
- 352 pages
- French
- ePUB (adaptée aux mobiles)
- Disponible sur iOS et Android
eBook - ePub
Pourquoi les choses ont-elles un sens ?
À propos de ce livre
Pierre Jacob est l'un de nos (rares) philosophes analytiques. Son livre, publié simultanément en anglais par Cambridge University Press et en français, entreprend de résoudre deux questions:La première est un dilemme : si d'une part les choses ont un sens et si d'autre part nos représentations sont des processus cérébraux dotés de propriétés sémantiques. La seconde question relève du problème corps/esprit : nos représentations peuvent-elles expliquer nos comportements ? Pierre Jacob montre comment la solution du dilemme précédent permet de donner une réponse affirmative à cette question. En même temps qu'il apporte une contribution originale, ce livre offre un exposé magistral de l'état des discussions sur ces questions en philosophie analytique. Pierre Jacob, philosophe, est directeur de recherche au C. N. R. S..
Foire aux questions
Oui, vous pouvez résilier à tout moment à partir de l'onglet Abonnement dans les paramètres de votre compte sur le site Web de Perlego. Votre abonnement restera actif jusqu'à la fin de votre période de facturation actuelle. Découvrez comment résilier votre abonnement.
Non, les livres ne peuvent pas être téléchargés sous forme de fichiers externes, tels que des PDF, pour être utilisés en dehors de Perlego. Cependant, vous pouvez télécharger des livres dans l'application Perlego pour les lire hors ligne sur votre téléphone portable ou votre tablette. Découvrez-en plus ici.
Perlego propose deux abonnements : Essentiel et Complet
- Essentiel est idéal pour les étudiants et les professionnels qui aiment explorer un large éventail de sujets. Accédez à la bibliothèque Essentiel comprenant plus de 800 000 titres de référence et best-sellers dans les domaines du commerce, du développement personnel et des sciences humaines. Il comprend un temps de lecture illimité et la voix standard de la fonction Écouter.
- Complet est parfait pour les étudiants avancés et les chercheurs qui ont besoin d'un accès complet et illimité. Accédez à plus de 1,4 million de livres sur des centaines de sujets, y compris des titres académiques et spécialisés. L'abonnement Complet comprend également des fonctionnalités avancées telles que la fonction Écouter Premium et l'Assistant de recherche.
Nous sommes un service d'abonnement à des ouvrages universitaires en ligne, où vous pouvez accéder à toute une bibliothèque pour un prix inférieur à celui d'un seul livre par mois. Avec plus d'un million de livres sur plus de 1 000 sujets, nous avons ce qu'il vous faut ! Découvrez-en plus ici.
Recherchez le symbole Écouter sur votre prochain livre pour voir si vous pouvez l'écouter. L'outil Écouter lit le texte à haute voix pour vous, en surlignant le passage qui est en cours de lecture. Vous pouvez le mettre sur pause, l'accélérer ou le ralentir. Découvrez-en plus ici.
Oui ! Vous pouvez utiliser l'application Perlego sur les appareils iOS ou Android pour lire à tout moment, n'importe où, même hors ligne. Parfait pour les trajets quotidiens ou lorsque vous êtes en déplacement.
Veuillez noter que nous ne pouvons pas prendre en charge les appareils fonctionnant sur iOS 13 et Android 7 ou versions antérieures. En savoir plus sur l'utilisation de l'application.
Veuillez noter que nous ne pouvons pas prendre en charge les appareils fonctionnant sur iOS 13 et Android 7 ou versions antérieures. En savoir plus sur l'utilisation de l'application.
Oui, vous pouvez accéder à Pourquoi les choses ont-elles un sens ? par Pierre Jacob en format PDF et/ou ePUB ainsi qu'à d'autres livres populaires dans Philosophie et Histoire et théorie de la philosophie. Nous disposons de plus d'un million d'ouvrages à découvrir dans notre catalogue.
Informations
PREMIÈRE PARTIE
Représenter
CHAPITRE I
LE RÉALISME INTENTIONNEL
1. Introduction
Dans ce chapitre, je voudrais expliciter et défendre une conception réaliste du mental que je nommerai le « réalisme intentionnel ». L’une des thèses cardinales de cette doctrine est la thèse représentationnaliste selon laquelle l’esprit d’un individu est fondamentalement un système représentationnel : c’est un dispositif qui a pour fonction de manufacturer des représentations pour le bénéfice de l’individu en question.
