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Le Climat, à quel prix ?
La négociation climatique
- 152 pages
- French
- ePUB (adaptée aux mobiles)
- Disponible sur iOS et Android
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À propos de ce livre
À quoi sert la négociation climatique ? Comment se positionner face au climato-scepticisme ? Ce livre fournit au lecteur les clés pour comprendre les enjeux de la coopération internationale face aux dérèglements du climat. Dans une économie mondialisée, les décisions se prennent en fonction des prix qui s'expriment sur les marchés. Or ces derniers accordent une valeur quasi nulle aux dommages climatiques résultant des rejets de CO2. L'usage de l'atmosphère est gratuit. Les conséquences en sont redoutables. Critiques à l'égard des transitions énergétiques, Christian de Perthuis et Raphaël Trotignon appellent à un véritable changement qui passe par la tarification internationale du carbone. Pointant les difficultés pour y parvenir, notamment les blocages entre les pays occidentaux et les pays émergents, ils montrent qu'on ne résoudra pas la question du climat si on ne l'inscrit pas au cœur des choix économiques et sociaux qui conditionnent l'avenir de nos sociétés. C'est tout l'enjeu de la prochaine conférence de Paris sur le climat. Christian de Perthuis est professeur d'économie à l'université Paris-Dauphine, où il a fondé la chaire d'économie du climat. Son ouvrage Le Capital vert (Odile Jacob, 2013) paraît prochainement aux États-Unis (Columbia University Press, 2015). Raphaël Trotignon est responsable de l'équipe de recherche « Prix et Marchés du carbone » à la chaire d'économie du climat. Spécialiste de la tarification du carbone, il a publié plusieurs ouvrages de vulgarisation sur l'énergie et le climat.
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Informations
Éditeur
Odile JacobAnnée
2015Imprimer l'ISBN
9782738132994ISBN de l'eBook
9782738166029CHAPITRE 1
S’inscrire dans la géopolitique contemporaine
Un extraterrestre débarquant sur notre planète au début du mois de décembre 2014 aurait découvert un tableau schizophrénique. D’un côté, Lima : les ministres de l’Environnement jouent les prolongations à la conférence annuelle des Nations unies sur le climat. Ils cherchent à défricher les voies d’un accord climatique qui pourrait être signé à Paris en décembre 2015. Sans grand succès. De l’autre, Washington : dans les locaux du FMI, les responsables économiques se réjouissent de la chute du prix du pétrole. Pendant le sommet climatique, le baril est tombé à 60 dollars. Un véritable contrechoc pétrolier, incitant à la consommation d’énergie fossile, mais susceptible de faciliter la relance d’une économie mondiale chancelante. Une « bénédiction pour l’économie française » ne craint pas d’afficher le quotidien économique Les Échos, quand Le Monde se demande s’il ne s’agit pas enfin de la bonne étoile de François Hollande pour inverser la courbe du chômage.
Si nous sommes schizophrènes, c’est parce que la préservation du climat reste une préoccupation largement extérieure à la sphère économique. En permettant de consommer plus de pétrole avec moins d’argent, il ne fait aucun doute que ce nouveau contrechoc pétrolier va stimuler les émissions de CO2 et accélérer le réchauffement de la planète. Mais que vaut à court terme la protection du climat face à un peu plus de croissance et sans doute moins de chômeurs ? Pas grand-chose en vérité. Et cette échelle des valeurs ne date pas d’hier : historiquement, la recherche de nouvelles sources d’énergie fossile a constitué un puissant moteur pour le développement de l’économie mondiale. C’est pourquoi chaque nouvelle étape de la mondialisation a généré une accumulation supplémentaire de gaz à effet de serre dans l’atmosphère.
L’enjeu central de la négociation sur le climat est de déconnecter rapidement la croissance de l’économie mondiale des émissions anthropiques de gaz à effet de serre. La négociation pour parvenir à Paris à un accord dans ce sens est complexe. Pour être efficace, un tel accord doit être universel. Or l’enjeu se décline différemment pour les pays développés, les pays émergents et les pays moins avancés. Sans compter le groupe des producteurs et exportateurs d’énergies fossiles qui peuvent appartenir à chacune des trois catégories précédentes. Malgré ces différences, comment trouver un intérêt partagé pour mettre la protection du climat au cœur des prochaines étapes de la mondialisation ?
