L' Apprentissage de l'incertain
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L' Apprentissage de l'incertain

  1. 216 pages
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L' Apprentissage de l'incertain

À propos de ce livre

« Lorsque j'ai obtenu mon diplĂŽme de l'École des Mines, je ne savais rien faire de mes mains. Rien d'Ă©tonnant Ă  cela : j'Ă©tais un pur produit de la pĂ©dagogie française. J'ai pris conscience qu'il serait utile d'apprendre aux Ă©lĂšves Ă  mettre la main Ă  la pĂąte : Ă©duquer les futurs ingĂ©nieurs en leur inculquant d'abord les sciences par une approche expĂ©rimentale, les envoyer sur le terrain, leur faire enfiler le bleu de travail de l'ouvrier, leur faire partager les prĂ©occupations du technicien, les associer aux problĂ©matiques de l'Ă©tat-major, prĂ©parer des ingĂ©nieurs ingĂ©nieux. Je ne savais pas alors que Robert Germinet accorderait Ă  mes opinions l'attention de quelqu'un qui avait longtemps rĂ©flĂ©chi Ă  ces questions. Il a introduit Ă  l'École des Mines de Nantes l'apprentissage par l'action. GrĂące Ă  une sĂ©rie d'expĂ©rimentations rĂ©alisĂ©es par l'Ă©lĂšve dans le secret de sa chambre, cette mĂ©thode sĂšme la valeur de l'interrogation, le souci de l'observation, le sens de la crĂ©ativitĂ©. » Georges CharpakRobert Germinet, docteur en physique, est directeur de l'École des Mines de Nantes et directeur rĂ©gional de l'industrie, de la recherche et de l'environnement des Pays de la Loire.

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Informations

Éditeur
Odile Jacob
Année
1997
Imprimer l'ISBN
9782738105141
ISBN de l'eBook
9782738162878

CHAPITRE 2

La formation par l’action


Des ingénieurs ingénieux

Quels sont les reproches les plus sĂ©vĂšres que les entreprises adressent aux ingĂ©nieurs ? Celui de ne pas ĂȘtre assez ingĂ©nieux, assez inventifs, assez crĂ©atifs, et celui de manquer d’adresse ou d’astuce. Le jugement peut paraĂźtre brutal. Manquerait-on d’ingĂ©nieurs brillants, dans un pays que le monde entier reconnaĂźt pour la qualitĂ© de ses chercheurs ? Notre systĂšme pĂ©dagogique est ainsi fait que les chercheurs sont payĂ©s pour chercher et non pour innover, pour faire des dĂ©couvertes et non pour les appliquer. S’ils ont du gĂ©nie, ils ne sont pas ingĂ©nieux : leurs avancĂ©es thĂ©oriques, dĂ©veloppĂ©es dans le pĂ©rimĂštre de la paillasse, ne s’expriment pas toujours dans un rĂ©sultat concret, un produit commercialisable. C’est pourquoi il me semble urgent de trouver des mĂ©thodes pĂ©dagogiques capables de rĂ©veiller la crĂ©ativitĂ© des futurs ingĂ©nieurs, de leur donner le sens et mĂȘme le goĂ»t du concret. Pour les entreprises, friandes d’innovations susceptibles de les dĂ©marquer de la concurrence, c’est un enjeu majeur.
Mais pourquoi les entreprises, aprĂšs s’ĂȘtre longtemps satisfaites du bagage thĂ©orique des jeunes ingĂ©nieurs, exigent-elles tout Ă  coup qu’ils soient Ă©galement dotĂ©s d’un solide sens du rĂ©el ? AprĂšs tout, nos sociĂ©tĂ©s Ă©voluent de plus en plus dans le monde de l’immatĂ©riel, de la communication Ă  distance, du virtuel