L’introspection donne cependant à penser qu’un esprit humain est habité par au moins deux catégories d’états mentaux : les attitudes propositionnelles et les sensations. Les attitudes propositionnelles – dont les croyances, les désirs, les intentions – ont ce que Brentano appelait, d’un mot scolastique médiéval, l’« intentionnalité ». Les sensations ou expériences conscientes (appelées « qualia » par les philosophes) sont les états par excellence au sujet desquels se pose la célèbre question posée naguère par Tom Nagel (1974) : « En quoi consiste le fait de les ressentir ou de les éprouver ? » Considérez des états comme l’expérience olfactive d’un effluve de parfum opium, l’expérience auditive du son d’un violoncelle, l’expérience visuelle d’une rose rouge ou l’expérience gustative d’une fraise19. Ces états sont caractérisés par une qualité subjective apparemment intrinsèque. C’est pourquoi les philosophes les ont baptisés qualia. Il est constitutif de ces états d’être des expériences conscientes qu’on éprouve. Éprouver une telle expérience ne laisse pas celui ou celle qui l’éprouve indifférent : il ou elle ne peut pas, comme on dit, y rester insensible ; « cela fait quelque chose ». La thèse représentationnaliste semble s’appliquer aux attitudes propositionnelles beaucoup mieux qu’aux sensations.
En réalité, il y a deux interprétations de la thèse représentationnaliste. Selon l’interprétation la plus faible (quasi analytique), la thèse représentationnaliste affirme simplement que certains états mentaux – les attitudes propositionnelles – peuvent être tenus pour des représentations mentales d’états de choses non mentaux ou mentaux. Selon la plus forte, cette thèse affirme qu’en élucidant les propriétés représentationnelles (ou sémantiques) des attitudes propositionnelles, on contribue aussi à éclairer certains aspects des sensations conscientes. L’un des défis auxquels doit répondre la thèse représentationnaliste est donc de montrer qu’une théorie des propriétés sémantiques des attitudes propositionnelles peut contribuer à la compréhension du problème soulevé par l’existence des sensations conscientes.
Les attitudes propositionnelles sont des états comme les croyances, les intentions, les désirs, les suppositions, les craintes, les espoirs, etc. Les philosophes qualifient ces états d’« attitudes propositionnelles » en raison du fait que les êtres humains les attribuent aux membres de leur espèce au moyen de l’énoncé d’une phrase complexe contenant un verbe principal exprimant l’attitude de la personne à laquelle l’état mental est attribué à l’égard du contenu propositionnel exprimé (ou désigné) par la phrase complétive qui suit le verbe principal comme en (1) :
(1) Raphaël croit que le chat est un mammifère.
Dans (1) le verbe « croit » exprime l’attitude de Raphaël à l’égard de la proposition exprimée par la phrase « le chat est un mammifère ». Une attitude propositionnelle d’un individu est un état interne de cet individu20. Qualifier d’états internes les croyances d’une personne, c’est dire qu’un interprète ne peut pas les observer directement. Vous pouvez déterminer certaines de mes croyances en écoutant ce que je vous dis, en lisant ce que j’écris ou en observant mes gestes. Mais vous ne pouvez pas avoir l’expérience directe de mes croyances : vous ne pouvez ni les voir de vos yeux, ni les toucher de vos mains, ni les humer avec vos narines, ni les entendre avec vos oreilles. Je ne peux pas non plus voir, toucher, humer ou entendre mes croyances, m’objectera-t-on. J’ai cependant directement conscience de celles auxquelles je peux avoir accès introspectivement. Dans certains cas – lorsque mes croyances sont des croyances conscientes –, contrairement à vous, je n’ai pas besoin d’observer ce que je fais ou d’écouter ce que je dis pour déterminer ce que je pense21.
