Materner
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Du premier cri aux premiers pas

  1. 304 pages
  2. French
  3. ePUB (adaptée aux mobiles)
  4. Disponible sur iOS et Android
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Du premier cri aux premiers pas

À propos de ce livre

Dans toutes les cultures et Ă  travers l'histoire, le quotidien du tout petit enfant semble presque varier Ă  l'infini. Que fait-il pendant la journĂ©e ? Comment dort-il ? Comment mange-t-il ? Comment est-il vĂȘtu et comment est-il portĂ© ? Ou encore comment est-il baignĂ© ?Blandine Bril et Silvia Parrat-Dayan brossent un formidable tableau de la petite enfance Ă  travers les gestes ordinaires, des campagnes du Moyen Âge aux mĂ©galopoles d'aujourd'hui, de l'OuzbĂ©kistan au Mali, du Mexique Ă  la CorĂ©e. OĂč l'on dĂ©couvre qu'il n'existe pas de pratiques qui soient une fois pour toutes bonnes ou mauvaises. Seule compte l'adaptation de l'enfant au monde qui l'entoure. Une leçon d'humilitĂ© pour les experts prodigues en solutions idĂ©ales ; une parfaite dĂ©culpabilisation pour les parents qui redoutent de trop mal faire !Blandine Bril est psychologue, anthropologue, directeur d'Ă©tudes Ă  l'EHESS. Silvia Parrat-Dayan, psychologue et chercheuse en histoire de la petite enfance, est collaboratrice scientifique aux Archives Jean-Piaget, Ă  l'UniversitĂ© de GenĂšve.

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Informations

Éditeur
Odile Jacob
Année
2008
Imprimer l'ISBN
9782738117281
ISBN de l'eBook
9782738194886
TroisiĂšme partie
L’espace du corps
Chapitre 6
Le maillot, une pratique millénaire
Alors que le portage au dos tel qu’il se pratique en Afrique de l’Ouest est souvent prĂ©sentĂ© comme le prototype d’une situation de bonheur pour l’enfant en contact direct avec le corps de sa mĂšre, l’utilisation du maillot a Ă©tĂ©, Ă  partir du XVIIIe siĂšcle, assimilĂ©e Ă  une pratique restrictive et donc nĂ©faste, Ă  proscrire absolument. Or l’emmaillotement a Ă©tĂ© trĂšs largement pratiquĂ© et reste encore aujourd’hui la rĂšgle durant les premiers mois de la vie de l’enfant dans de nombreuses rĂ©gions du monde. On le trouve dans toute l’Europe jusqu’à l’Oural, de la Scandinavie Ă  l’Italie et aux Balkans, ainsi que sur le pourtour de la MĂ©diterranĂ©e, en Asie centrale, dans toute la SibĂ©rie, la Chine du Nord et dans des zones dĂ©limitĂ©es au Sud par le NĂ©pal et le Tibet. L’emmaillotement se pratique aussi sur le continent amĂ©ricain, oĂč on le retrouve chez les peuples du Nord de mĂȘme que chez ceux des Andes.
On notera que le maillot peut ĂȘtre solidaire ou non du berceau (voir figures 6.1 et 6.2). Mais, encore une fois, les choses ne sont pas si tranchĂ©es. En effet, le berceau gallo-romain de la figure 6.1, directement comparable au berceau navajo, montre un enfant sanglĂ© sur une sorte de petit matelas, plus qu’un simple maillot, mais moins qu’un berceau. Par ailleurs, nous verrons que l’habillement de l’enfant navajo est trĂšs exactement similaire Ă  celui du maillot d’Europe occidentale. Il est donc nĂ©cessaire d’insister sur cette continuitĂ© entre des pratiques Ă©loignĂ©es dans le temps (deux millĂ©naires sĂ©parent les deux images de la figure 6.1), mais aussi dans l’espace (ces deux « berceaux » sont distants de plusieurs milliers de kilomĂštres). En fait, contrairement Ă  une idĂ©e reçue, le maillot n’est pas Ă  confondre avec les bandelettes dont il a Ă©tĂ© beaucoup dit qu’elles Ă©taient trop serrĂ©es autour du corps de l’enfant. Le maillot est en rĂ©alitĂ© constituĂ© de plusieurs piĂšces d’étoffe, les bandelettes n’étant que le moyen de maintenir l’ensemble. Elles seront remplacĂ©es au XXe siĂšcle par des Ă©pingles de nourrice !
