
- 352 pages
- French
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Les Pouvoirs de l'esprit sur le corps
À propos de ce livre
Comment se fait-il qu'une personne guérisse et qu'une autre pas ? Comment se fait-il que l'une survive vingt ans à un cancer alors que l'autre est emportée en quelques mois ? Quel est cet élan coordinateur qui rassemble les ressources de notre organisme pour que s'opère la guérison ? C'est tout l'objet de ce livre : explorer le pouvoir de l'esprit sur le corps. Les expériences du passé, les guérisons miraculeuses et l'éclairage des découvertes les plus récentes permettent de mieux comprendre le rôle des puissants facteurs psychiques qui peuvent agir sur le corps. Une plongée passionnante, guidée par un médecin psychiatre, au cœur des phénomènes étranges de guérison. Un plaidoyer pour une médecine plus ouverte qui prenne en compte cette dimension inexplorée de la guérison : la force vitale de l'être humain. Patrick Clervoy est médecin psychiatre, professeur agrégé du Val-de-Grâce. Il fut engagé sur plusieurs théâtres d'opérations militaires importants. Il est l'auteur d'ouvrages sur les phénomènes de traumatisme psychique et de mécanismes inconscients de violences collectives.
Informations
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9782738143464
PARTIE V
Les étranges chemins de la guérison
CHAPITRE 19
Les pouvoirs de l’empathie
La petite fille de 9 ans avait mal au ventre. Cela faisait plusieurs jours qu’elle se plaignait. Sa mère l’avait conduite à différentes reprises au cabinet du médecin de famille. Chaque fois celui-ci l’avait examinée attentivement. Il avait apporté à ses parents des explications rassurantes avec des conseils diététiques. Comme les douleurs persistaient, le docteur avait donné des médicaments pour faciliter la digestion. Mais la petite fille continuait à avoir mal. Un soir d’une crise plus violente, la mère l’avait conduite directement aux urgences de l’hôpital. À nouveau l’examen médical était normal. La petite fille avait un visage bien rose. À la palpation le ventre était souple. La prise de sang était normale. Par précaution le médecin des urgences prescrivit un scanner abdominal. Quand la petite entendit le mot scanner, elle fut à la fois intéressée et apaisée. L’examen était normal. Le médecin donna des explications à la mère. Lorsqu’il eut terminé, la petite fille demanda : « Est-ce que je l’ai, le cancer ? »
Tout s’éclaira pour la mère qui établit alors le lien entre le mal au ventre de sa fille et l’état de santé de son mari. On venait de diagnostiquer chez le père de l’enfant un cancer du rein. Les parents avaient évité de parler de cette maladie devant leur fille. Pour la protéger, ils avaient tenté de cacher leur inquiétude. La petite venait de montrer que, sans un mot qui lui laissât prendre conscience de la maladie cancéreuse de son père, elle en avait su quelque chose et elle en avait incorporé le symptôme sous la forme de douleurs abdominales.
Ressentir ce que l’autre éprouve
Dans cette histoire, plusieurs phénomènes se sont conjugués. La petite fille avait été sensible à l’angoisse qu’éprouvaient ses parents. Or ceux-ci ne lui avaient rien dit. Cependant la petite avait senti quelque chose. Elle avait deviné que l’un d’entre eux était malade et que c’était au niveau du ventre. En elle, des sens s’étaient éveillés. Elle avait capté l’existence de la maladie de son père malgré le silence de ses parents et son organisme avait répondu en incorporant en elle, dans son petit corps d’enfant, des symptômes qui obligeaient ses parents à pousser les recherches jusqu’à trouver la cause du mal. C’est-à-dire, dans ce cas, à mettre des mots sur la maladie, à établir un diagnostic pour ensuite mettre en place un traitement. La petite fille avait montré une aptitude instinctive à ressentir en elle un symptôme présent chez une autre personne. On appelle ce phénomène l’empathie.