Sans me prononcer sur la question de savoir si cela a un sens d’« éprouver » des attitudes propositionnelles – si une personne peut être sensible à la qualité subjective de l’une de ses croyances ou de l’un de ses désirs –, je dirai néanmoins que la propriété fondamentale des attitudes propositionnelles est d’avoir un contenu propositionnel. Comme je l’ai dit, les attitudes propositionnelles ont ce faisceau de propriétés que Brentano nommait l’« intentionnalité ». Dire qu’elles ont l’intentionnalité ou qu’elles ont un contenu, c’est dire qu’elles sont dirigées sur des choses et des états de choses ou qu’elles ont une directionnalité. Elles sont dirigées vers des choses et des états de choses tantôt réels, tantôt possibles, tantôt impossibles. Supposons que je veuille être quelqu’un d’autre que celui que je suis ou que je veuille chevaucher une licorne. Ce sont des désirs dirigés vers des états de choses impossibles. Les croyances aussi peuvent être dirigées vers des états de choses impossibles : je peux croire, par exemple, que le plus grand de tous les nombres entiers est un nombre premier. Certaines croyances dirigées vers des choses réelles sont vraies. D’autres sont fausses : elles attribuent à une chose réelle une propriété qu’elle n’a pas. Une croyance fausse attribuant à une chose réelle une propriété qu’elle n’a pas mais qu’elle aurait pu avoir porte sur un état de choses possible. À la différence d’une croyance fausse sur un état de choses possible, une croyance sur un état de choses impossible pourrait n’être ni vraie ni fausse : elle pourrait être dépourvue de valeur de vérité.
Pour justifier le contraste entre une croyance fausse sur un état de choses possible et une croyance dépourvue de valeur de vérité sur un état de choses impossible, on pourrait invoquer l’idée suivante. Pour que la croyance singulière que l’objet a est F possède une valeur de vérité, il est nécessaire que a existe. Si l’objet a n’existe pas, la croyance ne porte sur rien : elle ne correspond à aucun état de choses réel ; elle est privée de condition de vérité. L’existence de l’objet a est donc présupposée par le caractère « vériconditionnel » de la croyance que a est F. Si la présupposition de l’existence de a n’est pas satisfaite, alors la croyance que a est F est dépourvue de valeur de vérité. Tout cela suggère qu’une croyance peut être fallacieuse de deux façons : elle peut être fausse et elle peut n’être ni vraie ni fausse22.
Ce qui rend la thèse représentationnaliste plausible – sinon même triviale – dans le cas des croyances d’un individu, c’est que les croyances représentent des états de choses distincts d’elles-mêmes : elles peuvent représenter des états de choses non mentaux comme le fait que le chat (que je suppose être une entité non mentale) a la propriété d’être un mammifère (que je suppose être une propriété non mentale). Et elles peuvent représenter des états de choses mentaux comme lorsqu’il arrive à Raphaël de penser que toutes ses croyances sur les chats sont vraies. Je dirai désormais que les attitudes propositionnelles ont des propriétés sémantiques.
Dans ce chapitre, je vais défendre la conception que je nomme le « réalisme intentionnel ». Dans la dernière section cependant, je présenterai un problème pour le réalisme intentionnel qui ne sera résolu que dans le huitième et avant-dernier chapitre. Ce problème consiste à concilier ce que j’appelle « la thèse causale forte » avec deux autres doctrines plausibles : une conception externaliste des propriétés sémantiques des attitudes propositionnelles d’un individu et la thèse selon laquelle une interaction causale est un processus local.
2. Le réalisme intentionnel et l’irréalisme intentionnel
Comme je l’ai laissé entendre, les propriétés sémantiques ont des caractéristiques énigmatiques : certaines énigmes sont d’ordre ontologique (ou métaphysique), d’autres sont d’ordre épistémologique. Du moins, les propriétés sémantiques devraient-elles être tenues pour énigmatiques ou mystérieuses par tout philosophe qui – comme moi – souscrit à une ontologie moniste physicaliste.
Le fait que les attitudes propositionnelles sont dirigées vers des choses et qu’elles ont des propriétés sémantiques est l’une des raisons pour lesquelles Descartes a adopté une ontologie dualiste. Descartes ne voyait pas comment des entités purement physiques pourraient avoir de telles propriétés. Il supposait qu’un esprit, contrairement à un corps, peut exister sans occuper d’espace (sans être étendu). Il ne supposait pas simplement qu’on peut concevoir un esprit inétendu et qu’on ne peut concevoir un corps inétendu. Il supposait plutôt que l’extension est une propriété (ou un attribut) nécessaire (ou essentielle) des corps et que ce n’est pas une propriété nécessaire (ou essentielle) des esprits23. Il supposait réciproquement que la pensée est une propriété (ou un attribut) nécessaire (ou essentielle) d’un esprit et non d’un corps. Il a donc postulé l’existence d’une substance non physique ou immatérielle – constituée d’esprits eux-mêmes composés d’idées – susceptible d’avoir des propriétés sémantiques. La propriété caractéristique (l’« attribut principal ») de la substance matérielle était, selon Descartes, d’être étendue (d’avoir l’extension ou d’occuper de l’espace tridimensionnel). La propriété caractéristique de la substance immatérielle était la pensée. Seules, selon Descartes, des entités non physiques – des entités inétendues dépourvues de propriétés physiques – avaient le pouvoir d’être dirigées vers – de porter sur ou de concerner – des entités physiques. Seules des entités non physiques pouvaient être vraies ou fausses.
