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eBook - ePub
À propos de ce livre
Comment expliquer que certaines femmes peinent ou ne parviennent pas à devenir des mamans, c'est-à-dire des figures d'attachement protectrices pour leurs enfants?? Dans quelles circonstances cette défaillance maternelle peut-elle conduire à des actes graves de négligence, d'abus ou de maltraitance?? Quelles conséquences pour tous ces enfants qui grandissent en ne pouvant pas compter sur leur mère et qui en souffrent?? Et, surtout, comment les aider à guérir de leurs blessures et à se construire malgré tout pour vivre pleinement leur vie?? Dans cet ouvrage, Hélène Romano aborde, avec bienveillance mais lucidité, la question dérangeante des violences maternelles, quelle qu'en soit la forme, afin de nous aider à mieux comprendre et soigner la souffrance des liens qui peut exister entre un enfant et sa mère. Hélène Romano est psychologue clinicienne et psychothérapeute. Spécialiste du traumatisme, experte reconnue sur le sujet, elle est l'auteur de nombreux ouvrages sur la question des blessures psychiques, notamment quand elles impliquent des enfants et des adolescents. Elle a notamment publié Quand la vie fait mal aux enfants.
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Informations
CHAPITRE 1
Naître mère
Selon la définition du Larousse, une « mère est une femme qui a mis au monde ou adopté un ou plusieurs enfants ». Rien de plus simple, pourrait-on penser, et pourtant rien n’est plus complexe. La question de ce qu’est une mère interroge la dimension sociale, politique, culturelle, médicale, psychologique, anthropologique de la femme. Pour le dire autrement, en reprenant la formule de l’historienne de la maternité Yvonne Knibiehler, la fonction maternelle organise, ou conditionne, la citoyenneté des femmes. L’acte administratif qui établit qu’une femme est mère pour l’état civil, c’est-à-dire qu’elle a un enfant, est à différencier de sa capacité psychique à être une mère pour cet enfant. Rien ni personne ne peut remplacer une maman, un papa, c’est-à-dire un parent au sens psychique du terme, capable de rassurer, de protéger son enfant et de lui apporter une bonne estime de lui-même. Et ce maternage psychique est une fonction qui n’existe que parce que la mère le désire, parce qu’elle le décide et parce qu’elle en est capable. Et pas, comme cela a si longtemps été pensé, pour des raisons d’instinct ou de dispositions biologiques innées.
Idéalisation de la maternité : des risques et de la souffrance
Au fil des siècles, la place de la mère a évolué dans notre société, tout comme celle du père a changé. Et ce que l’on constate aujourd’hui, c’est un décalage net entre l’idéalisation politico-médiatique dont fait l’objet la maternité, qui demeure très forte, et la réalité de cette aventure. Avoir un enfant et l’éduquer est en effet un parcours qui est tout sauf simple. Il peut être source de merveilleux bonheurs, mais aussi de problèmes. À l’exception de situations très particulières, ce n’est ni le bagne ni un enfer quotidien. Ce n’est pas non plus tous les jours le pays des contes de fées ni celui de l’épanouissement radical garanti. Naître mère ne s’improvise pas sans difficulté, et si notre société acceptait cette réalité de la maternité, au lieu d’adhérer à la représentation mythique de la mère idéale, bien des souffrances seraient épargnées aux femmes, mais aussi et surtout aux enfants.
En participant à la valorisation sans limite de la maternité, quitte à commercialiser la grossesse ou à créer des enfants rois, en exaltant l’abnégation maternelle ou la fonction de superwoman (femme capable de tout assurer : enfants, vie de couple, organisation du quotidien, carrière), en acceptant la multiplication des intervenants au risque de « pathologiser » le fait d’être enceinte, on occulte en vérité le risque qui va avec le fait d’être mère ainsi que les effets parfois délétères de la passion maternelle. Les femmes se trouvent piégées dans des discours qui béatifient le narcissisme parental, principalement maternel, et le dévouement illimité aux enfants. Ce qui ne peut que nous interroger sur le sens que nous donnons aujourd’hui à la naissance et aux compétences des mères pour porter psychiquement leur enfant et l’inscrire dans la vie en l’aidant à grandir. Or cette sacralisation de la relation mère-bébé mène au mythe de l’instinct maternel, véritable capital pour ceux qui théorisent l’idéalisation des liens maternels ; au final, elle empêche de penser les difficultés rencontrées par les mères, tout comme de prévenir les drames et tant de souffrances.
