
- 366 pages
- French
- ePUB (adaptée aux mobiles)
- Disponible sur iOS et Android
eBook - ePub
L' Entente cordiale dans le siècle
À propos de ce livre
Il y a un siècle, la France et la Grande-Bretagne scellaient leur destin et leur histoire par un accord d'une portée aussi exceptionnelle que durable. Depuis cette date, l'Entente cordiale continue de témoigner d'une commune aspiration à diffuser dans le monde les valeurs de la démocratie, des droits de l'homme et de l'état de droit. Publié simultanément dans les deux pays grâce au Conseil franco-britannique, cet ouvrage réunit les témoins d'hier, les acteurs d'aujourd'hui et les meilleurs analystes de cette entente, parfois houleuse, mais toujours préservée, entre les deux nations. Parmi les historiens, hommes politiques et journalistes, de nationalité française ou britannique, qui nous offrent ici leurs contributions croisées : Dominique de Villepin et Jack Straw ; Jean François-Poncet, Hubert Vedrine et Douglas Hurd ; Christopher Andrew, Jean-Jacques Becker, Maurice Druon, Alistair Horne, Roy Jenkins, Pierre Messmer, Maurice Vaisse. Jacques Viot, ambassadeur de France, préside la section française du Conseil franco-britannique. Giles Radice, ancien député travailliste et aujourd'hui membre de la Chambre des Lords, préside la section britannique du Conseil franco-britannique.
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Informations
I
De l’Entente cordiale
à la drôle de guerre
à la drôle de guerre
1
La genèse et la mise en place
de l’Entente cordiale
de l’Entente cordiale
La genèse de l’Entente cordiale
JOHN KEIGER
L’Entente cordiale et la menace allemande
CHISTOPHER ANDREW et PAUL VALLET
Le poids de l’Histoire
ROBERT TOMBS
La première crise marocaine
JEAN-MARIE LE BRETON
L’Exposition franco-britannique
MARTYN CORNICK
Vivre notre bon Édouard !
ISABELLE BUSSY
Une subtile entente cordiale des mathématiciens
JEAN DHOMBRES
La genèse de l’Entente cordiale
par John Keiger
La longue histoire commune de la France et de la Grande-Bretagne est jalonnée de divisions. Il n’est donc pas étonnant que, dans les relations franco-britanniques, le passé compte autant que l’avenir. Ce fut notamment le cas pour l’Entente cordiale, signée dans les premières années du XXe siècle. Cet accord entre les deux pays n’était certainement pas une alliance, ni même un traité, qui auraient l’un et l’autre disposé de l’avenir, mais un ensemble hétéroclite composé d’une convention et de deux déclarations paraphées à Londres le 8 avril 1904. Ce faisant, la Grande-Bretagne et la France mettaient un terme à plusieurs de leurs différends coloniaux. Ces différends portaient sur de vastes parties de l’empire qu’elles s’étaient constitué à Terre-Neuve, en Afrique centrale et de l’Ouest, en Égypte, au Maroc, à Madagascar et aux Nouvelles-Hébrides. Au lieu d’un rapprochement, les deux empires ont été physiquement dissociés par l’instauration de zones d’influence respectives au Siam et en Afrique de l’Ouest. Ces accords ne comportaient pas même une déclaration de politique générale à propos de relations plus amicales. Ce n’est que rétrospectivement qu’ils sont apparus comme l’amorce d’une union de plus en plus étroite entre rivaux de naguère, qui allait déboucher sur une alliance lors du déclenchement de la Première Guerre mondiale. Cette métamorphose remarquable d’une inimitié en amitié s’est opérée en seulement quinze années, à compter de 1898. Pendant cette période, la France et la Grande-Bretagne, qui étaient sur le point de se déclarer la guerre, sont peu à peu devenues des alliées dans le conflit. Que s’est-il donc passé ?