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FIGURE 6.1. Exemple de berceaux assimilés au maillot.
Dans le chapitre consacrĂ© au transport de l’enfant, de mĂȘme que dans celui traitant du sommeil, nous avons largement fait rĂ©fĂ©rence Ă  la pratique de l’emmaillotement, insistant sur l’imbrication de l’utilisation du berceau et du maillot. Nous considĂ©rons maintenant l’ensemble des pratiques d’emmaillotement, que le maillot soit ou non solidaire du berceau ou du porte-bĂ©bĂ©, dĂ©signĂ© par le terme amĂ©ricain cradle boards.
S’intĂ©ressant davantage aux objets et Ă  leurs caractĂ©ristiques matĂ©rielles qu’à leur utilisation quotidienne, Ă  quelques exceptions prĂšs, les documents ethnographiques ou mĂȘme historiques ne nous renseignent que partiellement sur les modes d’utilisation quotidiens du maillot ou encore sur les arguments qui pourraient ĂȘtre avancĂ©s pour en lĂ©gitimer la pratique. Il est souvent difficile de donner un tableau prĂ©cis des pĂ©riodes de la vie de l’enfant durant lesquelles on utilise systĂ©matiquement l’emmaillotement, et des circonstances quotidiennes conduisant Ă  son utilisation ou au contraire Ă  son abandon. De mĂȘme, on sait peu de choses sur les raisons donnĂ©es par les adultes pour justifier cette pratique.
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FIGURE 6.2. Similitude des maillots du nouveau-né sur une période de 2 000 ans pour des régions fort éloignées.
Variantes autour du maillot
Lorsqu’on parle de maillot dans diffĂ©rentes aires gĂ©ographiques et Ă  diffĂ©rentes Ă©poques historiques, s’agit-il de la mĂȘme chose ? Les mĂ©thodes d’emmaillotement sont-elles comparables ? Comment les contextes socio-Ă©conomiques et les disponibilitĂ©s matĂ©rielles vont-ils marquer cette pratique ? Lorsque peu d’étoffes de toile fine sont Ă  disposition, qu’est-ce qui fera office de lange ? Du sable comme en Chine ou en Afrique du Nord, de la balle de cĂ©rĂ©ales dans les Balkans ou en Asie centrale, de l’écorce de bouleau finement broyĂ©e en Laponie ou en AmĂ©rique du Nord ? Comment, par ailleurs, s’adapte-t-on aux saisons, Ă  l’ñge de l’enfant ou Ă  son activitĂ© ? Autant de questions qu’une illustration dĂ©taillĂ©e rendra plus explicites.
Le maillot au Moyen Âge
Il semble que nul vestige palpable de l’habillement du tout-petit vivant au Moyen Âge ne subsiste, et d’aprĂšs D. Alexandre-Bidon et M. Closson (1985), les textes de l’époque s’avĂšrent souvent avares de dĂ©tails concrets. Utilisant une dĂ©marche d’archĂ©ologie expĂ©rimentale, ces auteurs ont eu la merveilleuse idĂ©e, Ă  partir de l’analyse de nombreuses miniatures du XIIe au XVe siĂšcle, de tenter une reconstitution de la mĂ©thode d’emmaillotage. Son intĂ©rĂȘt aura Ă©tĂ© d’en souligner la simplicitĂ©, et de dĂ©montrer la facilitĂ© et la rapiditĂ© des manipulations impliquĂ©es lors de l’emmaillotage comme lors du dĂ©maillotage.
Les Ă©lĂ©ments de base du maillot sont constituĂ©s de draps de dimensions proches des couches en tissu que l’on trouve encore de nos jours, des carrĂ©s de soixante Ă  soixante-dix centimĂštres de cĂŽtĂ©, dont la qualitĂ© essentielle devait ĂȘtre la finesse et la douceur. Durant les pĂ©riodes de froid, on y ajoutait un lange de laine, ou de chanvre pour les plus pauvres. Afin de maintenir en place draps et langes, on utilisait de fines bandelettes d’une largeur variant de trois Ă  dix centimĂštres. Mais comment tout cela est-il agencĂ© ?
