Christian Blanc a été un acteur majeur des événements qui se sont déroulés en Nouvelle-Calédonie, entre 1984 et les accords de Matignon de 1988. Il livre ici un document exceptionnel sur cet épisode mouvementé. « Au moment où va commencer ce récit, les Calédoniens sont en état de choc. Un soulèvement insurrectionnel des populations kanak, indépendantistes, vient d'éclater… » On le suivra de bout en bout, avec de nombreux témoignages inédits qui nous plongent au cœur des négociations entre les principaux protagonistes, métropolitains (Pisani, Rocard, Mitterrand) et calédoniens (Lafleur et les chefs kanak Tjibaou et Yeiwéné). L'auteur prend soin de présenter le pays, décrivant au passage l'univers des Kanak et celui des Caldoches. Le récit est captivant. Il raconte la rencontre difficile entre des cultures et des intérêts différents, et restitue avec talent la chair de relations humaines intenses, rugueuses, souvent dramatiques. On y perçoit l'estime, partagée, pour des interlocuteurs dont certains ont su s'élever à la hauteur d'une situation dont les enjeux dépassaient leur personne. Tjibaou déclara un jour : « Il peut y avoir des différences entre les hommes, c'est bien ainsi. Quand on se coupe le doigt, la couleur du sang est toujours rouge, quelle que soit la couleur de la peau. C'est ce qui donne à l'humanité l'unité et la fraternité des hommes sur Terre… » Construire l'avenir devenait possible. À la fois un livre d'histoire et la chronique passionnante d'une aventure personnelle, qui se lit comme un roman. Un texte clé pour comprendre l'actualité troublée, car la situation en Nouvelle-Calédonie gronde à nouveau. Christian Blanc, préfet, a été P-DG de la RATP, P-DG d'Air France. Il est aussi l'homme à qui l'on doit le Grand Paris. Il a publié, aux éditions Odile Jacob, La Croissance ou le Chaos (2006) et Paris, ville-monde (2015).
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Quelques années plus tard, je peux affirmer, tranquillement, que seul Michel Rocard était capable d’assumer personnellement et politiquement une telle idée.
Il comprenait que la voie permettant éventuellement de sortir de cette impasse historique dans laquelle nous étions passait par une confiance dans les hommes qui dépassait largement les facteurs politiques dans lesquels nous étions enfermés.
Dans la voiture qui me ramenait à la préfecture de Seine-et-Marne, j’étais dubitatif.
Certes Tjibaou avait été prêtre après avoir fait des études au petit séminaire de Païta1. Et il disposait d’une vision très large. En d’autres temps, j’avais pensé qu’il y avait du Gandhi chez lui. Il était totalement étranger aux approches marxistes et révolutionnaires classiques. C’est la raison pour laquelle, au moment où le FULK et le Palika menaient des actions à caractère révolutionnaire, il avait réaffirmé au sein du FLNKS le rôle dominant de l’Union calédonienne dont il était le leader incontesté.
Du côté des Européens, épris de références occidentales, cultivant le rôle de l’argent et ayant pour la plupart une ignorance quasi totale des traditions coutumières canaques, il était difficile de penser qu’une évolution pourrait être attendue dans les prochaines semaines, voire les prochaines années.
François Mitterrand donna son feu vert.
Il fallait immédiatement constituer une telle mission… et pour cela bien réfléchir aux contours d’une telle mission.
Nous étions le 12 mai. Nous avions devant nous le week-end prolongé de Pâques.
Dans les heures qui suivirent l’accord de François Mitterrand, j’eus rapidement celui de Jacques Stewart, président de la Fédération protestante de France. Michel Rocard appela directement Mgr Paul Guiberteau, recteur de l’Université catholique de Paris, avec qui il avait négocié la réforme de l’enseignement agricole privé, adoptée à l’unanimité en 1984. Cet homme était respecté, certes, mais il pouvait entraîner quelques réserves de la part du président de la République2. Paul Guiberteau donna son accord moyennant une confirmation par le cardinal Lustiger. Lequel, quel que soit le poids d’un Premier ministre, émit quelques réticences pour finalement accepter la participation de Paul Guiberteau à « une mission d’apaisement en Nouvelle-Calédonie ».
Et c’est ainsi que nous nous retrouvions le 15 mai dans le bureau du président de la République pour arrêter la composition de cette mission du dialogue.
Étaient présents Michel Rocard, Olivier Stirn (qui était ministre des DOM-TOM), Jean-Louis Bianco (secrétaire général de l’Élysée) et moi-même.
François Mitterrand nous fait entrer. Michel Rocard, Olivier Stirn, Jean-Louis Bianco et moi, puis s’installe à son bureau.
