages acquis. Il faut dire que Claude Allègre était sans doute celui qui avait le moins d’ambitions politiques ; pour la plupart de ses collègues, le ministère de l’Éducation nationale n’était qu’un tremplin pour se propulser vers des postes de pouvoir politiquement plus importants : comment remplir avec courage et audace sa mission de ministre de l’Éducation quand on ne rêve que d’être Premier ministre ou Président ? Comment oser imposer des changements impopulaires ? Pourquoi risquer de faire descendre le monde enseignant dans la rue, alors que pour servir au mieux ses ambitions politiques, il suffit de faire régner un calme apparent et précaire en procédant à quelques colmatages et en multipliant les effets d’annonce.
Surtout, pas de vague !
Cette volonté ministérielle de présenter au bon peuple un paysage scolaire serein et studieux est servie par une administration qui, jour après jour, s’échine à étouffer dans l’œuf tout danger de protestation, de contestation ou de scandale. « Pas de vague » est le mot d’ordre accepté et appliqué à la lettre, du recteur à l’inspecteur d’académie, s’ils ne veulent pas encourir les foudres d’un cabinet avant tout soucieux de préserver l’image du ministre. Combien de fois, alors que se développaient des contestations justifiées ou non à propos de fermetures de classes, n’ai-je pas entendu un recteur intimer l’ordre à son IA (inspecteur d’académie) de régler vite ce problème : « L’AEF (Agence pour l’éducation et la formation) a déjà sorti l’information ; j’ai le cabinet sur le dos ! » ? Dès lors que les médias sont sur le coup, il y a danger ; quelle que soit la validité de la revendication, il faut calmer le jeu, négocier, donner un peu pour avoir la paix. Peu importe la signification globale du problème localement posé, on lui apporte une solution ponctuelle. L’important, c’est que mercredi, au Conseil des ministres, la copie de l’éducation soit rendue nette et sans tâche.
Dans ce monde de l’éducation de plus en plus crispé, de plus en plus arc-bouté sur ses habitudes et ses prérogatives, l’administration au plus haut niveau est le garant du statu quo. Car si l’on veut que rien ne s’agite, alors il faut surtout ne rien changer. Quand, par extraordinaire, un ministre émet une idée un tant soit peu dangereuse pour le système en place ou propose un changement qui risque de déstabiliser l’équilibre des pouvoirs, son administration centrale d’une seule et même voix lui dit avec tout le respect qui lui est dû : « Vous n’y pensez pas, Monsieur le ministre, c’est impossible. Malheureusement, car c’est vraiment une idée originale… » Et si, par hasard, le ministre a l’idée saugrenue de demander pourquoi la chose est impossible, on le noiera dans le dédale des textes et des usages, on lui opposera le danger des réactions syndicales, on évoquera le spectre d’une campagne de presse hostile. Et il battra en retraite, parfois par méconnaissance des mécanismes administratifs, souvent par manque de constance. Cette administration toute-puissante, extrêmement hiérarchisée, a deux soucis majeurs : maintenir à tout prix la paix et, surtout, ne pas perdre la moindre parcelle de son pouvoir. Pour cela, elle est prête à tout : accepter de mettre face à des élèves des jeunes étudiants dont les résultats ont été jugés extrêmement insuffisants à l’IUFM, cautionner l’envoi dans les zones les plus difficiles de jeunes enseignants mal formés, n’imposer aucune obligation sérieuse de formation continue, aucun contrôle régulier des pratiques et des résultats. À côté de ce laxisme inacceptable, elle distribue larga manu circulaires, conseils et injonctions que, par lassitude, ou par sagesse, nos collègues diluent dans la routine de leur travail quotidien. L’activisme compulsif d’une administration prolifique et sous-employée cache bien mal une volonté manifeste de maintenir les choses en l’état. Voici quelques exemples pour vous montrer combien les meilleures initiatives ont du mal à se réaliser dans un pays où l’administration bloque quasi systématiquement ce qui n’émane pas d’elle.