Brève histoire de la mondialisation et du CO2
Pour beaucoup de nos concitoyens, la mondialisation est un mouvement récent, synonyme de montée en régime de nouvelles puissances économiques provoquant chez nous délocalisations, chômage, menaces sur les acquis sociaux… Les historiens de l’économie, comme Angus Maddison ou Paul Bairoch1, sont là pour nous rappeler que l’ouverture et l’interdépendance des économies ne datent pas d’hier. Depuis bientôt deux siècles, elles constituent un puissant moteur de la création de richesse et d’élévation du niveau de vie. Ce mouvement séculaire peut être décomposé en cinq grandes phases.
LES PRÉMICES (1500-1820)
Autant qu’on puisse le reconstituer, l’économie mondiale passe d’un régime stationnaire à un régime de croissance vers la fin du XVe siècle, celui des grandes découvertes. Les progrès techniques, principalement localisés dans l’agriculture et la navigation, déclenchent une lente montée de la productivité à l’origine d’un premier cycle séculaire de croissance. Jusque vers 1820, cette croissance est à peine décelable dans le passage d’une génération à l’autre : il faut plus de deux cents ans pour doubler le PIB par habitant ! Le changement de régime économique se transmet à la démographie. La population mondiale triple entre 1500 et 1820.
Cette première phase de la mondialisation ne modifie que très marginalement le bilan des rejets anthropiques de gaz à effet de serre. La biomasse est le pilier du système énergétique, avec des renforts ponctuels de l’éolien et des rivières (moulins, navigation à voile). Son usage s’inscrit dans un cycle court où sa combustion ne fait que rejeter dans l’atmosphère le carbone préalablement stocké dans la plante. Le défrichement des forêts pour la culture et l’élevage constitue alors la première source d’émission de CO2 d’origine anthropique, bien trop faible pour impacter le système climatique.
L’ESSOR INDUSTRIEL CLASSIQUE (1820-1940)
Une première accélération de la croissance s’amorce vers 1820 en Angleterre et se transmet rapidement à l’Europe occidentale puis aux États-Unis. Grâce à la domestication et à l’utilisation à grande échelle de nouvelles formes d’énergie (le charbon, puis le pétrole et l’électricité), l’économie mondiale change à nouveau de régime. Le produit par tête progresse d’un peu moins de 1 % par an, soit un doublement tous les soixante-dix ans. Ce progrès engendre une baisse de la mortalité à l’origine de l’accélération démographique qui se cumule à l’amélioration du niveau de vie par habitant. Si l’on regarde le produit total et non plus le produit par tête, celui-ci double tous les quarante ans pendant plus d’un siècle !
Un tel rythme transforme les conditions de vie notamment via l’urbanisation. Il s’accompagne d’un creusement considérable des écarts entre zones économiques. La richesse se polarise comme jamais elle ne le fit historiquement sur l’Europe, l’Amérique du Nord et le Japon, qui totalisent de l’ordre d’un cinquième de la population mondiale. D’immenses espaces économiques sont simultanément déstructurés par l’expansion européenne et américaine. En particulier, le poids des économies chinoise et indienne est laminé durant cette période qui fut aussi celle de l’exploitation coloniale.
Négligeables en 1820, les rejets atmosphériques de CO2 d’origine énergétique atteignent un peu plus de 2 tonnes par habitant au démarrage du second conflit mondial. Pour l’essentiel, ces émissions se concentrent sur les pays occidentaux et le Japon. À 80 %, elles résultent de l’usage du charbon, bien que le pétrole ait pris un rôle significatif dans la croissance des émissions mondiales à partir de 1920. Les émissions d’origine énergétique ont pris le pas sur celles résultant de la déforestation au début du XXe siècle. Leur poids ne cessera de croître par la suite.