Michel Rocard est en face de lui, avec Stirn à sa gauche, Bianco et moi à sa droite.
FRANÇOIS MITTERRAND. – Monsieur le Premier ministre, je vous écoute.
MICHEL ROCARD. – Tous les statuts ont échoué. L’heure n’est plus au montage institutionnel, à l’ordre public ou à la politique, etc. Mais à la responsabilité des hommes. C’est ce qui m’amène à vous proposer une mission d’hommes de bonne volonté capable, je l’espère, de proposer un autre paysage.
Après un début où le fond était parfait, la forme fut ensuite désastreuse. Je n’avais jamais vu Michel Rocard aussi mauvais dans l’exposé d’un problème. Maladroit dans ses formules, gêné parfois d’être à côté de la plaque de ce que François Mitterrand pouvait, selon lui, naturellement comprendre.
FRANÇOIS MITTERRAND. – Bon, alors vous me proposez qui pour cette mission ? Vous m’avez déjà parlé du pasteur Stewart et de Paul Guiberteau, c’est bien. Mais il manque un franc-maçon. Je pense à Roger Leray.
MICHEL ROCARD. – Excellent !
FRANÇOIS MITTERRAND. – Et puis vous m’avez parlé de Périer, conseiller d’État, et de Steinmetz. C’est bien cela ?
MICHEL ROCARD. – Oui, monsieur le Président. Périer, conseiller d’État, fut également directeur général de la gendarmerie nationale. Et Steinmetz, ancien sous-préfet à Nouméa, est un ancien collaborateur de Raymond Barre.
J’observais. François Mitterrand avait parlé avec la rigidité d’un général chinois3.
Grand silence. Et, tournant sa tête vers moi : « Vous y croyez, vous, monsieur le Préfet, à tout ceci ?
– Monsieur le Président, je n’ai pas eu une meilleure idée. (Silence.)
– Bon, alors allons-y. »
Nous sortons par le bureau du secrétaire général de l’Élysée qui jouxte toujours celui du président.
Michel Rocard me dit, tout réjoui : « Alors ! tu vois, ça a marché !
– Oui, et quel enthousiasme ! »
Communiqué du 15 mai 1988 de Matignon
La situation en Nouvelle-Calédonie est celle que chacun connaît. Elle appelle un traitement rapide, sans précipitation, mais avec détermination.
M. Clément Bouhin, haut-commissaire de la République, est confirmé dans ses fonctions.
Par ailleurs, le Premier ministre, sur proposition du ministre délégué chargé des Départements et Territoires d’outre-mer, et en accord avec le président de la République, a décidé l’envoi immédiat d’une mission conduite en son nom. Celle-ci aura un double objectif : apprécier la situation, rétablir le dialogue. Sa durée sera d’un mois. À la demande du Premier ministre, outre les hauts fonctionnaires désignés, plusieurs personnalités ont bien voulu accepter d’apporter leur concours.
Cette mission est donc composée de six personnes : M. Christian Blanc, préfet, qui la coordonnera, Mgr Paul Guiberteau, recteur de l’Institut catholique de Paris, M. le pasteur Jacques Stewart, président de la Fédération protestante de France, M. Roger Leray, ancien grand maître du Grand Orient de France, M. Jean-Claude Périer, conseiller d’État, M. Pierre Steinmetz, sous-préfet, membre rapporteur. Les six membres de cette mission partiront pour le Territoire dès mercredi 18 mai.
À la fin du délai d’un mois, la commission entretiendra le Premier ministre de ses constatations et analyses. En outre, M. Christian Blanc rédigera un rapport présentant des propositions pour l’avenir de la Nouvelle-Calédonie.
Je contactai chacun d’eux par téléphone et nous convînmes, toutes affaires courantes, de nous retrouver le 16 mai à la table du préfet de Seine-et-Marne à Melun pour nous rencontrer, car personne ne connaissait personne.
Un déjeuner réunit tous les « missionnaires ». J’avais le sentiment que les hommes qui avaient été choisis par le Premier ministre et acceptés par le président de la République étaient les bons. Après un temps de conversation à bâtons rompus, la rencontre se transforma en équipe, « une équipe d’hommes libres ». Nous avions identifié les enjeux sans définir des objectifs très précis mais avec un plan d’action qu’il nous faudrait actualiser sur place.
Une situation magique se produisit. Sur ma proposition, en l’absence de Stewart qui était déjà parti la veille en Nouvelle-Calédonie suite à des engagements pris, les titres disparurent. Le préfet sera Christian, monseigneur deviendra Paul, le grand maître deviendra Roger, Steinmetz deviendra Pierre.
