
- 224 pages
- French
- ePUB (adaptée aux mobiles)
- Disponible sur iOS et Android
eBook - ePub
À propos de ce livre
Comment fonctionne l'esprit humain ? Où en sont les recherches sur le cerveau ? Qu'est-ce que l'esprit ? Dans ce volume inédit de L'Université de tous les savoirs, spécialistes des sciences cognitives, psychologues et psychanalystes, anthropologues et sociologues nous éclairent sur la vie psychique. La pluralité des approches proposées rend compte de la diversité des modes d'investigation et fournit des éléments de réflexion sur les performances mentales, les émotions, la socialisation et les interactions collectives. Raymond Boudon, Monique David-Ménard, Jean Decety, Jack Goody, Michel Imbert, Jacques Lautrey, Joëlle Proust, Klaus Scherer, Monique Schneider.
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Informations
Les croyances collectives
par Raymond Boudon
Dans cet exposé, je prendrai le mot « croyance » au sens large, comme le substantif formé sur le verbe croire. Il désignera le fait de croire à une proposition, à une théorie, etc., que cette théorie, cette proposition soit fondée ou non. Je qualifierai donc tout uniment comme des croyances le fait de croire que la suite des nombres premiers est infinie ou de croire à l’efficacité des rituels de pluie.
Cette définition large de la notion de croyance appelle immédiatement une question. Lorsque les croyances sont valides, on n’a pas de difficulté à les expliquer. On n’a aucune peine à expliquer que la plupart des gens croient que 2 et 2 font 4. Je crois que 2 et 2 font 4 parce que 2 et 2 font 4. Comment expliquer en revanche les croyances dont on sait qu’elles sont fausses, comme les croyances en l’efficacité des rituels de pluie pratiqués dans certaines sociétés ; comment expliquer que ceux qui les pratiquent y croient, alors qu’elles sont dépourvues de fondement ?
L’analyse des croyances collectives est l’un des sujets essentiels de la sociologie, au point que la plus grande figure de la sociologie française, Émile Durkheim, a déclaré qu’il représentait le sujet principal de la sociologie. Cette analyse pose une question théorique fondamentale, qu’on peut formuler ainsi : par quels mécanismes des individus appartenant à un groupe social (au sens le plus large de ce mot) croient-ils la même chose, surtout lorsque, comme dans le cas des rituels magiques, ces croyances paraissent dépourvues de fondement ?
La sociologie comparative pose une question complémentaire : celle de savoir pourquoi on observe des différences remarquables dans les croyances de groupes sociaux fort proches par bien d’autres aspects. Les sciences sociales ont rencontré ce type de question dès leurs origines. Ainsi, Adam Smith s’interroge déjà, au XVIIIe siècle, sur les raisons d’être de ce qu’on appelle aujourd’hui l’exception religieuse américaine. Pourquoi les Américains apparaissent-ils si religieux alors que les Anglais le sont beaucoup moins, se demande-t-il ? Cette question donne toujours lieu à des recherches, car la différence persiste aujourd’hui. Comment expliquer ces phénomènes de ressemblance et de différence ?
Bref, ces observations de la sociologie posent deux questions fondamentales : par quels mécanismes des individus appartenant à un groupe (au sens le plus large) croient-ils la même chose, surtout lorsque la croyance est non fondée ? Pourquoi des individus appartenant à des ensembles sociaux fort proches par toutes sortes d’aspects, comme les Anglais et les Français de la fin du XVIIIe siècle ou les Anglais et les Américains de la même période, apparaissent-ils comme si différents du point de vue de leurs croyances ?
La sociologie n’est pas la seule discipline à rencontrer ce type de problème. Ainsi, la psychologie cognitive a réalisé d’innombrables expériences où des sujets donnent à une très forte majorité une réponse fausse à des problèmes relevant par exemple de l’estimation statistique. Alors que la probabilité d’apparition d’un événement est très faible, beaucoup de sujets vont la percevoir comme beaucoup plus forte qu’elle n’est. On a tendance à sous-estimer la probabilité de subir un accident de voiture et à surestimer celle de subir un accident d’avion. Ici aussi se pose le problème de l’explication de croyances se caractérisant par le double fait qu’elles apparaissent indépendamment dans la tête de multiples sujets et qu’elles sont fausses.