L’Entente cordiale de 1904 n’était pas la première du genre entre les deux pays (ni avec d’autres : cette expression désignait également les relations anglo-américaines en 1900). Pas plus que celle qui l’avait précédée dans les années 1840, elle n’a fait disparaître la traditionnelle rivalité empreinte de jalousie qui caractérisait les rapports franco-britanniques. Sur l’ensemble de la planète, marins, explorateurs, et même religieux des deux nationalités se rencontraient et se faisaient concurrence, ce qui n’avait rien de surprenant pour les deux plus grands empires du monde. Cette rivalité était ponctuée par des accords, notamment celui établissant un condominium aux Nouvelles-Hébrides en 1887, la Convention de Constantinople en 1888, qui a garanti la neutralité du canal de Suez, et la Convention de 1890 délimitant les zones d’influence française et britannique dans la vallée du Niger. Cependant, ces accords n’ont procuré qu’un apaisement local et éphémère. Les antagonismes anciens étaient en effet profondément enracinés. En 1900, un colonialiste français note avec amertume que « la France obtient des colonies pour que l’Angleterre puisse s’en emparer ». De l’autre côté, la façon dont la Grande-Bretagne percevait la France découlait d’un curieux mélange de supériorité et de mystification, ainsi qu’un diplomate, sir Robert Vansittart, l’a rappelé : « L’Angleterre victorienne était vaguement persuadée que la France du XIXe siècle s’amusait trop, que les Français riaient trop et cuisinaient trop bien […]. Plus sérieusement encore, l’Angleterre victorienne soupçonnait les Français d’être davantage portés sur le sexe, et d’en tirer davantage de plaisir, que les Anglais. L’Angleterre victorienne n’avait pas la moindre idée de la raison de cette différence, mais elle était sûre que cet avantage n’était pas juste, et tout à fait certaine que cela n’était pas bien ! »
De l’inimitié à l’amitié
La rivalité a atteint son point culminant en 1898, lorsque les intérêts impérialistes de la France et de la Grande-Bretagne se sont affrontés en Afrique. La France rêvait d’un empire africain s’étendant de l’Algérie, au nord, jusqu’au Congo, au sud, et du Sénégal, à l’ouest, jusqu’au Nil, et au-delà, à l’est. Or la concrétisation de ce rêve s’est heurtée à la façon dont l’Angleterre concevait son propre empire africain. Ces divergences de vues ont tourné au cauchemar pour la France, lors de ce que l’on a ensuite appelé « l’incident de Fachoda » : en novembre 1898, un corps expéditionnaire français composé de cent cinquante hommes sous les ordres du courageux capitaine Marchand tente de rejoindre le Soudan et la haute vallée du Nil. Ce périple d’ouest en est dure quatre ans, avant tout à cause du mauvais choix du moment. Parvenu au petit fort de Fachoda, Marchand tombe sur l’armée du général Kitchener, qui vient d’écraser les troupes du Mahdi. Le gouvernement britannique demande à Marchand de se retirer. C’est l’impasse. La France envisage d’aller jusqu’à l’affrontement militaire, mais se rend compte qu’elle n’est pas en mesure de mener une guerre, dans un pays lointain, contre la première puissance navale du monde. Elle finit par faire marche arrière.
La guerre a été évitée, mais Fachoda a sérieusement entamé le prestige de la France. Cet incident, que les Britanniques eurent tôt fait d’oublier, resta en revanche très présent dans la mémoire des Français. Un vent d’anglophobie a alors soufflé en France. Bien que limité essentiellement aux cercles parisiens, ce mouvement a manifesté son hostilité envers la Grande-Bretagne en sympathisant ouvertement avec les Boers, qui se sont dressés contre la couronne britannique de 1899 à 1902. Des volontaires français sont ainsi partis combattre aux côtés des Boers, pendant que les élégantes arboraient des chapeaux de feutre à la Boer et que l’école de Saint-Cyr, qui formait l’élite militaire de la France, surnommait « année du Transvaal » sa promotion 1900. Le président français Félix Faure a affirmé à un diplomate russe que la Grande-Bretagne, et non l’Allemagne, était le véritable ennemi de la France. La propagande antibritannique était alors si virulente que le gouvernement de Vichy, en 1940, l’a reprise à son compte sans guère de modifications (ce qui explique en partie pourquoi Fachoda reste de nos jours dans les mémoires). De son côté, l’élite britannique a été réconfortée de voir la France s’entre-déchirer, à partir de 1898, à propos de l’affaire Dreyfus.