La formule qui illustre le mieux le concept d’empathie m’a été donnée par une patiente. Cette mère de famille venait d’apprendre avec plusieurs jours de retard que son fils avait eu un accident de moto. Il s’était fracturé une cheville et un poignet. Il avait attendu que sa mère rentre de vacances à l’étranger pour l’informer de son accident. Il savait que, s’il l’avait informée immédiatement, sa mère au comportement hyperprotecteur aurait pris le premier avion pour se rendre à son chevet. Lorsque sa mère revint, il était déjà chez elle et se déplaçait avec une béquille et un bras dans le plâtre. Elle le vit descendre l’escalier. Elle ressentit immédiatement de fortes douleurs dans son corps. Ces douleurs persistèrent plusieurs semaines. Elle me l’expliqua avec ses mots : « Je me suis octroyé sa douleur. »
Une autre patiente me raconta qu’elle avait l’habitude, le soir, pour détendre son mari au retour d’une journée de travail, de lui masser le visage. À un moment de sa vie professionnelle, cette femme se trouva prise dans d’importantes difficultés. Elle travaillait dans une agence dont les bureaux venaient d’être réaménagés en espaces ouverts. Chacun pouvait épier ce que faisait l’autre. Plus personne n’avait d’intimité. Recevoir des appels sur son téléphone personnel ou envoyer des messages était aussitôt jugé comme une faute. Soumise à un stress continu, elle se trouva à son tour avec des douleurs et des contractions. Elle m’indiqua que la seule chose qui la soulageait était de masser… le visage de son mari. Le geste d’apaiser les tensions musculaires de son conjoint produisait chez elle un apaisement au même endroit, sans que personne n’y eût touché. L’empathie permet de trouver un bienfait pour soi d’un soin apporté à un autre.
Nos amis les animaux
L’empathie est une capacité universelle et extraordinaire à la fois. Cette capacité est présente chez tous les mammifères sociaux. On observe même de l’empathie entre animaux différents. Cela explique les capacités thérapeutiques des chevaux, des dauphins, des chats et des chiens. Des personnes blessées m’ont raconté que, au moment où elles retrouvaient leur domicile, alors que leur chien ne pouvait voir le pansement caché par leur vêtement, l’animal venait renifler l’endroit précis qui avait été blessé. Une femme qui avait été agressée m’a confié que, lorsqu’elle était rentrée chez elle, ses animaux avaient montré une agitation inhabituelle. Elle s’était mise dans son fauteuil pour se reposer. Son perroquet était venu sur elle et avait fait l’inventaire systématique des endroits où elle avait reçu les coups : au visage, sur le torse et sur les bras. L’oiseau lui parlait en même temps qu’il frottait doucement l’endroit avec son bec. Elle avait éprouvé un apaisement en se faisant la remarque que l’animal était aussi doux et aussi attentif qu’un infirmier.
Les capacités thérapeutiques des animaux sont utilisées pour soigner des enfants autistes et des personnes souffrant d’état de stress post-traumatiques. Elles sont aussi utilisées dans des unités de soins palliatifs. Les chats sont des animaux qui accompagnent les personnes en fin de vie et apaisent leur agonie. Ils s’installent au pied ou à côté du mourant. De temps à autre ils ronronnent et, aussitôt que la personne est morte, ils se lèvent calmement et s’en vont.
Les mécanismes de l’empathie
Toute notre existence est prise dans l’empathie. Le champ d’influence de cette capacité représente celui de notre conscience. Notre représentation du monde se construit en deux temps : les organes des sens nous apportent des informations sur notre état intérieur et sur notre environnement, puis les mécanismes de l’empathie établissent une correspondance entre ces différentes informations. Ce que nous ressentons est mis en parallèle avec ce que nous percevons de ce que ressentent les autres. Secondairement, en fonction de son rôle et de ses activités, chaque individu apprend à refouler cette capacité. Chez nous, les primates humains, certains hommes ont une capacité d’empathie plus développée que d’autres. L’empathie est plus forte chez les enfants, chez les femmes, chez les personnes anxieuses ou maniaco-dépressives. L’empathie n’est absente chez l’être humain que lorsque celui-ci a appris à la neutraliser. Il faut rester indulgent envers ceux qui n’éprouvent pas d’empathie. On peut comprendre que, pour se protéger, des personnes trop sensibles, ou d’autres qui ont trop souffert, soient parvenues à se déconnecter de cette singulière sensibilité à ce que ressent autrui. Car, poussée à l’extrême, l’empathie peut être défavorable à la santé. Elle est la cause du burn-out des soignants. L’empathie provoque une usure liée à la contrainte de rester trop longtemps à proximité de personnes qui souffrent. Dans les hôpitaux, on voit surtout des burn-out dans les unités d’urgence et de soins intensifs, dans les unités de cancérologie et de soins palliatifs. L’empathie, cette capacité à ressentir en soi ce dont souffre une autre personne, est aussi à l’origine de phénomènes d’épuisement chez les sauveteurs et les volontaires de l’aide humanitaire. Mais l’empathie est, au départ, une capacité formidable : ce mécanisme est à la base du processus qui permet à une personne d’en soigner une autre et de produire une guérison.
