
- 216 pages
- French
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eBook - ePub
L' Apprentissage de l'incertain
Ă propos de ce livre
« Lorsque j'ai obtenu mon diplĂŽme de l'Ăcole des Mines, je ne savais rien faire de mes mains. Rien d'Ă©tonnant Ă cela : j'Ă©tais un pur produit de la pĂ©dagogie française. J'ai pris conscience qu'il serait utile d'apprendre aux Ă©lĂšves Ă mettre la main Ă la pĂąte : Ă©duquer les futurs ingĂ©nieurs en leur inculquant d'abord les sciences par une approche expĂ©rimentale, les envoyer sur le terrain, leur faire enfiler le bleu de travail de l'ouvrier, leur faire partager les prĂ©occupations du technicien, les associer aux problĂ©matiques de l'Ă©tat-major, prĂ©parer des ingĂ©nieurs ingĂ©nieux. Je ne savais pas alors que Robert Germinet accorderait Ă mes opinions l'attention de quelqu'un qui avait longtemps rĂ©flĂ©chi Ă ces questions. Il a introduit Ă l'Ăcole des Mines de Nantes l'apprentissage par l'action. GrĂące Ă une sĂ©rie d'expĂ©rimentations rĂ©alisĂ©es par l'Ă©lĂšve dans le secret de sa chambre, cette mĂ©thode sĂšme la valeur de l'interrogation, le souci de l'observation, le sens de la crĂ©ativitĂ©. » Georges CharpakRobert Germinet, docteur en physique, est directeur de l'Ăcole des Mines de Nantes et directeur rĂ©gional de l'industrie, de la recherche et de l'environnement des Pays de la Loire.
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Education GeneralCHAPITRE 2
La formation par lâaction
Des ingénieurs ingénieux
Quels sont les reproches les plus sĂ©vĂšres que les entreprises adressent aux ingĂ©nieurs ? Celui de ne pas ĂȘtre assez ingĂ©nieux, assez inventifs, assez crĂ©atifs, et celui de manquer dâadresse ou dâastuce. Le jugement peut paraĂźtre brutal. Manquerait-on dâingĂ©nieurs brillants, dans un pays que le monde entier reconnaĂźt pour la qualitĂ© de ses chercheurs ? Notre systĂšme pĂ©dagogique est ainsi fait que les chercheurs sont payĂ©s pour chercher et non pour innover, pour faire des dĂ©couvertes et non pour les appliquer. Sâils ont du gĂ©nie, ils ne sont pas ingĂ©nieux : leurs avancĂ©es thĂ©oriques, dĂ©veloppĂ©es dans le pĂ©rimĂštre de la paillasse, ne sâexpriment pas toujours dans un rĂ©sultat concret, un produit commercialisable. Câest pourquoi il me semble urgent de trouver des mĂ©thodes pĂ©dagogiques capables de rĂ©veiller la crĂ©ativitĂ© des futurs ingĂ©nieurs, de leur donner le sens et mĂȘme le goĂ»t du concret. Pour les entreprises, friandes dâinnovations susceptibles de les dĂ©marquer de la concurrence, câest un enjeu majeur.
Mais pourquoi les entreprises, aprĂšs sâĂȘtre longtemps satisfaites du bagage thĂ©orique des jeunes ingĂ©nieurs, exigent-elles tout Ă coup quâils soient Ă©galement dotĂ©s dâun solide sens du rĂ©el ? AprĂšs tout, nos sociĂ©tĂ©s Ă©voluent de plus en plus dans le monde de lâimmatĂ©riel, de la communication Ă distance, du virtuelâŠ
PrĂ©cisĂ©ment, câest lâun des paradoxes de la technologie. Ă force dâirriguer toutes les activitĂ©s humaines, elle finit par susciter une rĂ©action de rejet de la part du corps social. Les industriels sont en train de prendre conscience quâune fracture technique menace de diviser nos sociĂ©tĂ©s. Tout se passe comme si les ingĂ©nieurs, auxquels les progrĂšs de la science offraient un champ des possibles toujours plus Ă©tendu, Ă©taient devenus myopes. Concepteur de produits de plus en plus Ă©laborĂ©s et performants, bourrĂ©s dâĂ©lectronique et dâinformatique, multipliant les fonctions, lâingĂ©nieur a occultĂ© lâutilisateur, câest-Ă -dire lâhomme. Or les ingĂ©nieurs français auront beau ĂȘtre les meilleurs du monde, les entreprises nâen tireront aucun avantage concurrentiel sâils ne pensent quâĂ briller entre eux.