Loin de ces représentations qui, parfois, ne sont pas très éloignées de l’idolâtrie, l’actualité nous rappelle régulièrement, via des faits divers sordides, que la réalité est différente. Il y a ainsi des mères qui blessent leur enfant par leur indifférence, par des mots ou des gestes, par des secouements ou des négligences, par des coups ou des insultes, par leur rejet ou leur surexigence, par des agressions sexuelles. Il y en a même qui le tuent, parfois dès les premiers mois de vie, ou qui le laissent tuer par un compagnon violent, dans la plus totale indifférence. Il y a des actes du quotidien dont personne ne se doute et d’autres qui font la une des journaux. Il y a des violences insidieuses qui détruisent lentement un enfant, tel un poison qui agit des années durant, et d’autres qui, en quelques secondes, vont l’anéantir. Si l’acte criminel n’est pas l’exclusivité des hommes, il reste encore aujourd’hui difficilement pensable quand il est commis par une femme.
Dans le parcours pour devenir parent, il y a certes des aléas et des moments difficiles, parfois des épreuves et des fractures de vie (maladie, deuil, accident, rupture amoureuse, perte de son emploi ou burn-out, parcours migratoire, isolement familial) qui mettent à mal les ressources personnelles qui sont nécessaires pour être suffisamment disponible psychiquement pour son enfant. Il peut exister aussi des pathologies psychiatriques antérieures à la maternité, des mères qui décompensent à ce moment précis, d’autres aux conduites addictives ou trop déprimées pour se préoccuper avec justesse de leur enfant. D’autres situations confrontent à des maternages chaotiques : violences conjugales, femmes isolées sans le moindre repère ou le moindre soutien. Et puis il y a ces mères maltraitantes qui insultent, humilient, rejettent, privent de soins, cognent, violent leur enfant et qui, pour certaines, vont jusqu’à le tuer. Il n’y a, dans ces cas-là, plus aucune altérité. Le rapport à l’enfant s’inscrit dans la dynamique mortifère d’une loi en tout ou rien : ou c’est lui ou c’est moi. En tout cas il n’y a pas chez ces femmes de place pour penser l’enfant, pas plus qu’il n’y en a pour se penser elles-mêmes comme mères.
Il existe dans notre pays ce paradoxe constaté par de nombreux professionnels : les grossesses sont de mieux en mieux suivies, la mortalité infantile devient rarissime, le droit des femmes se rapproche de celui des hommes, mais les mères semblent aller de plus en plus mal, comme si la pression sociétale à leur égard était trop forte, tant elle nie la complexité du processus. Être mère est une réalité qui ne saurait se traduire par une perfection de chaque instant. Reconnaître la place si délicate de la mère dans la construction psychique d’un enfant, décrire l’infinie complexité du processus qui conduit à devenir mère est essentiel pour comprendre toutes ces situations où une femme ne peut pas, ou ne veut plus, être pour son enfant cette maman sur qui il peut compter. Loin du mysticisme ou de l’idéologie lénifiante de la maternité, ces professionnels savent que le quotidien avec un enfant n’est pas toujours évident et que certaines épreuves peuvent rendre difficile l’établissement de relations sereines, ou leur maintien quand elles existaient au préalable. Le mal de mère peut conduire à un tel mal de vivre que l’enfant est mis en souffrance psychiquement et, dans certains cas, meurt de l’incapacité de sa mère à assurer son rôle de maman. Dans cette relation mère/enfant interviennent, bien sûr, tous les autres facteurs qui interagissent sur la mère, sur l’enfant, sur leurs liens. Notre propos n’exclut donc pas les pères ni l’entourage qui sont tout aussi indispensables pour la prise en compte de la dynamique psychoaffective de l’enfant ou de sa mère. Dans ce livre, toutefois, nous avons choisi de nous consacrer à l’exploration de la dimension mère-enfant, en elle-même déjà très complexe.