Comme souvent lorsque des relations sont au plus mal, une perspective nouvelle s’est fait jour. L’initiative est venue du ministre français des Affaires étrangères, le minuscule Théophile Delcassé, dont le mandat s’est ouvert sur l’humiliante nécessité de capituler à Fachoda. Durant les six années qu’il passerait à la tête de la diplomatie française, il allait procéder à une audacieuse réorientation de la politique de son pays. De plus en plus méfiant à l’égard de la puissance grandissante de l’Allemagne, il souhaitait que les Français oublient Fachoda et s’entendent avec les Britanniques. Même si la Grande-Bretagne et la France étaient des ennemis jurés sur la scène internationale, elles n’avaient en Europe aucune raison sérieuse, sur les plans politique et commercial, de ne pas être amies. Mais la motivation ne suffisait pas : il fallait que l’opportunité d’une réconciliation se présente.
Théophile Delcassé disposait d’un atout. Il avait en effet compris que, par-delà toutes leurs divergences, la Grande-Bretagne et la France partageaient une même crainte : celle de voir la puissance de l’Allemagne s’accroître. Pour Paris, la perspective de tensions simultanées avec les deux pays revenait à avoir un ennemi de trop. En Allemagne, la loi navale de 1900 a confirmé que Berlin avait l’intention de constituer une flotte capable de défier la suprématie britannique, tout en faisant peser une menace supplémentaire sur les colonies françaises. Pour Londres, le long isolement était désormais plus dangereux que splendide.
Théophile Delcassé a également été encouragé par le fait que, malgré l’agitation suscitée par Fachoda, les relations entre l’Angleterre et la France étaient plus solidement enracinées, dans un terreau composé d’une culture et d’idéaux communs qui autorisaient des phases d’admiration réciproque. Parmi l’élite parisienne, nombreux étaient ceux qui appréciaient la culture britannique, que ce soit le personnage du gentleman anglais Phileas Fogg imaginé par Jules Verne dans Le Tour du monde en 80 jours, les œuvres de Shakespeare ou les institutions politiques de la Grande-Bretagne, pour lesquelles l’engouement ne datait pas d’hier. De larges pans de l’élite britannique étaient, eux, imprégnés des traditions de la langue, de la culture et de la littérature françaises. À un niveau plus terre à terre, les intérêts financiers de la City appelaient une embellie des relations avec la France, tandis que les colonialistes français (dont Delcassé faisait partie) estimaient que l’empire français pouvait tirer avantage d’un accord avec la Grande-Bretagne sur les intérêts respectifs des deux empires. Trois mois à peine après Fachoda, en février 1899, le Comité de l’Afrique française, lobby colonial qui avait contribué à la nomination de Théophile Delcassé au Quai d’Orsay, a entrepris de convaincre le ministre de la nécessité d’un accord colonial avec Londres, sous la forme d’un échange : l’influence britannique en Égypte contre l’influence française au Maroc. Signe que les divergences franco-britanniques n’étaient pas insurmontables, quatre mois après l’incident de Fachoda, les deux gouvernements ont signé un accord à Londres, « dans un esprit de bonne entente mutuelle », pour définir leurs possessions et leurs sphères d’influence dans la vallée du Nil et en Afrique de l’Ouest. Même au plus fort de la guerre des Boers, tout le monde était loin d’approuver l’hystérie de la presse nationaliste parisienne et sa délectation devant l’humiliation des Britanniques « aux mains de fermiers armés jusqu’aux dents et portant de hauts chapeaux », même si peu reprochaient à cette presse son effet cathartique.
L’entente politique
En France, Fachoda n’a provoqué qu’une réprobation superficielle. En effet, cinq ans plus tard à peine, le roi Édouard VII a été invité à Paris pour une visite officielle. Entre-temps, des articles de presse soufflés par le pouvoir politique avaient radouci l’opinion publique, du moins la petite fraction de l’opinion, essentiellement parisienne, qui manifestait un intérêt soutenu pour la politique étrangère. Le président français, Émile Loubet, s’est rendu à son tour à Londres, deux mois plus tard, pour sceller le volet social de l’Entente, en dépit du petit embarras diplomatique suscité par le représentant de la République, qui a refusé de revêtir une culotte à pont pour être reçu par le souverain britannique. Il ne restait plus qu’à signer l’accord commercial.
