
- 208 pages
- French
- ePUB (adaptée aux mobiles)
- Disponible sur iOS et Android
eBook - ePub
Faites danser votre cerveau
À propos de ce livre
La danse est une activité qui permet de booster son corps, mais aussi son cerveau. Partant des progrès réalisés par la neurobiologie au cours de ces vingt dernières années, Lucy Vincent nous explique ici en quoi la coordination de mouvements complexes au rythme de la musique stimule nos connexions cérébrales, en même temps qu'elle préserve notre santé et renforce notre estime de soi. Vie stressante, épuisement psychique, troubles de l'humeur, difficultés relationnelles, kilos en trop… : il n'y a guère de problème qui reste insensible à la pratique régulière de la danse ! Neurobiologiste, Lucy Vincent est l'auteur de plusieurs ouvrages qui ont été de très grands succès, parmi lesquels Comment devient-on amoureux ? et L'Amour de A à XY.
Approuvé par les 375,005 étudiants
Accès à plus d'un million de titres pour un prix mensuel raisonnable.
Étudiez plus efficacement en utilisant nos outils d'étude.
Informations
Imprimer l'ISBN
9782738143761
CHAPITRE 1
Danser,
ça fait du bien au cerveau !
« Celui qui ne danse pas est coupé de la réalité. »
Friedrich NIETZSCHE.
« Il n’y a rien qui soit si nécessaire aux hommes que la danse. Sans la danse, un homme ne saurait rien faire. Tous les malheurs des hommes, les travers funestes dont les histoires sont remplies, les bévues des politiques et les manquements des grands capitaines, tout cela n’est venu que faute de savoir danser. »
MOLIÈRE.
« Fais attention à ce que tu danses, car ce que tu danses, tu le deviens. »
Susan BUIRGE.
On parle la plupart du temps des « activités sportives » comme si elles étaient interchangeables, mais c’est loin d’être le cas. Pour faire votre jogging, il vous faut un bon entraînement cardio-vasculaire, mais vous ne vous demandez pas si vous allez oublier les pas. Même chose pour le cycliste ou le nageur qui peuvent avoir des soucis de stratégie de course, mais pas d’expression émotionnelle. Et la danse ? Eh bien, la danse se distingue par le fait qu’elle mobilise toutes sortes d’aptitudes. En fait, peu de sports en mobilisent autant. Équilibre, travail musculaire de tout le corps, coordination, expressivité, interactions avec un partenaire, respect du rythme : quand on y réfléchit, il n’y a guère de fonction corporelle ou cérébrale qui ne soit pas sollicitée. Et, cerise sur la pirouette, à la différence de beaucoup d’autres activités, on danse toujours pour le plaisir, et pas en se disant qu’on va-souffrir-mais-que-c’est-pour-son-bien. Sans dire que la danse soit le seul sport qui vaille la peine, disons qu’elle comporte beaucoup d’avantages spécifiques, à commencer par le travail cognitif qu’elle impose. Dans ce premier chapitre, nous allons voir plus en détail comment le travail du corps agit directement sur nos neurones quand nous dansons.
Le brain-building
Les effets d’un programme d’apprentissage de danse ont été comparés avec les effets d’une série d’exercices répétitifs (Muller, Rehfeld et al., 2017). 22 seniors en bonne santé, âgés de 63 à 80 ans, s’étaient portés volontaires pour une période de dix-huit mois. Après six mois seulement, on s’est aperçu que les danseurs pouvaient s’enorgueillir d’un gonflement significatif de la matière grise dans leur gyrus précentral (partie du cortex moteur qui dirige les mouvements), ce qui signifie que la danse (et pas les mouvements répétitifs) crée de la matière cérébrale. D’autre part, ces mêmes danseurs présentaient un accroissement de leurs facteurs de croissance neuronale, ce qui démontre que le lien danse-cerveau passe par la voie hormonale. Enfin, on pouvait observer chez eux une augmentation du volume de la région parahippocampique (structure centrale dans le fonctionnement de la mémoire), ce qui est une façon très concrète de confirmer ce que l’on sait sur les effets de la danse sur la mémoire. Les chercheurs en ont conclu qu’un programme de danse, avec apprentissage constant de nouveaux pas, était plus bénéfique que la simple répétition de mouvements pour améliorer le fonctionnement du cerveau.
La danse comme fonction supérieure du cerveau
Est-ce si étonnant ? Quand on y pense, tout ce qu’on connaît du monde est entré dans notre cerveau par le biais de nos sens : on a écouté des explications, regardé des schémas, perçu des différences de température ou de pression, respiré des arômes, goûté à des plats… Ensuite, et ensuite seulement, notre cerveau a ordonné ces informations en les classant et les associant de manière à en tirer des stratégies pour assurer notre survie et notre reproduction. Tout au long de notre vie, de nouvelles informations arrivent ainsi jusqu’à nous, et l’organisation de nos réseaux s’ajuste pour pouvoir incorporer les nouvelles données. Dans nos apprentissages, le corps joue un rôle central. C’est lui qui affronte le monde extérieur, qui l’expérimente, et il est d’une sensibilité et d’une finesse remarquables dans le traitement de toutes ces informations.