« L’ÂGE D’OR » DE L’APRÈS-GUERRE (1945-1975)2
L’après-guerre connaît une nouvelle accélération de la croissance. Elle est spectaculaire et inattendue. Dans les pays d’industrialisation ancienne (Europe, États-Unis, Japon), la dynamique est amorcée par les dépenses de reconstruction des dégâts occasionnés par le second conflit mondial. Aussi, l’Europe de l’Ouest et encore plus le Japon figurent parmi les économies qui profitent le plus de cet « âge d’or ». Le fait nouveau est que la croissance économique et démographique se diffuse bien plus largement dans le reste du monde. Globalement, l’augmentation du PIB par habitant avoisine le rythme de 3 % par an, soit un doublement tous les quarts de siècle : du jamais-vu dans l’histoire humaine !
L’âge d’or est marqué par une soif inextinguible de pétrole. L’or noir supplante le charbon comme première source de rejet atmosphérique de CO2 à la fin des années 1960. Le gaz naturel devient alors également une source majeure d’émission. Cette dynamique fait doubler les émissions par tête : en 1975, un terrien rejette en moyenne 4 tonnes de CO2 d’origine énergétique. En trente ans, l’utilisation croissante d’énergies fossiles provoque le rejet de 300 milliards de tonnes de CO2, soit bien plus que le cumul de toutes les émissions antérieures. Simultanément, le développement de nouvelles pratiques de culture et d’élevage fait de l’agriculture la première source d’émissions de méthane et de protoxyde d’azote, deux autres gaz à effet de serre.
Beaucoup pensent que l’anomalie historique constituée par l’âge d’or va prendre fin dans les années 1970. L’éclatement du système monétaire hérité de Bretton Woods au début de la décennie est suivi d’une violente récession consécutive au choc pétrolier. La publication par le Club de Rome du rapport de chercheurs du MIT, Halte à la croissance3, met l’accent sur les limites physiques à la croissance. Les premières estimations de l’Agence internationale de l’énergie indiquent que les réserves prouvées de pétrole ne dépassent pas quarante années d’exploitation. Cela conforte la vision d’une expansion qui va buter sur l’épuisement des stocks de matières premières. L’histoire va pourtant s’écrire suivant un autre scénario : non pas celui du ralentissement de la croissance mondiale, mais celui de sa redistribution entre ensembles géographiques.
LE RETOUR DU BALANCIER :
LA REDISTRIBUTION DE LA CROISSANCE (1975-2000)
Vingt-cinq ans après la publication de Halte à la croissance, l’affaiblissement de l’expansion ne fait aucun doute dans les pays d’industrialisation ancienne. Entre 1975 et 2000, le ralentissement est très marqué au Japon qui tombe dès le début des années 1990 dans le piège déflationniste. En Europe et aux États-Unis, les espoirs placés dans les nouvelles technologies de l’information sont déçus, même si la montée de l’endettement privé masque un certain temps les difficultés d’ajustement de ces économies.
L’essoufflement des vieilles économies est compensé par un puissant mouvement de balancier en faveur des pays émergents. Parti au démarrage de petits pays asiatiques, le mouvement se propage à la Chine continentale avec l’ouverture des marchés consécutive au retour au pouvoir de Deng Xiaoping. Il se transmet ensuite à d’autres grands pays comme l’Inde, le Brésil. Opérant une accumulation de capital d’un rythme inédit, ces pays comblent à partir de 1973 le retard séculaire pris durant les premières phases de la mondialisation. L’ouverture commerciale a pris une dimension nouvelle et le capital financier est devenu totalement mobile, à la suite de la libéralisation des marchés. Les technologies de l’information facilitent l’acquisition de nouveaux savoir-faire, la diffusion des innovations et l’interconnexion des marchés.
La propagation de cette dynamique aux autres régions du monde ne se fait pas sans heurts. L’Amérique latine met une bonne décennie à s’ajuster à la nouvelle donne pétrolière avec la crise de la dette mexicaine qui ébranle le continent pendant la décennie 1980. L’Afrique peine encore davantage, avec un recul du PIB par habitant entre 1973 et 1998. La transition de l’URSS vers l’économie de marché s’opère dans les pires conditions. La désagrégation de l’État et l’application de recettes libérales naïvement transposées de l’École de Chicago provoquent une implosion de l’économie russe et de ses anciens satellites durant les années 1990.
