Le Chiffre et le Songe
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Le Chiffre et le Songe

La révolution scientifique

  1. 720 pages
  2. French
  3. ePUB (adaptée aux mobiles)
  4. Disponible sur iOS et Android
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Le Chiffre et le Songe

La révolution scientifique

À propos de ce livre

La science n'est pas fille du seul étonnement, du désir de savoir, elle naît aussi de la volonté des puissants. La lumière de la raison a sa face cachée, sombre et violente : le Chiffre ne serait rien sans le Songe. Les machines qui nous servent à faire et à défaire notre monde dérivent de la soif de conquête, du désir de pouvoir sur les hommes et les choses, de l'orgueil et de la déraison. Pas de progrès dans le savoir qui ne soit lié à la volonté d'un prince. Pas de révolution scientifique qui ne trouve ses racines dans une institution chargée par un souverain de développer la connaissance. La grande révolution scientifique, issue du doute épistémologique introduit par la découverte de l'Amérique, a transformé selon ce processus notre vue du monde figée depuis quinze cents ans. C'est cette dialectique du savoir et du pouvoir que retrace ici Jacques Blamont, physicien, astronome, inspirateur de la politique spatiale française. Plus qu'une présentation des théories scientifiques, des génies et des sans-grade qui ont fait le savoir moderne, ce livre est une généalogie de l'âme humaine, une vaste fresque, lumineuse et terrible. Et si la science, par-delà le bien et le mal, était l'un des ressorts de l'histoire ? Jacques Blamont est membre de l'Académie des sciences de France, des États-Unis et de l'Inde. Professeur émérite à l'université Paris-VI, il est conseiller du président du Centre national d'études spatiales (CNES). 

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Informations

Éditeur
Odile Jacob
Année
2018
Imprimer l'ISBN
9782738143105
ISBN de l'eBook
9782738144768

TROISIÈME PARTIE

POUR LA PLUS GRANDE GLOIRE DE DIEU



CHAPITRE I

SOLDATS DU CHRIST


Depuis plus de deux cents ans, l’Église branlait comme un édifice vermoulu, et l’on parlait partout de la réformer, sans s’attaquer à la tâche, lorsque Martin Luther parut et, le 31 octobre 1517, cloua ses thèses à la porte de l’Université de Wittenberg. Il n’est pas étonnant que le protestantisme soit né en Allemagne : l’absence de pouvoir fort y avait permis tous les abus : taxes insupportables levées au profit de Rome et mainmise d’une noblesse pourrie sur le haut clergé. Bientôt, les maladresses de la curie, incapable de répondre à la critique nouvelle, y engendrèrent une révolte générale contre le Saint-Siège. Les papes d’abord ne virent pas le danger et la réaction au mouvement luthérien dut attendre l’élévation de Paul III au trône de Pierre. Le nouveau pontife rompit avec le système de ses prédécesseurs, qui avaient sevré leur troupeau de toute sollicitude spirituelle, et il prit les décisions qui permirent à l’Église de se régénérer.