PrĂ©cisĂ©ment, c’est l’un des paradoxes de la technologie. À force d’irriguer toutes les activitĂ©s humaines, elle finit par susciter une rĂ©action de rejet de la part du corps social. Les industriels sont en train de prendre conscience qu’une fracture technique menace de diviser nos sociĂ©tĂ©s. Tout se passe comme si les ingĂ©nieurs, auxquels les progrĂšs de la science offraient un champ des possibles toujours plus Ă©tendu, Ă©taient devenus myopes. Concepteur de produits de plus en plus Ă©laborĂ©s et performants, bourrĂ©s d’électronique et d’informatique, multipliant les fonctions, l’ingĂ©nieur a occultĂ© l’utilisateur, c’est-Ă -dire l’homme. Or les ingĂ©nieurs français auront beau ĂȘtre les meilleurs du monde, les entreprises n’en tireront aucun avantage concurrentiel s’ils ne pensent qu’à briller entre eux.
Il suffit de regarder un automobiliste se battre avec son siĂšge de voiture de haute technologie, avec ses multiples positions de rĂ©glage, d’inclinaison, de chauffage, pour le comprendre : l’utilisateur ne sait pas se servir des trĂ©sors de technologie sur lesquels il est assis, Ă  moins qu’il n’ait pas la volontĂ© de faire un effort pour en comprendre l’usage. L’utilisateur, cet impertinent, se moquerait-il Ă©perdument des solutions techniques choisies par le bureau d’études ? Voudrait-il seulement que le produit lui rende le service prĂ©cis pour lequel il l’a achetĂ© ? La rĂ©ponse est « oui », sauf, peut-ĂȘtre, pour une poignĂ©e d’avant-gardistes qui veulent possĂ©der le dernier gadget en exclusivitĂ©. À cet Ă©gard, un sondage rĂ©alisĂ© par le Laboratoire national d’essais laisse rĂȘveur : prĂšs de la moitiĂ© des possesseurs de magnĂ©toscope ne savent pas programmer l’enregistrement d’un film. Certains Ă©diteurs de presse en ont profitĂ© pour lancer les journaux TV Ă  codes-barres : un coup de crayon optique sur le film recherchĂ© et la programmation se fait automatiquement. La complexitĂ© de certains objets justifie la crĂ©ation de produits destinĂ©s Ă  en simplifier l’usage. Qui perd, qui gagne dans ce face-Ă -face ? le client ou l’entreprise ?
À cette valeur d’usage et de confort qui devient pour le client de plus en plus importante et constitue dĂ©sormais une prĂ©occupation majeure pour les entreprises, s’ajoute un autre phĂ©nomĂšne. MĂȘme s’il le souhaitait, le consommateur serait de toute façon incapable de choisir entre plusieurs produits en fonction du seul critĂšre technologique. Pourquoi ? Pour la bonne et simple raison que la technicitĂ© d’un objet est dĂ©sormais cadenassĂ©e dans une boĂźte noire Ă  laquelle l’acheteur n’a pas accĂšs. Pour pallier cette opacitĂ©, celui-ci doit ainsi se dĂ©terminer sur d’autres indices, notamment sur la confiance qui le lie Ă  telle ou telle marque. Encore faut-il, si l’on veut fidĂ©liser l’acheteur, ne pas dĂ©cevoir cette confiance et c’est Ă  l’ingĂ©nieur qu’il va revenir de la prendre en charge. Tenu dĂ©sormais par une obligation de rĂ©sultat de satisfaction, il doit concevoir un produit qui corresponde exactement Ă  l’usage qu’en attend l’utilisateur.