Les croyances scientifiques fausses
Il est un secteur où l’explication des croyances fausses paraît ne pas poser de problème, c’est celui des croyances scientifiques. Qu’elles soient vraies ou fausses, personne ne mettrait en doute qu’elles sont dues à des raisons, que leurs causes sont des raisons, qu’elles sont le résultat d’une délibération ou d’une discussion rationnelle.
Ainsi, avant Torricelli et Pascal, on croyait que, pour expliquer que la montée du mercure dans une éprouvette où l’on a fait le vide et que l’on renverse sur un récipient rempli de mercure, il fallait recourir à la notion de l’horreur du vide à laquelle la nature serait sujette. Cette croyance, que partageait un Descartes, nous paraît aujourd’hui étrange parce qu’elle a été définitivement discréditée par les objections de Pascal : au lieu de faire appel à la notion de l’horreur du vide, on peut expliquer le phénomène par le poids de l’atmosphère, a-t-il expliqué. Non seulement on se dispense ainsi d’introduire une notion anthropomorphique, mais muni de la théorie de Pascal, on peut prédire le comportement du mercure dans des circonstances variées : elle explique que le mercure ne monte pas aussi haut au sommet qu’à la base de la tour Saint-Jacques ou du Puy de Dôme, ce que la théorie d’inspiration aristotélicienne ne permet pas d’expliquer. De surcroît, elle impute le phénomène de la montée du mercure à une cause matérielle, dont on peut démontrer l’existence : le poids de l’air. À partir de ce moment, les explications par l’horreur du vide se sont trouvées disqualifiées. Mais, si personne n’y croit plus, si on la trouve normalement étrange, on n’accepte pas non plus de donner une cause irrationnelle à la foi de Descartes en la notion de l’horreur du vide de la nature : il est beaucoup plus acceptable de remarquer qu’il n’avait pas d’autre notion à sa disposition, que l’explication alternative de Pascal n’était pas disponible de son temps et que, loin de relever de l’évidence, la théorie de Torricelli-Pascal représente au contraire une innovation spectaculaire (elle devait donner naissance au baromètre). Bref, on explique normalement les croyances scientifiques avérées, mais aussi les croyances scientifiques fausses et disqualifiées de façon rationnelle.
Sans doute les discussions scientifiques mettent-elles aussi en jeu des facteurs irrationnels. Elles peuvent être plus ou moins longues, compliquées, elles peuvent mettre en jeu des passions, des rapports de force, en dehors des échanges d’arguments. Cela a été démontré à propos de multiples controverses scientifiques, qu’il s’agisse de la controverse du vitalisme, de la controverse entre Pasteur et Pouchet sur la génération spontanée ou de celle sur le langage des abeilles. Une étude très minutieuse sur cette dernière a mis en évidence des phénomènes de manipulation non intentionnelle. En 1953, von Frisch reçut le prix Nobel pour avoir découvert le langage des abeilles. Dès ce moment, certains émirent des doutes sur la véracité de sa théorie. Mais il se trouve que les réunions scientifiques, les séminaires, les colloques et les congrès qui se sont réunis sur la question se sont généralement tenus exclusivement entre partisans de la théorie de von Frisch. Ces rencontres scientifiques contribuèrent à apporter des éléments confirmant la théorie, mais les sceptiques et les critiques n’avaient guère l’occasion de s’y exprimer.
Malgré l’intervention de ces facteurs irrationnels, de caractère sociologique ou psychologique, on peut dire que le processus de sélection des idées dans le domaine scientifique est rationnel. Sont finalement retenues, quelquefois après des épisodes où ces facteurs irrationnels jouent à plein, les idées qui sont objectivement les meilleures par rapport à certains critères. Car, si les acteurs impliqués sont passionnés, ils agissent sous le regard de tout un public (chercheurs travaillant sur des sujets identiques ou proches, chercheurs appartenant à des spécialités voisines, journalistes scientifiques, etc.) qui, lui, n’a pas les mêmes passions. C’est bien parce qu’on peut, pour des raisons précises, préférer la « théorie du baromètre » de Pascal à la théorie d’inspiration aristotélicienne que celle-là a été définitivement retenue.