Il suffit de regarder un automobiliste se battre avec son siĂšge de voiture de haute technologie, avec ses multiples positions de rĂ©glage, dâinclinaison, de chauffage, pour le comprendre : lâutilisateur ne sait pas se servir des trĂ©sors de technologie sur lesquels il est assis, Ă moins quâil nâait pas la volontĂ© de faire un effort pour en comprendre lâusage. Lâutilisateur, cet impertinent, se moquerait-il Ă©perdument des solutions techniques choisies par le bureau dâĂ©tudes ? Voudrait-il seulement que le produit lui rende le service prĂ©cis pour lequel il lâa achetĂ© ? La rĂ©ponse est « oui », sauf, peut-ĂȘtre, pour une poignĂ©e dâavant-gardistes qui veulent possĂ©der le dernier gadget en exclusivitĂ©. Ă cet Ă©gard, un sondage rĂ©alisĂ© par le Laboratoire national dâessais laisse rĂȘveur : prĂšs de la moitiĂ© des possesseurs de magnĂ©toscope ne savent pas programmer lâenregistrement dâun film. Certains Ă©diteurs de presse en ont profitĂ© pour lancer les journaux TV Ă codes-barres : un coup de crayon optique sur le film recherchĂ© et la programmation se fait automatiquement. La complexitĂ© de certains objets justifie la crĂ©ation de produits destinĂ©s Ă en simplifier lâusage. Qui perd, qui gagne dans ce face-Ă -face ? le client ou lâentreprise ?
Ă cette valeur dâusage et de confort qui devient pour le client de plus en plus importante et constitue dĂ©sormais une prĂ©occupation majeure pour les entreprises, sâajoute un autre phĂ©nomĂšne. MĂȘme sâil le souhaitait, le consommateur serait de toute façon incapable de choisir entre plusieurs produits en fonction du seul critĂšre technologique. Pourquoi ? Pour la bonne et simple raison que la technicitĂ© dâun objet est dĂ©sormais cadenassĂ©e dans une boĂźte noire Ă laquelle lâacheteur nâa pas accĂšs. Pour pallier cette opacitĂ©, celui-ci doit ainsi se dĂ©terminer sur dâautres indices, notamment sur la confiance qui le lie Ă telle ou telle marque. Encore faut-il, si lâon veut fidĂ©liser lâacheteur, ne pas dĂ©cevoir cette confiance et câest Ă lâingĂ©nieur quâil va revenir de la prendre en charge. Tenu dĂ©sormais par une obligation de rĂ©sultat de satisfaction, il doit concevoir un produit qui corresponde exactement Ă lâusage quâen attend lâutilisateur.
Les trajectoires dâapprentissage
Actuellement, les Ă©lĂšves des Ă©coles dâingĂ©nieurs sont-ils entraĂźnĂ©s Ă se fixer des exigences et Ă respecter des obligations de rĂ©sultats ? Non, bien sĂ»r ! Pour comprendre comment se forme la compĂ©tence du futur diplĂŽmĂ©, les experts ont analysĂ© les formations dispensĂ©es par les Ă©coles. SchĂ©matiquement, dans le maquis des thĂ©ories, des diagrammes et des courbes, deux figures classiques Ă©mergent. Dâune part, lâaxe hypothĂ©tico-dĂ©ductif oĂč lâon enseigne la thĂ©orie avant dâaller vers la pratique. Dâautre part, lâaxe empirico-inductif qui emprunte le chemin inverse et part de lâexpĂ©rimentation pour remonter vers la loi gĂ©nĂ©rale. Chaque mĂ©thode comporte ses avantages et ses faiblesses. Dans le premier cas, le raisonnement sâappuie sur un dogme. Si lâhypothĂšse de dĂ©part est pertinente, en phase avec le rĂ©el, elle permettra dâexpliquer celui-ci. Mais si elle est dĂ©connectĂ©e de la rĂ©alitĂ©, elle sera plaquĂ©e sur le rĂ©el sans parvenir Ă lâĂ©clairer. Dans le deuxiĂšme cas, on favorise le sens de lâobservation et de la crĂ©ativitĂ© en partant dâun fait rĂ©el avant de remonter vers une loi qui peut se rĂ©vĂ©ler, elle aussi, parfaitement fausse dans sa gĂ©nĂ©ralitĂ©.