Le désamour des mères existe, tout comme leurs difficultés. Certaines peuvent commettre des actes violents ponctuels ou répéter des attitudes et des propos maltraitants. À l’extrême, il arrive qu’elles détruisent ou tuent leur enfant. Commis par celles censées être la figure de protection par excellence, ces crimes confrontent notre société à quelque chose d’insupportable et d’inintelligible. Comme il faut trouver des explications qui rassurent, on s’empresse, pour tenter de donner du sens à cet acte intolérable, de brandir l’explication de troubles psychiatriques, de carences cognitives, de précarités matérielles, de modes éducatifs ou culturels particuliers. Cela rassure, mais, quelle que soit la raison de ces maltraitances, il ne nous faut pas oublier que l’enfant, aussi petit soit-il, est un sujet qui, pour exister, doit s’inscrire dans un registre symbolique et exister dans le psychisme de ses parents ; si ceux-ci en sont incapables, alors c’est à ceux qui l’accompagnent de lui apporter cette existence psychique, ce qui ne peut se faire si on le réduit aux actes qu’il a subis. Autrement dit, la prise en charge de ces enfants qui n’ont pas eu de maman, mais une femme qui n’a pas su investir sa fonction de mère, doit viser à les soutenir pour qu’ils puissent se construire malgré l’absence de cette référence fondamentale. C’est très douloureux, mais possible si nous ne limitons pas leur identité à celle d’enfants mal-aimés ou mal-traités.
Un petit d’homme naît totalement dépendant de l’attention des adultes qui en ont la charge, et cette dépendance n’est pas que physiologique (être nourri, changé, soigné), elle est aussi psychique (émotionnelle, affective). Vulnérable, il suscite des ressentis de toutes sortes et mobilise les modèles que les parents ont eux-mêmes connus : ambivalence de l’amour parental, opposition entre l’étranger et le familier, fascination et horreur, ressemblances et dissemblances. Pour le dire autrement, le processus psychoaffectif qu’est la parentalité s’étaie sur le passé de la mère ou du père, sur leurs relations anciennes avec leurs propres parents et sur l’organisation préalable de leur personnalité. Pour rester totalement présents et disponibles pour leur petit, les parents doivent être capables de penser l’intersubjectivité à laquelle ils sont exposés avec la naissance de leur enfant. Dans un premier temps, un bébé sollicite inconsciemment chez l’adulte une image intérieure idéale où la dimension narcissique est majeure. Or si l’attitude parentale, et plus particulièrement maternelle, est habituellement supposée protectrice et bien-traitante, la réalité est plus complexe. Loin des représentations idéalisées brandies par notre société, les premiers échanges entre un bébé et ses parents s’inscrivent sur une scène où la violence fondamentale est « naturelle et instinctuelle » (Bergeret, 1984, 2008).
Être un garçon, ce n’est pas être une fille. Cette différence sexuelle, fondamentale et irréductible, ne relève pas uniquement de critères anatomiques et biologiques, elle dépend aussi de la conscience précoce que l’enfant a de cette différence. Chaque famille, chaque éducation, chaque période, chaque religion, chaque culture, accordent aux filles et aux garçons des fonctions spécifiques qui servent à réguler le fonctionnement au sein du groupe social à partir des repères symboliques qui leur sont transmis. La petite fille et le petit garçon sont ainsi très précocement pris dans des représentations parentales, transmises bien souvent de manière inconsciente. Ce qui leur permet d’inscrire la différence biologique dans une dimension symbolique et imaginaire, qui induit des effets structurants et humanisants dans leur rapport à eux-mêmes et aux autres.
Du côté des filles, très tôt la différence se construit sur le fait que leur corps est conçu pour porter la vie. La maternalité est un processus psychique qui conduit la fillette, puis l’adolescente, à se penser mère et à se projeter dans cette fonction maternante. Il existe un processus proche du côté des garçons chez qui la paternalité s’inscrit tout aussi précocement, dès les premières années de vie. Mais de là à devenir dans la réalité parent, il y a un monde que certains ne traverseront jamais. Cela ne signifie pas, comme certains peuvent le dire, que la parentalité est alors en échec, mais que cette jeune fille ou ce jeune homme, cette femme ou cet homme ne veulent pas, pour des raisons qui leur appartiennent, devenir parents et qu’ils ne cèdent pas davantage à l’injonction sociétale selon laquelle une vie réussie ne saurait l’être sans enfant.
