
- 272 pages
- French
- ePUB (adaptée aux mobiles)
- Disponible sur iOS et Android
eBook - ePub
Géostratégie du crime
À propos de ce livre
« Nous ne sommes plus dans la série noire d'après-guerre ; désormais, sous l'action de puissances criminelles, les États eux-mêmes se trouvent contestés dans leur existence et doivent parfois battre en retraite. C'est la survie de nos démocraties qui est en jeu » : pour Jean-François Gayraud et François Thual, les phénomènes criminels sont bien loin d'échapper aux effets de la mondialisation, on le voit. Pourquoi la grande criminalité internationale a augmenté de façon exponentielle ; comment la lutte contre le terrorisme et le recul de l'État un peu partout l'ont favorisée ; quelles sont les luttes de territoires entre organisations ; comment des empires criminels se constituent, menaçant l'équilibre des États ; comment l'argent sale pèse sur l'économie mondiale ; pourquoi les élites sont fragilisées : deux spécialistes croisent criminologie et géopolitique pour nous révéler les vrais dangers de demain et peut-être déjà d'aujourd'hui ! Auteur du Monde des mafias et de La Grande Fraude, commissaire divisionnaire de la police nationale, Jean-François Gayraud exerce au Conseil supérieur de la formation et de la recherche stratégique (CSFRS). Auteur d'une quarantaine d'ouvrages de géopolitique, dont Le Fait juif dans le monde, ancien professeur à l'École de guerre et à l'École pratique des hautes études, François Thual est conseiller au Sénat.
Foire aux questions
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Informations
Éditeur
Odile JacobAnnée
2012Imprimer l'ISBN
9782738127686ISBN de l'eBook
9782738180544III
Des flux criminels géants :
vers une géo-économie
du crime ?
vers une géo-économie
du crime ?
« Les barbares ne viennent donc pas d’une lointaine et archaïque périphérie de l’abondance marchande, mais de son centre même. »
Jaime SEMPRUN,
L’abîme se repeuple1.
La mondialisation et ses effets criminels
JEAN-FRANÇOIS GAYRAUD : Une géo-économie du crime reste à construire. Le crime professionnel est motivé par l’argent. L’homme criminel est d’abord un Homo economicus. La place prise par ces acteurs économiques et financiers criminels est telle que leur impact sur le fonctionnement des marchés ne peut plus être négligé. En ce sens, les chiffres d’affaires et les bénéfices du crime représentent aujourd’hui des masses si importantes que l’on ne peut plus les ignorer, sauf à accepter un tableau irréel des marchés économiques et financiers. D’un point de vue quantitatif, il s’agit de masses financières gigantesques. D’un point de vue qualitatif, cet argent transforme de manière significative des marchés économiques et financiers, les influence, les conditionne.
FRANÇOIS THUAL : Parler d’industries du crime n’est pas une exagération ni une approximation linguistique. Cependant, il faut tenter d’en comprendre les raisons. Car si le crime a toujours existé, y compris dans sa dimension organisée et professionnelle – nombre d’écrits de l’Antiquité et du Moyen Âge l’attestent –, et a donc toujours dégagé des profits, cette explosion des industries du crime est un phénomène récent. Nous allons devoir revenir à un sujet que nous avons abordé précédemment car notre diagnostic est identique : la mondialisation est une explication déterminante.
JFG : Le fait que les phénomènes criminels existent de tout temps nous obscurcit un peu la réalité. Nous ne savons plus toujours en distinguer les nouveautés et les innovations. L’explosion des phénomènes criminels contemporains est à mon sens très liée – entre autres, car il y aurait aussi d’autres causes plus culturelles à évoquer – à la mondialisation, entendue ici au sens de la libéralisation et de l’ouverture des marchés et des espaces géographiques. Le fait que les phénomènes criminels ont connu un peu partout sur la planète et à peu près au même moment un double processus d’internationalisation et de montée en puissance s’explique forcément par une causalité identique. Avec la fin de la guerre froide, des carcans ont volé en éclats en quelques années. L’ordre bipolaire avait créé une stabilité dans la terreur qui, indirectement, contenait les phénomènes criminels dans des aires géographiques et à des niveaux de nuisance acceptables, tactiques en quelque sorte. L’effondrement soviétique à fait émerger un nouveau nomos, les cartes de la puissance ont été redistribuées. De nouvelles puissances configuratrices du monde ont pu émerger, telles la Chine et l’Inde, mais aussi des acteurs non étatiques. Il s’est ensuivi une privatisation du monde dont la criminalisation n’est qu’un des nombreux visages. De nouveaux espaces géographiques se sont ouverts et la dérégulation des marchés économiques et financiers a parachevé le processus. Le développement des déplacements, des communications et des échanges facilite tous les acteurs criminels, surtout ceux ayant des stratégies d’expansion. Les grandes entités criminelles, dont le dynamisme naturel ne se dément jamais, n’attendaient que cette opportunité historique pour sortir de leurs limites, prendre leur envol. C’est un double effet d’aubaine et de souffle d’ampleur macroéconomique. La mondialisation aura connu jusqu’à présent deux réussites. La première est la constitution de nouvelles élites mondialisées, ayant souvent constitué leur nouvelle fortune par la prédation. Ce sont des oligarchies voraces, vivant en apesanteur, parvenant à peine à dissimuler leurs appétits prédateurs par la philanthropie. La seconde est l’internationalisation du crime organisé. Ce crime organisé transnational est peut-être plus que la simple face noire de la mondialisation, l’ombre portée d’un « merveilleux soleil » ; on peut se demander s’il n’est pas parfois aussi un de ses moteurs inavoués. Mondialisation et prédation semblent souvent synonymes. La frontière entre les prédations légales et illégales étant devenue très floue.