Voici la description qu’en donnent les auteurs :
La nourrice assise sur le sol dispose sur ses jambes Ă©tendues deux Ă©paisseurs de tissu, un lange [
] et une couche, et y allonge le nourrisson. Elle replie sur lui la fine toile blanche et le drap de laine, pan gauche par-dessus le pan droit dans bon nombre de cas. [
] On rĂ©serve Ă  hauteur des pieds du bĂ©bĂ© assez d’aisance avant de rabattre ce surplus de tissu vers le haut. L’enfant pourra remuer librement ses pieds si on ne lie pas les chevilles : mais 30 % seulement des miniatures dĂ©crivent des enfants aux chevilles manifestement liĂ©es. La tĂȘte enfin est le plus souvent enveloppĂ©e dans le plus fin des langes, celui placĂ© Ă  mĂȘme la peau, et il faut mĂ©nager toute une sĂ©rie de plissĂ©s sous le menton pour que tienne convenablement ce substitut du bonnet (p. 93).
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FIGURE 6.3. Reconstitution de l’emmaillotement de l’enfant au Moyen Âge (Alexandre-Bidon et Closson, 1985).
À cette Ă©poque, les Ă©lĂ©ments du maillot (drap et lange) sont indiffĂ©renciĂ©s ; seule varie la maniĂšre de lier pour les maintenir. Les bandes disposĂ©es en croisillons font de l’emmaillotage entrecroisĂ© le plus frĂ©quent au Moyen Âge. Le nombre de croisillons peut ĂȘtre de deux, trois ou quatre, le nombre et leur disposition varient selon l’ñge et donc la taille de l’enfant, deux croisillons Ă©tant suffisants pour le nouveau-nĂ©. L’extrĂȘme facilitĂ© de l’emmaillotement, soulignĂ©e par les auteurs, a rarement Ă©tĂ© Ă©voquĂ©e (voir figure 6.3) :
D’une difficultĂ© d’exĂ©cution nulle, le temps de l’emmaillotage n’excĂ©dant pas une minute, mĂȘme chez une mĂšre inexpĂ©rimentĂ©e – et en existait-il alors ? – le dĂ©maillotage s’opĂšre, lui, en moins de dix secondes ! Un seul nƓud est nĂ©cessaire, effectuĂ© Ă  hauteur des chevilles, et l’opĂ©ration tout entiĂšre est menĂ©e sur un bĂ©bĂ© couchĂ© sur le dos, Ă  l’image de ce que prĂ©sentent les [rares] scĂšnes de change. Il n’est pas mĂȘme nĂ©cessaire de retourner l’enfant (p. 95).
D’aprĂšs ces auteurs toujours, les maillots serrĂ©s prĂ©sentant des enfants littĂ©ralement ficelĂ©s sont rares, et ne dĂ©passent pas 3 % de l’ensemble des documents consultĂ©s. Ce maillot n’est donc pas d’usage courant, et pourrait fort bien ĂȘtre un maillot de cĂ©rĂ©monie, de fĂȘte ou mĂȘme un maillot de voyage. Le maillot usuel facile d’utilisation, souvent mĂȘme sans lien, comme le montrent les exemples de la figure 6.4, n’est par consĂ©quent pas une entrave Ă  la propretĂ© de l’enfant et ne constitue pas une contention empĂȘchant tout mouvement, deux arguments souvent brandis par les adversaires du maillot.
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FIGURE 6.4. Exemples de maillots lĂąches, sans liens.
Comparons maintenant ce maillot Ă  celui de l’enfant pĂ©ruvien ou mexicain de nos jours. La proximitĂ© des pratiques est Ă©tonnante.
Le maillot de nos jours dans les Andes
Le maillot reste de nos jours une piĂšce d’habillement quotidienne pour l’enfant andin dans les premiers mois. La proximitĂ© entre cette pratique actuelle et celle dĂ©crite pour l’enfant du Moyen Âge est telle, qu’il est difficile de rĂ©sister Ă  la comparaison. La figure 6.5 retrace en sept images la procĂ©dure d’emmaillotement Ă  partir d’un enregistrement vidĂ©o rĂ©alisĂ© par CĂ©lina Occampo en 1990, dans la rĂ©gion de Cuzco.