On peut considérer deux modes d’empathie. Il y a le mode passif : la personne ressent involontairement ce qu’éprouve une autre personne. Mais il y a aussi un mode actif. C’est celui qui est présent chez tous les professionnels du soin : les aides-soignants, les infirmiers, les panseurs, les brancardiers, les médecins, les psychologues, les ostéopathes, etc. Ceux que l’on nommait autrefois les guérisseurs étaient des personnes qui avaient surdéveloppé des capacités actives d’empathie. L’empathie procède à la guérison dès lors qu’une personne qui a déployé cette capacité se tient avec attention et douceur auprès d’un malade. Les lieux de guérison, comme les sanctuaires religieux, produisent de la guérison parce que la capacité d’empathie des pèlerins est multipliée par l’effet de masse. La foule entière est devenue empathique. De cette foule surgissent les puissantes énergies curatrices qui expliquent les guérisons miraculeuses.
Aujourd’hui on commence à en deviner le mécanisme avec la découverte des neurones miroirs. Dans les années 1990, une équipe de chercheurs italiens mettait en évidence les neurones miroirs grâce au procédé expérimental suivant : on donne à un singe une fonction à accomplir et on note les zones du cerveau qui sont activées par cette tâche exécutive ; on observe ensuite le fonctionnement du cerveau d’un autre singe qui ne fait que regarder le premier, et, surprise !, les mêmes zones du cerveau sont activées. À regarder faire son congénère, le singe spectateur a mis en action des circuits cérébraux identiques à ceux du singe acteur. Celui qui observe reproduit dans son cerveau le travail cérébral de celui qui agit. Les neurones miroirs sont des neurones qui ont une activité aussi bien lorsqu’on exécute une action que lorsqu’on observe cette même action. Par la suite, le même phénomène a été mis en évidence chez les oiseaux : lorsque l’un chante, les aires cérébrales du chant sont activées en miroir chez les oiseaux qui l’écoutent.
Les neurones miroirs sont impliqués dans deux comportements humains élémentaires : l’imitation et l’empathie. L’imitation est le premier moteur de notre développement. L’enfant imite l’exemple qui lui est montré. C’est le processus de base de l’apprentissage. Ce qui lui est montré « fait travailler » son cerveau qui intègre le schéma moteur de cette action avant même d’avoir à la reproduire. Ainsi, ce qu’une personne voit et entend lui donne l’aptitude à accomplir le geste que fait une autre personne.
L’empathie fait, par exemple, que, lorsqu’une personne tousse de façon répétée, les autres personnes qui sont dans son voisinage éprouvent une sensation de gêne dans la gorge et se mettent à tousser. De la même manière, si une personne dans un salon se met à bâiller, les autres sont prises d’une irrésistible envie de bâiller. Les méthodes modernes d’exploration du cerveau ont permis de généraliser ce phénomène. Voici une expérience réalisée en laboratoire. On demande à une première personne de se gratter le bras. On regarde ce qui se passe dans le cerveau d’une seconde personne assise en face de la première et qui l’observe en train de se gratter. On remarque que, chez la personne qui ne se gratte pas, les zones sensorielles qui correspondent à la sensation de démangeaison sont activées. Les auteurs de cette expérience l’avaient publiée avec le titre : « Je me gratte et ça te démange ! »
Prendre une part de la souffrance de l’autre
L’empathie est la capacité d’une personne à partager une sensation qui n’est pas la sienne au départ, à ressentir dans son corps ce qui se produit dans le corps de l’autre. Cette capacité participe à la guérison. Une personne qui prend sur elle une part de la souffrance d’une autre personne peut produire chez cette autre personne un soulagement de sa douleur. Comme mécanisme de guérison par transfert d’un symptôme d’une personne malade vers une personne saine, l’empathie peut produire des phénomènes de corps surprenants. La couvade en est un exemple extrême. Dans les cas les plus développés, elle se déroule en trois phases : lors de la grossesse de sa femme, l’homme se met à prendre du ventre, se plaint de fatigue et de nausées ; lors de l’accouchement il s’alite et reçoit des soins comme s’il avait lui-même accouché ; après l’accouchement il prend des précautions alimentaires comme s’il était nouveau-né.