FT : De nos jours, tout devient commerce et échange. À mesure que l’économie emporte de nouvelles parts de marché, les opportunités criminelles se développent de manière mécanique.
JFG : Nous assistons en effet depuis un siècle à une marchandisation accélérée des activités humaines. Plus rien ou presque n’échappe à l’empire des échanges. Le vampirisme des marchés devient automatiquement celui des criminels. À mesure que l’empire de l’économie se déploie et conquiert de nouveaux territoires, celui des prédations criminelles suit, telle une ombre portée. L’anthropologue et économiste hongrois Karl Polanyi explique dans son livre La Grande Transformation2 (1944) que nous sommes dans une « société de marché ».
FT : La montée du crime est en effet la conséquence de la globalisation. Le crime organisé a profité de ce mouvement historique, tel un passager clandestin qui petit à petit serait monté des cales vers la salle des machines, les cabines de première classe et parfois même le fauteuil du pacha. Des États toujours plus nombreux et faibles sont traversés de flux transnationaux privés de tous types – économiques, financiers, humanitaires, infor-mationnels, etc. – incontrôlables, dont des flux criminels. Les flux criminels se dissimulent d’ailleurs dans tous ces autres flux transnationaux légitimes : qui peut aisément détecter des masses d’argent sale dans les flux financiers transnationaux circulant à la vitesse de la nanoseconde ? Mais avez-vous un exemple concret des effets criminogènes de l’ouverture des frontières et de la dérégulation ?
JFG : Vous avez raison. Comme l’a si bien dit Alexis de Tocqueville : « Il n’y a rien de plus improductif pour l’esprit humain qu’une idée abstraite. Je me hâte donc de courir vers les faits. » La mondialisation signifie que des flux toujours plus importants d’individus, de biens et services et d’informations circulent à travers le monde en continu. Les flux criminels se dissimulent aisément dans ces flux gigantesques. Ainsi, moins de 5 % des containers débarqués dans les aéroports ou les ports font l’objet d’un contrôle douanier. Au nom de la rentabilité et de l’exigence des « flux tendus », il faut aller toujours plus vite. Le risque de contrôle et de saisie, donc de perte d’une cargaison frauduleuse, est de ce fait statistiquement faible. On comprend pourquoi la répression sert moins au final à faire disparaître certains trafics qu’à les réguler. On pourrait aussi évoquer le tourisme de masse des pays riches qui a transformé des pays d’Asie – comme la Thaïlande – en maisons closes à ciel ouvert. Des hordes d’Européens et de Japonais font loin de chez eux du « tourisme sexuel » depuis des décennies, transformant des centaines de milliers de femmes et parfois d’enfants en esclaves.
FT : À propos du lien entre mondialisation et grands trafics criminels, je me permettrai une remarque historique un peu facétieuse. Il n’y a pas si longtemps, au XIXe siècle, les Britanniques ont utilisé l’opium comme une arme de guerre pour contraindre la Chine à ouvrir ses marchés et ses portes, et ce au nom de la liberté du commerce. Depuis la fin du XVIIIe siècle, les Chinois avaient imposé des restrictions aux échanges internationaux qui devaient passer exclusivement via Canton et une guilde. Pour équilibrer ses échanges avec la Chine à qui elle achetait beaucoup de thé, l’Angleterre força l’exportation de l’opium en surproduction dans sa colonie indienne. Mais, face aux ravages causés par la consommation croissante de l’opium dans la population, les autorités chinoises décidèrent d’interdire son importation et même de condamner à mort vendeurs et consommateurs ! Pour les Britanniques, cette fermeture du marché chinois à son opium indien fut une catastrophe. Il fallut deux guerres en 1842 puis en 1856, pour obtenir par la force la réouverture des ports chinois ! Les guerres de l’opium marquent le début de la suprématie économique de l’Occident en Chine et restent dans la conscience chinoise comme un épisode de profonde humiliation.