Peut-être êtes-vous convaincu comme beaucoup que l’intelligence liée à notre corps reste dérisoire par rapport à celle que fournit la lecture d’un livre ou l’écoute d’un cours de philo. Ce n’est pas le cas. En vérité, toute lecture, toute leçon ne peut être absorbée que par un cerveau qui a été préparé. Cette préparation, c’est le corps qui s’en charge grâce à son système sensoriel et elle s’enrichit au fil des expériences vécues, rendant notre cerveau de plus en plus apte à manier des concepts complexes et virtuels. Alors mens sana in corpore sano ? Disons plutôt mens intelligens in corpore movens !
Le mouvement crée le cerveau
Premier point qui mérite réflexion : seuls les êtres vivants qui bougent sont dotés d’un système nerveux central. Si le cerveau a été « inventé » par l’évolution, c’est d’abord pour gérer les mouvements du corps et la coordination des organes. Des animaux relativement évolués comme la méduse ou l’oursin n’en ont même pas, car leur survie peut être garantie par une simple série de réflexes. C’est l’évolution vers un corps complexe qui a imposé l’existence d’un cerveau. Vu ainsi, on comprend que mieux utiliser son corps puisse permettre d’optimiser le fonctionnement de son cerveau.
Quand il ne se déplace plus,
son cerveau se résorbe !
son cerveau se résorbe !
Les Tunicata illustrent très bien à quel point le cerveau est au service du corps. Cette espèce de limace de mer passe la plupart de sa vie attachée à un support fixe. Ce n’est que pendant la première période de son existence, quand elle est à l’état de larve, qu’elle garde une ébauche de système nerveux – une « notocorde » – qui lui permet de se déplacer à la recherche d’une niche idéale à laquelle s’attacher pour sa vie future. Par la suite, cette notocorde se résorbe, n’ayant plus d’utilité.
Chez l’être humain, on sait que la mise en place du cerveau se fait sous l’influence de contractions musculaires spontanées chez le fœtus. Ces micromouvements stimulent la mise en place des réseaux nerveux qui commencent à s’activer, envoyant en retour des stimuli aux muscles pour affiner progressivement le contrôle moteur.
C’est d’abord le muscle qui commande au cerveau
Les muscles, pendant leur formation in utero mais aussi durant l’enfance, produisent des petites contractions, qu’on appelle twitches, pendant le sommeil REM, c’est-à-dire le sommeil des rêves. Le REM (rapid eye movement) étant caractérisé par une paralysie des muscles, on a longtemps cru que ces microcontractions étaient sans importance. Aujourd’hui, on sait qu’elles sont cruciales pour le développement de l’ensemble corps-cerveau. Loin d’être aléatoires, elles se font suivant un rythme coordonné et contribuent à la formation du système nerveux, mais aussi des os et des articulations.
PS. Il existe un site Internet (www.twitchsleep.net) où il est possible de voir des vidéos d’espèces en train de « twitcher » pendant leur sommeil (Blumberg et Dooley, 2017).
Les connexions dans le cerveau ou entre le cerveau et le corps sont liées à l’activité des muscles qui, dès leur apparition, commencent à effectuer des mouvements sans utilité apparente, mais qui, en réalité, fournissent les stimuli électriques permettant d’organiser les systèmes sensori-moteurs cérébraux. Les neurones ainsi mis en place stimulent à leur tour les muscles qui les ont formés. Ces allers-retours de stimuli-réponses consolident les circuits qui produisent les mouvements typiques qu’on peut voir chez le fœtus et le nouveau-né. Le mouvement et le cerveau sont si étroitement liés qu’il est même possible de diagnostiquer des lésions cérébrales simplement en observant les mouvements de nouveau-nés ou leur posture au repos. Chez des enfants présentant une paralysie cérébrale, on a ainsi pu relever des anomalies de posture, l’absence totale de certains mouvements typiques dans le répertoire d’un nouveau-né et la coordination de mouvements insolites (Ferrari, Prechtl et al., 1997).