La couvade a longtemps intrigué les anthropologues. On l’avait décrite dans l’Antiquité et au Moyen Âge, mais elle se révélait difficile à observer à l’époque moderne. Elle a été reconnue comme un phénomène contemporain après qu’un médecin de marine, le Dr Maurel, en eut fait une description devant la Société d’anthropologie de Paris en 1882. Il rapporte plusieurs témoignages dont un cas observé par un magistrat lors d’un séjour en Guyane française dans une communauté amérindienne installée au bord d’un fleuve. Cet homme, M. Voisin, se déplaçait dans cette zone peu explorée. Il reçut un soir l’hospitalité dans une hutte d’Indiens Galibi. Il dormit dans un hamac, séparé de ses hôtes par une mince cloison de branches et de feuilles. Rien n’avait troublé sa nuit et son repos. Son étonnement fut grand le lendemain matin lorsqu’il apprit que derrière la mince cloison un enfant était né. La mère n’avait poussé aucun cri. M. Voisin la vit dès le jour aller au fleuve, s’y accroupir pour faire sa toilette et celle du nouveau-né en le baignant avec vigueur. Il vit aussi le mari rester couché dans son hamac, se déclarer malade et recevoir les soins que lui prodiguait sa femme.
Les anthropologues ont proposé comme explication de la couvade qu’elle permettait à un homme d’affirmer sa paternité sur le nouveau-né. On peut aussi supposer qu’avec ce comportement l’homme prend sur lui une part des symptômes en rapport avec la grossesse de sa femme pour la soulager. Dans le cas rapporté, la surprise pour le visiteur fut de constater l’efficacité de cette pratique, la femme recouvrant rapidement son état de santé et son autonomie après qu’une autre personne, par empathie, l’eut déchargée des symptômes liés à la grossesse et à l’accouchement. Cela paraît surprenant, et une femme occidentale pourrait avoir des difficultés à admettre la réalité de ce phénomène de substitution. Pourtant, sa fréquence par le passé et sa persistance, ajoutées à ce que l’on sait aujourd’hui sur l’empathie, sont des arguments qui rendent cette explication plausible.
L’empathie au sein de la famille,
dans le couple
Comme dans l’histoire plus haut de la petite fille qui avait mal au ventre, celle de la mère d’un fils accidenté, celle de l’épouse stressée, la famille est l’un des lieux où la relation d’empathie est le plus souvent à l’œuvre, sans paradoxalement qu’on cherche à la mettre en évidence. Cette relation d’empathie est mutuelle. Elle ne dépend pas de la place de chacun dans cette famille. L’empathie peut être aussi forte entre les parents, entre les parents et les enfants, et entre les enfants.
Au niveau d’un couple, surtout au fil du vieillissement, cette relation devient très forte. On voit ainsi s’établir progressivement une relation dans laquelle l’un des partenaires est le thérapeute de l’autre, au point parfois que c’est lors d’une séparation fortuite, comme lors d’une hospitalisation par exemple, que l’on peut mettre en évidence que le membre du couple qui est « porteur » de la maladie n’est pas celui qui est hospitalisé. C’est une occurrence que l’on observe dans les phases initiales des pathologies neurodégénératives comme la maladie d’Alzheimer. L’un des conjoints décompense une maladie qui n’est pas la sienne mais celle de l’autre. En fait, la phase visible de la maladie apparaît lorsque l’autre, depuis longtemps dans une forte relation d’empa...
Table des matières
- Couverture
- Titre
- Copyright
- Dédicace
- Préambule
- Partie I - Corps et psychisme : ce que l'on sait et ce qui reste à explorer
- Partie II - Les mystères de la vie
- Partie III - Qu'est-ce que guérir ?
- Partie IV - Le médecin et le malade : un petit théâtre où chacun tient son rôle
- Partie V - Les étranges chemins de la guérison
- Épilogue – Une espérance raisonnée
- Principaux ouvrages consultés
- Table
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