JFG : Ces guerres ont été menées au nom du libéralisme économique et pour la diffusion d’un poison !
FT : Pour revenir à notre propos initial, vous parliez de masses financières criminelles. Il est cependant difficile de mesurer l’illégal qui est par définition clandestin. Les entreprises criminelles ne font pas de déclarations auprès des instituts statistiques.
JFG : Même s’il existe toujours une part d’incertitude dans le chiffrage de l’illégal, il n’en demeure pas moins que certains chiffres – qu’il ne faut pas sacraliser, évidemment – méritent d’être connus afin de bien percevoir les véritables enjeux. Il faut les considérer pour ce qu’ils sont : des ordres de grandeur révélateurs des forces en présence. Mon inventaire à la Prévert sera court mais il pourrait être sans fin : le blanchiment de l’argent sale représente 2,7 % du PIB mondial soit 1 600 milliards de dollars en 2009, ou 1 157 milliards d’euros (ONUDC, 2011) ; et les profits du crime organisé transnational environ 350 milliards de dollars par an (ONUDC, 2011) ; la corruption d’agents publics, fonctionnaires et politiciens, représente une dépense annuelle de 1 000 milliards de dollars par an (Banque mondiale) ; le trafic d’héroïne et de cocaïne, environ 150 milliards de dollars par an (ONUDC, 2011) ; le trafic d’espèces protégées, 5 à 20 milliards de dollars par an (Congrès des États-Unis), soit des millions d’animaux vendus illégalement ; la piraterie maritime coûterait entre 7 et 12 milliards de dollars par an ; le trafic des armes dites « légères » tue chaque année 300 000 à 500 000 personnes dans le monde : ce sont concrètement les seules armes de destruction massive en action pour l’instant ; les biens contrefaits représentent 10 % du commerce mondial (ministère du Budget) ; les médicaments contrefaits tuent silencieusement plusieurs centaines de milliers de personnes en Afrique tous les ans ; les déchets dangereux et interdits à l’exportation représentent 10 % du fret mondial ; en Italie, 30 % des entreprises de retraitement des déchets sont contrôlés par le crime organisé et ce trafic génère 20 milliards d’euros de chiffre d’affaires par an (Commission antimafia) ; 2,5 millions de personnes sont exploitées chaque année au titre de la traite des êtres humains (OIT), dont les deux tiers sont des femmes et 80 % sont victimes d’une exploitation sexuelle. Nous sommes au milieu d’une terrible période d’esclavage qui passe presque inaperçue. Je pourrais continuer longtemps. Je terminerai par les fraudes sur le marché des prêts hypothécaires aux États-Unis : en 2006, soit deux ans avant le déclenchement de la crise des subprimes (2008), ces fraudes se montaient à environ 28 milliards de dollars ; en 2010, elles étaient encore à plus de 10 milliards de dollars.
FT : Ces volumes gigantesques ont forcément un impact sur l’intégrité sanitaire des sociétés et des États. Vous évoquez les milliers de morts tous les ans dus aux médicaments contrefaits. Le chiffre est aussi effrayant que méconnu : qui en parle ?
JFG : Ce sont en effet des homicides silencieux, à très bas bruit médiatique. Il faut ici comparer le silence assourdissant des médias et des politiques sur ce sujet avec le bruit démesuré fait en permanence avec la question terroriste dont la létalité est faible. Il y a un rapport inverse entre dangerosité réelle et échos médiatiques. Certaines morts criminelles sont peu médiagéniques. Le professeur Marc Gentilini, président honoraire de l’Académie de médecine, affirme que les médicaments contrefaits représentent environ 30 % des produits pharmaceutiques en circulation dans les pays en développement. Au niveau mondial, un dépistage et une comptabilisation systématiques des empoisonnements et des décès dus aux médicaments contrefaits aboutiraient probablement à un bilan en millions de victimes chaque année.
FT : Certaines entités criminelles disposent désormais de capacités quasiment illimitées pour corrompre les marchés éco-nomiques et financiers et surtout les marchés politiques : choix des candidats, financement des élections, etc. L’argent du crime peut faire des élections. Il l’a déjà démontré dans l’histoire contemporaine. Et, pour la France, que sait-on du coût et des bénéfices du crime ?