La France, pour les raisons Ă©voquĂ©es rapidement dans le premier chapitre, a toujours Ă©tĂ© fascinĂ©e par lâidĂ©e, la thĂ©orie et le dogme. Lâessentiel de lâarchitecture pĂ©dagogique a Ă©tĂ© conçu dans une logique hypothĂ©tico-dĂ©ductive. On a choisi de transmettre le savoir en demandant Ă lâĂ©lĂšve dâenrouler un fil pour constituer, annĂ©e aprĂšs annĂ©e, son Ă©cheveau personnel de connaissances. Un Ă©cheveau qui, disons-le encore une fois, nâa cessĂ© de grossir avec le dĂ©veloppement des connaissances, chaque enseignant considĂ©rant indispensable de transmettre Ă lâĂ©lĂšve tout ce quâil savait. Dans ce systĂšme, la place accordĂ©e Ă lâobservation du rĂ©el, du concret est particuliĂšrement faible. Lâattitude des professeurs tĂ©moigne de cette tendance. Lorsquâils constituent les syllabus, certains dĂ©crivent par le menu le contenu de leur enseignement mais se rĂ©vĂšlent incapables de dĂ©finir lâobjectif de leur cours autrement quâen reprenant le contenu lui-mĂȘme. En forçant le trait, on pourrait dire quâun professeur dâĂ©lectronique dĂ©crit son enseignement de la façon suivante. Contenu : cours dâĂ©lectronique. Objectif : savoir lâĂ©lectronique. Ainsi, le systĂšme de formation français est largement fondĂ© sur un enseignement acadĂ©mique : il a pariĂ© lourd sur la mĂ©thode dĂ©ductive.
Pour autant, la mĂ©thode inductive nâest pas totalement absente des programmes de formation. Les pĂ©dagogues qui, pour doter les ingĂ©nieurs dâun minimum de savoir-faire, se sont intĂ©ressĂ©s Ă cette voie ont longtemps militĂ© en faveur dâune solution : les travaux pratiques. LâidĂ©e Ă©tait intĂ©ressante : permettre aux Ă©lĂšves de constater, Ă lâoccasion dâexercices concrets, que les lois apprises produisaient bel et bien les effets annoncĂ©s. Mais les travaux pratiques exigent, pour ĂȘtre Ă la hauteur de leur ambition, des ressources humaines et matĂ©rielles importantes. Dix encadrants (professeurs, assistants ou moniteurs) en moyenne pour une promotion de cent vingt Ă©lĂšves, du matĂ©riel Ă la pointe de la technologie, un professeur responsable des sciences expĂ©rimentales⊠Câest dire quâils nâont pas pu prendre toute leur place dans la plupart des Ă©tablissements. Face Ă la pĂ©nurie de moyens, bien des Ă©coles ont Ă©tĂ© obligĂ©es de faire des choix qui ne satisfont personne. DâĂ©quipements vĂ©tustes en sĂ©ances surchargĂ©es, les travaux pratiques ont fini par devenir les parias de la pĂ©dagogie. Les thĂ©sards sâen sont fait une spĂ©cialitĂ© exclusive tandis que les professeurs prĂ©fĂ©raient se rĂ©server les enseignements considĂ©rĂ©s comme plus nobles. Et les travaux pratiques ont fini par ne plus faire partie de lâĂ©valuation des Ă©lĂšves. La situation ne manque pas de piquant : alors que les ingĂ©nieurs sont supposĂ©s tirer lâindustrie vers la croissance, leur capacitĂ© dâaction, dâappliquer concrĂštement les grandes lois, nâest pas prise en compte dans leur Ă©valuation.