Lorsque je dis – comme je l’ai fait – que je souscris à une ontologie moniste physicaliste, ce que je veux dire, c’est simplement que, à la différence d’un partisan du dualisme – ou du pluralisme – des substances (de l’immatérialisme de type cartésien), je suppose que les entités qui possèdent des propriétés sémantiques doivent être des entités physiques : elles doivent aussi posséder des propriétés physiques. Comme les entités ayant des propriétés chimiques et biologiques, elles doivent être décomposables en particules physiques élémentaires du type de celles qu’on trouve dans la nature inorganique et que répertorie la physique fondamentale. La question de savoir comment cette contrainte à vrai dire assez faible peut être satisfaite s’éclairera sous peu lorsque je traiterai d’une doctrine que je nommerai le « physicalisme des exemplaires ». À la fin de ce chapitre, je montrerai à quelles énigmes ontologiques donnent lieu les propriétés sémantiques des attitudes propositionnelles d’un individu en rendant explicites trois thèses tout à fait plausibles.
Si un partisan d’une ontologie platonicienne m’objectait que des entités abstraites – comme les propositions – peuvent posséder des propriétés sémantiques tout en étant dépourvues de propriétés physiques, je ferais deux réponses. Premièrement, aucun système physique ne peut saisir (ou interpréter) une proposition ou une propriété sémantique à moins qu’elle ne soit la propriété d’une entité possédant de surcroît une propriété physique. Deuxièmement, je défendrais l’idée que, à la différence des attitudes propositionnelles et des symboles linguistiques, les propositions n’ont pas de signification ou de propriété sémantique : ce sont des significations ou des propriétés sémantiques. Pour un philosophe d’inspiration naturaliste, le fait qu’un esprit puisse saisir (comprendre ou appréhender) directement une proposition est un mystère24. Un esprit peut toutefois saisir la signification ou la propriété sémantique d’un symbole. Mais pour saisir la signification d’un symbole, il faut d’abord percevoir l’une de ses propriétés physiques. Il est donc plausible d’identifier la signification ou la propriété sémantique d’un symbole à la proposition (ou au constituant propositionnel) que ce symbole exprime.
Les propriétés sémantiques donnent lieu à des énigmes non seulement ontologiques mais aussi épistémologiques. En présence de ces énigmes ontologiques et épistémologiques, bon nombre de physicalistes ont été conduits à répudier le réalisme intentionnel et à lui préférer une forme d’anti-réalisme ou d’irréalisme intentionnel. Quine (1960, p. 220-221) a attribué à Brentano la thèse selon laquelle le vocabulaire intentionnel (ou sémantique) dans lequel sont exprimées les propriétés sémantiques est irréductible au vocabulaire non intentionnel. La réduction dont il est question ici doit s’entendre en un sens épistémologique. Quine associe la thèse d’irréductibilité de Brentano qu’il accepte à sa propre thèse de l’indétermination de la traduction. À la différence de Brentano toutefois, il conclut de la thèse de l’irréductibilité à l’« inanité de l’idiome intentionnel et à la vacuité d’une science intentionnelle » (ibid., p. 221). Il ne fait guère de doute que Quine souscrit au physicalisme comme l’atteste son fameux slogan : « Pas de différence mentale sans une différence physique » (Quine 1977, p. 162-163)25. Le fait qu’il admet la thèse d’irréductibilité de Brentano doit donc être compatible avec le physicalisme. Quine (1960, ibid.) distingue entre les exigences pratiques de la vie quotidienne et le but de la recherche scientifique qui consiste à « dévoiler la structure vraie et ultime de la ré...
Table des matières
- Couverture
- Titre
- Copyright
- Dédicace
- PRÉFACE
- PREMIÈRE PARTIE - Représenter
- DEUXIÈME PARTIE - Faire
- Conclusion - SÉMANTIQUE ET PSYCHOLOGIE
- BIBLIOGRAPHIE
- INDEX
- Table
- Du même auteur