Les trajectoires d’apprentissage

Actuellement, les Ă©lĂšves des Ă©coles d’ingĂ©nieurs sont-ils entraĂźnĂ©s Ă  se fixer des exigences et Ă  respecter des obligations de rĂ©sultats ? Non, bien sĂ»r ! Pour comprendre comment se forme la compĂ©tence du futur diplĂŽmĂ©, les experts ont analysĂ© les formations dispensĂ©es par les Ă©coles. SchĂ©matiquement, dans le maquis des thĂ©ories, des diagrammes et des courbes, deux figures classiques Ă©mergent. D’une part, l’axe hypothĂ©tico-dĂ©ductif oĂč l’on enseigne la thĂ©orie avant d’aller vers la pratique. D’autre part, l’axe empirico-inductif qui emprunte le chemin inverse et part de l’expĂ©rimentation pour remonter vers la loi gĂ©nĂ©rale. Chaque mĂ©thode comporte ses avantages et ses faiblesses. Dans le premier cas, le raisonnement s’appuie sur un dogme. Si l’hypothĂšse de dĂ©part est pertinente, en phase avec le rĂ©el, elle permettra d’expliquer celui-ci. Mais si elle est dĂ©connectĂ©e de la rĂ©alitĂ©, elle sera plaquĂ©e sur le rĂ©el sans parvenir Ă  l’éclairer. Dans le deuxiĂšme cas, on favorise le sens de l’observation et de la crĂ©ativitĂ© en partant d’un fait rĂ©el avant de remonter vers une loi qui peut se rĂ©vĂ©ler, elle aussi, parfaitement fausse dans sa gĂ©nĂ©ralitĂ©.
La France, pour les raisons Ă©voquĂ©es rapidement dans le premier chapitre, a toujours Ă©tĂ© fascinĂ©e par l’idĂ©e, la thĂ©orie et le dogme. L’essentiel de l’architecture pĂ©dagogique a Ă©tĂ© conçu dans une logique hypothĂ©tico-dĂ©ductive. On a choisi de transmettre le savoir en demandant Ă  l’élĂšve d’enrouler un fil pour constituer, annĂ©e aprĂšs annĂ©e, son Ă©cheveau personnel de connaissances. Un Ă©cheveau qui, disons-le encore une fois, n’a cessĂ© de grossir avec le dĂ©veloppement des connaissances, chaque enseignant considĂ©rant indispensable de transmettre Ă  l’élĂšve tout ce qu’il savait. Dans ce systĂšme, la place accordĂ©e Ă  l’observation du rĂ©el, du concret est particuliĂšrement faible. L’attitude des professeurs tĂ©moigne de cette tendance. Lorsqu’ils constituent les syllabus, certains dĂ©crivent par le menu le contenu de leur enseignement mais se rĂ©vĂšlent incapables de dĂ©finir l’objectif de leur cours autrement qu’en reprenant le contenu lui-mĂȘme. En forçant le trait, on pourrait dire qu’un professeur d’électronique dĂ©crit son enseignement de la façon suivante. Contenu : cours d’électronique. Objectif : savoir l’électronique. Ainsi, le systĂšme de formation français est largement fondĂ© sur un enseignement acadĂ©mique : il a pariĂ© lourd sur la mĂ©thode dĂ©ductive.