Le rythme de progression des émissions liées à l’énergie ralentit à la suite des deux chocs pétroliers de 1973 et 1980. Elles se stabilisent à un peu plus de 4 tonnes de CO2 par habitant, en entamant un mouvement de redistribution géographique vers les pays émergents. Du fait de la croissance démographique, leur volume global continue à progresser. Sur le dernier quart du XXe siècle, elles avoisinent 550 milliards de tonnes de CO2, soit deux fois plus que durant les vingt-cinq années précédentes.
LES NOUVELLES DYNAMIQUES DE L’ÉCONOMIE MONDIALE (2000-2015)
Avec le démarrage du nouveau millénaire, la diffusion géographique de la croissance s’accentue. Le centre de gravité de l’économie mondiale se déplace rapidement vers la Chine et les pays émergents. L’Amérique latine est sortie de ses difficultés dès le début de la décennie 1990. La Russie et ses anciens satellites parviennent à enrayer leur spirale dépressive vers 1997-1998. À partir de 2001, l’Afrique subsaharienne, jusqu’alors restée à l’écart du mouvement, voit sa croissance par habitant fortement remonter. La redistribution spatiale de la croissance s’accompagne de progrès inédits en matière de réduction de la pauvreté et d’amélioration des conditions de vie. Pour une grande partie du monde en développement cette étape de la mondialisation, à l’origine de beaucoup d’angoisses chez nous, constitue un véritable « âge d’or » : jamais la pauvreté n’a reculé aussi vite à l’échelle planétaire, malgré la montée en parallèle des inégalités.
La vulnérabilité des économies développées est mise à nu avec l’éclatement de la bulle financière en 2008 qui déclenche une récession d’une ampleur inédite depuis la grande crise de 1929. Comme l’analyse l’économiste américain Robert Gordon, les perspectives de croissance de ces pays en sortent affaiblies. Lorsque éclate la grande récession de 2008-2009, la fragilité financière des vieux pays industrialisés apparaît au grand jour : ils ont accumulé un endettement de plusieurs centaines de milliards de dollars sur les pays émergents. Avec les accords de Bretton Woods, le monde de l’après-guerre était organisé avec l’Amérique au centre, capable de refinancer le reste du monde. Désormais, le Trésor des États-Unis a besoin des investisseurs chinois pour boucler ses fins de mois !
À partir de 2000, les émissions mondiales s’accélèrent à nouveau. Elles retrouvent un rythme comparable à celui observé durant l’âge d’or. Les émissions liées à l’agriculture et à la forêt se stabilisent pourtant, avec le ralentissement de la déforestation en Amérique latine. Mais celles liées à l’énergie rebondissent du fait de l’accélération de la croissance des pays émergents qui mobilisent de nouvelles sources charbonnières. Le charbon redevient la première source d’émission dans le monde. Entre 2000 et 2015, les rejets de CO2 d’origine énergétique dans l’atmosphère dépassent 450 milliards de tonnes. Il avait fallu soixante-quinze ans au début du XXe siècle pour atteindre un tel cumul d’émission.
La redistribution spatiale des sources d’émission est rapide. En 1990, année de référence du protocole de Kyoto, les pays industrialisés et du bloc soviéti...
Table des matières
- Couverture
- Titre
- Copyright
- INTRODUCTION - Nom de code : COP-21 !
- CHAPITRE 1 - S’inscrire dans la géopolitique contemporaine
- CHAPITRE 2 - Déjouer le climato-scepticisme larvé
- CHAPITRE 3 - Revenir aux principes fondamentaux
- CHAPITRE 4 - Envoyer les bonnes incitations économiques
- CONCLUSION - Et s’il n’y avait pas d’accord ?
- ANNEXE 1 - Les dates clés de la négociation climatique
- ANNEXE 2 - Les vingt principaux émetteurs de CO2 énergétique dans le monde
- Glossaire
- Remerciements
- Table
- Des mêmes auteurs