Vous le savez, sans doute, le ministère de la Défense a mis en place, depuis 1999, une journée d’appel et de préparation à la défense (JAPD) au cours de laquelle les jeunes gens et jeunes filles français âgés de 17 ans passent, entre autres activités, un test de dépistage de l’illettrisme. Bon an mal an, quelque 65 000 d’entre eux sont identifiés en difficultés sérieuses de lecture et d’écriture. Il y avait donc là une occasion formidable d’offrir à ceux qui voulaient la saisir une deuxième chance d’insertion culturelle et professionnelle. C’est à cela que se sont attachées la Fondation des caisses d’épargne et l’Agence nationale de lutte contre l’illettrisme ; elles ont ainsi conçu un dispositif qui consistait à prendre par la main le jeune, dès le test terminé, et à le convaincre d’entrer dans un parcours de tutorat de douze mois afin de lui redonner goût à la culture et au travail professionnel. Une première expérimentation dans quatre régions ayant donné des résultats exceptionnels1, les deux organismes se sont tournés vers la direction du Service national pour lui proposer un protocole d’accord permettant de donner à l’opération, qui avait pris nom « Savoirs pour réussir », une dimension nationale. Vous vous dites sans doute : « Heureuse initiative que celle qui peut permettre de sortir de l’illettrisme et de l’errance quelques dizaines de milliers de jeunes échoués de l’école. » Sachez qu’il a fallu un an et demi pour que ce protocole soit signé ; et son application a été soumise à des conditions tellement draconiennes et malveillantes que l’opération finalement engagée s’est heurtée à bien des difficultés. Quand, excédés, Charles Milhaud (président de la Fondation des caisses d’épargne), Marie-Thérèse Geoffroy (directrice de l’Agence nationale de lutte contre l’illettrisme) et moi-même avons protesté avec force au nom de ces milliers de jeunes que l’on privait d’une deuxième chance, il nous fut répondu avec cynisme et suffisance qu’ils avaient bien le temps et que l’illettrisme n’était pas prêt de s’arrêter. Qu’est-ce qui a pu justifier une telle mauvaise volonté de la part d’une administration à laquelle on ne demandait que le droit de l’aider à poursuivre plus loin son travail de repérage ? Deux choses : d’abord, la crainte terrible que cette collaboration puisse d’une façon ou d’une autre dénoncer d’éventuelles insuffisances dans sa propre activité2 ; ensuite, et surtout, la volonté clairement affirmée que le « privé » ne devait en aucun cas intervenir sur le terrain de l’administration. Ainsi, une agence nationale et une fondation d’utilité publique ont pu être considérées comme des agents du « privé » sans doute prêts à démarcher ces jeunes pour leur fourguer je ne sais quel contrat ou marchandise. Si l’enjeu n’était pas aussi important, nous pourrions en rire en nous disant qu’Ubu n’est pas mort. Mais quand je vois aujourd’hui le temps perdu, le nombre de jeunes sacrifiés, j’enrage, et avec moi tous ceux qui ont cependant continué à se battre pour que les associations et la société civile dans son ensemble puissent dire à ces jeunes : « Tout n’est pas perdu. »
Les grandes administrations qui mènent en réalité les affaires derrière les éphémères gesticulations des ministres tiennent pour suspecte toute initiative qu’elles ne contrôlent pas. En 1996, nous avions mené, à la demande des services du RMI, une étude dans 14 départements afin de mesurer les compétences en lecture des bénéficiaires du RMI. Après deux années de travail, nous avons pu montrer que plus de 36 % des allocataires étaient en très grande difficulté de lecture et d’écriture. Prolongeant un peu notre recherche, nous avons mis en évidence que ces personnes en situation d’illettrisme étaient dans l’incapacité absolue de suivre les stages d’insertion (le I de RMI) dans lesquels on les inscrivait. Il nous semblait alors que ces informations n’étaient pas sans intérêt et que la direction du RMI pouvait y trouver matière à réflexion, voire à intervention. Naïfs que nous étions ! Alors que je remettais au directeur ce rapport et que j’en commentais les points principaux, je vis son visage se fermer et, d’un air sévère et à peine courtois, il me dit : « Ce rapport ne sortira pas d’ici, il nous appartient ; je vous interdis d’en faire état en aucune façon. Sinon, ce sera du “papier bleu3”. » Je sortis de cet entretien choqué et furieux, prêt à alerter l’opinion, mais on me conseilla de ne pas insister. J’eus la faiblesse d’obtempérer. Et tout put ainsi continuer : des crédits considérables continuèrent à être utilisés pour organiser des stages qu’abandonnaient régulièrement, au bout de deux jours, plus d’un tiers des stagiaires, faute de pouvoir lire les documents qui leur étaient donnés et remplir les formulaires qui leur étaient distribués. Pour que tout continue à tourner rond, pour que s’inscrivent des stages inutiles sur des registres bien tenus, pour que soient dépensés en temps et en heures les crédits alloués à l’insertion, il fallait que l’on nous fasse taire. Et nous nous sommes tus, contraints et forcés !