L’Église contre-attaque

La réforme catholique commença par fixer sa doctrine dans un concile ; puis elle se dota d’armes efficaces : le contrôle de la pensée par l’Index, le contrôle des personnes par l’Inquisition, la mobilisation de soldats grâce à la fondation d’ordres religieux structurés comme des armées. Cette politique reproduit celle d’Innocent III qui, confronté à l’hérésie des Albigeois, avait convoqué le concile du Latran en 1215, créé l’inquisition légatine, et béni la fondation des ordres mendiants par Dominique et François d’Assise. En 1233, Grégoire IX confia l’Inquisition aux dominicains. Rappelons que la célèbre formule Perinde ac cadaver appartient aux franciscains.
Le pape Farnèse Paul III (1534-1549) avait résolu, avant même son élévation, de réunir un concile œcuménique afin de ramener les protestants dans le giron de l’Église. Il voulut d’abord parlementer avec eux, mais devant l’opposition irréductible de Luther et de Calvin, il dut se résoudre à convoquer les Pères, non plus pour rapprocher les opinions désormais incompatibles, mais, au contraire, pour affermir la position catholique. Les manœuvres de Charles Quint et de François Ier, qui ne souhaitaient ni l’un ni l’autre la réunion d’une telle assemblée, retardèrent le début des travaux initialement prévu pour 1542 ; le 13 décembre 1545, plus de dix ans trop tard d’après le pape, quatre cardinaux, quatre archevêques, vingt-deux évêques, cinq supérieurs généraux d’ordre, trois abbés et trente-cinq théologiens ouvrirent le concile à Trente.
Alors que le nombre des évêchés résidentiels en Europe dépassait le demi-millier, les décisions doctrinales les plus importantes furent prises en 1546-1547 et en 1551 par des assemblées qui ne groupèrent jamais plus de soixante-douze votants, troupe squelettique où les moines et les théologiens faisaient la loi. Le concile ne fut pas œcuménique ; il exprima surtout la pensée de la chrétienté méditerranéenne. Ce sont en fait les Espagnols qui le dominèrent de très haut, bien qu’en plus faible nombre (quatorze Espagnols, en janvier 1562, contre quatre-vingt-cinq Italiens et une poignée infime provenant des autres nations).
L’assemblée devait travailler dans deux domaines de nature différente : la doctrine et la discipline. L’empereur souhaitait que l’on discutât d’abord de la réforme que les protestants pourraient accepter ; le pape exigeait au contraire que le dogme fût étudié le premier. Les Pères choisirent un moyen terme et décidèrent d’approuver à chaque session un document sur la doctrine et un document sur la discipline. Rarement concile fut traversé de querelles politiques aussi violentes. Les difficultés avec Charles Quint s’aggravèrent après la victoire de celui-ci sur les protestants à Mühlberg, le 15 avril 1547, et le concile fut dissous en 1549, après avoir fui la peste jusqu’à Bologne.
Le pape Jules III (1549-1553) le convoqua de nouveau, en dépit cette fois-ci de la France qui voulait maintenant s’allier aux protestants, et les Pères, siégeant du 1er mai 1551 au 19 mars 1552, achevèrent presque l’étude des sacrements. Divers événements retardèrent sa reprise pendant dix ans, en particulier le pontificat de Paul IV (1553-1559) qui déclara la guerre au roi d’Espagne. Enfin, Pie IV (1559-1565) parvint à le réunir du 18 janvier 1562 au 4 décembre 1563. Les actes du concile furent confirmés par une bulle, le 26 janvier 1564, et par la rédaction de la profession de foi tridentine que devraient jurer désormais évêques et professeurs d’université avant d’entrer en fonctions. L’œuvre des Pères, qui avait paru si fragile et si compliquée à mener à travers les embûches de toutes sortes, avait désormais force de loi dans l’univers catholique.
Les décisions du concile doivent être classées en deux catégories : les canons concernaient le dogme et avaient pour sanction l’anathème – quiconque refusait de s’y soumettre devenait hérétique ; les décrets de réformation, qui établissaient des règles de discipline, étaient rarement sanctionnés par l’anathème – en refusant d’y souscrire, on devenait téméraire, révolté, schismatique, mais non hérétique. Nous passerons sous silence le contenu aussi bien des canons que des décrets de réformation pour nous attacher à l’esprit dans lequel ils furent adoptés.