Des bêtises pas si bêtes
Les enfants pratiquent spontanément des petits mouvements sans but apparent qu’on appelle « fidgets » – les Anglais disent très souvent à leurs enfants : « Stop fidgeting ! », là où en français on dirait : « Tiens-toi tranquille. » Cette activité qui paraît totalement inutile a fait l’objet d’une étude très sérieuse. Les chercheurs ont régulièrement filmé 130 enfants jusqu’à leur deuxième anniversaire afin d’analyser tous les fidgets qu’ils produisaient. Ils ont observé que 67 des 70 enfants (soit 96 %) qui avaient des mouvements « fidgety » normaux présentaient un développement neurologique également normal. En revanche, l’absence totale de fidgets ou leur caractère « anormal » étaient corrélés à des anomalies neurologiques (infirmité motrice cérébrale, retard développemental, signes neurologiques mineurs). La spécificité et la sensibilité de cette méthode d’observation des fidgets étaient meilleures que celles des diagnostics par échographie cérébrale (Prechtl, Einspieler et al., 1997).
Le développement de notre cerveau dépend donc des nombreuses expérimentations que font tout naturellement les enfants laissés libres de leurs mouvements : tout goûter, tout éprouver, tout toucher… Toutes leurs bêtises sont en fait des graines d’intelligence ! Ce sont des comportements qui leur permettent d’incorporer dans leur cerveau les propriétés du monde pour mieux s’orienter, se nourrir, se chauffer, se protéger et, plus tard, se reproduire. Par bonheur, il n’y a pas de date limite à ce processus et, même si on est moins porté à tout mettre à la bouche à 25 ans, on continue à intégrer de nouvelles expériences qui renouvellent nos réseaux cérébraux tout au long de la vie… À condition, toutefois, de continuer à expérimenter physiquement son environnement !
Maintenant, est-ce que les effets du mouvement sur le cerveau se limitent à la construction des circuits qui gèrent la motricité ? Cette question est au cœur d’un domaine de recherche qu’on appelle embodiment et qui vise à comprendre comment les parties du corps en dehors du cerveau contribuent aux processus cognitifs et aux émotions. Historiquement, on a commencé à réfléchir à l’exploitation des effets du mouvement sur le cerveau quand on s’est rendu compte que l’exercice physique était un antidépresseur « naturel ». Comme on venait à l’époque (les années 1970) de découvrir les endorphines et leur effet euphorisant, il a été facile de montrer qu’effectivement l’exercice libère bien des endorphines. On a alors trouvé une explication toute simple : l’exercice assure la libération d’endorphines, lesquelles ont un effet euphorisant et, donc, antidépresseur. Sauf que les endorphines ne fournissent pas l’explication spécifique de ce mieux-être puisqu’elles augmentent aussi en cas de douleur (pour la rendre supportable)… Reste que la découverte de cet effet antidépresseur a ouvert la voie à de nombreuses recherches approfondies sur les autres effets de l’exercice physique.
La notion d’exercice a longtemps été comprise, y compris par les chercheurs, comme une activité intense entraînant des dépenses importantes et dont l’efficacité se mesure quantitativement (taux cardiaque ou volume respiratoire), l’effort se comptabilisant en calories dépensées. Nous allons voir que l’intérêt de l’activité physique pour le cerveau ne tient pas uniquement aux bouffées d’endorphines qu’elle procure ou à la meilleure oxygénation qu’elle entraîne ; en fait, bouger son corps rend aussi plus intelligent !
Le cerebellum ou comment le mouvement crée l’intelligence
On sait depuis longtemps que le cerebellum, ou cervelet, joue un rôle essentiel dans la coordination des mouvements. Sans doute parce que nous sommes obnubilés par la puissance du cortex humain, roi de la pensée, nous jugeons a priori le cerebellum qui s’occupe de mouvements moins « noble », moins digne d’intérêt. En réalité, l’expansion du cerebellum humain par rapport à celui des autres primates est plus importante encore que ne l’est celle du cortex. Le nombre de cellules qu’il contient (69 milliards !) est de loin supérieur à celui présent dans tout le reste du cerveau et, a fortiori, dans le seul cortex (16 milliards) (Lent, Azevedo et al., 2012). Bref, c’est un organe un peu mystérieux avec des fonctions inexplorées, mais pas pour longtemps…
Avant d’avancer dans l’exploration du rôle du cerebellum dans l’intelligence, revenons sur son action bien connue dans la programmation des mouvements. Ceux qui ont appris à conduire se rappellent tous leur ...
Table des matières
- Couverture
- Titre
- Copyright
- Introduction
- CHAPITRE 1 - Danser, ça fait du bien au cerveau !
- CHAPITRE 2 - Danser pour séduire, mais aussi mieux travailler… - Danses et rites de la vie moderne
- CHAPITRE 3 - Danser, c'est bon pour la santé ! - Devenir un chaman d'aujourd'hui
- CHAPITRE 4 - La danse pour prendre connaissance de soi
- Table
- Conclusion
- Bibliographie
- Remerciements
- Du même auteur chez Odile Jacob