Un dernier exemple afin que l’administration de l’Éducation nationale ne soit pas oubliée dans le florilège des lâchetés et des rigidités administratives. Mon équipe de recherche a mis au point un dispositif extrêmement performant de formation à distance destiné aux professeurs et futurs professeurs des écoles dans le domaine de l’apprentissage de la lecture4. Une enquête sérieuse a révélé en 2002 que moins de 12 % des étudiants de l’IUFM de Créteil, lieu de l’expérimentation, possédaient un ordinateur personnel. Comment alors espérer qu’ils puissent recevoir une formation en ligne ? Je m’en suis ouvert à Charles Milhaud, président du groupe des caisses d’épargne, en lui demandant une aide en terme de mécénat. Il a accepté et a mis ses services au travail afin de proposer, sans aucune contrepartie commerciale, à tous les étudiants de l’IUFM, un portable à 20 % au-dessous du prix du marché et un prêt à taux 0 % pour l’acquérir. Et nous voilà tous les deux devant le ministre et le recteur, porteurs de la bonne nouvelle, en mesure de réduire significativement « la fracture numérique » offrant ainsi la possibilité d’une formation souple et efficace à des étudiants si mal formés par ailleurs. Désillusion ! On nous dit avec une très grande courtoisie que l’on allait « étudier » notre proposition ; je crois même me souvenir que l’un des conseillers utilisa le terme « votre demande ». Mais on tint cependant à nous prévenir que « l’affaire » soulevait quelques problèmes et que « certains » pouvaient s’alarmer de l’intrusion d’une entreprise privée dans une institution publique. Inutile de préciser que « l’affaire » fut bien vite enterrée et les étudiants renvoyés à leurs cours magistraux. Et voilà comment une initiative d’intérêt général, aussi utile que désintéressée, fut sacrifiée sur l’autel immaculé de l’administration publique.
Plus qu’un autre, le monde de l’éducation tient pour suspecte toute initiative issue de la société civile. Au lieu d’y voir une heureuse complémentarité avec ses propres actions, il craint comme la peste que les activités les plus transparentes et les plus respectueuses ne viennent, par leur seule existence, dénoncer les carences de ses propres organismes. Obsédés par la nécessité de prévenir les « mouvements » des profs et les manifs des étudiants – réputés extrêmement contagieuses en matière de désordre social – ministres et administration se contentent de négocier précautionneusement les conditions d’un statu quo de complaisance. Alors que la population scolaire s’est transformée en profondeur, alors que la culture ambiante s’est éloignée de celle de l’école, alors que l’image de l’école et de ses maîtres s’est terriblement détériorée, on s’arrange entre gestionnaires pour que rien ne change vraiment.
