Contre vents et marées
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Contre vents et marées

  1. 208 pages
  2. French
  3. ePUB (adaptée aux mobiles)
  4. Disponible sur iOS et Android
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Contre vents et marées

À propos de ce livre

Qu'ont donc en commun Primo Levi, l'auteur d'un des plus grands témoignages sur les camps d'extermination nazis, et Max Delbrück, l'un des principaux fondateurs de la biologie moléculaire ? Tous deux, comme les autres personnalités dépeintes dans ce livre, ont su affronter les vicissitudes de l'existence avec une exceptionnelle humanité. Confrontés à des situations dramatiques, tous ont su rester fidèles à leurs exigences éthiques, tous ont su mener leur vie " contre vents et marées ". En dressant d'eux un portrait sobre et affectueux, Rita Levi Montalcini nous offre le récit de vies exemplaires.

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Informations

Éditeur
Odile Jacob
Année
1998
ISBN de l'eBook
9782738162519
Imprimer l'ISBN
9782738105653

MARIA DE LAUDE :

poète « des champs du ciel »


Maria De Laude est née en 1903 à Rocca d’Arazzo, petit hameau des environs d’Asti, à quelques kilomètres de la ville natale de ma mère. Rocca d’Arazzo était jadis une citadelle fortifiée par les roches naturelles qui descendent vers le Tanaro. Le nom d’Arazzo rappelle la noble famille locale des Airazi qui exerça sa domination sur la contrée pendant plusieurs siècles au Moyen Âge. Depuis ces temps reculés, le hameau n’a guère changé, avec ses rares maisons de paysans regroupées sur l’une des collines dominant Asti. C’est sur le flanc de l’une d’elles que j’ai passé les étés de mon enfance, songeant à l’avenir et contemplant « l’éventail de monts » qui couronne la « terre de perle » de la province d’Asti. Comme Maria De Laude, j’ai vu « les prés [qui] tremblaient d’une légère fumée » aux premiers matins d’automne. Mais, dépourvue de l’imagination débridée de Maria, je n’ai pas vu les « nids de chevaux », le « champ de papillons » et « les becs jaunes [qui] volent sur les champs de ramilles dévastés par le tonnerre ».
Grandie dans ce hameau, elle avait quitté tôt l’école communale. Son mari Edoardo Aschieri, ami de son adolescence, s’était exercé à divers métiers avant d’ouvrir un atelier de photographie à Turin, où il s’installa avec sa femme et leur fils, Francesco.
L’envie d’écrire naquit en Maria lorsque la présence quotidienne de son fils lui fut retirée par le mariage de celui-ci avec la jeune et belle Valentina. Années difficiles pour la jeune mariée, qui rencontrait non pas Maria la femme poète, mais Maria la belle-mère. Car la femme poète demeurait secrète. Pas plus ses clients, ses fournisseurs, ses amis qu’elle-même ne savaient à quelle activité elle se livrait quand, le jour, la nuit, à ses moments perdus, entre le développement d’une pellicule et les soins du ménage, elle écrivait, ni quand, au cours de longues nuits d’insomnie, elle lisait, des poèmes surtout, qui lui faisaient découvrir un monde jusque-là ignoré. Dans le silence des heures et l’oubli de la fatigue du jour, le monde s’enrichissait de couleurs et de sons imperceptibles aux autres mortels. La vie nocturne, silencieuse à leurs oreilles, s’animait pour Maria du souvenir de son enfance passée sur les collines piémontaises. Ses vers auraient disparu, sans son fils et son ami d’enfance, le grand peintre Ezio Gribaudo, qui les découvrirent et les firent imprimer quelques mois avant sa mort.
Tous les artistes turinois, dont ma sœur, connaissaient son atelier de photographie et appréciaient l’excellence des reproductions de leurs œuvres. L’atelier avait conquis une clientèle plus large en tirant des photos-souvenirs des événements les plus importants de la vie : communion, mariage, noces d’argent ou d’or. Maria observait longuement l’expression des yeux et les gestes des communiantes, scrutait avec la même attention le visage des jeunes mariées et ceux, marqués par le temps, des couples unis par quarante ou cinquante ans de vie commune. La bourgeoisie turinoise des années cinquante reconnaissait et appréciait le don particulier de Maria, cette haute maîtrise de l’art de la photographie. Mais elle devrait attendre pour connaître ce talent si rare qui était le véritable don de Maria De Laude, voir ce que l’on ne peut voir, entendre ce que l’on ne peut entendre. Elle fit lire à ma sœur Paola quelques vers écrits sur des bouts de papier, sur des cahiers de classe de sa petite-fille Serena. Paola fut éblouie. C’est ainsi qu’eut lieu notre rencontre à Rome, par une matinée de printemps, en 1970, alors que le cancer avait déjà rongé l’organisme de la « femme poète » et que son visage émacié trahissait la gravité du mal qui la frappait.
Quels étaient les poètes de prédilection de Maria ? Mystère. Dante ? Leopardi ? Carducci ? Ou son grand cont...

Table des matières

  1. Couverture
  2. Titre
  3. Copyright
  4. Prologue
  5. Guido - « Consummatum est »
  6. Giacomo Ulivi - adolescent rebelle au « métier de vivre »
  7. Enzo Sereni - en mission permanente
  8. Simonetta Tosi - la cause des femmes
  9. Marcella Nazzaro - l’école de la vie
  10. Primo Levi - la faute d’être né
  11. Giuseppe Pagano Pogatschnig - le prix de la cohérence
  12. Vito Volterra - les mathématiciens parlent à Dieu
  13. Max Delbrück - « Bon voyage, cher Max »
  14. Maria De Laude - poète « des champs du ciel »
  15. Table