Pour autant, la mĂ©thode inductive n’est pas totalement absente des programmes de formation. Les pĂ©dagogues qui, pour doter les ingĂ©nieurs d’un minimum de savoir-faire, se sont intĂ©ressĂ©s Ă  cette voie ont longtemps militĂ© en faveur d’une solution : les travaux pratiques. L’idĂ©e Ă©tait intĂ©ressante : permettre aux Ă©lĂšves de constater, Ă  l’occasion d’exercices concrets, que les lois apprises produisaient bel et bien les effets annoncĂ©s. Mais les travaux pratiques exigent, pour ĂȘtre Ă  la hauteur de leur ambition, des ressources humaines et matĂ©rielles importantes. Dix encadrants (professeurs, assistants ou moniteurs) en moyenne pour une promotion de cent vingt Ă©lĂšves, du matĂ©riel Ă  la pointe de la technologie, un professeur responsable des sciences expĂ©rimentales
 C’est dire qu’ils n’ont pas pu prendre toute leur place dans la plupart des Ă©tablissements. Face Ă  la pĂ©nurie de moyens, bien des Ă©coles ont Ă©tĂ© obligĂ©es de faire des choix qui ne satisfont personne. D’équipements vĂ©tustes en sĂ©ances surchargĂ©es, les travaux pratiques ont fini par devenir les parias de la pĂ©dagogie. Les thĂ©sards s’en sont fait une spĂ©cialitĂ© exclusive tandis que les professeurs prĂ©fĂ©raient se rĂ©server les enseignements considĂ©rĂ©s comme plus nobles. Et les travaux pratiques ont fini par ne plus faire partie de l’évaluation des Ă©lĂšves. La situation ne manque pas de piquant : alors que les ingĂ©nieurs sont supposĂ©s tirer l’industrie vers la croissance, leur capacitĂ© d’action, d’appliquer concrĂštement les grandes lois, n’est pas prise en compte dans leur Ă©valuation.
Sur le plan pĂ©dagogique, les travaux pratiques comportent des limites. Conçus comme des exercices sans lien les uns avec les autres, ils sont limitĂ©s dans le temps : lorsqu’une sĂ©ance est terminĂ©e, on passe Ă  la suivante. Que l’élĂšve ait ou non compris ne change rien au rythme de l’enseignement. Par ailleurs, l’objet des travaux pratiques n’est pas l’expĂ©rimentation mais le constat. Que les Ă©lĂšves ne soient pas autorisĂ©s Ă  toucher certains matĂ©riels est Ă  cet Ă©gard rĂ©vĂ©lateur. RĂ©sultat, le futur ingĂ©nieur se retrouve face Ă  une boĂźte noire qui conserve tous ses mystĂšres et entretient sa peur en le maintenant Ă  distance faute de pouvoir agir. À l’évidence, sa crĂ©ativitĂ© n’est pas sollicitĂ©e. Enfin, les travaux pratiques se situant toujours en fin de cursus pĂ©dagogique, l’élĂšve n’a plus l’occasion de confronter ses observations avec la thĂ©orie.