De temps à autre, quelques bulles viennent crever la surface d’une eau stagnante, entretenant l’illusion d’une promesse sous-jacente de créativité et d’invention. Et, sur la berge, des grenouilles gonflées d’importance s’extasient, considérant ces glougloutements épisodiques comme l’annonce du surgissement d’une source vive, claire et puissante à laquelle tous les élèves, ayant miraculeusement retrouvé le goût d’apprendre, viendraient étancher leur soif de connaissances. En modifiant à peine la phrase du prince de Lampedusa, on pourrait dire qu’il faut bien donner l’illusion que les choses changent si l’on veut que tout reste pareil. Et s’il est une chose que savent faire depuis toujours les responsables du système éducatif, c’est donner l’illusion du changement.
Les grands spectacles
Quel(le) ministre ne s’est pas offert le plaisir d’organiser ces grand-messes laïques qui sont censées ouvrir, chaque fois, une ère éducative nouvelle : assises de l’éducation, états généraux de la lecture, concertation lycéenne, charte de l’éducation et, pour finir, tout récemment, le grand débat sur l’école ? En 1998, j’ai eu la vanité d’accepter de participer à l’organisation des « états généraux de la lecture et des langages ». Le ministre de l’époque avait eu ce talent particulier de me convaincre que nous allions réussir à changer sur le long terme les modes de formation, les procédures d’évaluation, les méthodes d’apprentissage et que, dans cette glorieuse perspective, j’étais – mais oui – le seul à pouvoir donner du sens à cette initiative décisive. Persuasion et séduction avaient emporté mes doutes et, fort de l’engagement ministériel à mettre en place un plan sur cinq ans avec les moyens nécessaires, je pris la tête d’une équipe restreinte qui, deux semaines plus tard, se transformait en armée mexicaine par l’arrivée des représentants de tous les secteurs de l’administration centrale. Du séminaire de travail, nous sommes passés à la mise en œuvre d’un grand spectacle que la ville de Nantes accueillit. Plus de mille enseignants furent déplacés pendant trois jours. Un conseiller en communication fut engagé à grands frais. Les chroniqueurs les plus connus de la télévision furent mobilisés pour animer les débats5. Le résultat fut pitoyable : aucune cohérence dans des communications dont les auteurs avaient été choisis au hasard des dîners en ville ; des tables rondes dignes du café du commerce ; une conclusion d’une banalité consternante sans la moindre perspective concrète. Mais toutes les télévisions étaient là. Toute la France sut ainsi qu’était organisée une manifestation majeure, propre à changer le destin des enfants de ce pays. Et, finalement, c’était le but unique de cette opération extrêmement coûteuse : mettre en spectacle la volonté ministérielle de mobiliser ses troupes pour engager l’ultime bataille contre l’illettrisme. Cette manifestation, encore une fois fort onéreuse, n’eut strictement aucune suite. Lorsque je m’en suis inquiété quelques mois plus tard, on me répondit que l’on s’employait déjà à organiser un événement analogue, mais cette fois au plan européen… et que, bien sûr, on m’en parlerait. Deux jours plus tard, je fis paraître dans Le Monde un article très sévère intitulé « Pour en finir avec les faux-semblants » qui me mit définitivement à l’abri de ce genre de collaboration. Si les manifestations de cette espèce constituent un gaspillage inutile, elles découragent surtout tous ceux à qui il reste encore un peu de foi pédagogique. Ils ont le sentiment justifié que l’on se sert d’eux pour fabriquer de l’image ; ils se rendent compte qu’ils sont en fait des figu...

Table des matières

  1. Couverture
  2. Page de titre
  3. Copyright
  4. Table
  5. Dédicace
  6. Introduction
  7. Première partie. Les enjeux
  8. Deuxième partie. Les ennemis de l'école
  9. Troisième partie. Trompe-l'œil et faux-semblants
  10. Quatrième partie. Cinq chantiers pour une école en résistance
  11. Conclusion
  12. Annexes. Chiffres et tableaux
  13. Remerciements
  14. DU MÊME AUTEUR
  15. Quatrième de couverture