Sur le plan pĂ©dagogique, les travaux pratiques comportent des limites. Conçus comme des exercices sans lien les uns avec les autres, ils sont limitĂ©s dans le temps : lorsquâune sĂ©ance est terminĂ©e, on passe Ă la suivante. Que lâĂ©lĂšve ait ou non compris ne change rien au rythme de lâenseignement. Par ailleurs, lâobjet des travaux pratiques nâest pas lâexpĂ©rimentation mais le constat. Que les Ă©lĂšves ne soient pas autorisĂ©s Ă toucher certains matĂ©riels est Ă cet Ă©gard rĂ©vĂ©lateur. RĂ©sultat, le futur ingĂ©nieur se retrouve face Ă une boĂźte noire qui conserve tous ses mystĂšres et entretient sa peur en le maintenant Ă distance faute de pouvoir agir. Ă lâĂ©vidence, sa crĂ©ativitĂ© nâest pas sollicitĂ©e. Enfin, les travaux pratiques se situant toujours en fin de cursus pĂ©dagogique, lâĂ©lĂšve nâa plus lâoccasion de confronter ses observations avec la thĂ©orie.
Lâapprentissage par lâaction, une mĂ©thode novatrice
Les mĂ©thodes classiques dâenseignement semblent insuffisantes pour prĂ©parer le futur ingĂ©nieur Ă son mĂ©tier, dâoĂč la nĂ©cessitĂ© de trouver une forme pĂ©dagogique innovante qui, sans faire lâimpasse sur lâacquisition des notions fondamentales, plongerait les Ă©lĂšves dans lâaction et rĂ©veillerait leur crĂ©ativitĂ© : un enseignement de la curiositĂ© et de lâingĂ©niositĂ© en somme. Tel Ă©tait lâĂ©tat de mes rĂ©flexions lorsque Georges Charpak, qui connaissait et partageait mon souci, mâa alertĂ© sur une expĂ©rience singuliĂšre conduite aux Ătats-Unis. ĂlaborĂ©e en partie par Jerry Pine, un chercheur du Caltech Institute â universitĂ© amĂ©ricaine de grande renommĂ©e, le Caltech Institute est une pĂ©piniĂšre de prix Nobel â, dĂ©veloppĂ©e Ă©galement par le Professeur Lederman de Chicago, cette mĂ©thode dâapprentissage par lâaction repose sur deux principes totalement inĂ©dits.
En premier lieu, cet apprentissage par lâaction cultive lâinterrogation, la curiositĂ© et la crĂ©ativitĂ© des futurs ingĂ©nieurs en les conviant Ă rĂ©aliser une sĂ©rie dâexpĂ©rimentations : câest lâ« inquiry », notion chĂšre aux Anglais, qui invite lâĂ©lĂšve Ă se transformer en dĂ©tective, Ă mener lâenquĂȘte, Ă interroger la matiĂšre et le rĂ©el en examinant soigneusement toutes les solutions, Ă les tester, Ă comprendre pourquoi certaines marchent et dâautres pas. Câest parce que lâĂ©lĂšve ne doit rejeter aucune piste avant de lâavoir testĂ©e, exactement comme lâexige un problĂšme industriel, que cette mĂ©thode Ă©veille sa crĂ©ativitĂ©. Jây reviendrai. Cette aventure de lâexpĂ©rimentation, les Ă©lĂšves doivent la vivre seuls dans lâintimitĂ© de leur chambre dâĂ©tudiant avec, pour seuls compagnons, une boĂźte Ă outils et un cahier-navette. On le voit, la dĂ©marche est neuve.