L’apprentissage par l’action, une mĂ©thode novatrice

Les mĂ©thodes classiques d’enseignement semblent insuffisantes pour prĂ©parer le futur ingĂ©nieur Ă  son mĂ©tier, d’oĂč la nĂ©cessitĂ© de trouver une forme pĂ©dagogique innovante qui, sans faire l’impasse sur l’acquisition des notions fondamentales, plongerait les Ă©lĂšves dans l’action et rĂ©veillerait leur crĂ©ativitĂ© : un enseignement de la curiositĂ© et de l’ingĂ©niositĂ© en somme. Tel Ă©tait l’état de mes rĂ©flexions lorsque Georges Charpak, qui connaissait et partageait mon souci, m’a alertĂ© sur une expĂ©rience singuliĂšre conduite aux États-Unis. ÉlaborĂ©e en partie par Jerry Pine, un chercheur du Caltech Institute – universitĂ© amĂ©ricaine de grande renommĂ©e, le Caltech Institute est une pĂ©piniĂšre de prix Nobel –, dĂ©veloppĂ©e Ă©galement par le Professeur Lederman de Chicago, cette mĂ©thode d’apprentissage par l’action repose sur deux principes totalement inĂ©dits.
En premier lieu, cet apprentissage par l’action cultive l’interrogation, la curiositĂ© et la crĂ©ativitĂ© des futurs ingĂ©nieurs en les conviant Ă  rĂ©aliser une sĂ©rie d’expĂ©rimentations : c’est l’« inquiry », notion chĂšre aux Anglais, qui invite l’élĂšve Ă  se transformer en dĂ©tective, Ă  mener l’enquĂȘte, Ă  interroger la matiĂšre et le rĂ©el en examinant soigneusement toutes les solutions, Ă  les tester, Ă  comprendre pourquoi certaines marchent et d’autres pas. C’est parce que l’élĂšve ne doit rejeter aucune piste avant de l’avoir testĂ©e, exactement comme l’exige un problĂšme industriel, que cette mĂ©thode Ă©veille sa crĂ©ativitĂ©. J’y reviendrai. Cette aventure de l’expĂ©rimentation, les Ă©lĂšves doivent la vivre seuls dans l’intimitĂ© de leur chambre d’étudiant avec, pour seuls compagnons, une boĂźte Ă  outils et un cahier-navette. On le voit, la dĂ©marche est neuve.
En deuxiĂšme lieu, l’apprentissage par l’action crĂ©e une obligation forte de rĂ©sultat pour l’élĂšve. Les expĂ©riences s’enchaĂźnant les unes avec les autres, il est impossible de passer Ă  la suivante tant que l’on n’a pas rĂ©ussi la prĂ©cĂ©dente donc compris les principes physiques indispensables Ă  cet effet. Pour les ingĂ©nieurs habituĂ©s depuis toujours Ă  concevoir plus qu’à rĂ©aliser, c’est un changement radical de mĂ©thode. Celle de l’apprentissage par l’action entraĂźne ainsi l’élĂšve Ă  prendre des chemins l’obligeant Ă  contourner tous les obstacles et le conduit au-delĂ  de ce que ses connaissances lui laissaient au dĂ©part entrevoir. LĂ  encore, la mĂ©thode est novatrice.
L’homo creator que nous recherchons peut-il naĂźtre de cette boĂźte Ă  outils ? Je le crois. Cette mĂ©thode d’apprentissage par l’action offre en effet un espace de libertĂ© singulier, donne un Ă©lan Ă  la crĂ©ativitĂ© que ni le laboratoire ni le traditionnel TP ne sont parvenus Ă  susciter jusqu’à ce jour. Mais qui dit espace de libertĂ© ne dit pas pour autant grand bazar ou joyeux bricolage, car, et c’est sans doute l’une de ses principales performances, cet apprentissage par l’action individuelle donne un sens Ă  l’exercice de cette libertĂ©. Les dĂ©couvreurs de l’histoire nous l’ont montrĂ© : les vents ne profitent qu’à ceux qui connaissent le cap.
Plusieurs Ă©coles françaises ont adaptĂ© cette mĂ©thode, sous des formes diverses, Ă  leur cursus et l’ont intĂ©grĂ©e au programme. C’est le cas de l’École des mines de Nantes qui invite ses Ă©lĂšves de premiĂšre annĂ©e Ă  cinquante heures de cet apprentissage par l’action pour les dĂ©tourner de la virtuositĂ© formelle et les soumettre Ă  une cure de rĂ©alitĂ© et de doute intensive. Le traitement est radical pour des jeunes gens Ă©levĂ©s dans la culture mathĂ©matique et son lot de certitudes. À mes yeux, il a surtout le mĂ©rite de montrer qu’une alternative pĂ©dagogique existe. Elle aide les Ă©lĂšves tout juste sortis des classes prĂ©paratoires Ă  comprendre, Ă  travers leurs succĂšs et leurs Ă©checs expĂ©rimentaux, « dans leur chair » dirais-je, que l’intelligence ne se limite pas au fameux « je sais que », qu’elle ne se rĂ©duit pas Ă  un capital de connaissances. Elle entaille le modĂšle français fondĂ© sur le bachotage, sur la sĂ©lection par les mathĂ©matiques, pour y injecter du doute, de la curiositĂ©, de l’observation
 J’y reviendrai. Ce virus semble gagner discrĂštement du terrain. Les classes prĂ©paratoires, qui incarnent l’idĂ©al français de l’excellence scolaire, ont Ă©tĂ© rĂ©cemment rĂ©formĂ©es de telle sorte que leurs programmes thĂ©oriques concĂšdent enfin une place Ă  la pratique, aux sciences d’observation de l’ingĂ©nieur
 C’est une bonne chose, mĂȘme si manquent encore les moyens humains et financiers indispensables Ă  la mise en place de parcours individualisĂ©s. Signe des temps, aprĂšs l’École des mines de Nantes, l’École polytechnique, qui a toujours fait des mathĂ©matiques son outil de sĂ©lection privilĂ©giĂ©, s’ouvre aujourd’hui, comme l’École normale supĂ©rieure de Lyon, Ă  des mĂ©thodes d’apprentissage par l’action.