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FIGURE 6.5. Emmaillotement d’un nouveau-nĂ© pĂ©ruvien.
L’enfant est tout d’abord habillĂ© de trois brassiĂšres superposĂ©es. AprĂšs lui avoir mis un premier lange enserrĂ© dans une premiĂšre petite couverture ne couvrant que le bas du corps et faisant office de lange (1), la mĂšre enveloppe l’enfant d’un lange blanc plus large, les bras Ă©tant allongĂ©s de chaque cĂŽtĂ© du corps (2), une sorte de fichu est ajoutĂ© au bonnet que porte dĂ©jĂ  l’enfant, puis la fine bandelette d’attache est enroulĂ©e pour fixer le lange (3,4). Une attention spĂ©ciale est portĂ©e Ă  la position des pieds (5). La mĂšre signe1 ensuite son enfant raide dans son maillot (6), puis le met au sein (7). La sĂ©quence d’emmaillotement, dont le dĂ©but commence une fois les trois brassiĂšres enfilĂ©es, aura durĂ© Ă  peine plus de deux minutes2. Ces donnĂ©es sont tout Ă  fait compatibles avec l’estimation rĂ©alisĂ©e par M. Closson et D. Alexandre-Bidon (1985) dĂ©crite dans la section prĂ©cĂ©dente.
Ce maillot qui, pour les tout-petits, enveloppe tout le corps, laissera au bout de quelques mois les bras de l’enfant libres lorsqu’il ne dort pas. Cet aspect de la pratique du maillot rappelle le portage au dos de l’enfant bambara, dont les bras seront libĂ©rĂ©s Ă  partir de quelques mois lorsqu’il ne dort pas. Cette analogie souligne combien certaines pratiques, bien que fondamentalement diffĂ©rentes, s’ajustent Ă  l’enfant de la mĂȘme maniĂšre : Ă  partir d’un certain niveau de dĂ©veloppement postural et moteur, l’enfant sera libre de ses mains lorsqu’il est Ă©veillĂ©.
Le maillot des années baby-boom
Les jeunes mĂšres des annĂ©es 1930, et jusque dans les annĂ©es 1950, disposaient d’ouvrages de puĂ©riculture qui proposaient et dĂ©crivaient deux mĂ©thodes d’habillement : le maillot Ă  la française et l’habillement Ă  l’anglaise, en fait l’ancĂȘtre de la « grenouillĂšre », rĂ©putĂ© laisser plus de libertĂ© de mouvement Ă  l’enfant et recommandĂ© dĂšs 2 Ă  4 mois selon la saison. Nous ne retiendrons ici que la plus traditionnelle (le maillot Ă  la française), qui « a le trĂšs grand avantage de prĂ©server l’enfant du refroidissement et de le maintenir dans la bonne position » (Lerebouillet, 1948, p. 23). Le maillot recommandĂ© est composĂ© de deux parties, chacune comprenant de trois Ă  quatre piĂšces. La partie supĂ©rieure est constituĂ©e de trois piĂšces, chemises et brassiĂšres qui selon l’époque de l’annĂ©e seront en coton fin, en flanelle et/ou en laine. La partie infĂ©rieure est composĂ©e d’une ou deux couches de toile fine et usagĂ©e (la deuxiĂšme peut ĂȘtre en Ă©ponge), d’un lange de coton, et d’un autre lange, plus grand que le prĂ©cĂ©dent, ainsi que d’un molleton de laine.
Les diffĂ©rentes piĂšces sont glissĂ©es ensemble sous le dos de l’enfant, en remontant un peu en dessous des aisselles. On replie alors de bas en haut la (les) couche(s) sans la (les) tordre entre les jambes et sur le ventre de l’enfant. Puis on rapproche successivement chaque cĂŽtĂ© de la couche sur la poitrine, sans serrer trop fort [
].
[Suivent différentes autres maniÚres de disposer les couches.]