Les deux jours avant notre départ furent consacrés à une préparation active du voyage. Je téléphonai en Auvergne à Christian Kozar qui avait intégré le tribunal administratif puis demandai à son président de bien vouloir autoriser son détachement le temps de cette mission. Kozar était un homme sûr, d’un grand conseil, familier des procédures coutumières, qui se révélerait dans l’action comme l’un de nos « camarades de paix » parmi les plus efficaces.
Mais il fallait également passer un certain nombre d’appels. Je téléphonai à Jacques Lafleur, qui avait déjà été contacté à la demande de Michel Rocard par Jacques Chirac, pour lui demander de « bien vouloir accueillir la mission ».
Dans ma discussion avec Lafleur, il y eut cette phrase saisissante dont nous nous sommes souvenus ultérieurement l’un et l’autre.
Cette conversation fut brève mais je ne pus m’empêcher de dire à Jacques Lafleur : « Je suppose que cela vous fait plaisir de me revoir », sur un ton quelque peu goguenard. Le patron des Caldoches répliqua alors dans un éclat de rire : « Ah, ça je peux vous l’affirmer, pas du tout ! »
Quant à Tjibaou qui était probablement retranché quelque part dans les montagnes de Hienghène, recherché pour terrorisme du fait des décisions qu’avaient prises les autorités à son égard, il n’était pas joignable. De même que Yeiwéné Yeiwéné retranché dans l’île de Maré.
Cependant, dès la réélection de François Mitterrand à la présidence de la République, Tjibaou avait, par l’intermédiaire de l’Agence canaque de presse, diffusé une déclaration indiquant que sur le principe, la voie était ouverte pour que des contacts puissent avoir lieu avec un médiateur.
Le mercredi 18 mai, nous quittions Paris à bord d’un avion UTA en direction du territoire de la Nouvelle-Calédonie.
Arrivée à Nouméa
Nous sommes installés dans l’avion et nous bouclons nos ceintures. Au moment de partir, la porte se rouvre : un message urgent de Matignon. Un attentat vient d’avoir lieu dans le quartier canaque de Montravel, dans les faubourgs de Nouméa, faisant de nombreuses victimes. Des inscriptions sur les murs : « La chasse aux Blancs est ouverte ! »
Le message est clair, les plus déterminés des indépendantistes nous souhaitent la bienvenue. C’est un avertissement qui nous est adressé. Je me rappelle avoir éprouvé à cet instant le sentiment de vivre à nouveau mes moments les plus difficiles de 1985.
Je m’étais procuré avant de partir une note manuscrite confidentielle sur la militarisation du Territoire.
Intime conviction d’une dérive dangereuse du commandement militaire en Nouvelle-Calédonie. L’actuel responsable raisonne en termes anachroniques de guerre coloniale, de « quadrillage du Territoire ». La préparation de l’opération Ouvéa est significative avec l’emploi de mots clés lourds de sens, « bouclage – ratissage – nettoyage ».
Il y eut colère lors du desserrement du dispositif autour de la grotte : « Nous avons reculé devant des indigènes sans obtenir de contrepartie. »
Il lui apparaît normal de parler de « destruction » de l’ennemi. Ceci est normal en temps de guerre, mais pas pour rétablir l’ordre, en temps de paix.
Son comportement rappelle un certain général US du nom de Custer, qui s’illustra face aux Indiens d’Amérique, et d’où vient probablement l’appellation d’opération Victor qu’avait utilisée ce général américain.
Enfin, importance mineure accordée à la vie des otages : ce sont des militaires, ils savent qu’ils pourront mourir.
Je réfléchissais également aux entretiens téléphoniques que j’avais eus avec quelques responsables du RPR en qui j’avais une confiance personnelle.
Pour Philippe Séguin, qui avait eu connaissance du rapport de l’IGAS sur les prestations sociales en Nouvelle-Calédonie, ce Territoire connaissait une partition de fait.
Pour Alain Peyrefitte, une enclave de type Guantánamo pouvait s’imaginer, afin de protéger Mururoa pendant vingt ans.
Pour Jacques Toubon, aller, si nécessaire, vers un district fédéral, dont la capitale pourrait être mélanésienne.
Avant d’arriver à destination, j’indiquai à mes compagnons de voyage que nous serions certainement accueillis par de très nombreux journalistes et que nous aurions des questions très précises sur cet attentat qui venait de se produire ...
Table des matières
Couverture
Titre
Copyright
Ouverture
ACTE I - ÉMERGENCE DE L'IDENTITÉ POLITIQUE KANAK
ACTE II - RATTRAPER LE TEMPS PERDU OU DONNER DU TEMPS AU TEMPS ?