JFG : Pour la France, une évaluation convaincante et prudente menée par le professeur Jacques Bichot (2010) a conduit à chiffrer à 115 milliards d’euros le coût total de la criminalité et de la délinquance – hors infractions routières – pour la période juillet 2008-juin 2009 ; un chiffre représentant 5,6 % du PIB. Cette évaluation prend en compte les coûts directs (préjudice financier et moral pour la victime) et indirects (sentiment global d’insécurité, dépenses publiques et privées de sécurité).
FT : On en a peu parlé !
JFG : Et pour cause. Disons que personne ne veut en entendre parler. Pour les sociologues négationnistes, ces évaluations participent de l’« hystérie sécuritaire ». Pour l’État, de tels travaux, s’ils étaient pris en compte, obligeraient à de cruelles remises en question en termes de priorités. Les crimes les plus destructeurs socialement sont parfois ceux dont l’État s’occupe le moins. Ainsi les crimes économiques et financiers dont la traque est moribonde.
FT : Économie et économie criminelle sont presque synonymes dans certains pays. Beaucoup de pays ont un PIB constitué en grande partie d’activités criminelles.
JFG : En Afghanistan, la production de l’opium assure 60 % du PIB (ONUDC, 2011). À ce stade d’économie criminelle, qui en Afghanistan n’est pas lié plus ou moins directement à ce marché ? Et je n’ose imaginer d’où proviennent les 40 % restant du PIB.
L’argent sale, un pilier du capitalisme contemporain ?
FT : On parle beaucoup de la lutte contre le blanchiment de l’argent du crime. Nous sommes inondés de discours et de lois sur ce thème, mais qu’en est-il concrètement ? Ne sommes-nous pas devant un nouveau théâtre d’ombres ? Si j’en crois le rapport de l’ONU publié fin 20113, que nous avons déjà cité, les criminels ont blanchi 1 600 milliards de dollars en 2009, soit 1 157 milliards d’euros, ce qui représente tout de même 2,7 % du PIB mondial.
JFG : En la matière, l’écart est abyssal entre l’avalanche de discours et de lois d’un côté et les résultats concrets de l’autre. On peut même parler d’échec vertigineux de la lutte antiblanchiment quels que soient les pays. Il y a un proverbe du nord de la France qui résume bien la situation : « Grand diseux, petit faiseux. » Aucun des dispositifs actuels n’a réellement entravé la pénétration de l’argent sale dans l’économie et la finance légales. Le rapport que vous citez – plutôt convaincant dans sa démonstration – est intéressant moins pour le volume macroéconomique d’argent sale estimé (1 600 milliards de dollars) que pour le terrible constat d’échec qu’il avoue : moins de 1 % – probablement en fait 0,2 % – des flux financiers criminels est saisi et gelé. Pour tout dire, presque rien : une goutte d’eau dans un océan d’argent sale ! D’ailleurs auparavant, un rapport de la cour des comptes américaine, le GAO, avait proposé un chiffre identique de captation de l’argent sale par le système américain. Des « taux d’interception » aussi ridicules devraient faire débat. Or personne n’en parle.
FT : Un échec aussi profond interroge les fondements mêmes de la lutte contre le blanchiment de l’argent du crime.
JFG : Cet échec s’explique d’abord par des considérations historiques. On oublie souvent que cette préoccupation est très récente. Jusqu’aux années 1990, l’idée selon laquelle il serait judicieux d’attaquer le crime en s’intéressant aussi au recyclage de ses revenus dans l’économie légale n’effleurait pas les esprits. Tout au plus faisait-on parfois tomber des gangsters sous l’angle fiscal, quand il était démontré que leur train de vie ne pouvait pas être justifié par une activité légale ; ce qui arriva à Al Capone dans les années 1930. Les États ne se sont vraiment mobilisés dans la lutte contre le blanchiment que quand les États-Unis ont enfin consenti à sortir de leurs ambiguïtés en la matière après le 11 septembre 2001. ...
Table des matières
- Couverture
- Titre
- Copyright
- Dédicace
- Introduction
- I - Des territoires criminels en expansion ?
- II - Des puissances criminelles à l’assaut des États ?
- III - Des flux criminels géants : vers une géo-économie du crime ?
- IV - Crime, politique et élites
- Conclusion - Pour une géostratégie du crime
- Annexes
- Bibliographie
- Ouvrages des mêmes auteurs chez Odile Jacob