Nous l’avons dit, le petit d’homme naît immature et totalement dépendant de son entourage proche, notamment de cette figure d’attachement principale qui est le plus souvent sa mère. Dès sa naissance, il construit avec elle des liens fondamentaux pour son devenir, et les études effectuées auprès de jeunes bébés privés de toute interaction relationnelle précoce témoignent du désastre que constitue l’absence de toute figure d’attachement stable et sécurisante et de ses conséquences dramatiques pour son développement. Pour éviter toute confusion, rappelons ici que les liens d’attachement ne sont pas des liens de dépendance, des attaches contraignantes, mais au contraire des relais affectifs permettant à un enfant d’expérimenter la protection, le réconfort et d’acquérir la confiance nécessaire pour explorer le monde extérieur grâce à cette sécurité psychique qu’il a pu intérioriser. La théorie de l’attachement a été développée par le psychiatre John Bowlby dans les années 1950 à partir de ses observations directes des interactions mère-bébé (Bowlby, 1973). Mais on peut également citer, sur un registre complémentaire, les travaux antérieurs du psychanalyste William Ronald Dodds Fairbairn. Dans des textes publiés entre 1927 et 1935 Fairbairn décrit, à partir de son activité clinique auprès d’enfants, des mères qui ont été trop fusionnelles, trop défaillantes, trop frustrantes et les réactions induites chez leurs enfants, même devenus grands, face à ces attitudes inadaptées. Pour des raisons variables, ces femmes n’ont pas pu aimer de façon adaptée leur enfant qui, en retour, n’est pas parvenu à se sentir aimé pour lui-même. Puis, dans les années 1940, il travaille avec des patients présentant des troubles psychiatriques graves (personnalités schizoïdes), totalement coupés du monde extérieur, renfermés sur eux-mêmes et en grande difficulté pour exprimer leurs émotions. Ces prises en charge le confortent dans sa théorie de la relation d’objet et les conséquences désastreuses quand le lien à la mère est marqué précocement par des relations insatisfaisantes. Une telle conception a été critiquée par différents successeurs (Stephen, 1945), dans l’idée que le bébé ne peut pas avoir une vie psychique précoce aussi sophistiquée. Mais Fairbairn reste sans doute le premier à avoir tenté de décrire la réalité des souffrances dans les relations mère-enfant et à avoir expliqué que des adultes peuvent manifester plus tard des troubles en raison de ces relations précoces inappropriées, quand la mère ne parvient pas à aller à la rencontre des besoins fondamentaux de son bébé.
Ces liens en souffrance peuvent conduire à des attachements insécures et inadaptés qui se traduisent très tôt dans la façon dont un enfant réagit : détresse intense à chaque séparation, « collage » excessif, même à l’égard des personnes totalement inconnues, indifférence totale au monde extérieur comme si les adultes étaient interchangeables, prises de risques par des conduites dangereuses, inhibitions dans les explorations… Dans toutes ces situations, l’enfant ne peut accéder à la capacité à être seul et à ce sentiment continu d’existence qui permet d’oser l’autre pour se construire, sans percevoir le monde extérieur comme hostile. Les conséquences pour son devenir interpellent, car même devenu grand, il continuera de s’interdire tout attachement et toute construction positive, comme s’il s’interdisait de vivre totalement. Bien sûr, certaines mères parviennent à apporter un lien sécure à leur enfant, mais d’autres non. En particulier celles qui utilisent leur enfant pour se rassurer elles-mêmes et qui inversent complètement les places. Par exemple, quand une mère dit qu’elle a besoin de son enfant, qu’elle ne pourrait pas vivre sans lui, que sans lui elle n’existe plus, elle exprime sa difficulté à ne pas l’inscrire dans une relation de dépendance relationnelle, voire d’aliénation si ses ressentis persistent. Apporter à son bébé la sécurité primaire dont il a besoin nécessite une capacité de réceptivité psychique et de disponibilité à cet autre qui s’impose à soi autant que nous nous imposons à lui. Cette rencontre, véritable temps de « trouvaille psychique », est au cœur du tissage des liens qui vont se mettre en place entre le petit d’homme, qui réactive l’enfant que son parent a été, et son entourage.