Deux langes restent Ă  fixer : les deux cĂŽtĂ©s du premier, le lange de coton, sont successivement ramenĂ©s sur l’abdomen. Le lange de laine est plus compliquĂ© Ă  mettre : on prend le bord droit du lange, on le passe du cĂŽtĂ© gauche de l’enfant et on l’applique de façon Ă  bien maintenir le corps sans le serrer trop. L’autre cĂŽtĂ© du lange est ramenĂ© sur le premier et attachĂ© avec une Ă©pingle de nourrice. L’extrĂ©mitĂ© infĂ©rieure, trĂšs longue, est alors repliĂ©e environ 10 centimĂštres au-delĂ  des pieds et ramenĂ©e plus ou moins haut. On en croise les deux extrĂ©mitĂ©s en arriĂšre avec des Ă©pingles de nourrice. L’enfant est ainsi bien maintenu sans ĂȘtre serrĂ© (p. 26-27).
Ce maillot, encore recommandĂ© par le mĂ©decin de famille aprĂšs la Seconde Guerre mondiale, reste trĂšs proche de celui de l’enfant des Andes dont on a libĂ©rĂ© les bras.
Le cradle board : l’équivalent du maillot ?
Les tĂ©moignages rapportant les pratiques des Indiens d’AmĂ©rique du Nord sont abondants et datent pour la plus grande partie du XIXe siĂšcle. Les descriptions du cradle board proprement dit sont nombreuses et dĂ©taillĂ©es, mais malheureusement les indications sur les conditions de son utilisation, sur la façon dont l’enfant y est posĂ© et installĂ©, sont rares.
La maniĂšre dont l’enfant indien est vĂȘtu et dĂ©posĂ© dans le porte-bĂ©bĂ© permet d’assimiler cette pratique Ă  celle de l’emmaillotement d’Europe ou d’AmĂ©rique du Sud. Chez la plupart des peuples d’AmĂ©rique du Nord, les peaux finement tannĂ©es jouaient le mĂȘme rĂŽle dans la confection des vĂȘtements que les Ă©toffes plus ou moins fines dans les cultures europĂ©ennes, y compris pour les sous-vĂȘtements. Il en allait de mĂȘme pour l’enfant qui Ă©tait enveloppĂ© dans un carrĂ© de peau trĂšs fine pour ĂȘtre ensuite dĂ©posĂ© dans le porte-bĂ©bĂ© dont le fond avait Ă©tĂ© recouvert sur une certaine Ă©paisseur d’une substance douce et absorbante – mousse sĂ©chĂ©e, bois de cĂšdre pulvĂ©risĂ©, Ă©corce finement broyĂ©e, ou encore duvet fin qui tapisse l’intĂ©rieur des tiges de certaines espĂšces de roseaux. Ces diffĂ©rentes substances avaient pour fonction d’absorber l’humiditĂ© produite par l’enfant, l’urine en particulier. Selon la saison, une peau, avec sa fourrure tournĂ©e vers l’enfant, Ă©tait ajoutĂ©e Ă  cette premiĂšre couche de matiĂšre. Selon le type de porte-bĂ©bĂ© la derniĂšre « enveloppe » pouvait ĂȘtre solidaire de la partie rigide du porte-bĂ©bĂ© comme les berceaux de la population ute du Nevada, ou ceux des nations amĂ©rindiennes du QuĂ©bec ; dans les autres cas, seules les courroies de cuir sont attenantes Ă  la partie rigide, ce que l’on peut observer chez les Navajos ou les Apaches (figure 6.1). Dans le premier cas, l’enfant est glissĂ© dans cette enveloppe qui est ensuite fermĂ©e Ă  l’aide d’un laçage plus ou moins serrĂ©. Dans le deuxiĂšme cas, l’enfant est enveloppĂ© dans une couverture faite d’une peau ou d’une fourrure selon la saison, puis assujetti au porte-bĂ©bĂ© par des liens fixĂ©s dans des passants situĂ©s de chaque cĂŽtĂ© de la partie fixe. Les pieds peuvent ou non ĂȘtre immobilisĂ©s.
Dennis dĂ©crit ainsi l’emmaillotage hopi dans les annĂ©es 1...

Table des matiĂšres

  1. Couverture
  2. Titre
  3. Copyright
  4. Dédicace
  5. Remerciements
  6. Prologue
  7. Premiùre partie - L’enfant dans le temps et dans l’espace
  8. Deuxiùme partie - Le corps dans l’espace
  9. Troisiùme partie - L’espace du corps
  10. Épilogue
  11. Références
  12. Table des croquis et images