S’agissant des croyances scientifiques, celles-ci peuvent donc être vues comme le résultat d’une discussion rationnelle, qu’elles soient vraies ou qu’elles soient fausses.
Qu’en est-il lorsqu’il s’agit de croyances qui paraissent infondées (comme les croyances en des relations de causalité imaginaires qui définissent la magie) ou de croyances qui, par principe, ne paraissent pas pouvoir être fondées, comme les croyances prescriptives : celles qui traitent non de l’être, mais du devoir-être ?
Une première ligne de pensée propose de répondre à ces questions en évoquant l’existence, pour parler comme le prix Nobel d’économie Gary Becker, de forces psychologiques, biologiques ou culturelles qui feraient que, dans telle culture, dans tel groupe ou tel ensemble d’individus, l’esprit humain obéirait à des règles d’inférence particulières, serait affecté par des biais, fonctionnerait dans des cadres mentaux particuliers. Bref, il existerait des forces, ayant leur origine dans la culture et, à travers elle, ayant une influence sur la pensée individuelle, forces qui feraient qu’on ne pense pas de la même manière ici que là, qu’on ne raisonne pas de la même manière ici que là, qu’on ne croit pas à un endroit ce qu’on croit à un autre.
Ce type d’hypothèse a été mis sur le marché au tournant des XIXe et XXe siècles, notamment par Lévy-Bruhl, et à sa suite défendu de manière brillante par de nombreux auteurs. S’il importe de l’évoquer, c’est qu’il est toujours présent, et même très installé, dans les sciences sociales.
Lévy-Bruhl expliquait les croyances magiques par le fait que les « primitifs » (comme on disait alors), les individus appartenant à des sociétés sans écriture ou à des sociétés premières, comme on dirait plutôt aujourd’hui, obéiraient à des règles d’inférence différentes des nôtres. Ils seraient moins sensibles au principe de contradiction, par exemple ; ils ne distingueraient pas aussi facilement que nous les conditions qui permettent d’affirmer l’existence d’une relation de causalité. Cette idée est toujours défendue aujourd’hui, sous des formes et dans des termes variés. Un éminent anthropologue britannique, R. Needham, a déclaré naguère que Lévy-Bruhl restait un auteur de première importance parce qu’il aurait démontré l’influence du contexte culturel sur les règles de la pensée. L’hypothèse de base de Lévy-Bruhl se retrouve par exemple chez le sinologue Marcel Granet, qui a soutenu que les caractéristiques de la langue chinoise entraînaient un fonctionnement de la pensée différent de celui de la pensée occidentale. B. L. Whorf avait tenté de montrer dans la même veine que les particularités du langage hopi entraînaient chez ceux qui le parlent la mise en œuvre de règles d’inférence différentes des nôtres.
Ces théories sont étayées par des observations méticuleuses. Mais elles soulèvent des objections sérieuses. D’abord, elles reposent sur des hypothèses très lourdes, ouvrant sur des questions dont on ne voit pas facilement la réponse crédible qu’on pourrait leur apporter. Par exemple : par quels mécanismes la culture est-elle capable d’agir sur les règles d’inférence inconsciemment manipulées par les individus ? Ensuite, elles apparaissent comme contradictoires avec certains faits : ainsi, l’anthropologue anglais Evans-Pritchard a montré que les Azandé du Sud-Soudan, illustratifs ...
Table des matières
- Couverture
- Titre
- Copyright
- Introduction
- Qu’est-ce que l’esprit ? - par Jack Goody
- Les pulsions sexuelles ignorent-elles l’esprit ? - par Monique David-Ménard
- Conscience et cerveau - par Michel Imbert
- Le sens des autres ou les fondements naturels de la sympathie - par Jean Decety
- Les émotions et leur futur - par Klaus Scherer
- La pensée de soi - par Joëlle Proust
- La souffrance psychique - par Monique Schneider
- La mesure des performances intellectuelles - par Jacques Lautrey
- Les croyances collectives - par Raymond Boudon
- Présentation des auteurs
- Table