En deuxiĂšme lieu, lâapprentissage par lâaction crĂ©e une obligation forte de rĂ©sultat pour lâĂ©lĂšve. Les expĂ©riences sâenchaĂźnant les unes avec les autres, il est impossible de passer Ă la suivante tant que lâon nâa pas rĂ©ussi la prĂ©cĂ©dente donc compris les principes physiques indispensables Ă cet effet. Pour les ingĂ©nieurs habituĂ©s depuis toujours Ă concevoir plus quâĂ rĂ©aliser, câest un changement radical de mĂ©thode. Celle de lâapprentissage par lâaction entraĂźne ainsi lâĂ©lĂšve Ă prendre des chemins lâobligeant Ă contourner tous les obstacles et le conduit au-delĂ de ce que ses connaissances lui laissaient au dĂ©part entrevoir. LĂ encore, la mĂ©thode est novatrice.
Lâhomo creator que nous recherchons peut-il naĂźtre de cette boĂźte Ă outils ? Je le crois. Cette mĂ©thode dâapprentissage par lâaction offre en effet un espace de libertĂ© singulier, donne un Ă©lan Ă la crĂ©ativitĂ© que ni le laboratoire ni le traditionnel TP ne sont parvenus Ă susciter jusquâĂ ce jour. Mais qui dit espace de libertĂ© ne dit pas pour autant grand bazar ou joyeux bricolage, car, et câest sans doute lâune de ses principales performances, cet apprentissage par lâaction individuelle donne un sens Ă lâexercice de cette libertĂ©. Les dĂ©couvreurs de lâhistoire nous lâont montrĂ© : les vents ne profitent quâĂ ceux qui connaissent le cap.
Plusieurs Ă©coles françaises ont adaptĂ© cette mĂ©thode, sous des formes diverses, Ă leur cursus et lâont intĂ©grĂ©e au programme. Câest le cas de lâĂcole des mines de Nantes qui invite ses Ă©lĂšves de premiĂšre annĂ©e Ă cinquante heures de cet apprentissage par lâaction pour les dĂ©tourner de la virtuositĂ© formelle et les soumettre Ă une cure de rĂ©alitĂ© et de doute intensive. Le traitement est radical pour des jeunes gens Ă©levĂ©s dans la culture mathĂ©matique et son lot de certitudes. Ă mes yeux, il a surtout le mĂ©rite de montrer quâune alternative pĂ©dagogique existe. Elle aide les Ă©lĂšves tout juste sortis des classes prĂ©paratoires Ă comprendre, Ă travers leurs succĂšs et leurs Ă©checs expĂ©rimentaux, « dans leur chair » dirais-je, que lâintelligence ne se limite pas au fameux « je sais que », quâelle ne se rĂ©duit pas Ă un capital de connaissances. Elle entaille le modĂšle français fondĂ© sur le bachotage, sur la sĂ©lection par les mathĂ©matiques, pour y injecter du doute, de la curiositĂ©, de lâobservation⊠Jây reviendrai. Ce virus semble gagner discrĂštement du terrain. Les classes prĂ©paratoires, qui incarnent lâidĂ©al français de lâexcellence scolaire, ont Ă©tĂ© rĂ©cemment rĂ©formĂ©es de telle sorte que leurs programmes thĂ©oriques concĂšdent enfin une place Ă la pratique, aux sciences dâobservation de lâingĂ©nieur⊠Câest une bonne chose, mĂȘme si manquent encore les moyens humains et financiers indispensables Ă la mise en place de parcours individualisĂ©s. Signe des temps, aprĂšs lâĂcole des mines de Nantes, lâĂcole polytechnique, qui a toujours fait des mathĂ©matiques son outil de sĂ©lection privilĂ©giĂ©, sâouvre aujourdâhui, comme lâĂcole normale supĂ©rieure de Lyon, Ă des mĂ©thodes dâapprentissage par lâaction.