Le concile définit avec une clarté brutale ce qui était catholique et ce qui ne l’était pas. Nés et formés avant l’attaque luthérienne, imbus de l’esprit médiéval, les Pères ne firent que codifier des dogmes depuis longtemps établis, mais comme ils voulurent donner à la théologie romaine une inébranlable cohésion, ils utilisèrent pour bâtir leur édifice ce qu’il y avait de plus solide dans leur culture scolastique, c’est-à-dire les catégories et la logique d’Aristote : ce fut donc naturellement que la synthèse thomiste s’imposa, et le concile apparaît comme le triomphe de Thomas d’Aquin, soutenu par d’influents dominicains ; pendant toute la durée des débats, la Somme théologique resta placée à côté de la Bible, sur la même table. Cette prédominance reposait sur la nécessité de réaffirmer la nature des sacrements et en particulier du saint sacrement de l’autel face à l’ockhamiste Luther. Le moine hérétique avait osé écrire en 1520 : « Ma conscience s’accorde avec mon opinion que dans l’Eucharistie, avec la vraie chair et le vrai sang du Christ, il y a du vrai pain et du vrai vin. » Et Calvin allait plus loin encore dans cette voie abominable.
Aux propositions de Luther et de Mélanchthon de revenir à la consubstantiation, le concile répondit, lors de sa treizième session, en faisant de la transsubstantiation un des dogmes tridentins par excellence. Le texte adopté suivait mot à mot la Somme théologique. Thomas ne se concevait pas sans son père Aristote. La constante préoccupation des Pères fut de montrer l’admirable accord de la philosophie péripatéticienne et de la philosophie chrétienne que ces deux grands hommes représentaient le plus parfaitement. La bulle du 11 avril 1567 qui éleva le saint à la dignité de docteur de l’Église, à la suite des quatre docteurs grecs Athanase, Basile, Grégoire de Nazianze et Jean Chrysostome, ne fit que reconnaître l’extraordinaire influence à Trente de ses idées et de ses disciples.
Dans sa session du 8 avril 1546, tout au début de ses travaux, le concile prit une de ses décisions les plus lourdes de sens et de conséquences lorsqu’il codifia les principes qui règlent l’interprétation de l’Écriture sainte. Opposant la Bible éclairée d’âge en âge par le témoignage des saints-pères et des conciles approuvés, c’est-à-dire par le jugement et le consentement de l’Église, au « libre examen » des protestants, il décréta :
« […] Personne n’a le droit de dévier le sens de l’Écriture sainte contre le sens qui a été et qui est tenu par notre sainte mère l’Église, et personne ne doit oser interpréter cette Écriture sacrée contre le consensus unanime des Pères. »
L’union de la Bible et d’Aristote avait donc été bénie par le consensus unanime des Pères de Trente. Tout ce qui avait été approuvé à Trente, théologie certes, mais aussi ce qui s’ensuivait plus ou moins implicitement, système du monde, physique et mécanique avec leur Terre immobile, était devenu parole d’évangile, puisque l’Évangile n’était plus uniquement celui des apôtres, mais aussi celui qui se transmettait dans et par l’Église en dehors de l’Écriture sainte. Cette alliance entre l’empirisme et la révélation entraînait à terme des dangers pour les deux partenaires.
Jusqu’au XVIIe siècle, la science est une affaire de clercs (Marsile Ficin est devenu chanoine en 1472 ; Galilée sera tonsuré en 1631). Or l’Église raisonne en fonction d’une doctrine fondée sur l’autorité de textes. Donc la philosophie naturelle, à partir de son mariage avec la révélation, devient, elle aussi, une matière décidée par autorité, par l’autorité des textes d’Aristote et de saint Thomas élevés à la hauteur de dogmes aussi sacrés et respectés que l’Ancien Testament. Il y a mélange, bien plus, contamination. Même si la raison garde une place dans la connaissance, la science devient de foi, et les conflits d’idées qu’elle peut engendrer doivent désormais être jugés comme les matières de foi. Les clercs laissent volontiers les profanes discuter des apparences ; mais ils décident du fond des choses en théologiens, sur leurs critères et avec leurs procédures. Avant Trente, les clercs pouvaient critiquer à loisir les théories du Stagirite, et ils ne s’en étaient pas fait faute ; après Trente, c’était fini : la science avait été absorbée par le dogme. La philosophie naturelle d’Aristote avait été remplacée par une théologie de la nature. Le concile avait ôté à la communauté des universitaires le pouvoir de décider de la vérité ou de la fausseté d’une idée scientifique.
En même temps qu’il s’efforçait de réunir le concile, Paul III s’occupa d’organiser la bureaucratie centralisée dont la papauté avait besoin pour maintenir l’orthodoxie lorsqu’elle serait définie, et il mit en place deux institutions : l’Index et l’Inquisition.
Sous son pontificat, en 1543 parut le premier Index général des livres interdits. Rome s’arrogeait une prérogative que le pouvoir civil, en particulier celui de Charles Quint, avait t...

Table des matières

  1. Couverture
  2. Titre
  3. Copyright
  4. Dédicace
  5. Le chiffre et le songe La révolution scientifique - Préface à l’édition condensée
  6. Préface de la première édition
  7. Première Partie - Ce qu’il fallait démolir
  8. Deuxième Partie - Le château d’Uranie
  9. Troisième Partie - Pour la plus grande gloire de Dieu
  10. Quatrième Partie - Nullius in verba
  11. Index
  12. Remerciements
  13. Table
  14. Du même auteur