Théophile Delcassé et nombre de ses partisans colonialistes aspiraient à une plus grande reconnaissance de la prépondérance des intérêts français au Maroc, dans l’optique de parachever l’empire nord-africain de la France. À cette fin, Delcassé avait déjà passé un accord avec l’Italie, en 1902. La possibilité d’en conclure un avec la Grande-Bretagne était maintenant proche. C’est principalement Paul Cambon, l’ambassadeur de France à Londres, qui avait préparé le terrain depuis 1898. Le 8 avril 1904, un accord global a été signé entre les deux pays. Outre le règlement d’un certain nombre de différends déjà anciens à propos de leurs intérêts coloniaux dans diverses régions du globe, la Grande-Bretagne a donné carte blanche à la France au Maroc. En contrepartie, la France a reconnu officiellement la position britannique en Égypte. Cet accord a fini par être connu sous l’appellation Entente cordiale, même si ce nom ne figure dans aucun des trois textes concernés.
Les conventions signées ont été saluées des deux côtés de la Manche, même s’il se murmurait que la France avait cédé devant la Grande-Bretagne concernant l’Égypte. Plus importante a été la façon dont l’un et l’autre camp ont interprété ces accords. Théophile Delcassé a écrit à un haut fonctionnaire français des Affaires étrangères que cet accord « devait déboucher, et je le souhaite, sur une alliance politique avec l’Angleterre […]. Si nous pouvions nous appuyer à la fois sur la Russie et sur l’Angleterre, quelle puissance aurions-nous face à l’AllemagneI ! ». En Grande-Bretagne, les attentes étaient nettement plus modestes. Malgré sa satisfaction d’avoir atténué les tensions coloniales avec un rival, l’Angleterre n’était pas encore disposée à accepter l’engagement qu’impliquait une alliance. La divergence des points de vue et des espoirs placés dans cet accord explique en partie la frustration et la déception que la France ressentira, au cours de la décennie suivante, pour ne pas avoir pu sceller une telle alliance. Voilà un exemple manifeste des dissonances culturelles entre les méthodes de négociation française et britannique. En 1904, les Français étaient ravis, car convaincus d’avoir obtenu le principe de relations plus poussées avec un allié potentiel ; les Britanniques, eux, étaient heureux d’avoir au moins pu réduire les tensions avec un ancien adversaire.
Même si la rivalité coloniale entre Londres et Paris ne cessa pas complètement à partir de cette date, elle n’était plus une source de différends comme par le passé. Cependant, la période d’expansion coloniale effrénée touchait déjà à sa fin. L’Entente cordiale a marqué le début d’une politique impériale mieux établie et plus stable. Elle était essentiellement le signe que les grandes puissances mettaient une sourdine à leurs aspirations impérialistes et se recentraient sur la scène européenne. La montée de la menace germanique a décidé les deux pays à régler les questions en suspens afin d’avoir les mains libres en Europe. Mais, surtout, l’Entente cordiale et l’amitié franco-britannique scellée depuis peu témoignaient d’un réalignement des grandes puissances. Il allait bientôt être évident, notamment pour l’Allemagne, que la Grande-Bretagne s’était définitivement rangée en Europe aux côtés de l’alliance franco-russe. L’Europe était en train de se diviser en deux camps distincts, qui n’allaient pas tarder à s’armer jusqu’aux dents : d’un côté, la Triple Alliance, composée de l’Allemagne, de l’Autriche et (théoriquement) de l’Italie ; de l’autre, la Triple Entente, réunissant la France, la Russie et la Grande-Bretagne.