Apprentissage par lâaction, mode dâemploi
Si lâon observe lâapprentissage par lâaction tel quâil a Ă©tĂ© introduit en France par lâĂcole des mines de Nantes, que voit-on dâabord ? Des instruments â composants Ă©lectroniques, fer Ă souder, instruments de mesure, colle, pince Ă linge, fils⊠â contenus dans une boĂźte. Lâensemble constitue un tout autonome qui place lâexpĂ©rimentateur en situation dâautosuffisance : grĂące au matĂ©riel de son kit individuel, il est en mesure de faire toutes les expĂ©rimentations demandĂ©es. Du coup, lâĂ©lĂšve nâest pas obligĂ© dâeffectuer ses manipulations dans une salle dâexpĂ©rimentation. Il est mĂȘme, au contraire, souhaitable quâil rĂ©alise celles-ci, seul ou avec ses camarades de promotion, dans sa chambre, sans aucune bĂ©quille professorale. Le changement nâest pas innocent car il dĂ©localise lâapprentissage hors des lieux sacrĂ©s de la salle de classe. Or, les Ă©lĂšves ont souvent des comportements gĂ©ographiques trĂšs typĂ©s : ils oublient toutes leurs connaissances sitĂŽt franchies les portes de lâamphithéùtre et perdent leur sens de la vie dĂšs quâils reviennent dans les locaux de lâĂ©cole. Dans ces univers juxtaposĂ©s, artificiellement dĂ©connectĂ©s, lâapprentissage par lâaction prouve aux Ă©lĂšves quâil est possible dâĂȘtre crĂ©atif hors dâune halle scientifique.
Le module comporte quatorze sĂ©ances hebdomadaires de travail personnel validĂ©es par une sĂ©ance finale dâĂ©valuation. Chacune des sĂ©ances de lâapprentissage par lâaction porte sur la mise en Ćuvre dâune expĂ©rience spĂ©cifique dĂ©finie avec prĂ©cision dans un document de rĂ©fĂ©rence. Ce manuel dâaccompagnement, qui se met Ă la place de lâĂ©lĂšve et guide ses pas comme le ferait un enseignant au cours dâune discussion, est Ă lui seul, Ă mon sens, une performance pĂ©dagogique. Il envisage tous les cas possibles, toutes les situations dans lesquelles lâĂ©lĂšve peut se trouver en respectant lâespace de libertĂ© propre Ă son cheminement. Rien dâĂ©tonnant Ă cela, ce sont de grands chercheurs habitĂ©s par le sens du questionnement qui ont bĂąti ce guide. Les lecteurs intĂ©ressĂ©s par lâarchitecture gĂ©nĂ©rale de ces exercices en trouveront une prĂ©sentation plus dĂ©taillĂ©e dans la partie « Proposition dâactions » de lâouvrage. Une expĂ©rience Ă©laborĂ©e par lâĂcole des mines de Nantes â la fabrication dâun compteur Geiger â y est Ă©galement dĂ©crite dans une fiche. Pour les enseignants dĂ©sireux dâen savoir plus, ou dâappliquer eux-mĂȘmes la mĂ©thode dâapprentissage par lâaction, un ouvrage pĂ©dagogique intitulĂ© LâIngĂ©nieur ingĂ©nieux, exercices pratiques est disponible aux Ă©ditions Odile Jacob.
Pour trois heures et demie dâenseignement en moyenne, chaque expĂ©rimentation exige de lâĂ©lĂšve dix-huit heures de mise en pratique. Elle est rĂ©alisĂ©e librement en dehors des heures de cours. La mise en commun des idĂ©es est admise Ă la condition expresse que chaque Ă©lĂšve rende un rapport personnel de son travail une fois par semaine. LâĂ©lĂšve ...
Table des matiĂšres
- Couverture
- Titre
- Copyright
- Préface
- Chapitre Premier - Industriels, formateurs : la rupture
- Chapitre 2 - La formation par lâaction
- Chapitre 3 - La formation Ă Â lâindustrie
- Conclusion
- Faire trois ans dâĂ©tudes scientifiques au lycĂ©e
- Proposition dâactions - Lâapprentissage par lâaction ou la mĂ©thode APA
- RĂ©alisation dâun compteur Geiger-Muller pour dĂ©tecter le rayonnement cosmique
- La formation Ă Â lâindustrie : proposition dâingĂ©nierie pĂ©dagogique
- Remerciements
- Table
Foire aux questions
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