Avec un bébé s’établissent très tôt toute une série d’interactions marquées par des soins où l’oralité est omniprésente, mais, étonnamment, très peu évoquée dans les écrits des spécialistes. Pourtant, un bébé est un objet de convoitise orale bien particulier et à aucun autre âge de la vie le corps n’est ainsi embrassé, sucé, chatouillé, mordillé, sans limites par l’adulte. Or les études portent principalement sur les attitudes du nourrisson vis-à-vis de sa mère, beaucoup moins sur l’appétence orale, voire l’agressivité primaire que les mères manifestent à l’égard de leur enfant. Si les adultes ont les ressources psychiques nécessaires, ils réussissent à contrôler, par des processus d’inhibition, cet instinct cannibalique à l’égard de leur nourrisson. Et l’angoisse profonde qui sous-tend cette tendance est normalement transformée à travers des jeux ou des expressions (« on en mangerait », « je vais te croquer »…) qui permettent de contrôler ces réactions. Certaines femmes sont d’emblée en capacité de reconnaître rapidement leur bébé en tant que tel et de le respecter comme un autre que soi, un sujet de soins et d’attentions. D’autres, nous le verrons plus loin, n’y parviennent pas, ce qui les conduit à des passages à l’acte de toutes sortes. D’autres encore, ayant réfléchi aux enjeux de la parentalité, font le choix de ne pas avoir d’enfants malgré le contexte actuel qui reste à l’idéalisation de la maternité.
Marie, 65 ans, raconte : « Je n’ai jamais voulu être mère. Pour moi c’est une évidence depuis que je suis toute petite et je l’ai toujours dit d’emblée à mes compagnons. Ce qui fait que j’ai multiplié les ruptures, car au début ils étaient toujours d’accord, mais s’imaginaient que je changerais d’avis. Mais ma décision était prise depuis mon plus jeune âge, car j’ai trop souffert d’avoir une mère qui m’a tant fait de mal. Elle ne m’a pas maltraitée comme celles dont on parle dans les journaux, non, c’était plus sournois. Elle n’avait jamais un geste tendre, était toujours prête à nous critiquer avec mes sœurs. Nous n’étions jamais assez sages, assez gentilles, assez brillantes à l’école, assez gratifiantes pour elle. Elle nous dévalorisait tout le temps, et notre père la laissait faire. Je crois qu’il avait peur d’elle, il devait se dire que tant qu’elle s’en prenait à nous, il était tranquille. Mes tantes étaient sur le même modèle que leur sœur et mes grands-mères étaient absentes. Si bien que je ne sais pas ce qu’est une véritable mère, celle qui vous fait des câlins, vous dit qu’elle est fière de vous et qu’elle vous aime tout simplement. Moi j’avais une mère ”en creux”. Que du vide. Du vide de présence, du vide de réassurance, du vide d’amour, du vide de valorisation, du vide d’attention, du vide de protection, du vide de tout. Et comme en face, je n’avais comme image du père que celle d’un homme soumis, je me suis toujours promis de ne jamais avoir d’enfants. J’avais trop peur de répéter, de ne pas savoir et surtout de faire souffrir comme j’avais souffert. Ce choix de vie, car c’est un vrai choix, a toujours été mal compris. J’ai eu le droit à tout : que j’étais égoïste, stérile, incapable de m’engager, que je n’aimais pas les enfants, que j’étais une homosexuelle non assumée, alors qu’au final j’avais juste réfléchi, bien plus que d’autres, à ce que signifie le fait d’être mère. Je ne regrette vraiment pas cette décision qui a totalement orienté ma vie, mon travail (je suis enseignante), mes relations amoureuses et amicales. Aujourd’hui je vis avec un homme qui a eu des enfants et qui a des petits...
Table des matières
- Couverture
- Titre
- Copyright
- Chapitre 1 - Naître mère
- Chapitre 2 - Les mères qui sont blessées par la vie
- Chapitre 3 - Les mères maltraitées
- Chapitre 4 - Les mères « inadaptées »
- Chapitre 5 - Les mères maltraitantes
- Chapitre 6 - Les mères criminelles
- Chapitre 7 - Les mères qui ne protègent pas leur enfant
- Chapitre 8 - Se construire malgré ce mal de mère
- Chapitre 9 - L'aide des professionnels
- Pour conclure
- Bibliographie générale
- Du même auteur chez Odile Jacob
- Pour en savoir plus
- Table