L’entente militaire
L’Entente cordiale est ainsi entrée dans une deuxième phase, qui n’a guère été perçue à l’époque : celle de sa militarisation progressive. Ayant pour objectif de mettre à l’épreuve la solidité de l’Entente tout en exerçant des pressions sur la France pour obtenir des concessions à propos du Maroc, l’attitude agressive de l’Allemagne à Tanger, en 1905, et à Agadir, en 1911, a amené Londres à prendre parti pour Paris contre Berlin. Mais, surtout, elle a provoqué l’institutionnalisation de l’Entente cordiale, en étant à l’origine de la coopération franco-britannique dans le domaine de la défense, coopération approfondie par la suite.
Ce que l’on a appelé la première et la deuxième crise marocaine, en 1905 et 1911, a montré combien la menace allemande était sérieuse et renforcé l’engagement de la Grande-Bretagne aux côtés de la France. Malgré l’opposition farouche des Britanniques à une alliance politique, à compter de 1905, Londres a accepté que les militaires anglais et français mènent des discussions secrètes… si secrètes que la plupart des membres du gouvernement britannique n’en ont eu connaissance qu’en 1912 et les auraient de toute manière probablement désapprouvées.
Même si ces discussions n’engageaient aucunement les deux gouvernements, Paris voyait en elles l’expression d’un soutien militaire ferme et concerté de la Grande-Bretagne à la France, un pas de plus vers une alliance. Ces conversations secrètes au niveau de l’état-major ont commencé en décembre 1905 et visaient à définir les possibilités d’action conjointe pour le cas où éclaterait un conflit dans lequel les deux pays pourraient être impliqués. Initialement conçues comme un dispositif provisoire permettant de s’entendre dans l’éventualité d’un conflit lors de la conférence d’Algésiras organisée en 1906 pour régler la première crise marocaine entre la France et l’Allemagne, elles sont devenues une composante clé de l’Entente : son volet défense. Bien que s’espaçant de 1906 à 1910, elles ont été florissantes lorsque le brigadier général Henry Wilson a été nommé directeur des opérations militaires, en août 1910, et a encouragé des relations plus étroites avec le haut commandement français, en 1911. Mais ce qu’en attendait réellement la France relevait plus du symbolisme politique que de la valeur militaire de l’engagement. Aussi l’intervention britannique durant les premières phases de la guerre a-t-elle été appréciée sur le plan plus psychologique que matériel. Quand, en 1909, Henry Wilson demande au général Foch : « Quelle serait, à votre avis, l’aide militaire britannique minimale qui vous serait utile en cas de conflit, tel que celui que nous envisageons ? », Foch réplique aussitôt : « Un seul soldat, et nous veillerions à ce qu’il soit tué. » À l’époque, il semblait que les Français s’impliquaient moins que les Britanniques dans ces discussions secrètes. Il a fallu attendre août 1911 pour qu’Henry Wilson se voie contraint d’avouer au Comité de la défense impériale qu’il ne disposait pas d’informations précises sur les plans de guerre de la France. Cependant, ce flou tenait dans une large mesure au fait que les Français n’avaient eux-mêmes qu’une vague idée de ce qu’ils devaient faire.
La crise franco-allemande d’Agadir a poussé le nouveau chef de l’état-major français, le général Joffre, à accorder une plus grande importance à l’aide de la Grande-Bretagne que ne l’avaient fait ses prédécesseurs. Son nouveau plan contenait des dispositions détaillées visant à concentrer la Force expéditionnaire britannique (150 000 hommes) dans le nord-est de la France. Après avoir obtenu le principe de l’Entente en 1904, voilà que les Français liaient la Grande-Bretagne sur des points de détail. Le ministre britannique des Affaires étrangères, sir Edward Grey – qui ...
Table des matières
- Couverture
- Titre
- Copyright
- Comité de rédaction présidé Par Jacques Viot et Giles Radice
- Préface
- L’Entente cordiale et nous : l’accord de 1904 au miroir d’un siècle d’histoire franco-britannique
- Une certaine conviction
- I - De l’Entente cordiale à la drôle de guerre
- II - L’Entente cordiale dans la tourmente
- III - De l’Entente cordiale à l’Europe
- IV - Actualité et avenir de l’Entente cordiale
- Postface