Apprentissage par l’action, mode d’emploi

Si l’on observe l’apprentissage par l’action tel qu’il a Ă©tĂ© introduit en France par l’École des mines de Nantes, que voit-on d’abord ? Des instruments – composants Ă©lectroniques, fer Ă  souder, instruments de mesure, colle, pince Ă  linge, fils
 – contenus dans une boĂźte. L’ensemble constitue un tout autonome qui place l’expĂ©rimentateur en situation d’autosuffisance : grĂące au matĂ©riel de son kit individuel, il est en mesure de faire toutes les expĂ©rimentations demandĂ©es. Du coup, l’élĂšve n’est pas obligĂ© d’effectuer ses manipulations dans une salle d’expĂ©rimentation. Il est mĂȘme, au contraire, souhaitable qu’il rĂ©alise celles-ci, seul ou avec ses camarades de promotion, dans sa chambre, sans aucune bĂ©quille professorale. Le changement n’est pas innocent car il dĂ©localise l’apprentissage hors des lieux sacrĂ©s de la salle de classe. Or, les Ă©lĂšves ont souvent des comportements gĂ©ographiques trĂšs typĂ©s : ils oublient toutes leurs connaissances sitĂŽt franchies les portes de l’amphithéùtre et perdent leur sens de la vie dĂšs qu’ils reviennent dans les locaux de l’école. Dans ces univers juxtaposĂ©s, artificiellement dĂ©connectĂ©s, l’apprentissage par l’action prouve aux Ă©lĂšves qu’il est possible d’ĂȘtre crĂ©atif hors d’une halle scientifique.
Le module comporte quatorze sĂ©ances hebdomadaires de travail personnel validĂ©es par une sĂ©ance finale d’évaluation. Chacune des sĂ©ances de l’apprentissage par l’action porte sur la mise en Ɠuvre d’une expĂ©rience spĂ©cifique dĂ©finie avec prĂ©cision dans un document de rĂ©fĂ©rence. Ce manuel d’accompagnement, qui se met Ă  la place de l’élĂšve et guide ses pas comme le ferait un enseignant au cours d’une discussion, est Ă  lui seul, Ă  mon sens, une performance pĂ©dagogique. Il envisage tous les cas possibles, toutes les situations dans lesquelles l’élĂšve peut se trouver en respectant l’espace de libertĂ© propre Ă  son cheminement. Rien d’étonnant Ă  cela, ce sont de grands chercheurs habitĂ©s par le sens du questionnement qui ont bĂąti ce guide. Les lecteurs intĂ©ressĂ©s par l’architecture gĂ©nĂ©rale de ces exercices en trouveront une prĂ©sentation plus dĂ©taillĂ©e dans la partie « Proposition d’actions » de l’ouvrage. Une expĂ©rience Ă©laborĂ©e par l’École des mines de Nantes – la fabrication d’un compteur Geiger – y est Ă©galement dĂ©crite dans une fiche. Pour les enseignants dĂ©sireux d’en savoir plus, ou d’appliquer eux-mĂȘmes la mĂ©thode d’apprentissage par l’action, un ouvrage pĂ©dagogique intitulĂ© L’IngĂ©nieur ingĂ©nieux, exercices pratiques est disponible aux Ă©ditions Odile Jacob.
Pour trois heures et demie d’enseignement en moyenne, chaque expĂ©rimentation exige de l’élĂšve dix-huit heures de mise en pratique. Elle est rĂ©alisĂ©e librement en dehors des heures de cours. La mise en commun des idĂ©es est admise Ă  la condition expresse que chaque Ă©lĂšve rende un rapport personnel de son travail une fois par semaine. L’élĂšve ...

Table des matiĂšres

  1. Couverture
  2. Titre
  3. Copyright
  4. Préface
  5. Chapitre Premier - Industriels, formateurs : la rupture
  6. Chapitre 2 - La formation par l’action
  7. Chapitre 3 - La formation à l’industrie
  8. Conclusion
  9. Faire trois ans d’études scientifiques au lycĂ©e
  10. Proposition d’actions - L’apprentissage par l’action ou la mĂ©thode APA
  11. RĂ©alisation d’un compteur Geiger-Muller pour dĂ©tecter le rayonnement cosmique
  12. La formation à l’industrie : proposition d’ingĂ©nierie pĂ©dagogique
  13. Remerciements
  14. Table

Foire aux questions

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